22/07/07 (B405) L’EXPRESS avec REUTERS / Ouverture d’une conférence pour la paix en Somalie (Info lectrice -Article daté du 19 juillet 2007)

Plusieurs centaines de chefs de clan, de responsables politiques et d’anciens chefs de guerre se réunissent à partir d’aujourd’hui pour une conférence visant à mettre un terme aux affrontements qui continuent d’opposer les islamistes à l’armée régulière.

Le chaos somalien

Une série d’explosions sur un marché populaire de Mogadiscio n’a pas empêché l’ouverture d’une conférence pour la paix organisée dans la capitale somalienne, en proie depuis quinze jours à des violences d’une rare intensité.

“La conférence a débuté. Le Premier ministre somalien Ali Mohamed Gedi est arrivé. Les explosions ne nous dissuaderont pas de poursuivre les discussions”, a déclaré une source proche des services de sécurité.

L’armée régulière somalienne, épaulée par des troupes éthiopiennes, a bloqué toutes les entrées du lieu de la conférence, un ancien bâtiment de la police situé dans le nord de la capitale.

Quelques heures avant l’ouverture de cette conférence, qui réunit plusieurs centaines de chefs de clan, de responsables politiques et d’anciens chefs de guerre, des soldats somaliens ont essuyé des tirs de mortier, de grenade et de roquettes sur le marché de Bakara, dans le centre de la capitale.

“Le ciel était illuminé par toutes ces explosions”, a confié à Reuters un commerçant, Mohamed Abdi. “Jusqu’ici, les attentats dirigés contre les forces de sécurité n’avaient jamais été aussi violents”, a-t-il ajouté.

UN HOMME TUE ET UNE FEMME BLESSEE

Selon des habitants du quartier, un homme aurait été tué et une femme blessée après l’explosion d’une grenade et la riposte des soldats somaliens à l’aide de leurs mitraillettes.

Un autre attentat, cette fois-ci une mine télécommandée, a visé un général somalien, sorti indemne de sa voiture, une légère blessure à la main.

Le gouvernement fédéral de transition espère que la conférence pour la paix débouchera sur des avancées concrètes, avec en toile de fond l’idée de mettre un terme au bain de sang dans lequel est plongé le pays depuis plusieurs mois.

Le cabinet provisoire du président Abdoullahi Youssouf peine à établir son autorité en Somalie depuis qu’il a chassé de la capitale, avec l’aide de l’armée éthiopienne, les extrémistes de l’Union des tribunaux islamiques, fin décembre.

Les forces armées sont quotidiennement la cible des rebelles islamistes restés dans la capitale. Le quartier de Bakara, considéré comme l’un des plus importants marchés d’armes au monde à ciel ouvert, est régulièrement le théâtre de tirs de mortiers, de grenades et de roquettes

16/06/07 (B400) L’EXPRESS : Somalie : un besoin de Casques bleus urgent (Info lectrice)

L’Onu
souligne l’urgence de planifier le déploiement d’une force pour pacifier
la Somalie où des combats opposent toujours islamistes et soldats éthiopiens.
Les Casques bleus épauleraient les maigres troupes de l’Union africaine.

Le Conseil de sécurité des Nations unies a souligné hier
“le besoin urgent” de planifier un éventuel déploiement
d’une force de l’Onu en Somalie, qui prendrait le relais des troupes de l’Union
africaine (UA). Le secrétaire général de l’Onu Ban Ki-moon
doit remettre un rapport dans les prochains jours au 15 membres qui composent
le Conseil. Les pressions des Quinze pour accélérer la planification
d’un déploiement sont “pleinement soutenues” par l’ambassadeur
adjoint de la Somalie à l’Onu, Idd Beddel Mohamed.

Retrait des Ethiopiens?

L’Union africaine a du mal à former une force de quelque 8000 soldats
pour pacifier la Somalie. Elle a pour l’instant déployé 1500
soldats ougandais, essentiellement à Mogadiscio. Le président
de la Commission de l’UA, Alpha Oumar Konaré, juge que le retrait à
l’heure actuelle des troupes éthiopiennes de Somalie conduirait à
“une catastrophe”.

“Mais en même temps, si l’Ethiopie reste, avec la tentation de
renforcer sa présence, cela peut bloquer la voie à toute tentative
de dialogue politique. Si les Ougandais restent seuls, la tentation sera grande
pour l’Ethiopie de rester”, a-t-il estimé. Avant d’ajouter: “C’est
pour cette raison que nous ne cessons de lancer un appel aux Etats africains
et aux partenaires, de nous aider à déployer d’autres troupes
(au sein de la force africaine). Sans ces troupes, Alpha Oumar Konaré
est certain qu’il y aura des problèmes. “C’est une dimension bien
comprise par la partie éthiopienne que nous devons aider à s’extraire
de cette situation”, a-t-il affirmé.

L’armée éthiopienne est intervenue en Somalie fin 2006 pour
déloger les tribunaux islamiques, qui avaient appelé à
la guerre sainte contre le régime d’Addis-Abeba et rejetaient l’autorité”
du gouvernement de transition, mis en place en 2004 pour stabiliser un pays
en guerre depuis 1991

04/04/07 (B389) L’EXPRESS (avec REUTERS) : les combats ont fait près de 400 victimes civiles en Somalie.

Des
diplomates américains, européens et africains ont lancé
un appel au calme en Somalie où les violents combats de ces derniers
jours ont fait près de 400 morts et de 700 blessés parmi la
population civile.

Ces diplomates se sont réunis au Caire dans le cadre du "groupe
de contact" international sur la Somalie pour discuter des moyens de
mettre fin aux affrontements et de faire face à l’afflux de réfugiés.

Les quatre jours de combats qui ont pris fin dimanche à Mogadiscio
sont considérés par les ONG comme les plus violents depuis quinze
ans et l’on craint que d’autres victimes restent ensevelies sous les décombres.

L’offensive lancée contre les insurgés islamistes par le gouvernement
somalien et ses alliés éthiopiens a aussi fait de nombreux morts
parmi les belligérants et les quartiers résidentiels ont essuyé
des tirs d’artillerie destructeurs.

Un calme précaire régnait mardi pour le deuxième jour
consécutif dans la capitale somalienne et les chefs du principal clan
de Mogadiscio, les Hawiye, ont rencontré les responsables militaires
éthiopiens, a rapporté Ahmed Diriye, porte-parole des Hawiye.

Les combattants des deux camps restent néanmoins retranchés
aux abords de la capitale et l’on craint une reprise rapide des combats.

L’Elman Peace and Human Rights Organisation, une ONG locale, a recensé
381 civils tués par les combats et 565 blessés.

Le Comité international de la Croix-Rouge a pour sa part dénombré
700 blessés dans les trois hôpitaux de la ville qu’il approvisionne.

Sudan Ali Ahmed, président d’Elman, a dit s’attendre à ce que
le bilan s’alourdisse. "Il y a encore des blessés et des morts
dans des maisons où personne ne s’aventure", a-t-il déclaré
à Reuters.

L’Ethiopie a fait état de 200 insurgés tués.

ACCUEIL
HOSTILE DES REFUGIES

L’Union européenne a lancé un appel à
un cessez-le-feu durable afin de permettre aux travailleurs humanitaires d’accéder
aux victimes.

"Nous sommes profondément préoccupés par l’impact
humanitaire du conflit à Mogadiscio et par le bombardement aveugle
de zones à forte densité de population", dit un communiqué
conjoint de Louis Michel, commissaire européen au Développement
et à l’Aide humanitaire, et de Javier Solana, porte-parole de la diplomatie
européenne.

Selon les Nations unies, près de 50.000 personnes ont fui Mogadiscio
ces dix derniers jours, portant le nombre de réfugiés à
près de 100.000, soit le dixième de la population de la capitale.

Pour le Haut commissariat des Nations unies pour les Réfugiés
(HCR), l’exode rappelle celui consécutif au renversement du président
Mohamed Siad Barre, en 1991, qui fut suivi de quinze ans d’anarchie.

Les réfugiés ont été accueillis avec hostilité
en de nombreux endroits où on leur a extorqué des sommes exorbitantes
pour louer un abri ou même un peu d’ombre, a rapporté le HCR.

L’intervention, en fin d’année dernière, des troupes
éthiopiennes, a été décisive pour repousser les
miliciens de l’Union des tribunaux islamiques (UTI), qui contrôlaient
Mogadiscio depuis six mois, et qui étaient en passe de prendre Baidoa,
siège du gouvernement de transition du président Abdullahi Yusuf.

L’UTI, qui nie tout lien avec Al Qaïda, a été rapidement
repoussée puis chassée de la capitale somalienne. Mais les islamistes
sont par la suite parvenus à se regrouper dans leurs bastions de Mogadiscio.

Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe, a déclaré
à la réunion du Caire que la réconciliation était
la seule solution mais qu’elle ne devait pas englober "ceux qui ont choisi
la voie de la violence et de l’extrémisme", apparente allusion
aux islamistes.

Les Etats-Unis, qui soutiennent le gouvernement et son allié éthiopiens,
affirment depuis longtemps que, pourvu qu’ils renoncent à la violence,
tous les Somaliens – y compris les islamistes – doivent participer à
la conférence de réconciliation prévue le 16 avril à
Mogadiscio.

DEPLOIEMENT D’UNE FORCE D’INTERPOSITION DE L’UA

Des experts somaliens n’espèrent guère que la réunion
aille au-delà d’un soutien à la conférence de réconciliation
nationale. "En fait, le fond de l’affaire c’est la totale inaction de
la communauté internationale en Somalie", a confié un diplomate.

Le vice-ministre norvégien des Affaires étrangères, Raymond
Johansen, a déclaré que la présence militaire éthiopienne
en Somalie n’était pas viable et qu’il était temps se préparer
à un retrait.

Moussa l’a approuvé en disant que la solution était de déployer
une force de l’Union africaine tandis que les Ethiopiens se retireraient.

Quelque 1.200 militaires ougandais, avant-garde de cette force de maintien
de la paix que l’Union africaine, n’ont pas réussi à éliminer
les violences et sont devenus eux-mêmes la cible des insurgés.

Le président érythréen Isaias Afwerki a déclaré
à l’issue d’une rencontre avec son homologue ougandais Yoweri Museveni
que Kampala devrait se retirer.

"L’Ouganda doit prendre des mesures correctives concernant son initiative
hâtive d’envoyer des troupes", écrit le site gouvernemental
shabait.com en citant Isaias.

Le "groupe de contact" comprend des représentants de l’Union
européenne, de la Grande-Bretagne, de l’Italie, de la Norvège,
de la Suède, de la Tanzanie et des Etats-Unis et les Nations unies
ainsi que l’Union africaine y ont un statut d’observateurs.

20/02/07 (B383) L’EXPRESS avec Reuters. Les armes font à nouveau la loi à Mogadiscio

Abdi
Nur possédait déjà un pistolet. Mais pour protéger
sa femme et ses trois enfants, cet habitant de Mogadiscio vient d’acquérir
un fusil d’assaut AK-47 payé au prix fort, tant les armes sont recherchées
dans la capitale somalienne.

L’installation
à Mogadiscio du gouvernement reconnu par la communauté internationale,
après sa victoire éclair contre les combattants islamistes en
décembre, n’a guère apporté la sécurité
aux habitants de la capitale.

"Mes
voisins ont été attaqués à plusieurs reprises
par des voyous armés de mitrailleuses, c’est pourquoi j’ai acheté
un AK-47", explique Nur.

"Ce
sont des voyous qui nous terrorisent jour et nuit. Et il y en a d’autres qui
se cachent entre nos maisons pour tirer des obus ou des roquettes contre le
gouvernement, qui réplique et nous touche nous."

Après
sa victoire grâce à l’appui décisif de l’armée
éthiopienne, le gouvernement avait manifesté la volonté
de désarmer Mogadiscio, ville d’un million d’habitants plongée
dans le chaos depuis 1991 mais qui avait retrouvé un semblant de calme
en six mois d’application stricte de la loi islamique.

Peu d’armes
ont toutefois été rendues et elles sont désormais de
retour dans les rues de la capitale.

Comme
des dizaines d’autres habitants, Nur a pris les choses en main et a rejoint
un groupe d’autodéfense chargé de protéger la population
non seulement contre les bandes criminelles mais aussi contre les rebelles
organisés.

"Nous
patrouillons dans les rues jour et nuit, en équipes", dit-il.

"J’avais
un pistolet chez moi mais ce n’est pas suffisant. Il me fallait une arme plus
grosse."

ÉNORMES
BÉNÉFICES

Dans une
ville où les armes font la loi depuis le renversement du dictateur
Mohamed Siad Barré, il n’est guère difficile d’en trouver une,
à condition de pouvoir la payer.

"L’insécurité
a augmenté la demande", constate un trafiquant d’armes sur le
marché de Cirtogte ("tireur en l’air" en somali).

"Un
AK-47 coûtait 200 dollars avant la prise de Mogadiscio par le gouvernement.
Il peut désormais coûter jusqu’à 400 dollars. Un pistolet
qui partait pour 230 dollars monte désormais à 400 dollars",
ajoute cet homme qui tient à conserver l’anonymat.

Armes
de poing et fusils semi-automatiques – les fameuses Kalachnikov – sont les
plus recherchés. Les obus de mortier et les grenades tirés quasi
quotidiennement contre les forces gouvernementales et éthiopiennes
sont aussi fortement demandés.

"Il
y a trois catégories d’acheteurs", détaille le trafiquant.
"Les gens ordinaires, les bandits et ceux qui se préparent à
combattre les forces étrangères. Ils achètent des armes
lourdes et légères, notamment des obus de mortier en masse."

La plupart
des armes sur le marché proviennent de l’énorme arsenal laissé
derrière eux par les islamistes.

Même
si le gouvernement a bloqué l’un des principaux points d’entrée
du trafic d’armes à Mogadiscio, les affaires restent florissantes pour
les vendeurs.

"J’ai
choisi de vendre des armes en raison des énormes bénéfices.
On peut facilement faire des marges de 100%", explique le trafiquant,
dans un sourire.

"Je
fais des affaires. Je veux seulement gagner de l’argent, pas tuer des gens.
Celui qui achète des armes est responsable de leur utilisation",
ajoute-t-il.

Le gouvernement
fonde ses espoirs de stabilisation sur le prochain déploiement d’une
force de maintien de la paix de l’Union africaine. Cependant, la mission de
l’UA sera non seulement compliquée par la menace des combattants islamistes
mais aussi par la culture des armes à feu répandue dans quasiment
toutes les familles du pays.

Le
trafiquant d’armes prévient: "Il y a suffisamment d’armes dans
ce pays pour alimenter la guerre pendant encore 10 ans."

17/11/06 (B369) L’Express : Conseil de sécurité ” Trop d’armes en Somalie”. Par Isabelle Tallec.

vendredi
17 novembre 2006, mis à jour à 11:19

Le
Groupe d’experts indépendants, nommé par l’ONU pour surveiller
l’application de l’embargo sur les armes imposé à la Somalie,
appelle à renforcer le blocus par une surveillance accrue de ses côtes
et de ses frontières afin d’éviter une guerre civile totale
dans ce pays

Le Groupe
d’experts indépendants, nommé par l’ONU pour surveiller l’application
de l’embargo sur les armes imposé à la Somalie, appelle à
renforcer le blocus par une surveillance accrue de ses côtes et de ses
frontières afin d’éviter une guerre civile totale dans ce pays,
selon un rapport qui doit être discuté vendredi par le Conseil
de sécurité.

D’après
ce document, les Tribunaux islamiques, qui contrôlent une grande partie
du territoire somalien, bénéficient du soutien militaire de
l’Erythrée, de l’Iran, de la Syrie, du Hezbollah libanais,
de l’Egypte, de la Libye, de l’Arabie saoudite et de Djibouti.
Les experts constatent que l’embargo onusien sur les armes est violé
presque quotidiennement.

Risques
d’extension de la guerre civile

Ils
recommandent "de réduire grandement, voire d’interrompre totalement,
l’entrée d’armes en territoire somalien par la mise en place d’une
surveillance totale des frontières et d’un effort de prévention"
grâce à des forces militaires navales, aériennes et terrestres.
Le groupe suggère une campagne de prévention par mer et par
air menée par les pays de la région appuyés par les forces
internationales présentes dans la zone, avec le soutien de l’Organisation
internationale de la navigation et l’Organisation internationale de l’aviation
civile. Sur terre, une mission d’observation de l’ONU devrait être déployée
et aidée par les autorités douanières des Etats de la
région, recommande encore ce texte.

Le rapport
met en garde contre les risques d’une extension de la guerre civile entre
le gouvernement de transition somalien et les miliciens des tribunaux islamiques
à tout le territoire somalien. Le groupe recommande également
un gel des avoirs financiers de toutes les entreprises somaliennes liées
à l’une des factions aux prises en Somalie et dont les avoirs peuvent
servir à l’achat d’armes interdites par l’embargo.

C’est
en octobre 2005 que le Conseil de sécurité, « s’indignant
de l’augmentation considérable des flux d’armes et de munitions qui
arrivent en Somalie ou transitent par celle-ci », a décidé
de réactiver l’organe chargé de surveiller l’embargo sur les
armes imposé au pays en 1992, et qui avait été créé
en 2004. Dans sa résolution 1587, le Conseil de sécurité
lui a notamment donné pour mission d’enquêter sur l’application
d’un embargo général et complet sur toutes les livraisons d’armes
et d’équipements militaires à la Somalie et sur ses violations;
évaluer les mesures prises par les autorités somaliennes ainsi
que les Etats Membres; et formuler des recommandations précises touchant
les violations constatées et les mesures à prendre pour donner
effet à l’embargo.

20/10/06 (B366) L’Express : à écouter un commentaire Vidéo de grande qualité de Christian Barbier (a écouter absolument)

LIEN :
http://www.lexpress.fr/idees/debats/dossier/editobarbier/dossier.asp?ida=453491

29/05/06 (B352-A) L’Express / CIA : l’agence tous risques.

Lien avec l’article : http://www.lexpress.fr/info/monde/dossier/bush/dossier.asp?ida=438435
L’Express du 25/05/2006

CIA : l’agence tous risques

De notre correspondant Philippe Coste

Marginalisé et humilié, le fleuron du renseignement américain se voit doté d’un nouveau directeur. Saura-t-il lui rendre crédibilité et efficacité?

L’affaire est plutôt drôle; assez minable, en tout cas, pour achever e mythe de la toute-puissance de la CIA. Alors que le prochain patron de la légendaire Central Intelligence Agency, l’austère général Michael Hayden, poursuit ses auditions devant le Congrès, les médias américains se focalisent sur les frasques d’un adjoint du précédent directeur, Porter Goss, un certain Kyle «Dusty» Foggo, accusé d’avoir attribué à un ami businessman, moyennant bakchich, le monopole des approvisionnements en bouteilles d’eau minérale des agents en poste en Irak. Ce petit arrangement d’épicier finançait son train de vie de barbouze hollywoodien, ponctué de parties de poker dans une suite bondée de call-girls de l’immeuble Watergate de Washington et agrémenté de vacances en famille dans des châteaux en Ecosse ou des palaces de Hawaii à 10 000 dollars la nuit.

Des fuites en série à la presse

Il ne manquait plus que ce ripou de série B pour conforter l’image inepte et bureaucratique du fleuron de l’espionnage américain, déjà humilié par les attentats du 11 septembre 2001, que l’organisation n’a pas su prévenir, et par la polémique sur l’absence d’armes de destruction massive en Irak. La Central Intelligence Agency apparaît déchue de sa position «centrale», en raison de la prééminence de l’armée et du Pentagone depuis 2001: la CIA a même été inscrite, l’année dernière, comme n’importe quelle autre organisation, dans un nouvel organigramme regroupant les quelque 15 services de renseignement américains.

Ironie de l’histoire, Porter Goss, nommé grand patron de l’agence par George W. Bush en août 2004 et entré en fonction en octobre de la même année, espérait, en s’entourant de vieux briscards des services clandestins de la CIA comme Dusty Foggo, rendre discrétion, discipline et efficacité à une administration de 17 000 fonctionnaires civils dont les deux tiers sont cantonnés dans l’immense quartier général de Langley, près de Washington. En augmentant de moitié le nombre d’agents en poste à l’étranger, le directeur entendait combler le déficit en human intelligence (le renseignement de terrain), qui minait la CIA depuis la fin de la guerre froide. Mais sa poigne n’a pas calmé les dissensions internes, ni le malaise existentiel de Langley.

L’amertume ambiante se traduisait par des fuites en série à la presse, ou par des éditoriaux-fleuves d’analystes démissionnaires ou retraités, acharnés à prouver que leurs mises en garde sur l’Irak n’avaient pas été prises en compte par la Maison-Blanche. La crise a pris un tour sidérant le 4 mai, lorsqu’un ancien espion a apostrophé le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, en plein discours à Atlanta, lui reprochant d’avoir menti sur les prétendues relations de Saddam Hussein avec Al-Qaeda.

Porter Goss, «politique» républicain et ancien de la Maison, n’ignorait pas le lien entre ces déballages et les sondages catastrophiques du président, et entendait faire taire les bavards, congédiant récemment une employée soupçonnée d’avoir informé des journalistes sur le transfert de supposés terroristes vers des pays pratiquant la torture. Il espérait au moins, par cette démonstration de zèle, gagner les faveurs de Bush. Mais ses efforts pour court-circuiter le nouvel organigramme du renseignement américain lui ont coûté son emploi.

En créant, en février 2005, un poste de patron du renseignement (director of National Intelligence), dévolu à John Negroponte, ancien ambassadeur à l’ONU et à Bagdad, Bush a établi une structure chargée de chapeauter un essaim d’agences en bisbille permanente: outre la CIA, on y trouve 14 organismes, liés au Département d’Etat ou, le plus souvent, au Pentagone. Le National Reconnaissance Office, par exemple, est chargé des satellites, alors que la toute-puissante National Security Agency est responsable des écoutes téléphoniques; celle-ci compte, à elle seule, des effectifs deux fois plus nombreux que ceux de la CIA.

«Un monstre bureaucratique»

La réorganisation sauvera-t-elle le renseignement du marasme? «Pas sûr, grince Reuel Marc Gerecht, ancien “clandestin” de la CIA. En un an, le superministère de John Negroponte est déjà devenu un monstre bureaucratique de 1 000 employés. Il y a pléthore. Les surcapacités technologiques et le cloisonnement des structures rendaient déjà sourde et myope la CIA, comme tout le renseignement américain.»

Michael Hayden, ancien adjoint de John Negroponte, promet de poursuivre la réforme de l’agence. Toutefois, sa nomination suscite déjà quelques questions. Car ce général de l’armée de l’air dirigeait, entre 1999 et 2005, les services d’écoutes de la NSA, qui compilaient en secret les numéros de téléphone composés par des dizaines de millions d’Américains, dans l’espoir de mettre au jour des réseaux terroristes. Lancée il y a quelques semaines, la polémique touche peu l’opinion, moins soucieuse des méthodes employées que du talent de ses espions à empêcher un nouveau 11 septembre. C’est le seul point qui compte, en effet. Et il suscite toujours l’inquiétude.

Torture délocalisée

Cela pourrait s’appeler «Air Barbouze», tant la flotte de 26 avions affrétés par la CIA subit des rotations dignes d’une compagnie régulière… Revenue de Washington à la mi-mai, une mission du Parlement européen confirme que, au terme de 1 000 vols non déclarés au-dessus du Vieux Continent depuis 2001, quelque 50 détenus supposés être des terroristes ont été transférés par les services américains vers des destinations plus lugubres les unes que les autres: centres de détention disséminés dans divers pays européens réputés «sûrs», prisons égyptiennes ou syriennes connues pour leur recours systématique à la torture ou bases afghanes tenues par les forces spéciales américaines et les agents de la CIA. Le Comité de l’ONU contre la torture réclame, dans un rapport publié le 19 mai, que les Etats-Unis prennent des «mesures énergiques pour éradiquer toute forme de torture».

Un général à l’écoute

En 1999, Michael Hayden, tout juste nommé directeur de la National Security Agency (NSA, Agence nationale de sécurité), avait été terrifié par un film d’espionnage. Ennemi d’Etat mettait en scène les bureaucrates de la NSA et reflétait l’image désastreuse de l’agence ultrasecrète d’écoutes téléphoniques. Hayden est ainsi devenu le premier directeur à lever un peu le silence entourant ce service du Pentagone fort de 40 000 techniciens et d’un budget de 3,6 milliards de dollars, dont l’existence même se voulait, depuis sa création, en 1952, un secret d’Etat.

Fondée pour décrypter les communications soviétiques, la NSA a dû, dès 1978, céder au seul FBI le droit de conduire des écoutes aux Etats-Unis. Mais Hayden, qui ne cessait, avant le 11 septembre, de rappeler la légalité des activités de son agence, a tenté, au lendemain des attentats, d’obtenir des compagnies téléphoniques le relevé des communications de… toute la population américaine.

16/11/05 (B324) LIBERIA : Election de la première femme à la tête d’un Etat africain (L’Express). Elle ne devrait pas être la dernière … ! (Info lecteur)

Après les élections au Liberia
Les femmes, avenir de l’Afrique

Axel Gyldén

Ellen Johnson Sirleaf a remporté le second tour de la présidentielle libérienne avec 59,4% des voix face à l’ex-footballeur George Weah. Première femme chef d’Etat du continent, elle n’est sans doute pas la dernière

D’Afrique parvient enfin une bonne nouvelle! L’élection au Liberia, confirmée aujourd’hui, d’Ellen Johnson Sirleaf, première présidente du continent – qui, avec 60% des suffrages, a largement distancé l’ex-ballon d’or George Weah – est saluée comme une victoire pour l’ensemble des femmes et un espoir pour l’avenir. «Cela aurait été terrible qu’une personne si éduquée et si compétente perde face à un simple footballeur», a déclaré une parlementaire ougandaise. Grand-mère de 67 ans affectueusement surnommée «Mum» par ses supporters, l’économiste Ellen Johnson Sirleaf, formée à Harvard, a commencé sa carrière à la Citibank et à la Banque mondiale avant d’entrer en politique, en 1972. Dans son pays, ravagé par quatorze ans de guerre civile (1989-2003, 150 000 morts) et où stationnent encore 15 000 Casques bleus, sa tâche est immense. Elle devra réinsérer socialement des centaines de milliers d’enfants soldats, rétablir l’eau, l’électricité et les routes.

Qui, mieux qu’une femme, est en mesure de relever un tel défi ?

Depuis les indépendances, le bilan des dirigeants africains peut se résumer, en exagérant à peine, à la corruption et aux guerres. Le sexe dit «faible», lui, tient le continent à bout de bras. Dans les champs, sur les marchés, au sein des structures qui pratiquent le microcrédit, ce sont les femmes qui font tourner l’économie et assurent la survie générale. En politique, l’éducation et la santé sont, en raison de leur sensibilité maternelle, leurs priorités. Au reste, leur implication directe dans les affaires de la cité augmente. Après avoir participé, parfois armes à la main, à la lutte anti-coloniale, elles ont été marginalisées à l’indépendance. Les voici de retour. Les Parlements du Mozambique, d’Afrique du Sud, du Burundi comptent désormais plus de 30% de femmes (12% en France). Au Mozambique, le Premier ministre, Luisa Diogo, s’impose comme un grand leader. Au Kenya, Wangari Maathai a reçu, l’année dernière, le prix Nobel de la paix pour sa lutte contre la déforestation. Au Botswana, l’une des économies les plus performantes du continent, Linah Mohohlo, gouverneur de la Banque centrale depuis 1999, reste une référence. Et en Afrique francophone?

http://www.lexpress.fr/info/quotidien/actu.asp?id=1137