05/02/05 (B284) Abdallah Deberkaleh Ahmed : un parcours professionnel et politique atypique, riche en rebondissements. Avant de commencer la publication du dossier qu’il nous a adressé et de toutes les preuves qu’il a joint, nous avons pensé qu’il était d’important de présenter l’homme et son parcours aux lecteurs.

 

Abdallah
Deberkaleh Ahmed

Né le 6 octobre 1955 à Djibouti, Abdallah Deberkaleh
Ahmed appartient, du côté de son pére à la
tribu Afra Maandita, tandis que sa mére Aïcha Doudeye Miguil
est issue de la tribu Issa-Fourlaba.

Il fait ses études
primaires à l’école Saint-Louis d’Ali-Sabieh, puis secondaires
terminées en 1974, chez les frères capucins au Collège
Charles de Foucault à Djibouti.

Ensuite il vient en France
pour suivre les cours du soir du CNAM (Arts et Métiers), option Assurance.
Il obtient sa carte professionnelle d’assureur et il est engagé par
le GAN.

En 1985 il rentre à
Djibouti et il adhère au RPP, dont il devient un membre très
actif (deuxième secrétaire) de l’annexe 6/4 du RPP. En 87, il
choisit de recontrer les notables AFAR dans le Nord du pays pour dresser un
bilan de leurs besoins.

Après son passage,
les notables adressent une lettre collective au Président Gouled pour
lui demander d’accepter sa candidature pour les législatives. Moumin
Bahdon, secrétaire général du RPP reçoit la lettre
et il “pique”une grosse colère en la lisant.

C’est le début
de ses ennuis …

A son retour à
Djibouti et parallèlement à ses activités politiques,
il avait créé un restaurant ‘MID MI MO -INKITINO’ avenue 13.

A titre de représailles,
pour le punir(?) du soutien que les notables Afar lui avaient accordé,
Guelleh fait fermer le restaurant, qui n’avait qu’un an d’exploitation.

Abdallah Deberkalleh démissionne
aussitôt du RPP

En secret, puisque il
est interdit de créer un mouvement politique en dehors du parti unique
du Président, il fonde L’Union Démocratique pour la Justice
et l’Egalité Djiboutienne UDJED (qui regroupe des Afar, des Arabes
et des Somalis). La chose s’ébruitant, il est contraint de s’exiler
en Somalie pour trouver des aides.

Profitant des divergences
qui commencent à se faire jour entre Gouled et Siad Barreh. Il demande
l’asile politique en février 89 au poste de Loyada.

Sous l’influence du Commandant
du NSS dans la région, Dahir Rayale Kahin, (qui deviendra le Président
actuel du Somaliland, après la mot du Président Egal), il est
emprisonné à Bourrama (en 89). C’est dans cette région
que les Groupes armées du mouvement de libération Afar s’entrainaient
à la lutte contre Mengestu.

Leur pression a permis
non seulement déviter qu’Abdallah ne soit renvoyé à Guelleh
mais aussi de le faire sortir, par la force, pour l’accompagner à Hargeisa
(Le Colonel Chirwa et Galbedi, décédés aujourd’hui, l’ont
beaucoup aidé)

Sur place, le Colonel
Farah Ibrahim l’envoie à Mogadiscio en avril 89. Reçu par Siad
Barreh, qui lui accorde l’asile, la reconnaissance de son action politique
et des moyens d’agir (logement, bureau et voiture), il poursuit son action
politique contre le régime de Guelleh.

A la chute de Siad Barreh,
il se replie en Ethiopie à Dire Dawa où il demande l’asile politique
en expliquant qu’il refuse intellectuellement de soutenir la rébellion
armée, mais que son combat politique est limité à des
actions pacifiques.

Il est emprisonné
dans la prison militaire d’Harar puis condamné à mort. Libéré
par les tigréens, il rentre à Djibouti. En prison, il cotoie
le futur Président de la Somalie le Colonel Abdillahi Youssouf avec
lequel il lie de solides liens d’amitiés

A peine quelques mois
à Djibouti et retrouve de nouveau la clandestinité où
il participe à la création du FRUD qui regroupe plusieurs mouvements
et leurs sympathisants. Chargés des relations extérieures dans
le premier bureau : en particulier avec la Somalie et l’Ethiopie, il assure
la logisitique : médicaments, nourriture, finances.

Lors du Conseil d’Hassaguella
il est nommé Ministre adjoint de la Défense directement sous
les ordres d’Ougoureh Kifleh. Prévoyant le fiasco et les risques de
retournement de son Ministre, il se replie à Addis Abeba.

La il fait deux déclarations
dans lesquelles il met en cause les personnalités du FRUD qui négociaient
en parallèle avec Guelleh / Gouled.

Puis il choisit de
se taire pendant de longs mois.

Il finit par rentrer à
Djibouti. Abandonnant la vie politique, il se lance dans les affaires en ouvrant
un bureau de transit. Les chancelleries américaines et françaises
lui confient le transit des aides et des donations vers la Somalie. Son affaire
se développe, mais Guelleh est là. Il ordonne la fermeture de
sa société.

En juillet 94 il se rend
aux USA puis en septembre 94 au Canada où il obtient l’asile politique.
Il militera en faveur du FRUD (celui qui est resté fidèle à
la lutte).

En novembre 95, après
un passage en Ethiopie, il retourne à Djibouti. Mais il refuse de s’inscrire
au FRUD cloné. En dépit de toutes les peaux de bananne, il fonde
une affaire de pêche, achetant deux bateaux d’occasion sans moteur qu’il
réhabilite. Il fondera ensuite la poissonerie d’Obock à Djibouti.

Dès que l’affaire
commence à devenir bénéficiaire, Guelleh s’y intéresse
!! Et Guelleh a toujours un proche à favoriser et à récompenser
! Face à son refus d’accueillir des participations majoritaires, la
poissonnerie d’Obock est fermée et les autorisations d’exploitation
de la pêche lui sont retirées.

Pour réagir, il
a l’idée pacifique d’envoyer 5.000 kgs de poisson à l’Assemblée
nationale au cours d’une manifestation médiatique et pacifique. Gardé
à vue pendant plusieurs jours, il est relâché …

Avec ses bateaux il va
s’installer à Berbera où l’actuel président (encore Vice-Président
à l’époque) le reçoit et l’accueille. Il dépose
une demande d’asile politique mais on le fait patienter … sans explication
rationnelle. Il fait des déclarations publiques sur la BBC et Guelleh
demande aussitôt son extradiction.

Pour éviter cela,
avec ses bâteaux, il repart pour Bossasso (Puntland) où son ami
Abdillahi Youssouf (connu dans les prisons d’Harare) lui accorde immédiatement
la sécurité et le toit. Plus tard, les fondamentalistes envoyés
et financès par Guelleh forcent Abdillahi Youssouf à abandonner
le pouvoir et à se réfugier dans son village natal : Galagyo.
Abdillahi Deberkalleh l’accompagne.

Sur
les conseils d’Abdillahi Youssouf, en octobre 2001, Deberkaleh reprend
la route d’Addis Abeba où il est reçu par les autorités
éthiopiennes. Après de nombreuses difficultés au
niveau de l’Ambassade de France, pour obtenir le visa UE, il finit par
rentrer en France avec sa famille le 9 décembre 2004. Ils sont
réunis et vivent actuellement en Alsace.

 

Abdallah Deberkaleh
est marié avec sa Madina Ahmed Yayo, qui est la petite-fille
du Sultan Afar Yayo Hamadou Abdallah, dont l’influence s’étendait
sur trois pays (Ethiopie, Djibouti et Erythrée).

Yayo Hamadou était
le mari de la soeur ainée du sultan actuel Ali Mirah et il etait
très lié avec l’ancien Empereur Haïle Selassié
1er. A ses côtés, il s’était battu contre les fashistes
de Mussolini entre 1940 et 1945 afin de libérer la Nation éthiopienne
.

L’amitié
avec Iftin.

Lors de la création de son affaire de pêche, Deberkalleh avait
été confronté à de nombreuses embûches administratives.
S’en étant plaint à la Présidence, Guelleh avait ordonné
à Iftin de l’assister pour faciliter les choses. La mission d’Iftin
était aussi de le contrôller au plus près et de rapporter
faits et gestes à Guelleh, voire de l’éliminer à la moindre
incartade.

Au fil des jours les deux
hommes se sont découverts un respect mutuel et ils sont devenus confidents
et amis. Iftin avait reconnu en lui, un combattant sincère. Abdallah
a trouvé en Iftin un homme loyal, certes aux ordres du pouvoir, mais
pas prêt à faire n’importe quoi non plus … ni à éliminer froidement quelqu’un …

Lors de l’arrivée
d’Iftin en Ethiopie, après sa fuite depuis Djibouti (en grande partie
à pied), Abdallah l’a beaucoup aidé à se protéger
et à obtenir un visa d’entrée pour l’Union européenne.
On se souviendra qu’Iftin avait échappé aux attaques lancées
en plein Addis Abeba par le fameux Commandant Zacharia et du refus des autorités
diplomatiques françaises pour lui accorder un visa. C’étaient
les belges qui avaient finalement accepté …