28/10/07 (B419) AFP : MOGADISCIO – Somalie : civils en fuite, combats, manifestations, Mogadiscio dans le chaos (Info lectrice)

La capitale somalienne Mogadiscio était en proie au chaos dimanche, ravagée par de nouveaux combats qui poussaient les civils à prendre la fuite, tandis que des soldats éthiopiens ont tiré sur des manifestants, tuant trois d’entre eux.

Dans le même temps, les autorités somaliennes ont demandé à la population civile d’évacuer le quartier de Bakara dans le sud de Mogadiscio, en promettant d’accroître la répression contre les zones tenues par les rebelles.

Les forces gouvernementales somaliennes et les insurgés islamistes s’affrontaient en plein jour dans le sud de la ville, pour la deuxième journée consécutive, ont indiqué des témoins.

“Je vois des insurgés qui scandent “Allah Akbar (Dieu est grand), ils sont accroupis juste devant ma porte, et des forces somaliennes dans des blindés qui ouvrent le feu”, a raconté Anab Ali, un habitant du quartier de Hodan, dans le sud de Mogadiscio.

La veille, six civils avaient été tués dans des combats opposant les islamistes aux forces somaliennes et éthiopiennes.

Terrorisés par cette nouvelle éruption de violence, des centaines de civils tentaient de s’enfuir, chargeant leurs affaires dans des pick-up ou à dos d’âne.

“Personne ne peut supporter ce qui ce passe à Mogadiscio, cette violence sans interruption, qui fait des centaines de morts chaque semaine”, a déclaré Abdurahman Nure, un habitant du sud de la ville, qui s’enfuyait avec ses enfants à bord d’un véhicule Land Cruiser.

Depuis la chute début 2007 des tribunaux islamiques, chassés des régions qu’ils contrôlaient par les forces gouvernementales appuyées par l’armée éthiopienne, la violence est allée en s’accroissant à Mogadiscio. Les civils sont les principales victimes.

“Les insurgés (notamment des islamistes, ndlr) attaquent le gouvernement et les forces éthiopiennes presque chaque jour désormais”, a expliqué Fartun Adan Mohamed, mère de trois enfants, qui tentait elle aussi de quitter la ville.

“A chaque fois, nous, les civils, sommes la cible de l’armée éthiopienne et des forces somaliennes, et fuir est notre seule option”, a-t-elle ajouté.

La violence, qui se déroulait principalement la nuit jusqu’à récemment, se déchaîne aussi de jour désormais, rendant certains quartiers de la capitale invivables.

Un journaliste de l’AFP a constaté que des centaines de civils quittaient dimanche les zones d’Ali Kamin et de Hamar-Jadid, dans le sud de Mogadiscio.

Dans ce contexte, des centaines de personnes ont défilé dimanche dans les rues de la capitale pour protester contre la présence éthiopienne, aux cris de “A bas l’Ethiopie! A bas le gouvernement somalien!”, mais la manifestation s’est achevée dans le sang.

Les forces éthiopiennes ont ouvert le feu et tué trois personnes, selon des témoins.

“Un jeune garçon et deux autres civils ont été tués quand les forces éthiopiennes ont ouvert le feu. Nous étions en train de manifester contre eux et ils ont tiré pour disperser la foule”, a déclaré un des manifestants, Hussein Adan Suley.

Aucune confirmation n’a pu être obtenue de source médicale, mais un responsable de la police a reconnu sous le couvert de l’anonymat que trois personnes étaient mortes pendant la manifestation.

Cet officier a également indiqué que deux autres personnes avaient été tuées par ailleurs: un homme, abattu dans le quartier très dangereux de Bakara par des inconnus, et un policier, tué dans des circonstances qui n’ont pas été dévoilées.

Des manifestants ont aussi incendié un commissariat de police, le deuxième à être brûlé en deux jours dans le sud de Mogadiscio, a déclaré le maire de la ville, Mohamed Omar Habeb.

“Ils ont incendié un deuxième commissariat aujourd’hui”, a-t-il dit, précisant que les policiers avaient fui.

“Nous lançons un appel aux civils habitant Bakara pour qu’ils quittent le quartier, car nous allons pourchasser les insurgés qui y sont”, a aussi prévenu le maire.