12/06/08 (B451) L’EXPRESS avec REUTERS : Les combats se poursuivent entre l’Erythrée et Djibouti

Les affrontements à la frontière de l’Erythrée et de Djibouti ont fait depuis trois jours neuf morts et 60 blessés dans les rangs de l’armée djiboutienne, selon un responsable du ministère de la Défense à Djibouti.

“Le combat se poursuit. Le bilan, jusqu’ici, s’élève dans nos rangs à neuf morts et 60 blessés”, a dit ce responsable qui a requis l’anonymat.

Les médias officiels djiboutiens ont rapporté qu’une centaine de soldats érythréens avaient été faits prisonniers.

Sans démentir ou confirmer les affrontements, les autorités d’Asmara ont accusé mercredi soir Djibouti de mener “des tentatives futiles et réitérées destinées à entraîner le gouvernement érythréen dans le climat d’animosité qu’il a créé”.

Le ministère érythréen des Affaires étrangères a affirmé qu’il ne se laisserait pas entraîner dans cette spirale.

La situation est tendue depuis deux mois entre Djibouti et Asmara en raison d’un différend frontalier.

Ces combats sont les premiers entre les deux pays de la Corne de l’Afrique depuis 1996.

Mardi soir, le ministère djiboutien de la Défense avait indiqué que les combats avaient éclaté dans le secteur du mont Gabla, dans le nord de Djibouti.

Cette zone, également connue sous le nom de Ras Doumeira, est située sur le détroit de Bab el Mandeb, entre la mer Rouge et la mer d’Oman, un point de passage stratégique pour la navigation entre l’Europe et le Moyen-Orient.

DEPLOIEMENT DE FORCES A LA FRONTIERE

Selon Djibouti, les combats ont commencé quand les Erythréens ont ouvert le feu sur des déserteurs de leur armée qui tentaient de fuir et les soldats djiboutiens ont riposté.

Les deux pays traversent depuis la mi-avril une crise diplomatique, Djibouti accusant l’Erythrée de construire des retranchements en territoire djiboutien.

Le président érythréen Isaïas Afwerki, dans une récente interview à Reuters, a qualifié les accusations djiboutiennes de “pure invention”.

L’Union africaine a dépêché ce week-end à Djibouti une mission d’évaluation dont les conclusions n’ont pas encore été rendues publiques.

“Une nouvelle fois, l’Erythrée cherche querelle et se trouve en situation de conflit avec les principaux éléments occidentaux présents dans la région”, a estimé Patrick Smith, rédacteur en chef de la lettre d’information “Africa Confidential”.

“L’Erythrée veut notamment prévenir Djibouti que s’il choisit de s’allier à l’Ethiopie, il s’exposer à un conflit avec Asmara”, a-t-il ajouté.

L’armée djiboutienne a annoncé que près des trois quarts de ses 11.000 hommes étaient déployés à la frontière de l’Erythrée. Ce dernier pays, l’un des plus militarisés d’Afrique, a une armée de plus de 200.000 hommes.

Djibouti abrite deux bases militaires étrangères, l’une française, l’autre américaine, cette dernière composée principalement d’unités antiterroristes.

C’est aussi le seul débouché vers la mer de l’Ethiopie, le grand rival de l’Erythrée. Les deux pays se sont affrontés entre 1998 et 2000 dans une guerre qui a fait 70.000 morts.

Depuis, les Éthiopiens ont envoyé des troupes en Somalie soutenir le gouvernement de transition face aux rebelles islamiques.

avec Jack Kimball à Asmara,
version française
Guy Kerivel et Gregory Schwartz

21/05/08 (B448) L’Express avec Reuters / Explosion dans un minibus à Addis-Abeba en Ethiopie, trois morts

Une explosion a fait trois morts et neuf blessés à bord d’un taxi minibus à Addis-Abeba, annonce la police éthiopienne.

Toutes les victimes figuraient à bord du véhicule.

“Trois personnes ont été tuées et neuf grièvement blessées par l’explosion d’un engin dissimulé par des terroristes présumés dans un minibus servant de taxi”, a précisé un porte-parole de la police dans la capitale.

La déflagration a eu lieu dans une rue située entre l’hôtel Hilton et le ministère des Affaires étrangères.

La police et l’armée accourues rapidement sur les lieux ont bouclé le secteur avant l’arrivée des pompiers.

“J’ai vu trois ou peut-être quatre corps sans vie qu’on emmenait”, a raconté un chauffeur de taxi.

Il pourrait s’agir du dernier en date d’une série d’attentats perpétrés dans la capitale éthiopienne et imputés par le gouvernement à des extrémistes soutenus par l’Erythrée voisine.

En avril, l’explosion de bombes dans deux stations-service avait fait trois morts et une dizaine de morts à Addis-Abeba. Les autorités éthiopiennes avaient pointé du doigt des rebelles soutenus par Asmara.

L’Erythrée dément régulièrement ces accusations.

Version française
Philippe Bas-Rabérin et Jean-Loup Fiévet

16/04/08 (B443) L’Express / Les six pirates du Ponant sont arrivés en France.

Les autorités somaliennes avaient donné leur accord pour l’expulsion des auteurs de la prise d’otage sur le voilier de luxe. Les six hommes, arrêtés vendredi, sont en garde à vue. S’ils étaient jugés en France, ce serait une première pour ce type d’affaire.

L es six pirates somaliens arrêtés vendredi par l’armée française au terme d’une prise d’otages d’une semaine sur le voilier de luxe Le Ponant ont été transférés dans la nuit de mardi à mercredi à Paris, a-t-on appris de source judiciaire.

Ils sont arrivés mercredi matin à bord d’un avion militaire dans un aéroport parisien et ont été placés en garde à vue.

“Ils sont en garde à vue”, a déclaré une porte-parole du parquet.

Le président somalien Abdoulahi Youssouf avait donné son accord pour l’expulsion de ces six hommes faits prisonniers en plein désert somalien, en possession d’une partie de la rançon, avait souligné mardi un haut magistrat français qui n’a pas souhaité être identifié.

Si les six hommes venaient à être jugés en France, ce serait le premier procès pour ce type de faits.

Ils ont été placés en garde à vue dans le cadre de l’enquête préliminaire ouverte lundi soir pour “détournement de navire, enlèvement et séquestration en bande organisée avec remise de rançon”, infraction passibles de la réclusion à perpétuité.

La section de l’instruction parisienne spécialisée dans la lutte contre la criminalité organisée sera saisie, et non la section antiterroriste, les faits étant de nature crapuleuse mais pas terroriste, a précisé le magistrat.

La garde à vue peut durer jusqu’à quatre jours et à son issue les suspects seront présentés à un juge d’instruction, mis en examen et sans doute placés en détention provisoire. L’issue logique de la procédure est un procès d’assises, mais la justice française a au préalable un long travail d’enquête.

Les 30 membres d’équipage du Ponant, rentrés lundi soir à Paris, vont être interrogés par la police, a-t-on expliqué. Une équipe de la police scientifique sera par ailleurs envoyée à Djibouti pour une expertise à bord du navire, a-t-il ajouté.

05/02/08 (B433) L’Express : “Il ne faut pas sauver Déby, il faut sauver le Tchad” (Info lectrice)

Propos recueillis par Vincent Hugeux

Président sortant de la Commission de l’Union africaine (UA), Alpha Oumar Konaré cédera son fauteuil au Gabonais Jean Ping à la mi-avril. Tchad, Kenya, Françafrique: connu pour son franc-parler, l’ex-chef de l’Etat malien livre en exclusivité à LEXPRESS.fr son diagnostic, au lendemain du 10e Sommet de l’UA, réuni à Addis Abeba (Ethiopie).

Le Tchad peut-il encore éviter de sombrer dans le chaos?

La solution ne peut être que politique. Au vu de l’embrasement sur le terrain, ce postulat paraît utopique. Mais il faut exercer de fortes pression sur tous les protagonistes, afin de créer les conditions d’un dialogue sérieux. Et il y a urgence. La première de ces conditions, c’est d’empêcher la prise du pouvoir par les armes. Il ne s’agit pas de sauver Déby, mais de sauver le Tchad. Une nouvelle aventure militaire conduirait ce pays à l’anarchie et y ouvrirait une période d’incertitude terrible. D’autant qu’en cas de victoire, les rebelles pourraient fort bien se déchirer entre eux.

Voilà pourtant des lustres que les leaders tchadiens agissent plus en chefs de guerre ou en chefs de clans qu’en hommes d’Etat.

Sur le front de l’ouverture politique, on a vu des progrès significatifs avec Idriss Déby, même si celui-ci n’est pas allé au bout du chemin. Et c’est parce qu’il y a eu blocage du processus de démocratisation engagé, lequel supposait des compromis difficiles, que certains ont misé sur l’option militaire. En affichant leur volonté de conquérir le pouvoir par la force, les opposants n’ont pas incité Déby à l’audace.

C’est le prix de cet échec que paye le Tchad.

Mais cet échec est aussi le nôtre.

Quant à nous, nous n’avons pas suffisamment plaidé auprès de lui en faveur des concessions, du partage, des avancées démocratiques. Parfois il faut savoir imposer, et si besoin sanctionner. Encore faut-il détenir les instruments de la sanction. Moi, si j’avais eu à ma disposition des troupes de l’Union africaine, je les envoyais dans les 24 heures.

Mandaté par l’UA, Muammar Kadhafi peut-il être au Tchad un médiateur crédible?

Il faut se rendre à évidence: si on le tient à l’écart, ça ne marchera pas. Le Guide libyen entretient des contacts avec tous les acteurs de la crise. C’est donc lui qui a le plus de cartes en main. Le sortir du jeu, c’est fermer les portes. Voilà pourquoi nous avons confié cette médiation à Kadhafi et (au président congolais Denis) Sassou Nguesso. Mais attention, pas un seul partenaire ne doit rester spectateur: ni la France, ni l’Europe, ni les Etats-Unis. Il faut éviter ce face-à-face funeste entre les rebelles et le régime, avec Paris coincé entre les deux.

Quel rôle doit échoir à la France, qui a plus d’une fois volé au secours de Déby?

Sans elle il est vrai, la victoire de la rébellion armée serait consommée. La France ne peut rien sans une présence africaine digne de ce nom. Elle doit jouer la carte de l’UA. Car avec ses bases militaires en Afrique, l’ancienne puissance coloniale se trouve prise au piège.

Le déploiement, à peine amorcée, de l’Eufor, la force européenne censée sécuriser les confins est du Tchad, survivra-t-il à cet épisode?

Sans règlement négociée, l’Eufor est condamnée.

Hostile à toute ingérence occidentale, le Soudan a-t-il orchestré cette offensive?

Là encore, soyons clairs. Il est certain que Khartoum n’est pas neutre dans cette affaire. Les véhicules blindés de la rébellion ne sont pas tombés du ciel. Voilà bien longtemps que le président Omar el-Béchir reproche à Déby de soutenir les rebelles du Darfour. Ce tête-à-tête, cet échange permanent de griefs mortels, reflète de part et d’autre une faiblesse du leadership. S’il y avait eu en temps utile une intervention résolue de l’UA et de l’Eufor, sans doute aurait-on pu enrayer le processus. On sentait bien le ton monter, on voyait les menaces et les attaques.

Comment invoquer aujourd’hui la surprise?

Le Tchad et le Soudan ont longtemps été des pays amis. Voilà bien le paradoxe: je ne suis pas sûr que Khartoum puisse dénicher un meilleur allié que N’Djamena, et vice-versa.

La Minuad, cette “force hybride” ONU-UA appelée à déployer 26000 soldats de la paix au Darfour, est-elle condamnée?

Pas sûr. La stratégie soudanaise résulte de l’exaspération que suscite chez Béchir l’enlisement des négociations avec les mouvements rebelles. Mais il a accepté le principe du déploiement de la Minuad. Sans ce déploiement de 26000 hommes, on va à la guerre totale. Mais cette Force ne suffira pas en l’absence de règlement politique.

Comment enrayer la descente aux enfers du Kenya?

Il faut renforcer la médiation de Kofi Annan et s’abstenir de multiplier les initiatives. Les Kenyans doivent revenir à la loi, aux règles de fonctionnement des institutions de l’Etat. Puisque la vérification de la validité du scrutin présidentiel du 27 décembre 2007 s’avère techniquement impossible, du fait de la disparition d’une partie des bulletins et des listes d’émargement, l’issue suppose une phase de transition.

Laquelle peut durer si nécessaire trois ou quatre ans, voire couvrir l’intégralité du mandat du président Mwai Kibaki, pourvu qu’elle se déroule dans la transparence et la légalité. On pourrait ainsi revenir au projet de réforme de la constitution, qui prévoyait notamment la création d’un poste de premier ministre.

Les élites de l’ethnie kikuyu, qui contrôlent l’essentiel des leviers économiques et financiers du pays redoutent de faire les frais d’un partage du pouvoir.

Cette crainte existe. Mais devant l’ampleur de la catastrophe, les patrons ou les banquiers ont compris qu’ils risquent d’être tous perdants. Eux peuvent peser en faveur d’un règlement négocié, ne serait-ce que parce qu’ils financent les campagnes électorales. N’oublions pas le précédent de l’Afrique du Sud, où la prise de conscience des hommes d’affaires a joué un rôle déterminant dans la fin de l’apartheid.

Il était clair que le statu quo était pour eux le moyen le plus sûr de tout perdre. L’autre leçon, c’est que si l’on veut prévenir de tels désastres, mieux vaut préparer soigneusement les élections. Les bâcler, c’est attiser les conflits ethniques, régionaux, religieux, au risque de dérives anarchiques. De même, là où il n’y a ni presse libre, ni pluralisme, ni aucun des critères constitutifs d’une société démocratique, le suffrage universel n’est pas la panacée. Loin s’en faut: si l’on vote demain en Somalie, les islamistes l’emportent.

Au regard de vos ambitions initiales, considérez-vous votre mandat à la tête de la Commission de l’UA, cet embryon d’exécutif panafricain dont vous
souhaitiez temps renforcer les prérogatives, comme un succès ou un échec?

J’en voulais davantage. D’ailleurs, si j’avais été certain d’obtenir plus, je ne serais pas parti. J’en suis venu à la conclusion qu’en me retirant, j’aidais la nouvelle équipe à aller de l’avant. En ce sens, je ne considère pas mon mandat comme un échec. Je souhaite au demeurant que mon successeur dispose de plus de pouvoirs que moi.

Des bases existent, qu’il faut consolider. Des institutions, certes fragiles, ont été mise en place. L’idée des Etats-Unis d’Afrique progresse, même si sa nature juridique fait encore débat. Ce n’est plus un tabou. En 2004, quand j’ai évoqué ce dessein, ce fut un tollé. Et ce n’est pas non plus une chimère. Même si la force du fait national complique la donne.

Que doit être ce continent unifié?

Un regroupement d’Etats-Nations, sur le modèle de l’Union européenne, alors même que dans beaucoup de nos pays, l’Etat est en échec? Ou un ensemble à l’américaine? La plupart des pays-membres rechignent à céder une partie de leurs pouvoirs aux institutions panafricaines et restent arc-boutés sur leur souveraineté nationale. Quant à la Commission, elle n’a pas résolu son problème d’identité.

S’agit-il d’un véritable exécutif ou d’un simple secrétariat?

Si c’est moitié-moitié, comme aujourd’hui, ça ne marche pas. L’imprécision des mandats permet toutes sortes d’intrusions des chefs d’Etat. Une certitude: rien ne se fera sans la mobilisation des peuples. Or, l’absence de l’opinion publique est l’un des grands handicaps de l’Afrique. Tout comme l’insuffisance de l’apport des intellectuels et des partis politiques dans ce débat sur l’intégration continentale.

Avec le recul, que retenez-vous du discours très controversé que Nicolas Sarkozy a prononcé en juillet 2007 à l’Université Cheikh Anta-Diop de Dakar?

Il nous a ouvert les yeux sur cette réalité : Nicolas Sarkozy n’est pas l’homme sur lequel on misait. Nous espérions fonder la relation entre l’Afrique et la France sur de nouvelles bases, sortir du pacte colonial. Or, l’idéologie de la Françafrique résiste. Hélas, certains collaborateurs du président français s’obstinent à défendre ce fameux discours. Au lieu de se taire ou de reconnaître leurs erreurs. Pour autant, je ne désespère pas complètement. On a entendu d’autres propos, d’une tonalité différente. Pour l’heure, il faut donc accorder au président Sarkozy le bénéfice de la méconnaissance.

09/12/07 (B425) L’EXPRESS ave REUTERS : Les islamistes s’emparent d’une localité au centre de la Somalie (Info lectrice)

Les insurgés islamistes somaliens se sont emparés samedi de la localité de Bule Burte, 220 km au nord de Mogadiscio, après une brève bataille contre les forces du gouvernement transitoire fédéral, rapportent des témoins.

“C’est vrai que les islamistes ont capturé Bule Burte, mais ils n’y resteront pas longtemps. Le gouvernement les combattra et reprendra la ville à l’ennemi”, a déclaré à Reuters par téléphone le chef du gouvernement de la province de Hiraan.

Les islamistes somaliens ont été chassés de Mogadiscio par les troupes éthiopiennes venues y installer le gouvernement transitoire, il y a un an, mais ils ont entrepris de reconquérir le pouvoir dans l’ex-colonie italienne livrée au chaos depuis plus de 15 ans.

23/10/07 (B418-B) L’EXPRESS : Affaire Borrel Manifestations contre la France à Djibouti (Info lectrice)

Vincent Hugeux

Trois défilés anti-français ont été orchestrés ce week end par le régime djiboutien. Les manifestants protestaient contre l’enquête de la justice française sur la mort du juge Borrel en 1995, qui met en cause des proches du président Ismaïl Omar Guelleh.

“Justice raciste !”, “Honte à toi, Sarkozy !”, “Touche pas à mon président !”: ce bref florilège reflète assez fidèlement la bourrasque hargneuse qui a soufflé, les 20 et 21 octobre, sur les trois défilés anti-français orchestrés par le régime djiboutien, ministres et députés en tête.

Il s’agissait, pour le “collectif d’associations” -paravent commode- censé sonner l’heure de la révolte, de flêtrir l’acharnement judiciaire dont serait victime le président Ismaïl Omar Guelleh, à l’heure où la vérité officielle sur l’assassinat en octobre 1995 du juge français Bernard Borrel, hâtivement maquillé en suicide au terme d’une enquête bâclée, fait eau de toutes parts.

S’il y eut acharnement dans cette affaire tortueuse, ce fut d’abord celui que Paris déploya pour dédouaner son protégé Guelleh, patron d’un Etat de la Corne de l’Afrique qui, du fait de sa situation, constitue un enjeu géostratégique majeur. Au point que la France, désormais exposée à la concurrence américaine, y entretient sa base militaire la plus imposante du continent.

Mais le vent a tourné. En recevant le 20 juin dernier à l’Elysée Elisabeth Borrel, la veuve du magistrat disparu, Nicolas Sarkozy a donné quelque consistance au serment de rupture avec l’ère des turpitudes françafricaines, tellement malmené par ailleurs. Il l’a fait avec d’autant plus d’entrain que le meurtre de Borrel, alors coopérant technique détaché auprès du ministre de la Justice djiboutien, fut le prologue de l’un des épisodes les plus sinistres de l’ère Chirac.

D’autres indices attestent le changement de cap.

A commencer par les mandats d’arrêts délivrés en octobre 2007 pour “subornation de témoins” contre le procureur général Djama Souleiman et le chef des services secrets de Djibouti, Hassan Saïd, renvoyés l’un et l’autre devant le tribunal correctionnel de Versailles, puis contre deux des exécutants présumés de la liquidation du juge, Awalleh Guelleh et Hamadou Hassan Adouani.

Autre indice, les perquisitions conduites en juillet -et contre l’avis du Parquet- aux domiciles parisien et provençal de Michel de Bonnecorse, patron de la cellule africaine de l’Elysée sous Chirac et avocat opiniâtre de la thèse du suicide, qu’il défendit notamment devant l’auteur de ces lignes au printemps 2006. Expédition menée deux mois après que les gendarmes de l’Elysée eurent interdit aux deux juges l’accès au “Château”.

Opportunément rediffusé dimanche soir sur “Canal + décalé”, la troublante enquête menée par l’équipe de Lundi Investigation recense de manière implacable les failles de l’une des fables les plus faisandées de la Chiraquie.

On y voit, document consternant, les deux juges initialement chargés de l’enquête, tituber le long d’une corde de rappel sur l’à-pic au pied duquel le cadavre à-demi carbonisé de Bernard Borrel fut découvert, pour conclure que le défunt avait parfaitement pu descendre en pleine nuit, et de son plein gré, ce toboggan rocailleux avant de se donner la mort puis de s’immoler par le feu…

On y entend les récits, convergents, de plusieurs témoins djiboutiens ; notamment celui d’un ex-membre de la Garde présidentielle, Mohamed Saleh Alhoumaneki, aujourd’hui exilé en Belgique, qui jure avoir entendu en décembre 1996 le commando supposé rassurer en ces termes Ismaïl Omar Guelleh, alors directeur de cabinet de son prédécesseur à la présidence, et qui d’ailleurs avait, en cette qualité, reçu Ayman al-Zawahri, l’idéologue d’al-Qaïda : “Le juge fouineur est mort, il n’y a pas de traces”.

On y découvre que l’un des deux hommes de main présumés s’est évadé de la prison de Djibouti peu après les faits pour se réfugier en Ethiopie, et que l’autre coule des jours tranquilles dans sa Tunisie natale. On y apprend que les notes de la DGSE -le renseignement extérieur français-, qui dépeignaient Guelleh sous les traits d’un affairiste dénué de scrupules, seront au fil du temps édulcorées sur ordre, jusqu’à vanter sa clairvoyance et son intelligence.

On y voit le chef de l’Etat djiboutien en détresse, battre en retraite sous les questions incisives d’un journaliste de Canal lors d’une conférence de presse donnée à Paris au Centre d’accueil de la presse étrangère, avant de filer à l’Elysée où Chirac s’empressera d’épingler une Légion d’honneur au revers de son veston.

Reste à savoir ce qui valut à Bernard Borrel une fin si funeste. Il enquêtait de trop près sur des trafics auxquels Guelleh était mêlé, avancent les uns ; une affaire de négoce clandestin de matières nucléaires, supposent les autres.

Avant de recourir à l’arme des manifs, Djibouti a tenté d’allumer un contre-feu. Suggérant que le juge Borrel fait partie des douze Français, dont deux diplomates, un enseignant, deux militaires, un prêtre et “un coopérant technique”, poursuivis pour agressions pédophiles sur des enfants des rues. Loin de nous la volonté de nier que de tels crimes aient pu être commis, hélas, là comme ailleurs. Mais la ficelle de cette diversion tardive a la finesse d’un cable de marine.

A l’évidence, il est une vérité qui échappe aux milliers de porteurs de pancartes djiboutiens, aussi sincères soient-ils : ce n’est pas la justice qui est raciste, mais l’injustice.

28/08/07 (B410) L’EXPRESS : Soupçonnés d’avoir exercé des pressions sur deux Djiboutiens, témoins dans l’affaire de l’assassinat du juge Borrel, deux proches du président Guelleh sont renvoyés devant le tribunal correctionnel de Versailles. La réaction satisfaite de Me de Caunes, l’avocat de la veuve du magistrat. (Info lectrice)

Deux hauts responsables djiboutiens, proches de l’actuel président Ismaël Omar Guelleh, viennent d’être renvoyés devant un tribunal correctionnel par la justice française. Le procureur général de Djibouti et le chef des services secrets sont soupçonnés d’avoir fait pression sur des témoins.

Leur avocat, Me Francis Szpiner, s’est dit certain que l’audience sera l’occasion d’un “débat public, loyal et contradictoire qui permettra à chacun de se faire une idée de la réalité des faits.” De son côté, Me Laurent de Caunes, avocat de la veuve du juge Borrel, y voit un pas important dans l’enquête sur la mort de l’ancien magistrat.

Comment réagissez-vous à l’annonce du renvoi en correctionnel de deux suspects pour subornation de témoins?

Il s’agit d’une excellente nouvelle. Nous touchons là à un aspect très important du dossier de l’assassinat du juge Borrel. Deux hauts responsables de la justice et de l’administration djiboutienne ont pris des risques importants pour faire revenir des témoins sur leurs déclarations. L’appareil d’Etat djiboutien a paniqué devant leurs révélations.

De quelles preuves dispose la justice française pour l’affirmer?

Deux tentatives ont eu lieu parallèlement. La première visait à obtenir la rétractation d’un ex-membre de la garde présidentielle, exilé en Belgique, Mohamed Saleh Alhoumekani. Il mettait en cause l’actuel président Ismaël Omar Guelleh. Or, il est établi que le procureur de Djibouti s’est lui-même rendu à Bruxelles pour l’intimider.

Il existe également des enregistrements de conversations téléphoniques. Par ailleurs, Ali Iftin, ex-chef de la garde présidentielle, avait rédigé un courrier afin de discréditer ce témoin gênant. Il a, depuis, quitté Djibouti et a reconnu avoir écrit le document sous la pression du chef des services secrets. On menaçait sa famille.

Un mandat d’arrêt européen a été diffusé à l’encontre du procureur général de Djibouti et du chef des services secrets de ce pays. Bénéficient-ils d’une immunité de par leur fonction?

Certainement pas. Et si le juge d’instruction a décidé de lancer un mandat d’arrêt, c’est bien qu’il existe des indices graves ou concordants les mettant en cause et qu’ils n’ont pas déféré à ses convocations.

Madame Borrel a rencontré Nicolas Sarkozy le 19 juin. Ce soutien de poids vous a-t-il aidé?

Disons que nous sentons assurément mieux épaulés qu’il y a encore cent et quelques jours…

13/08/07 (B408) Selon L’EXPRESS – Infos indiscrètes / Djibouti : l’armée US veut s’agrandir et multiplier la surface de son bac à sable par 12 ou 13. Si Guelleh acceptait la demande et que le nouveau loyer soit indexé sur celui du Camp Lemonnier, chaque Djiboutien pourrait théoriquement recevoir 1,7 millions de FDJ par an !!! (Info lectrice)

L’armée américaine, qui dispose à Djibouti d’une base militaire de 15 hectares, abritant un contingent de 1 700 hommes, a demandé aux autorités locales de mettre à sa disposition 190 hectares supplémentaires.

Une requête qui pourrait être liée aux inquiétudes que suscite au Pentagone la situation dans la Corne de l’Afrique, et notamment en Somalie.

____________________________________ Note de l’ARDHD

D’ici à ce que l’on apprenne que les USA ont choisi Djibouti pour y installer leur fameux quatrième commandement militaire pour l’Afrique …. il n’y a qu’un pas.

Certes aucune information précise (côté US) ne permet de le confirmer à ce jour, mais cet agrandissement du Camp Lemonier, sollicité par les Américains, semble être une décision qui pourrait aller dans ce sens.

Maintenant Guelleh
va-t-il accepter et répondre favaorablement aux USA pour la location ?

D’abord a-t-il les moyens de refuser ?

Probablement pas, tandis que les USA ont les moyens d’acheter Guelleh … et ils savent faire !

Le nouveau loyer exigé sera-t-il indexé sur la surface ?

Actuellement Guelleh loue 20 millions de US $ à l’hectare et par an, soit 300 millions pour les 15 ha du Camp Lemonnier. S’ils prennent 190 ha de plus, l’addition théorique passerait à 190 + 15 = 205 ha x 20 millions = 4 milliards et 10 millions d’US $ par an. (702 milliards et 812 millions de FDJ)

Guelleh ne les refusera pas ! A ce rythme sa fortune pourrait dépasser un jour celle de Bill Gates et d’autres fortunes parmi les premières du monde et sans aucune valeur ajoutée.

Et il ne donnera rien au peuple.

Pourtant la division de ce loyer théorique par 600.000 habitants (env.) permettrait de donner 1.171.853 FDJ par an à chacun des habitants (femmes, enfants, personnes âgées et hommes compris !!)