23/08/03 (B209) Djibouti se vide peu à peu de ses immigrés clandestins (AFP du 16/08)

DJIBOUTI, 16 août
(AFP) – Les immigrés clandestins venus d’Ethiopie ou de Somalie pour
travailler à Djibouti ont entamé un mouvement de retour vers
leur pays d’origine de crainte des rafles et expulsions massives annoncées
pour début septembre par le ministère djiboutien de l’Intérieur,
a constaté vendredi le correspondant de l’AFP.

Bus et véhicules
tout terrain lourdement chargés acheminent désormais quotidiennement
des centaines de passagers du centre ville vers les postes-frontière
djibouto-éthiopiens de Daouenleh ou de Galafi.

Le mouvement s’amplifie
à mesure que s’approche la date-butoir du 31 août fixée
fin juillet par le ministère de l’Intérieur.

Les propriétaires
de bus et mini-bus de transport urbain, tous du secteur privé, ont
trouvé là une aubaine pour leurs affaires, et les candidats
au départ doivent s’inscrire sur des listes d’attente.

Le prix du voyage oscille
entre 4.000 et 5.000 francs Djibouti (1 dollar US = 178 fDj), bagages compris.

“Je préfère
partir maintenant en toute sécurité et avec quelques biens plutôt
que d’être expulsée”, explique Amina, la mine réjouie,
manifestement pas trop déçue de ce départ forcé.

“D’ailleurs on
ne sait où on nous balancera plus tard lors du refoulement, vers le
Harragué ou l’Ogaden alors qu’on est originaire de Dessié ou
de la province de Danakile, car l’Ethiopie est très grande”
,
ajoute-t-elle.

La plupart des clandestins
exerçaient de petits métiers, gardiens, manoeuvres, petits commerçants.
Les femmes étaient cuisinières, bonnes ou même entraîneuses
dans des bars et cabarets “déguisés” en restaurants.

Les plus pauvres d’entre
eux, sans travail ou mendiants, à la situation plus précaire
encore, préfèrent embarquer sur les trains de marchandises,
où le transport est gratuit ou presque.

Mère de deux petits
garçons barbouillés de henné qui vous supplient pour
quelques pièces de monnaie, Halimo explique qu’elle va prendre le train
vendredi même pour Aïchaa, une localité éthiopienne
situé à proximité de la voie ferrée Djibouti-Addis
Abeba.

Elle va rejoindre son
mari cultivateur, resté à Aïchaa, et réclame pour
dernière aumône une pièce de 100 fDj.

L’ambassade d’Ethiopie
à Djibouti a pris des dispositions pour délivrer des sauf-conduits
à tous ceux qui plient bagages.

De longues files de ces
candidats au départ se forment ainsi chaque jour devant l’ambassade.

Même affluence au
Service de la population pour obtenir des documents officiels, cartes d’idendité
ou actes de naissance. Il s’agit là d’obtenir des preuves de la citoyenneté
djiboutienne pour soi-même, sa femme, ses enfants.

Le ministre de l’Intérieur,
Abdoulkader Doualeh Waïs, a averti fin juillet que les rafles toucheront
tout le pays et seront suivies d’expulsions.

“Aucune
exception ne sera tolérée, même les domiciles des hauts
responsables seront fouillés”
, a-t-il souligné.

Un nouveau camp de réfugiés
pour les demandeurs d’asile et les personnes originaires des provinces somaliennes
encore touchées par l’instabilité sera ouvert, a-t-il ajouté,
précisant que ce dossier serait géré conjointement avec
le Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR).

Djibouti abrite déjà
deux camps de refugiés, qui accueillent près de 23.0OO personnes.