16/02/05 (B285) COURRIER INTERNATIONAL / Force africaine en Somalie: manifestation hostile à la participation de l’Ethiopie et de Djibouti avant l’arrivée d’une mission.


Au moins 3.000 personnes ont manifesté lundi dans les rues de Mogadiscio
contre la participation de l’Ethiopie et de Djibouti à une force africaine
de paix en Somalie, pays qui tente de sortir de 14 ans de guerre civile, a
constaté un correspondant de l’AFP.

Cette manifestation hostile
intervient alors qu’une mission d’évaluation était attendue
lundi en Somalie pour évaluer les conditions d’envoi d’une force régionale
dans ce pays de la Corne de l’Afrique. Son départ était prévu
le week-end dernier mais a été reporté pour des raisons
de sécurité.

“L’Ethiopie a donné
des armes aux chefs de guerre rivaux. Elle ne devrait pas faire partie de
la mission”, pouvait-on lire sur une des pancartes. “Nous voulons
des troupes neutres”, indiquait une autre.

“Djibouti a soutenu
le gouvernement national de transition (TNG, mis en place en 2000 mais qui
n’avait pas été reconnu par les principaux chefs de guerre et
ne contrôlait que quelques quartiers de la capitale). Nous n’en voulons
pas”, précisait une autre bannière. (…)

___________________________
Note de l’ARDHD
Est-ce l’officialisation de la faillite du processus d’ARTA, où Guelleh
était passé en force pour nommer un Président du GNT
? La gloire qu’il avait voulu récupérer dans cette opération
semble bien émoussée …

10/02/05 (B284) RSF : SOMALIE / Une journaliste de la BBC succombe à ses blessures.

Kate Peyton, envoyée
spéciale de la British Broadcasting Corporation (BBC) en Somalie, a
été mortellement blessée par des inconnus circulant en
voiture qui ont tiré une balle de pistolet dans son dos, alors qu’elle
entrait dans un hôtel de Mogadiscio pour rencontrer le président
du Parlement de transition, Sharif Hassan Sheikh Aden.

« Toutes nos pensées
vont à la famille et aux amis de Kate Peyton, dont la mort nous choque
et nous attriste. Ce lâche attentat montre, si besoin est, qu’il est
impératif qu’un Etat démocratique, garantissant la liberté
et la sécurité des citoyens, soit rebâti au plus vite
en Somalie, a déclaré Reporters sans frontières. Depuis
longtemps, nous dénonçons le fait que la violence la plus arbitraire
règne dans les rues de Mogadiscio. La plupart des chefs de clans ayant
aujourd’hui fait allégeance au nouveau gouvernement, nous appelons
les derniers irréductibles à ne pas gâcher l’opportunité
de paix qui s’offre aujourd’hui à la Somalie. C’est la condition sine
qua non pour que ce genre d’attaques ne se reproduise pas et que leurs auteurs
soient retrouvés et punis, conformément à la loi. »

Le 9 février peu
après 15 heures, des hommes masqués circulant à bord
d’un taxi blanc de marque Toyota Corolla ont tiré au moins une balle
de pistolet en direction de l’envoyée spéciale de la BBC, alors
qu’elle se trouvait au milieu de ses gardes du corps devant l’hôtel
Sahafi International, dans le sud de Mogadiscio. Peter Greste, un autre journaliste
de la BBC qui se trouvait à côté d’elle, n’a pas été
touché. Transportée à l’hôpital Medina, à
quelques kilomètres de là, Kate Peyton a été opérée
en fin de journée. Selon le médecin qui l’a prise en charge,
cité par le Somali Journalist Network (SOJON), organisation locale
de défense de la presse, la journaliste, qui est basée à
Johannesburg, a subi une ablation de la rate et son foie a été
légèrement touché. Quelques heures plus tard, elle a
succombé à ses blessures avant d’avoir pu être transférée
à Nairobi.

Aussitôt après
l’attentat, les gardes du corps qui l’accompagnaient ont pris ses agresseurs
en chasse. La voiture que les inconnus conduisaient a été retrouvée
accidentée, dans le quartier de Barmuda, dans le centre de Mogadiscio.
Un pistolet a été retrouvé à son bord. Les tireurs
ont pris la fuite à pied. En l’absence d’autorité centrale,
le quartier où s’est déroulé l’attentat est habituellement
sous le contrôle des agents de sécurité des hôtels.
La plupart des étrangers qui se rendent à Mogadiscio louent
les services de gardes privés.

Kate Peyton, 39 ans, faisait
partie du groupe de journalistes étrangers accompagnant une délégation
de parlementaires somaliens chargés de préparer l’arrivée
sur le sol national du gouvernement transitoire, le 21 février. Elle
s’était rendue au Sahafi International Hotel pour rencontrer le président
du Parlement, Sharif Hassan Sheikh Aden, qui siégeait depuis son investiture,
le 29 août 2004, à Nairobi, au Kenya.

Leonard VINCENT
Bureau Afrique / Africa desk
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17/10/04 (B268) Extrait du journal Réalités N° 108 – Election du Président de la Somalie. (Cet article nous a été signalé par la LDDH)

LA SOMALIE – SUR LA
BONNE VOIE ?
Le nouveau Président aura du pain sur la planche.

Le colonel Abdillahi Youssouf,
jusque là président du Puntland, est sorti vainqueur du scrutin
présidentiel organisé dimanche dernier à Nairobi, face
à 26 autres candidats, dont Abdikassim Salat Hassan, poulain du pouvoir
djiboutien et éliminé dès le premier tour. L’élection
du nouvel homme fort somalien suscite un immense espoir dans le monde, les
avis sont partagés dans la région.

La conférence de
réconciliation somalienne, ouverte au Kenya il y a deux ans sous l’égide
de l’IGAD semble avoir porté ses fruits. Les 275 députés
du Parlement de transition ont désigné, à une large majorité,
le colonel Abdillahi Youssouf, président de la région autonome
du Puntland, comme le nouveau Président intérimaire de la Somalie.

Abdillahi Youssouf est
loin d’être un inconnu dans la région. Dès 1978, il s’est
opposé à Siad Barré en créant à partir
de l’Ethiopie un mouvement armé connu sous le sigle SSDF (Front Démocratique
du Salut Somalien).

A la chute du dictateur
en 1991, il regagne son pays, mais n’arrive pas à s’imposer à
la tête de la Somalie. Il restera jusqu’en 1997 un des chefs de guerre
membre du Conseil National Somalien (NSC).

En 1998, il se replie
sur sa zone d’influence traditionnelle et devient ainsi le président
de la région autonome du Puntland. Homme à poigne, ce militaire
de carrière dirige alors cette zone d’une main de fer et refuse d’y
organiser des élections. Chassé du pouvoir en 2002, il n’hésite
pas à le reprendre de force quelques mois plus tard, certes avec le
concours de l’Ethiopie dont il reste un fidèle allié.

En 2001, comme plusieurs
autres chefs de guerre renommés, il boude souverainement le processus
de réconciliation intersomalien organisé à Arta sous
l’égide du chef de l’Etat djiboutien. L’élection du nouveau
Président de la Somalie, aujourd’hui âgé de 70 ans, semble
rassurer la communauté internationale désireuse de durablement
pacifier ce pays.

Le Secrétaire Général
des Nations-Unies, M. Kofi Annan a d’ailleurs fait une déclaration
dans laquelle il estime que cette élection constitue ” une nouvelle
étape importante vers le rétablissement de la paix et de stabilité
en Somalie, et il attend la formation, dans un proche avenir, d’un gouvernement
fédéral de transition capable d’entamer le processus de réconciliation
et de reconstruction dans un esprit de consensus et de dialogue “.

Cette étape sur
la voie de la reconstruction d’un Etat somalien unitaire, donc plus à
même de neutraliser certains groupuscules rassure également la
coalition engagée dans la lutte contre le terrorisme, qui suspecte
Al Qaïda d’avoir des bases dans la sous-région. Hantise également
d’un gouvernement éthiopien qui a maille à partir avec des mouvements
séparatistes pouvant utiliser une Somalie anarchique comme base arrière.
Mais ce choix est cependant loin de faire l’unanimité dans la corne
de l’Afrique.

Le Somaliland tout d’abord,
dont l’homme fut un voisin difficile en tant que président du Puntland,
considère avec méfiance la montée en puissance d’un leader
qui avait des visées territoriales affichées sur les provinces
somalilandaises de Sool et Sanag, ainsi que sur la ville de Las Anod. D’ailleurs,
dans son premier discours en sa qualité de Président fraîchement
désigné, M. Abdillahi Youssouf aurait promis qu’il oeuvrerait
à la restauration de l’intégrité territoriale de l’Etat
anciennement connu sous l’appellation de République Démocratique
de Somalie, ce qui implique bien évidemment à ses yeux le retour
du Somaliland dans le giron de Mogadiscio.

C’est pourquoi, aussitôt
les résultats proclamés, le gouvernement du Somaliland a tenu
une réunion extraordinaire à l’issue de laquelle une déclaration
officielle a été rendue publique par son ministère de
l’Information.

Dans ce document, le Somaliland,
fort d’une Constitution ratifiée par 97% de sa population, n’entend
pas renouer avec un passé unitaire dont les stigmates d’une guerre
civile sont encore vivaces.

Des tensions sont donc
malheureusement à craindre à ce niveau entre les deux voisins,
celui qui n’est pas reconnu sur la scène internationale étant
de surcroît affaibli par le retour programmé de l’administration
centrale somalienne dans le Puntland jusque-là plus ou moins autonome.
A ce chapitre enfin, il sera intéressant de suivre la position du plus
grand voisin, l’Ethiopie, qui entretient de bonnes relations avec les deux
entités.

Car, avant même
les Somaliens qui attendent des actes concrets du nouvel homme fort, cette
élection a concrétisé la suprématie de la diplomatie
éthiopienne dans la région, au grand dam des autorités
djiboutiennes.

Celles-ci ne portent pas
dans leur cœur le tombeur de leur protégé, Abdikassim Salat,
choisi à Arta en 2000 et digèrent difficilement la retentissante
faillite du processus jadis imaginé par le ” visionnaire national
“.

C’est donc une certaine
diplomatie djiboutienne, prétentieuse sans en avoir les moyens, projetant
le plus souvent sur la scène régionale de sombres calculs de
domination interne, qui est clairement sanctionnée.

Pour les affairistes du
pouvoir djiboutien, c’est la fin d’un lobby militaro-commercial qu’ils cherchaient
à établir à Mogadiscio, pour pouvoir profiter de la manne
financière qu’une communauté internationale désireuse
de participer à la reconstruction de la Somalie, était censée
déverser.

Mais le plus grand chantier
qui attend Abdillahi Youssouf se situe au plan intérieur. La pacification
complète du pays requiert de moyens financiers colossaux.

Le désarmement
de toutes les milices armées sera une tâche particulièrement
ardue et il n’est pas acquis que les chefs de guerre s’assagissent si leurs
appétits de pouvoir ne sont pas satisfaits comme ils y sont jusqu’à
présent habitués.

Dans un pays où
tout a été détruit, la mise en place d’une administration
centrale ne sera pas chose facile. La lutte contre le tribalisme et l’esprit
de clan est indéniablement un important défi que devra relever,
pour inscrire sa fonction dans la durée, cet ancien officier de l’armée
somalienne formé en Europe.

Rappelons qu’au cours
du long conflit civil qu’a connu la Somalie tout a pratiquement été
détruit et le nouveau pouvoir sera contraint de repartir de zéro.
Ainsi, depuis 1991 des centaines de milliers de somaliens sont morts de violence,
de famine et de maladies tandis que plusieurs dizaines de milliers ont pris
le chemin de l’exil. L’élite nationale a massivement émigré
en Europe, en Amérique et dans les pays arabes et africains. Il n’est
donc pas certain que les forces vives retournent dans leur patrie avant bien
longtemps. Pourtant ce pays est potentiellement riche. L’agriculture et la
pêche constituent ses atouts majeurs avec l’élevage.

Du fait du conflit les
Somaliens sont devenus une des populations les plus pauvres de la planète
vivant avec un revenu national par habitant estimé à 110 dollars
par an. En raison du chaos aucune donnée statistique fiable n’est disponible
faute d’administration centrale.

Pour réussir dans
sa mission de reconstruction nationale, le nouveau Président devra
impérativement convaincre ses compatriotes qu’il est bien l’homme de
la situation, capable d’œuvrer dans le sens d’un intérêt
général qui a si dramatiquement fait défaut au Peuple
somalien depuis si longtemps.

De ce contrat de confiance
dépend essentiellement la suite des événements, afin
que l’espoir suscité par cette élection ne soit pas déçu.
C’est, en tout cas, le sentiment majoritairement partagé à Mogadiscio.

Et c’est une fois cette
paix intérieure acquise, qu’il sera temps, si toutes les parties en
décident ainsi, de rechercher les voies et moyens de parvenir à
la réunification de la Somalie et du Somaliland. Car, à y bien
réfléchir, seuls des ennemis de la Nation somalienne peuvent
espérer qu’elle reste durablement divisée. Ce n’est pas notre
position.

Mais du temps est nécessaire
pour parvenir à la paix des cœurs et des esprits qu’impliquent
de telles retrouvailles. C’est ce que nous leur souhaitons de tout cœur.

(Extrait
de Réalité N° 108)

17/10/04 (B268) RSF : SOMALIE / Un journaliste mis en joue et menacé par la milice d’un président autoproclamé à Mogadiscio.

Quatre miliciens aux ordres
de l’homme d’affaires et dirigeant politique Abdinur Ahmed Darman ont gravement
menacé et brutalisé un journaliste somalien, à l’entrée
d’un camp de réfugiés de Mogadiscio, dans la matinée
du 16 octobre, sous les yeux d’une de ses cons¦urs.

« Reporters sans
frontières, une fois de plus, s’insurge contre le règne de la
terreur qu’entretiennent les chefs de factions en Somalie, en toute impunité.
Le businessman et dirigeant du parti de la République de Somalie unie
(USRP), Abdinur Ahmed Darman, devrait respecter le travail des journalistes
somaliens, dont le courage honore ce pays dévasté par treize
ans d’anarchie et de guerre. La façon dont ses hommes de main ont brutalisé
et menacé un journaliste augure mal de ses intentions pour la Somalie
», a déclaré l’organisation de défense de la liberté
de la presse.

Facilitateur d’affaires
et chef de l’Etat autoproclamé

Autoproclamé président
de la Somalie en juillet 2003 devant 5000 partisans réunis à
Mogadiscio, Abdinur Ahmed Darman et sa milice privée exercent un pouvoir
sans partage sur certains quartiers de la capitale et une partie du sud du
pays. Homme d’argent plus que chef de guerre, Abdinur Ahmed Darman, qui à
son retour d’exil en 2003 affirmait être un « facilitateur d’affaires
», a été accusé, dans un rapport de l’ONU, d’être
impliqué dans l’impression de fausse monnaie. Il est l’un des derniers
chefs claniques à refuser de reconnaître l’autorité du
président Abdullahi Yusuf, qui a prêté serment devant
le nouveau parlement somalien réuni au Kenya, le 14 octobre.

Abdullahi Yassin Jama,
journaliste de Radio Banadir, et Zeynab Abukar Mohammed, journaliste de HornAfrik
Radio, recueillaient le témoignage de civils réfugiés
au « Camp Bosnia », dans la capitale somalienne, après
que leurs maisons avaient été dévastées par des
pluies torrentielles. « A la fin de notre reportage, a raconté
Abdullahi Yassin Jama, quatre hommes armés se sont plantés à
l’entrée du camp et m’ont interpellé. Ils m’ont dit : ‘Montre-nous
ton magnétophone et ton enregistrement, et si nous entendons un seul
mot sur le gouvernement d’Abdullahi Yusuf, tu perdras la vie.’ » Lorsque
sa cons¦ur Zeynab Abukar Mohammed a vu qu’il avait été
interpellé par les quatre miliciens, elle s’est cachée derrière
un kiosque.

Selon le récit
qu’Abdullahi Yassin Jama a fait au Somali Journalist Network (Sojon), un observatoire
somalien de la liberté de la presse, un des miliciens aurait alors
placé le canon de son arme sur sa tête, après l’avoir
plusieurs fois giflé. Alors que, dans son enregistrement, une femme
déclarait qu’elle espérait que le « gouvernement somalien
au Kenya » lui accorderait « un nouveau logement », le journaliste
s’est enfui en courant, essuyant les tirs de Kalachnikov des miliciens d’Abdinur
Ahmed Darman. De son côté, Zeynab Abukar Mohammed a attendu le
départ des miliciens pour quitter le camp de réfugiés
et rejoindre sa rédaction. Tous deux sont aujourd’hui en sécurité.

Ecouter les journalistes
somaliens

Face à cette brutalité
et à l’impunité dont jouissent les hommes en armes en Somalie,
Reporters sans frontières réitère son appel aux parlementaires
et au nouveau Président à ne pas gâcher l’opportunité
qui s’offre à eux. « Puisqu’il s’agit de reconstruire le pays,
il ne faut pas le faire au détriment de journalistes qui, en dépit
de la violence permanente, continuent de faire leur travail, a conclu l’organisation.
La presse somalienne doit être non seulement protégée,
mais également soutenue et écoutée par ceux qui ont la
charge de créer une nouvelle Somalie. »

Leonard
VINCENT
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23/09/04 (B264) RSF / SOMALIE : Une milice aux ordres d’une cour islamique et d’un homme d’affaires attaque une radio de Mogadiscio

Un litige entre deux hommes
d’affaires a dégénéré en opération de représailles
d’un groupe de miliciens contre une radio locale de Mogadiscio, le 22 septembre
2004, entraînant l’arrestation d’un journaliste et l’agression d’un
employé.

Même si un parlement
de transition a enfin pris ses fonctions à la fin du mois d’août,
le territoire somalien demeure sous le contrôle de factions armées.
Toutefois, après l’effondrement de l’Etat et plusieurs années
de guerre, la justice coranique et les hommes d’affaires locaux, fonctionnant
sur des mécanismes claniques, pallient les carences de l’Etat dans
certains domaines.

« Nous ne cesserons
pas d’être scandalisés par le fait qu’une justice clanique, appuyée
par une soldatesque aux ordres, sévit dans la capitale somalienne,
a déclaré Reporters sans frontières. En attendant la
reconstruction de l’Etat, nous demandons aux cours islamiques, aux bandes
armées et aux hommes d’affaires de ne pas faire régner la terreur
et de respecter les journalistes. En outre, nous appelons les députés
du parlement de transition à prendre conscience de la responsabilité
qu’ils portent et de ne pas gâcher l’opportunité qui s’offre
à eux. Il s’agit de permettre aux Somaliens de vivre enfin librement
et, par conséquent, aux journalistes de ne plus craindre cette pseudo-justice
expéditive et arbitraire. »

Mercredi 22 septembre,
peu après 11 heures, deux pick-up bondés d’hommes en armes ont
stoppé devant le siège de Idaacadda Quriaanka Kariimka (Radio
Saint Coran), dans le district de Towfiq (nord de Mogadiscio). Affirmant vouloir
arrêter le directeur de la radio sur ordre de la cour islamique du district,
les miliciens ont brutalisé le garde de sécurité du bâtiment,
avant de s’en prendre au seul journaliste présent dans les locaux à
cette heure-là, Abdulrahman Abtidon Gabeire. Devant le refus du journaliste
de les suivre au siège de la cour islamique, les miliciens l’ont giflé,
ont tiré plusieurs coups de feu pour l’intimider et l’ont entraîné
de force dans leur véhicule. Abdulrahman Abtidon Gabeire a passé
une heure dans la prison du district avant d’être relâché.

La cour islamique du district
avait été saisie par un homme d’affaires de la capitale, importateur
d’une marque de lessive pour approvisionner le marché de Suuq Baiad.
Un homme d’affaires concurrent a alors acheté de l’espace publicitaire
sur Radio Saint Coran, qui diffuse sur la bande FM de Mogadiscio, pour prévenir
les consommateurs de ne pas acheter la lessive, sous prétexte qu’elle
serait « fausse ». Furieux, le premier entrepreneur a mis en demeure
Radio Saint Coran de ne plus diffuser la publicité, ce que la direction
de la radio a refusé. Le commerçant a alors saisi la cour islamique,
qui a, sans autre forme de procès, fait exécuter son ordre par
son bras armé.

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03/09/04 (B261) RSF APPEL POUR UN CAS EN SOMALIE : Le rédacteur en chef d’un quotidien indépendant du Somaliland interpellé pour la quinzième fois.

Pour
la quinzième fois en une dizaine d’années, le rédacteur
en chef du quotidien indépendant Jamhuuriya, Hassan Said Yusuf, a
été arrêté le 1er septembre dans son bureau de
Hargeisa, « capitale » de l’Etat autoproclamé du Somaliland.
Les journalistes travaillant à ses côtés ont rapporté
que son interpellation avait eu lieu alors qu’ils préparaient ensemble
la prochaine édition du journal. Une douzaine de policiers a fait
irruption dans la rédaction vers 23 heures en présentant un
mandat d’arrêt daté de la veille, mardi 31 août. Ils
ont transféré le journaliste au commissariat central de Hargeisa,
où il serait toujours détenu.

Le
chef de la police a affirmé que cette arrestation intervenait après
que Hassan Said Yusuf avait plusieurs fois refusé de répondre
à une convocation du procureur général. Il a également
soutenu que l’arrestation du rédacteur en chef de Jamhuuriya était
parfaitement légale et que son cas serait porté devant un
tribunal.

«
Nous appelons la police à libérer immédiatement Hassan
Said Yusuf et nous demandons des explications sur les motifs de son arrestation,
a déclaré Reporters sans frontières. Si aucune atteinte
majeure au droit des journalistes n’avait été recensée
récemment au Somaliland, cette arrestation, qui ressemble à
un énième épisode d’acharnement judiciaire, prouve
qu’il faut rester vigilant », a ajouté l’organisation.

Il
s’agit de la quinzième opération de police visant Hassan Said
Yusuf depuis qu’il a pris ses fonctions à la tête de la rédaction
de Jamhuuriya, il y a plus d’une dizaine d’années. En novembre 2003,
il avait été arrêté en pleine rue de Hargeisa,
pour des motifs similaires, avant d’être relâché sous
caution quelques heures plus tard.

Après
l’arrestation de leur rédacteur en chef, les journalistes du quotidien
Jamhuuriya se sont mobilisés en sa faveur. Toutefois, ils n’ont pu
ni lui rendre visite, ni entrer en contact avec le procureur général,
absent de son bureau.

Plusieurs
sources indépendantes à Mogadiscio, capitale de la Somalie,
affirment que le journaliste a été arrêté à
la suite d’un article publié le 30 août. Celui-ci faisait état
des réactions « inquiètes » de la Somalie et de
l’Inter-Governmental Authority on Development (IGAD), un organisme de coopération
régionale, devant le refus du Somaliland de participer à une
conférence de réconciliation nationale récemment convoquée.
L’administration du Somaliland, Etat du nord de la Somalie, a proclamé
unilatéralement son indépendance en mai 1991, mais n’a jamais
été officiellement reconnue par la communauté internationale.

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