14/03/13 (Brève 123) La voix au Chapitre : UNE CITOYENNETÉ CONTRARIÉE (Par Aïnaché (article déjà publié sur un autre site le 27 juin 2012)


Retrouvez toutes les chroniques d’Ainaché : Lien

LA VOIX AU CHAPITRE
du 27 juin 2012

UNE CITOYENNETÉ CONTRARIÉE

Par Aïnaché

Une des revendications principale durant la période coloniale était la reconnaissance aux personnes de leur statut de citoyen, qui avait été confisqué par les colonialistes pour un besoin évident de régner en maître absolu sur notre destin.

La division de notre peuple selon les circonstances en privilégiant tantôt telle communauté plutôt que telle autre d’une manière criante permettait à l’administration coloniale de se procurer une paix royale pour nous gouverner à sa guise .

Les plus avertis de nos responsables politiques avaient décelé le piège tendu par l’administration coloniale et ont combattu sévèrement cette politique de division de notre population.
Cette politique compromettait notre accession à l’indépendance. Elle nous cloisonnait en fractions ethnico-tribale et c’est l’une des causes qui a retardé de dix sept ans notre indépendance en regard de la grande vague de décolonisation, de la grande majorité des peuples d’Afrique, des années soixante.

Le rêve éveillé de tout djiboutien consistait tout bonnement à ne plus entendre parler de tribalisme entre nous et de guérir de ce cancer que le colonialisme avait fait germer dans nos esprits.
Bien entendu, les tribus existent et elles font partie de nos cultures et traditions ancestrales .

Elles nous enseignent nos origines souvent évoquées avec ” exagération” lorsque nous parlons de nos ancêtres glorieux.

L’Islam n’a pas glorifié non plus le tribalisme, en référence à la sourate (AL-HUJURAT -les Appartenants) Il est écrit ainsi : ” Ô hommes! Nous vous avons créé d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre connaissiez.

Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux. Allah est certes Omniscient et Grand-Connaisseur.”
Il faut reconnaitre, que le système tribal n’est pas arrivé dans les soutes des bateaux , avec le colonialisme. Il n’empêche, ils ont bien su en développer le coté négatif avec le concours de quelques nationaux cupides et créer ainsi le tribalisme.

Notre ambition était de nous défaire du tribalisme fétide qui nous divisait en détruisant notre unité et notre sens de la solidarité. Notre objectif consistait à développer le civisme qui privilégie ce qui nous a tant manqué : la reconnaissance à chacun dans son statut de citoyen.

Développer le civisme : tribu oui, tribalisme non !


Hélas, il est regrettable d’avouer que le tribalisme a survécu après l’indépendance et a même été amplifié par le tenant du pouvoir depuis trente cinq ans. Aujourd’hui, il est impossible de postuler un emploi public ou privé, faire des études ou même se soigner sans faire état de son appartenance tribale. Pour bénéficier de quoi que ce soit, il faut appartenir à la bonne tribu ou avoir un appui tribal.

Qui ne connait pas dans sa famille ou ses relations, des personnes privées de documents administratifs les plus élémentaires tel que: les pièces d’identités, la délivrance d’extrait de naissance ou le renouvellement de passeport etc…
Les plus démunis d’entre-nous, subissent des humiliations pour se faire délivrer ce genre de documents et finissent par y renoncer.

Dans le période coloniale, la discrimination n’allait pas aussi loin, car il était possible, et c’était de bonne guerre, que le postulant biaise sur son appartenance ethnico-tribale, ce qui n’est plus possible actuellement car le demandeur a affaire à ses compatriotes.
Il est désolant de constater, que les générations nées après le 27 juin 1977, tout au moins certaines d’entre elles, trouvent normales la pratique du tribalisme et y ont recours sans vergogne .

Ces jeunes sont après tout excusables car malheureusement, ils n’ont connu que cette pratique valorisée par nos dirigeants actuels qui ont trahi l’esprit de notre rêve. Ils n’ont pas connu non plus tous les dégâts causés par le système de division ethnico-tribale dans les périodes coloniales.

Le tenant du pouvoir s’est gardé de développer le civisme, encore moins de l’enseigner à la nouvelle génération.
Pour éradiquer cette carence, il appartiendra à la future équipe, qui accédera aux responsabilités politiques, de développer le civisme à tous les niveaux, dans les écoles, les médias et dans les associations.

Comme il me parait indispensable d’ instaurer l’enseignement de notre Histoire.

C’est une des priorités pour sortir de l’une des crises qui nous empêche de construire une nation digne de ce nom.

AÏNACHÉ