30/12/2015 (Brève 590) SURVIE : La France lâche les droits de l’Homme à Djibouti, communiqué de l’ARDHD

Lien avec le site de Survie : http://survie.org/francafrique/djibouti/article/la-france-lache-les-droits-de-l-5060

SurvieSurvie soutient ce communiqué du 29 décembre de l’Association pour le Respect des Droits de l’Homme à Djibouti (ARDHD) et s’inquiète de la répression accrue qui s’abat sur la Ligue Djiboutienne des Droits de l’Homme (LDDH). Ses membres seront-ils contraints à la clandestinité ?

Les élections présidentielles djiboutiennes sont dans trois mois, la France pourtant interpellée par les associations de droits de l’Homme craindrait-elle de se priver d’un tel allié, alors que celui-ci regarde ailleurs et noue des alliances nouvelles…?

01/11/2015 (Brève 500) INVITATION Le fonds de dotation Les Amis de François-Xavier Verschave et l’association Survie vous invitent au colloque : « Peut-on encore analyser les relations franco-africaines sous l’angle de la “Françafrique” ? » Samedi 14 novembre 2015, 8h30-18h, Université Paris 7 – Diderot

Lien avec le site de Survie : http://agenda.survie.org/showevent.php?id=827

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A l’occasion des 30 ans de l’association Survie et du dixième anniversaire de la mort de François-Xavier Verschave, qui en fut le président de 1995 à 2005, ce colloque, où sont invité.e.s des intervenant.e.s de France et d’Afrique francophone, de la sphère académique et de la société civile, vise à ré-interroger ensemble le concept de Françafrique, qui s’est peu à peu invité dans le débat public et dans la recherche universitaire, mais reste l’objet de débats et controverses.

Avec Alain Deneault, Aminata Traoré, Boubacar Boris Diop, Brice Mackosso, Géraud de la Pradelle, Jacques Morel, Jean Merckaert, Marielle Debos, Mathieu Rigouste, Odile Biyidi, Raphaël Granvaud, Saïd Bouamama, Thomas Deltombe,

Lieu : Amphi 5C, Halle aux Farines de l’université Paris 7 – Denis Diderot (10 rue Françoise Dolto 75013 Paris).
RER/Métro : station Bibliothèque François-Mitterrand ; lignes de bus n° 89, 62, 64, 325
Inscription gratuite en envoyant NOM et Prénom par courriel à contact@lesamisdefxv.org
Renseignements : sur le site internet de l’association Survie, à contact@lesamisdefxv.org ou au 01.80.89.58.23

Un événement co-organisé par l’association Survie et le fonds de dotation “Les Amis de François-Xavier Verschave”

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Programme provisoire
(sous réserve de modifications, notamment les titres des interventions)

8h30 : Accueil
9h00 – 9h30 : Ouverture du colloque, Odile Biyidi (membre d’honneur de Survie) et Marie-Thérèse Verschave.

9h30 – 10h45 : « Les recompositions politiques et institutionnelles de la Françafrique », animé par Fabrice Tarrit
• Brice Mackosso (Coalition « Publiez ce que vous payez ») : « Le Congo-Brazzaville dans le système françafricain »
• Marielle Debos (politologue, université Paris 10) : « Le Tchad joue-t-il un rôle clé dans les relations franco-africaines aujourd’hui ? »
• Boubacar Boris Diop (écrivain, journaliste) : « Comment est perçue en Afrique la politique diplomatique actuelle de la France ? »

10h45 – 11h00 : pause

11h00 – 12h15 : « La Françafrique dans la mondialisation économique », animé par Thomas Noirot
• Seydou Ouédraogo (sous réserve ; économiste, directeur de l’Institut FREE Afrik) « Faut-il un avenir au franc CFA ? »
• Jean Merckaert (rédacteur en chef de la revue Projet, membre du bureau de l’association Sherpa) : « Paradis fiscaux : la Françafrique connectée à la mondialisation »
• Claude Quémar (CADTM France) « L’Afrique francophone est-elle sortie du piège de la dette ? »

12h15 – 14h00 Pause déjeuner

14h00 – 14h30 : « François-Xavier Verschave et le génocide des Tutsi au Rwanda », Jacques Morel (auteur de La France au cœur du génocide des Tutsi), animation Raphaël Doridant

14h30 – 15h00 : « Le combat judiciaire de Survie fait-il bouger les lignes ? », Géraud de la Pradelle (Juriste, professeur émérite de droit à Paris X), animation Laurence Dawidowicz

15h00 – 15h15 : pause

15h15 – 16h30 : « Que cache la guerre contre le terrorisme ? », animé par Thomas Deltombe
• Raphaël Granvaud (militant de Survie, auteur de Que fait l’armée française en Afrique ?) : « Barkhane : une opération extérieure aux multiples facettes »
• Aminata Traoré (ancienne ministre de la Culture du Mali, essayiste) : « La lutte contre le terrorisme vu d’Afrique »
• Mathieu Rigouste (sociologue et militant, auteur de L’ennemi intérieur) : « Racines coloniales de l’ordre sécuritaire »

16h30 – 16h45 : pause

16h45 – 17h15 : « La Françafrique existerait-elle sans le racisme ? », Saïd Bouamama (sociologue, chargé de recherche et formateur à l’IFAR), animation Mathieu Lopes

17h15 – 17h45 : Clôture du colloque, Fabrice Tarrit (président de Survie) et Alain Deneault (université du Québec, essayiste)
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17/03/2014 (Brève 373) Communiqué SURVIE – CPCR – Simbikangwa condamné, le génocide des Tutsi reconnu, le CPCR et Survie  restent mobilisés

Paris, 15 mars 2014 – A l’issue du verdict du Jury de la Cour d’Assises de Paris, le CPCR et Survie, parties civiles dans le procès du rwandais Pascal Simbikangwa expriment leur satisfaction de voir l’accusé reconnu coupable et condamné à 25 années de réclusion pour des actes commis durant les 3 mois du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994. Nos organisations rappellent que ce procès historique est  le premier d’une longue série à venir.

A quelques semaines de sa 20 ème commémoration, ce verdict a ouvert une brèche contre l’impunité des auteurs présumés de ce génocide en France résidant en France, après des lenteurs de procédures qui ont vu la France condamnée en 2004 par la Cour Européenne des Droits de l’Homme dans l’affaire Wenceslas Munyeshaka.

Organisé dans de bonnes conditions, après une instruction sérieuse, ce procès, au-delà de ce seul verdict a permis de réaffirmer que le génocide des Tutsi au Rwanda n’était pas contestable. C’est ce qui ressort clairement du prononcé de la feuille de motivation du verdict, exposée par le Président Olivier Leurent.

Le déroulement des audiences avait pourtant été marqué par la répétition par l’accusé et ses défenseurs de discours visant à atténuer la réalité et l’ampleur du génocide des Tutsi, par le biais notamment de la contestation de certains faits, tels que la préméditation et l’organisation soigneuse de ce génocide, ou d’accusations « en miroir ». Une stratégie du déni et du mépris adoptée par la défense jusque dans sa plaidoirie qui a choqué de nombreuses personnes présentes, parties civiles et rescapés en particulier.

L’avocate de la défense a ainsi prononcé des mots particulièrement choquants pour  les familles des victimes présentes, insistant sur l’absence des victimes du côté des parties civiles. Alain Gauthier, président du CPCR avait pourtant rappelé à la barre que  « la marque du génocide, c’est le silence de nos morts »

La Cour d’Assises de Paris a considéré que « la thèse soutenue par l’accusé d’un mouvement populaire chaotique spontané, incontrôlable, non concerté et inorganisé ne concorde nullement aux constatations réalisées tant par les historiens que par les témoins visuels, journalistes, rescapés et diplomates qui ont tous relaté au contraire la préparation et l’organisation particulièrement efficaces des massacres perpétrés en raison de motifs politiques ou raciaux.

Cette thèse du chaos généralisé est également incompatible avec l’ampleur des tueries commises et leur propagation à tout le pays. »

De même, la Cour s’est dite « convaincue que le crime de génocide tel que défini par l’article 211-1 du Code Pénal, à savoir l’existence d’atteintes volontaires à la vie ou d’atteintes graves à l’intégrité physique ou psychique, en exécution d’un plan concerté, tendant à la destruction totale ou partielle du groupe ethnique Tutsi a bien été commis au Rwanda entre avril et juillet 1994 ».

La tenue de ce procès 20 ans après les faits, le faible nombre de rescapés, donc de témoins, la prescription des accusations de torture auront été autant d’obstacles pour l’accusation et pour les jurés qui ont cependant, en leur âme et conscience, décidé d’inculper Pascal Simbikangwa de « crime » de génocide, comme réclamé par le Ministère public dans son réquisitoire, et non de simple « complicité » de génocide, pour des faits commis à Kigali.

L’importance du dossier d’accusation constitué lors de l’instruction pour la préparation de ce premier procès d’un présumé génocidaire en France a confirmé  la nécessité de voir le Pôle génocide et crimes contre l’humanité  du TGI de Paris, créé le 1er  janvier 2012 disposer de moyens suffisants, à renforcer dans la perspective des nombreux procès à venir.

Le verdict de ce procès n’est en effet qu’une étape dans la voie de la vérité et de la justice qui vient de s’ouvrir en France. 27 des 33 affaires instruites par le Pôle génocide et crimes contre l’Humanité concernent le Rwanda, dont 7 concernent la complicité présumée de militaires et mercenaires français dans le génocide.  L’association Survie, partie civile dans ces 7 dossiers, milite depuis de nombreuses années pour que la responsabilité de dirigeants français, politiques et militaires soit également établie et jugée, ce qui n’ était pas l’objet du procès Simbikangwa.

Les parties civiles de ce procès, qui n’ont pas été épargnées par l’accusé et par sa défense, accusées de disposer de moyens considérables et de manipuler les témoins, ont tenu à montrer dans leurs interventions et plaidoiries que leur présence n’était pas liée à un acharnement contre un homme, mais bien à un combat citoyen contre l’impunité, appelé à se poursuivre.

Pour le CPCR, dont l’unique objectif est la poursuite des présumés génocidaires complaisamment accueillis en France, ce verdict est un formidable encouragement à continuer ce combat contre l’impunité, “sans haine ni vengeance”, mais avec détermination.

Contacts :

  CPCR : Alain GAUTHIER – 06 40 57 09 44 collectifrwanda@aol.com
  Survie : Laurence DAWIDOWICZ – 06 50 29 82 43

http://proces-genocide-rwanda.fr/wp-content/uploads/2014/03/Motivation-Simbikangwa.pdf

08/12/2013 (Brève 327) A lire dans Billets d’Afrique, la lettre mensuelle de SURVIE (N° 230 de décembre 2013) – Le témoin-clé de l’affaire Borrel sain et sauf

Le 24 aout 2013 , Mohamed Alhoumekani a été arrêté à Sanaa au Yémen.

Seule une mobilisation associative immédiate a permis que son incarcération ne soit pas suivie d’une extradition discrète vers Djibouti.

Articles dans la presse écrite et internet, alertes sur les réseaux sociaux initiés par l’ARDHD et Survie, soutiens jusqu’au Yémen, interviews radio et télévision de la famille du juge Borrel, ont contribué a alerter l’opinion publique car il s’agisssait bien de faire taire le témoin principal dans l’instruction pour assassinat de Bernard Borrel .

Si sa comparution devant la justice yéménite s’est soldée par un non lieu, il a été arrêté puis détenu pendant plusieurs semaines en dehors de tout cadre légal. Sa sortie de prison a eu lieu suite à une démonstration de force de la tribu d’origine de la famille Alhoumékani, mais à son arrivée dans le nord du pays il a été la cible d’une tentative d’attentat.

Un gendarme qui le protégeait a été tué.

Aujourd’hui, Mohamed Alhoumékani est sorti de ce guêpier et a réussi à regagner la Belgique sain et sauf. Il n’a pas dévié de son témoignage et le clame haut et fort dans les médias.

Il a annoncé qu’il pourrait porter plainte pour arrestation arbitraire contre l’état yémenite.

Sa sécurité ne sera assurée néanmoins que lorsque la justice française se décidera à protéger ce témoin et à identifier et mettre en cause les coupables. A cette occasion on mesure bien la nécessité d’une loi pour assurer la protection des témoins en France.

24/11/2013 (Brève 303) SURVIE // Appel à Rassemblement Jeudi 5 décembre à 18h, Place de la République à Paris

Sommet France-Afrique
La paix en Afrique ne doit pas se décider à l’Élysée avec des dictateurs!

A l’initiative de François Hollande, un Sommet de l’Élysée sur la paix et la sécurité en Afrique aura lieu à Paris les 6-7 décembre. Il s’agit du premier Sommet France-Afrique organisé sous François Hollande, qui a convoqué lui même ce sommet, choisi son thème et décidé de l’organiser à Paris, dans un lieu aussi symbolique que l’Elysée. Comme ses prédécesseurs, le Président français parait ainsi considérer le continent africain comme une zone qui ne doit pas échapper à l’influence de la France.

Dans la tradition des Sommets France-Afrique, la plupart des dictateurs africains du « pré-carré » francophone seront présents. Parmi eux, le tchadien Idriss Déby, au pouvoir depuis 1990, Paul Biya (Cameroun, depuis 1982), Denis Sassou Nguesso (Congo-B, depuis 1979), Blaise Compaoré (Burkina Faso, depuis 1987), sans oublier les héritiers Ali et Faure des régimes Bongo et Gnassingbé au Gabon et au Togo et le président djiboutien Oumar Guelleh.

Tous bénéficient du soutien diplomatique, économique (via l’aide publique) et militaire ou policier de la France. Quasiment tous ont été reçus au moins une fois à l’Elysée depuis l’élection de François Hollande. Tous soutiennent la France dans ses nombreuses interventions militaires menées sur le continent africain, où elle dispose toujours de bases militaires et de forces prépositionnées.

En échange de leur soutien à ces interventions, comme celle menée récemment au Mali, ces dictateurs attendent le silence de la France sur leurs exactions. Les démocrates tchadiens, togolais et djiboutiens ont ainsi subi dans leur chair en 2013 les conséquences diplomatiques du soutien de leurs chefs d’État à l’opération Serval1.

Les dictateurs de la Françafrique sont auteurs de nombreuses violations des droits de l’Homme documentés par un grand nombre de rapports émanant d’ONG et organisations internationales. Le soutien de la France à des dictateurs, les ventes d’armes et les nombreuses interventions militaires menées par la France sur le continent africain pour les soutenir (comme au Tchad en 2006 puis 2008) n’ont en rien amélioré la sécurité et les conditions de vie de leurs populations.

La situation actuelle en Centrafrique, où la France a installé et/soutenu tous les dictateurs qui se sont succédés, est une des illustrations des conséquences de cette funeste politique. Et lorsque la France prétend intervenir au nom des droits de l’Homme et dans un cadre multilatéral, comme elle l’a fait en Côte d’Ivoire, en Libye ou au Mali, c’est toujours avec des motivations ambiguës, liées à ses intérêts géostratégiques.

Considérant qu’un sommet sur la paix et la sécurité en Afrique ne doit pas se tenir à l’initiative et sur le sol d’une ex-puissance coloniale caractérisée par son ingérence sur le continent et en présence de dictateurs qui y ruinent tout espoir de paix, nous, associations et citoyen-ne-s français-e-s et africain-e-s réclamons :
– L’annulation de ce sommet
– La fin du soutien diplomatique, économique, militaire, policier et des ventes d’armes aux régimes répressifs
– La suppression des bases militaires françaises en Afrique

Depuis une vingtaine d’années, des représentants de la société civile française et africaine ont pris l’habitude de réagir et d’organiser en contre-point des sommets France-Afrique des temps d’échange, de revendication et de mobilisation. Nos organisations proposent aux citoyens et aux organisations de se rassembler le Jeudi 5 décembre prochain, Place de la République, sous le mot d’ordre ci-dessus.

Premiers signataires : Survie, Afriques en lutte, La Fédération des Congolais de la Diaspora (FCD), Sortir du Colonialisme, L’Union des Populations du Cameroun…

Signer la pétition sur Avaaz.org https://secure.avaaz.org/fr/petition/Dictateurs_a_lElysee_Dites_non_au_Sommet_de_la_honte/

Voir informations sur le tribunal sur survie.org – http://www.survie.org

Voir :
FIDH, Djibouti : arrestations et procès se poursuivent en silence, communiqué de presse, juillet 2013
Amnesty International. Togo : Usage excessif de la force et décès en détention, Communiqué de presse, mai 2013
FIDH, Tchad : vague de répression sur fond de tensions militaires. Communiqué de presse, juin 2013

26/08/2013 (Brève 170) ALERTE ROUGE – Communiqué de SURVIE à propos de l’arrestation de Mohamed Alhoumekani

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Risque imminent d’étouffement de “l’affaire du Juge Borrel”

26 août 2013

Lien avec l’article sur le site de SURVIE

Un témoin-clé dans l’affaire françafricaine d’assassinat d’un coopérant français risque de disparaître : à moins qu’elles ne cherchent encore à étouffer l’affaire, les autorités françaises doivent le protéger.

Mohamed Alhoumekani, un des témoins principaux dans l’instruction judiciaire pour assassinat de Bernard Borrel, a été arrêté samedi 24 au Yemen où il visitait sa famille. Il est détenu dans les locaux de la police criminelle de Sanaa.

Ex-officier dans la garde républicaine djiboutienne, il avait témoigné auprès des autorités judiciaires françaises à propos de l’assassinat à Djibouti du Juge Bernard Borrel, le 15 octobre 1995. Coopérant français, Bernard Borrel a été reconnu comme mort en service.

Les autorités françaises avaient dans un premier temps conclu au suicide, version qu’elles ont défendu pendant des années malgré les éléments prouvant qu’il s’agissait d’un homicide. Bien que le Procureur de la République française ait enfin reconnu qu’il s’agissait d’un crime, comme l’a confirmé la dernière autopsie, le procès pour son assassinat n’a toujours pas eu lieu, et des responsables djiboutiens et français n’ont de cesse de faire entrave à la vérité et à la justice.

Mohamed Alhoumekani avait été contraint de fuir son pays et de solliciter l’asile, puis la nationalité en Belgique, pour donner son témoignage. Celui-ci pourrait mettre en cause une implication possible de la Présidence djiboutienne dans la commandite du crime. La vie de ce témoin-clé est aujourd’hui en danger : détenu sans chef d’inculpation, il aurait été victime de mauvais traitements selon le témoignage d’un proche.

Le Général Fathi, chef d’état-major des armées djiboutiennes, est arrivé dimanche midi à Sanaa, probablement pour faire pression sur les autorités yéménites et obtenir son extradition. Or, les disparitions, les tortures, les emprisonnements extrajudiciaires ont été régulièrement dénoncés par les associations pour la défense des Droits Humains à Djibouti, comme la Ligue Djiboutienne des Droits de l’Homme (LDDH) et l’Association pour le Respect des Droits de l’Homme à Djibouti (ARDHD).

L’extradition de ce témoin vers la dictature djiboutienne présente un risque majeur pour la vérité sur l’implication des autorités djiboutiennes et, au-delà, des autorités françaises, dans l’assassinat de ce coopérant.

L’instruction étant toujours en cours en France, le gouvernement français doit intervenir auprès des autorités yéménites pour empêcher de voir ainsi disparaître un témoin essentiel… A moins qu’il ne cherche à étouffer l’affaire comme les gouvernements précédents ?

20/04/2013 (Brève 134) A lire sur Billets d’Afrique, la lettre mensuelle de Survie, une longue interview d’Abdourahman Waberi et d’Ali Coubba “Le silence du Gouvernement français est indigne”. Propos recueillis par Raphaël de Benito (Article publié avec l’aimable autorisation de la rédaction de billets d’Afrique)

Abdourahman A. Waberi est écrivain, actuellement professeur de littératures et cultures françaises et francophones à George Washington University aux Etats-Unis).

Ali Coubba est docteur en histoire contemporaine et auteur de “Djibouti, une nation en otage”.

Ils réagissent à la violente crise politique qui secoue Djibouti.

Billets d’Afrique : Où en est la contestation un mois après le scrutin législatif contesté?

La contestation se poursuit sans perdre de sa cohérence ou de sa véhémence. La rue djiboutienne ne décolère pas. Sur le plan politique, la coalition USN (Union pour le salut national) garde le cap. Les semaines précédentes, des manifestations épisodiques se sont déroulées devant le palais de justice pour protester contre les arrestations et condamnations en catimini des opposants ciblés par les forces de l’ordre.

Une justice téléguidée par le palais présidentiel tente de neutraliser les responsables de la société civile. Plus fortement suivies, les manifestations de masse, après la prière générale du vendredi midi, impressionnent le pouvoir qui pensait que le mécontentement populaire allait s’essouffler une fois les «meneurs» jetés en prison et sévèrement condamnés à un emprisonnement allant de deux à douze mois, avec privations de droits civiques pour deux ou trois d’entre eux.

Quatre à six semaines plus tard, le caractère bon enfant et déterminé déconcerte également le pouvoir dictatorial qui a sombré dans le mutisme. Ses partisans semblent comme tétanisés. Tout le monde se rend compte maintenant que la contestation à Djibouti a un caractère inédit. Côté pouvoir, on privilégie répression policière et intimidation.

Or, les arrestations de masse opérées par le régime, un peu plus de 600 hommes, femmes et enfants, ont été jetés en prison entre le 23 février et le 28 mars 2013, restent sans effet. La rue est toujours bondée les vendredis midis.

En dépit de la campagne de licenciement ayant visé les fonctionnaires sympathisants de la coalition USN, en particulier ceux qui se sont présentés aux bureaux de vote en tant que délégués de l’opposition, la tension ne baisse pas d’un cran. Bien au contraire. Sur le plan politique, après avoir procédé à tous les recours possibles, les élus de la coalition USN refusent non seulement de siéger dans la nouvelle assemblée fantoche mais sont en train de mettre en place une nouvelle assemblée beaucoup plus conforme aux choix des électeurs. Mais le plus intéressant pour nous, c’est de faire un autre constat.

Avant, le peuple djiboutien faisait le jeu du pouvoir et se complaisait à être victime et bourreau, jeu sinistre qui allait finir par le détruire.

Heureusement, le schéma traditionnel d’une nation divisée, entre partisans de la dictature et opposants, est révolu. Dans l’histoire de Djibouti, jamais le régime n’a été contesté à la fois par les populations du Nord, du Sud-Est, et de la capitale, dans un même mouvement de rejet.

Il faut souligner qu’il est discrédité dans le milieu afar, depuis 36 ans. Voir le discrédit de la part des autres composantes et surtout les populations somali qu’il croyait avoir à sa disposition, à la fois comme vivier électoral et comme «instrument» de répression à l’encontre de ses adversaires, a dû ruiner les dernières illusions au palais présidentiel.

Notre seule inquiétude concerne les violences dont pourrait user le pouvoir contre les civils. Car toute violence gratuite contre la population risque de radicaliser les manifestants, de désorganiser les services publics et de provoquer le chaos dans la ville de Djibouti.

Il semble que le processus voulu par la dictature se soit déroulé selon le schéma suivant : d’abord le vote visible dans les bureaux de votes des grandes villes, ensuite le rassemblement puis la publication des résultats par circonscriptions sans le détail bureau par bureau. Est-ce là que la fraude s’est jouée ?

Oui, si on se limite à la circonscription de Djibouti, c’est le scénario que vous décrivez qui a eu lieu. En effet, dans la capitale, le scrutin s’est déroulé dans des conditions de transparence que les délégués de l’USN n’ont pas contestés. La surprise est venue lors de la publication des résultats.

Le score victorieux de l’USN a été attribué à la majorité présidentielle, parfois en majorant d’une manière artificielle les résultats. Heureusement les délégués de l’USN avaient eu le bon réflexe de faire des copies de procès verbaux signés par les assesseurs. Par conséquent, l’opposition estime avoir remporté la majorité parlementaire dans la capitale et dans deux autres circonscriptions électorales, à Ali-Sabieh et à Arta. Ailleurs, à Tadjourah, Dikhil et Obock, il n’y a pas eu de consultation électorale.

D’après M. Aden Mohamed Abdou, un responsable de l’USN qui a fait un compte rendu détaillé du déroulement du scrutin dans une vidéo, les militaires – certainement sur ordre de la présidence inquiète de la tournure prise par la votation – ont empêché les électeurs de voter dans certains bureaux.

Dans d’autres, les urnes pré-remplies ont servi à faire le décompte des voix. Ailleurs, les délégués de l’opposition ont été chassés de lieux de vote. La publication de résultats par bureau de vote est pourtant le minimum requis pour une élection sincère! D’habitude, le ministère de l’Intérieur publie le soir même de la consultation électorale les résultats de chaque bureau de vote.

Donc, premier accroc à la tradition dénoncée aussitôt par l’opposition.

Deuxième accroc, le Conseil constitutionnel a attendu deux semaines avant de parapher les résultats du scrutin parlementaire. Ce retard témoigne d’une inquiétude certaine au sommet de l’Etat. D’après la rumeur qui a circulé dans les allées du pouvoir, le président du Conseil constitutionnel, M. Ahmed Ibrahim, ancien ambassadeur de Djibouti en France, aurait refusé de cautionner des fraudes aussi flagrantes.

Plusieurs jours ont été nécessaires pour ramener ce dernier à la raison… à coups de menaces et de chantage. On saura un jour ce qui s’est réellement passé.

L’ambassadeur de France a déclaré qu’il n’y avait pas eu de fraudes visibles dans les bureaux de vote. Est-ce vrai dans tous les bureaux de vote du pays ? Comment a t-il pu le vérifier ?
L’ambassadeur a dit qu’à sa connaissance le processus semble s’être déroulé convenablement dans les bureaux de la capitale. Le propos sciemment vague, sans parler de la précaution diplomatique habituelle, ne dit rien sur cette élection. Tout juste, ce que les Américains appellent un «lip service» des plus gênés car les observateurs n’ont pu se rendre que dans quelques bureaux de la capitale triés sur le volet.

De plus, dans cet entretien de moins de deux minutes, il n’a jamais parlé de scrutin, de décompte, encore moins de résultats chiffrés et pour cause. Enfin, l’opposition a relevé des entorses à la loi électorale avant, pendant et après ce scrutin. Tout cela est documenté et disponible, notamment sur Internet. Pour mémoire, les entorses et les tripatouillages sont un sport national. En 2010, le président avait modifié la constitution nationale pour pouvoir briguer un troisième mandat illégal.

Nous ne sommes pas à un viol anti-constitutionnel près à Djibouti.

Quel est votre sentiment après la réaction a minima de la diplomatie française et européenne?

Elle ne nous surprend pas. Le port de Djibouti est devenu un enjeu de première importance dans la région. Les intérêts géostratégiques, énergétiques et commerciaux, expliquent sans doute la frilosité de Paris. Le reproche peut être adressé, dans les mêmes termes, aux Etats-Unis et au Japon. Leur silence assourdissant en dit long sur la nature des relations diplomatiques entretenues avec Djibouti.

Elles possèdent des zones d’ombre, peu recommandables. En revanche, nous sommes indignés par le silence du gouvernement socialiste qui n’accompagne pas maintenant la volonté de changement exprimée par la population. Maintenant que le rejet de la dictature ne fait plus de doute: ses électeurs «naturels» l’ont boudée. A ce stade, de nouvelles déclarations de Paris appelant au respect des droits de l’homme seront les bienvenues.

Ces chancelleries attendent peut-être que les manifestations acquièrent un caractère virulent et qu’il y ait mort d’hommes. A ce moment-là, la gestion de la crise deviendra difficile pour tous les protagonistes. En réaction et par dépit, les Djiboutiens pourraient conserver par la suite le sentiment d’avoir été trahis par Paris, Washington et Tokyo.

Nous avons le précédent tunisien qui a durablement empoisonné la coopération avec Paris. Plus que jamais se posera alors la question de «bases militaires étrangères» qui remettent en question la souveraineté nationale. La transition démocratique, comme on l’a observé dans d’autres pays, va de pair avec le nationalisme.

La France et l’UE préconisent un recours juridique tout en sachant que les institutions juridiques et constitutionnelles sont aux mains du pouvoir. Cela équivaut-il à une validation implicite ?

Bien sûr, nous sommes habitués à la langue de bois de la France et de l’Union européenne qui, en dernier ressort, préfèrent de loin le statu quo au changement de régime en Afrique ou ailleurs. La transition démocratique serait pour elles une période d’instabilité, non seulement dans le pays concerné mais aussi dans toute la région. La valeur géostratégique de Djibouti, après les contagions provoquées par le «printemps arabe», incite encore à plus de réticence à aider les forces démocratiques. Mais ce serait une erreur de se voiler ainsi la face.

Pour l’instant, indépendamment de la nature du régime, la coalition USN joue la légalité et a déposé le recours auprès du conseil constitutionnel. Ce pouvoir étant au bout du rouleau, elle ne veut pas lui donner des prétextes pour tirer à balles réelles sur les civils.

Que pensez-vous des accusations du régime Guelleh dénonçant l’infiltration islamiste de l’USN?

Quand on veut tuer son chien on dit qu’il a la rage. Ces accusations sont trop grossières et intentionnellement mises en scène par la dictature. Il faut savoir que la coalition USN est composée de six partis politiques dont seulement quatre sont légaux. Le Mouvement pour le développement et la liberté (MoDel) qui a vu le jour en décembre 2012 et que le pouvoir a refusé de reconnaître, est soutenu par des membres de la société, des enseignants et des prédicateurs.

Ce sont des activistes, des acteurs de la société et non des affreux terroristes comme le pouvoir s’évertue à les présenter. Quand l’un des trois prédicateurs visés travaillait avec le pouvoir, ce dernier abritait donc des terroristes dans son sein.

Ce n’est pas très sérieux, le pouvoir tente de discréditer l’opposition démocratique qui se bat contre lui depuis 36 ans. Quant à l’islam, il représente les valeurs positives autour desquelles le peuple djiboutien (musulman à presque 100%) peut réaliser le consensus le plus large.

Outre la présence d’une importante base militaire française, le silence français n’a t-il pas été «acheté» par le nouvel activisme de Guelleh en faveur de l’intervention française au Mali ?

A la suite d’une élection parlementaire ou présidentielle dans le pré-carré, le silence des autorités françaises est une constante de leur diplomatie. Plaider pour plus de démocratie à Djibouti s’inscrirait dans une démarche positive. Il est vrai que la base militaire de Djibouti est un dispositif important dans la politique de défense française.

Dès qu’une crise frappe le continent africain, les troupes à Djibouti sont mobilisées. Nous espérons que dans un avenir pas trop loin les différentes composantes de Paris (Elysée, Quai d’Orsay, Bercy et le ministère de la Défense) parleront d’une seule et même voix. Ici comme ailleurs, l’exemple tunisien joue contre la stratégie (déni, aveuglement et répression).

Avec un partenaire plus soucieux du sort du peuple djiboutien, ses intérêts géostratégiques seront mieux garantis qu’aujourd’hui. Paris ne doit pas oublier que la base américaine a relégué à la seconde place la France. En outre, Iraniens et Turcs aimeraient disposer d’un pied à terre à Djibouti. La question de plus en plus sensible d’hydrocarbures acheminés par la mer Rouge (50% du total), la lutte contre la piraterie et le commerce maritime (15% du trafic mondial) passant par le golfe d’Aden, imposent une nouvelle approche diplomatique.

Un dernier mot sur la disparition de l’écrivain nigérian Chinua Achebe ?

Une immense perte pour tout le continent et pour le monde entier. Mais comme disait Birago Diop (1906-1989), le poète et conteur sénégalais, les morts ne sont pas morts. Il faut relire son magnifique poème spirituel (Souffle) qui date de 1948.

Propos recueillis par Raphaël De Benito
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* Note biographique
1°) Abdourahman A. Waberi est né le 20 juillet 1965 à Djibouti Ville, dans ce qui s’appelait encore la Côte française des Somalis, l’actuelle République de Djibouti.Il quitte son pays en 1985 afin de poursuivre des études en France, d’abord à Caen,
puis à Dijon et enfin à Paris.

Écrivain, il a publié depuis une dizaine d’ouvrages,
dont une trilogie sur Djibouti: Le pays sans ombre (Le Serpent à plumes, 1994),
Cahier nomade (Le Serpent à plumes, 1996) et Balbala (Le Serpent à plumes,
1997), Passage des larmes (Editions Jean-Claude Lattès, septembre 2009).
Résidant à Washington, il est actuellement professeur de littératures & cultures
françaises et francophones à George Washington University (Etats-Unis).

2°) Ali Coubba, né 1961 à Aïri-Tadjoura (Djibouti), docteur en histoire contemporaine et auteur de Djibouti, une nation en otage (L’Harmattan, 1993), Le mal djiboutien: rivalités ethniques et enjeux politiques (L’Harmattan, 1995), et Ahmed Dini et la vie politique à Djibouti (L’Harmattan, 1998), est connu pour son engagement politique et une critique acerbe faite du régime, à l’époque de la présidence de Hassan Gouled (1977-1999).

Il a quitté son pays à la fin de l’année 1990, suite à des sévices corporels subis de la part d’un «escadron de torture» sous les ordres du chef de la police politique de l’époque, Ismail Omar Guelleh, l’actuel président de la République. En décembre 2004, il a créé un parti politique d’opposition, Uguta-Toosa, deux termes afar et somali signifiant «Levez-vous ! Défendez-vous!».

Résident à Reims, il enseigne depuis plusieurs années dans un lycée professionnel à Epernay.

14/03/2013 (Brève 122) SURVIE (Bulletin mensuel) Djibouti : Guelleh dissout le peuple

Sans surprise, le parti au pouvoir a remporté les « élections » législatives du 22 février, au terme d’un scrutin marqué par les fraudes, tandis que le président Guelleh tente d’acheter le silence de Paris en se faisant l’avocat de l’intervention au Mali.

Depuis dix ans, l’opposition refusait de participer à des élections tant les tricheries étaient manifestes.

Quelques concessions très timides du régime d’Ismaïl Omar Guelleh comme une dose de proportionnelle (20%), une nouvelle coalition des partis d’opposition, l’Union pour le salut national (USN), et une nouvelle génération de jeunes membres de la société civile combatifs ont permis la participation de l’opposition au récent scrutin.

Pourtant, les conditions d’une élection honnête étaient loin d’être réunies : une Commission électorale nationale qui n’a d’indépendant que le nom (CENI) et l’absence de refonte de la liste électorale. Pis, le régime Guelleh a continué dans ses mauvaises habitudes : la campagne a été émaillée de provocations et d’arrestations arbitraires des leaders de l’opposition, les meetings interdits sans compter les intimidations diverses.

Durant le scrutin marqué par de très nombreuses irrégularités, les incidents se sont multipliés : à Obock, les délégués de l’opposition n’ont pu accéder aux bureaux de vote. Dans certaines localités, Dikhil, Tadjourah, Arta et Ali-Sabieh, l’USN dénoncait des expulsions et des menaces avec armes.

A Djibouti-ville, malgré les violences et les intimidations de tout ordre, les électeurs ont choisi la coalition de l’opposition. Sans surprise, le ministre de l’Intérieur a annoncé une victoire du parti au pouvoir (UMP) provoquant des heurts violents et arrestations massives de membres de l’opposition.

Dès le lendemain du scrutin, celui-ci avait annoncé la couleur avec un cynisme inouï :

« Si le peuple a voté contre le pouvoir, on dissout le peuple ».


Le ton était donné et les manifestations de protestation qui ont suivi la proclamation des résultats ont été réprimées à balles réelles avec une dizaine de morts.

Le gouvernement français a regardé ailleurs saluant « la tenue des élections à Djibouti pour la première fois depuis 2003 avec la participation effective de l’opposition ».

Quant à la répression de l’opposition, ce sont des « incidents regrettables », la France restant préoccupée « par les débordements survenus lors de manifestations ». Pas de quoi troubler le sommeil de Guelleh.