26/05/99 (LIB 011) Lettre ouverte à MM Michel ROUSSIN – Président du Comité Afrique – MEDEF International, Michel FRANCK – Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris,

copies
à MM Arnaud Montebourg, Assemblée Nationale
Mr Ernest-Antoine Sellière, Président du MEDEF
cabinet de Me Martine Aubry
cabinet de Mr Hubert Védrine
Mr Josselin
AFP RFI ..

L’annonce
conjointe faite par le MEDEF et par la CCIP d’un PETIT-DEJEUNER DJIBOUTI,
réception ” d’affaires ” organisée pour célébrer le passage à Paris d’Ismael
Omar Guelleh pour ‘un dialogue direct sur l’environnement économique et la
sécurité des investissements’ paraît plus que surprenante au moment même où
le Parlement européen vient de condamner Djibouti pour ses atteintes répétées
aux Droits de l’homme.

Nous
ne pouvons que nous interroger, voire nous scandaliser de cette invitation
officielle d’appel à montage d’affaires et de projets faite à un homme qui
vient d’être ” élu ” après avoir fait emprisonner et torturer ses principaux
opposants afin de bénéficier d’une élection au calme, puis de bénéficier ensuite
des subsides et subventions donnés par la France.…

Il nous semble
utile de rappeler à votre connaissance, – ce que vous n’avez sans doute pas
suivi -, que le nouveau Président de la République de Djibouti estl’ homme
de confiance et désormais successeur du dictateur Hassan Gouled Optidon, célèbre
pour :

  • les actes de tortures multiples
    et répétés dans la Villa Christophe et dans les locaux
    de gendarmerie,
  • les exécutions sommaires
    : quatre personnes ont été encore fusillées par les
    forces de l’ordre, il y a une semaine, dans le Nord du pays ; une seule
    (80 ans) a survécu miraculeusement,
  • les arrestations et les séquestrations
    arbitraires : quarante prisonniers politiques croupissent à Gabode,
    sans jugement ni instruction en cours, dans des conditions d’hygiène
    effrayantes et sans soins médicaux,
  • les destructions de villages,
    de cheptels, de point d’eau, d’écoles dans le Nord et dans le Sud,
  • les viols,
  • l’entrave à la liberté
    de déplacement : Me AREF et de nombreuses autres personnalités
    se sont vus retirer leur passeport,
  • la corruption à grande
    échelle : comment M. Guelleh a-t-il pu s’offrir un palais immense
    dans un pays économiquement exsangue ?
  • l’entrave à la liberté
    syndicale et d’arrestation des principaux responsables (éducation,
    santé, etc.)
  • les déplacements de population,
  • etc..

Le 15 février
dernier, à l’annonce de l’emprisonnement arbitraire et de la torture par la
dictature djiboutienne, – préparant son élection présidentielle démocratique
-, de Me Aref Mohamed Aref, avocat international et défenseur des Droits de
l’Homme,

  • l’Association pour
    le Respect des Droits de l’Homme à Djibouti,
  • Avocats sans Frontières,

  • Amnesty International,

  • la FIDH,
  • la commission Africaine
    des Droits de l’Homme (OUA),
  • l’Union des Avocats
    Européens,
  • La Commission Internationale
    des Juristes,
  • et des dizaines d’associations
    internationales

relayés par des politiques
et des médias de bonne volonté, se mobilisaient, et organisaient un site web
d’informations en continu www/ardhd.org.

Via ce site, l’ARDH a
reçu des milliers de pétitions, et tenu au courant ses correspondants en temps
réel de l’évolution des emprisonnements et tortures à Djibouti.

Nous avons obtenu dans
un premier temps l’arrêt des tortures à l’encontre de Me Aref : enfermé dans
des conditions effroyables, dans une cellule de un m² constitué par les toilettes
à la turque de la prison, il est ensuite passé dans une cellule collective
de 30 détenus dangereux, puis dans une cellule de 4 personnes. Il vient d’être
libéré le 12 mai, le jour même d’une première et furtive annonce de la venue
à Paris d’Ismaël Omar Guelleh.

Nous vous demandons
d’annuler la réception prévue le 26 mai, pour préserver
l’image de la CCIP, du MEDEF et de leurs adhérents.

Jean-Loup SCHAAL
Président