23/07/08 (B457) FIDH / Lettre ouverte et communiquĂ© aux Etats membres de la Ligue des Etats arabes et de l’Union Africaine (Info LDDH)

Paris, 18 juillet 2008 – Dans la perspective de la rĂ©union exceptionnelle des ministres des Affaires Ă©trangères de la Ligue des Etats arabes et du ComitĂ© de paix et sĂ©curitĂ© de l’Union Africaine, suite Ă  la demande du Procureur de la Cour pĂ©nale internationale d’Ă©mettre un mandat d’arrĂŞt contre le PrĂ©sident al Bashir, le 14 juillet 2008, la FIDH et les organisations signataires de la prĂ©sente lettre souhaitent attirer votre attention sur les Ă©lĂ©ments suivants.

Trois ans après que le Conseil de SĂ©curitĂ© a dĂ©fĂ©rĂ© Ă  la Cour pĂ©nale internationale (CPI) la situation au Darfur, au motif, conformĂ©ment au Chapitre VII de la Charte des Nations unies (ONU) que ce conflit constitue une menace pour la paix et la sĂ©curitĂ© internationales, le Procureur de la CPI a soumis le 14 juillet dernier des Ă©lĂ©ments de preuves visant Ă  dĂ©montrer que le PrĂ©sident soudanais, Omar Hassan Ahmad al Bashir doit rĂ©pondre de 10 chefs d’accusation de gĂ©nocide, de crimes contre l’humanitĂ© et de crimes de guerre.

Pour la première fois dans l’histoire, une institution judiciaire internationale indĂ©pendante a rĂ©uni les Ă©lĂ©ments de preuve visant Ă  prouver la perpĂ©tration d’un gĂ©nocide au Darfour, et sa planification par la plus haute autoritĂ© de l’Etat. C’est Ă©galement la première fois dans l’histoire, que la communautĂ© internationale a l’opportunitĂ© d’intervenir alors mĂŞme qu’un gĂ©nocide est en train d’ĂŞtre commis.

M. al Bashir est accusĂ©, en sa qualitĂ© de PrĂ©sident et Commandant en chef des forces armĂ©es du Soudan, d’avoir commanditĂ©, planifiĂ© et encouragĂ© la perpĂ©tration des crimes les plus odieux.

Tout au long de ces cinq dernières annĂ©es, M. al Bashir a Ă©tĂ© le President de la RĂ©publique du Soudan, le Commandant en chef des forces armĂ©es ainsi que le chef du parti du Congrès national. Il a Ă©galement conduit le recrutement et l’armement des milices Janjawid depuis le sommet de l’Etat. M. al Bashir a ainsi exercĂ© un contrĂ´le absolu sur les institutions de l’Etat.

Durant ces 5 annĂ©es, M. al Bashir a niĂ© l’existence de tels crimes. Comme l’a soulignĂ© le Procureur de la CPI lors de sa dernière intervention devant le Conseil de sĂ©curitĂ©, le dĂ©ni et la dissimulation de tels crimes, ainsi que le rejet de toute responsabilitĂ© attribuĂ©e Ă  d’autres, sont des caractĂ©ristiques de la planification et de la perpĂ©tration de ce ,type de crimes.

Après que la CPI ait dĂ©livrĂ©, le 27 avril 2007, deux mandats d’arrĂŞt Ă  l’encontre d’Ahmad Harun (ancien ministre de l’intĂ©rieur et depuis 2006 ministre des affaires humanitaires), et Ali Kushayb (leader de milice Janjawid) pour crimes contre l’humanitĂ© et crimes de guerre, M. al Bashir a promu Harun Ă  la co-prĂ©sidence du comitĂ© chargĂ© d’enquĂŞter sur les violations des droits de l’Homme au Soudan et au centre de l’organisation du dĂ©ploiement de la Mission conjointe des Nations unies et de l’Union africaine au Darfour (MINUAD). Il a aussi permis la remise en libertĂ© de Kushayb, qui jouit dĂ©sormais d’une entière libertĂ© au Soudan.

Soutenir l’impunitĂ© de M. al Bashir n’apportera donc pas la paix et la stabilitĂ© dans ce pays ni dans la rĂ©gion.

Depuis que le Conseil de sĂ©curitĂ© a autorisĂ© la mission de la MINUAD, M. al Bashir a systĂ©matiquement fait obstacle au dĂ©ploiement de cette force, qui fonctionne aujourd’hui seulement au tiers de sa capacitĂ© opĂ©rationnelle.

Il n’a par ailleurs pas participĂ© aux nĂ©gociations de paix au Darfour, jusqu’Ă  aujourd’hui.

De plus, M. al Bashir et son gouvernement empĂŞchent ou rendent extrĂŞmement difficile l’accès et la protection de la population civile. Les agences humanitaires et les forces de maintien de la paix sont rĂ©gulièrement la cible d’attaques militaires.

Des crimes massifs et systĂ©matiques continuent d’ĂŞtre commis contre les civils, dans les quelques villages qui subsistent au Darfour et dans les camps de dĂ©placĂ©s.

Ainsi, l’argument selon lequel l’action de la Cour pourrait saper les efforts de paix au Darfour n’est pas valable.

Avant mĂŞme l’annonce du Procureur, de tels efforts n’Ă©taient pas vraiment recherchĂ©s par les autoritĂ©s soudanaises, pour des raisons variĂ©es, sans lien avec la CPI.

DĂ©noncer ou remettre en cause aujourd’hui la demande du Procureur pourrait en fait servir d’excuse pour poursuivre l’obstruction Ă  toute aide humanitaire et recherche de la paix.

FĂ©dĂ©ration internationale des ligues des droits de l’Homme
International Federation for Human Rights
tel : (331) 43 55 25 18 / fax : (331) 43 55 18 80
17, passage de la main d’or – 75011 Paris – France
E. MAIL : fidh@fidh.org / site INTERNET : http://www.fidh.org
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COMMUNIQUE

Le Soudan a refusĂ© de coopĂ©rer avec la CPI en dĂ©pit de l’obligation juridique absolue qui lui incombe, conformĂ©ment aux rĂ©solutions du Conseil de sĂ©curitĂ©.

Le 16 juin 2008, rappelant sa RĂ©solution 1593 (2005), le Conseil de sĂ©curitĂ© a demandĂ© au gouvernement du Soudan et Ă  toutes les autres parties au conflit au Darfour de coopĂ©rer pleinement avec la Cour, afin de mettre un terme Ă  l’impunitĂ© des crimes.

Il incombe désormais à votre organisation de soutenir réellement les actions du Procureur et la CPI et de continuer à encourager une solution politique et juridique visant à mettre fin à ce conflit.

La communautĂ© internationale, et votre organisation, doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour protĂ©ger la population civile au Darfour et la force militaire conjointe dĂ©ployĂ©e sur ce territoire, en vue d’empĂŞcher la perpĂ©tration de nouveaux crimes. Il est de votre devoir d’entreprendre des dĂ©marches politiques claires susceptibles de promouvoir la sortie de ce conflit qui continue de dĂ©vaster le Darfour et a conduit au dĂ©placement forcĂ© de 2 450 000 personnes.
Il y a dix ans, le 17 juillet 1998, vous avez créé la Cour pĂ©nale internationale pour “mettre un terme Ă  l’impunitĂ© des auteurs de ces crimes et ainsi concourir Ă  la prĂ©vention de nouveaux crimes”.

Vous avez ainsi clairement reconnu qu’aucune immunitĂ© pour de tels crimes n’est recevable en droit ou en fait. La loi doit s’appliquer Ă  toute personne sans aucune distinction, y compris celle liĂ©e Ă  sa qualitĂ© officielle.

L’histoire a montrĂ© que mettre en cause la responsabilitĂ© pĂ©nale des hauts responsables politiques peut contribuer efficacement Ă  l’Ă©tablissement et au renforcement de la paix et de la stabilitĂ©. L’Ă©mission d’un mandat d’arrĂŞt contre le PrĂ©sident du LibĂ©ria Charles Taylor l’a Ă©cartĂ© du processus de paix et a facilitĂ© l’application Ă  long terme des accords de paix.

Les procès de Charles Taylor et de Slobodan Milosevic, PrĂ©sident de la RĂ©publique fĂ©dĂ©rale de Yougoslavie, ont clairement contribuĂ© Ă  faire la vĂ©ritĂ© sur les crimes de masse commis dans ces pays et sur leur rĂ´le clĂ© dans la planification et l’exĂ©cution de ces crimes, consolidant ainsi la mise en oeuvre d’un processus de paix durable. Les mandats de la CPI contre les hauts dirigeants de l’ArmĂ©e de rĂ©sistance du Seigneur en Ouganda ont constituĂ© un facteur dĂ©cisif dans leur dĂ©cision de participer aux nĂ©gociations de paix visant Ă  trouver des solutions politiques et juridiques afin de mettre fin Ă  plus de vingt annĂ©es de conflit.

Aujourd’hui, selon le Procureur indĂ©pendant de la Cour pĂ©nale internationale, un gĂ©nocide impliquant les plus hautes autoritĂ©s du Soudan est en train d’ĂŞtre commis au Darfour.

Il est de sa responsabilitĂ© de poursuivre les crimes les plus graves afin d’empĂŞcher la perpĂ©tration de nouvelles atrocitĂ©s, d’aider ainsi Ă  la reconstruction du pays sur la base de la règle de droit et de soutenir les millions de victimes.

Il est de votre responsabilité, politique et juridique, de soutenir ses efforts afin de mettre fin à ce génocide.

Il est de votre responsabilitĂ© de prendre toutes les mesures qui permettraient de mettre un terme aux crimes graves commis au Darfour, de soutenir un processus politique visant une paix durable ainsi que les efforts du Procureur de la CPI pour Ă©tablir et sanctionner efficacement les responsabilitĂ©s individuelles des auteurs de crimes de gĂ©nocide, crimes contre l’humanitĂ© et crimes de guerre au Darfour.

En ne soutenant pas la demande du Procureur, vous perdrez une occasion unique de rendre justice aux victimes des crimes les plus graves.

Organisations signataires (liste non exhaustive) :
– FĂ©dĂ©ration internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH)
– Sudan Organisation Against Torture (SOAT, Soudan)
– Association Africaine des droits de l’Homme (ASADHO, RDC)
– Ligue centrafricaine des droits de l’Homme (LCDH, RĂ©publique centrafricaine)
– Egyptian Organisation for Human Rights (EOHR, Egypte)
– Bahrein Human Rights Society (BHRS, Bahrein)
– Association libanaise des droits de l’Homme (ALDHOM, Liban)
– ComitĂ© pour la dĂ©fense des droits de l’Homme en Syrie (CDF, Syrie)
– Damascus Center for Human Rights Studies (Syrie)
– Centre Libanais des Droits Humains (CLDH, Liban)
– Cairo Institute for Human Rights (CIHRS, Egypte)
– Bahrein Center for Human Rights (BCHR, Bahrein)
– Mouvement Ivoirien des Droits Humains (MIDH, CĂ´te d’Ivoire)
– Association tunisienne des droits des femmes (ATFD, Tunisie)
– Organisation marocaine des droits Humains (OMDH, Maroc)
– Ligue des Ă©lecteurs (LE, RDC)
– Kuwaiti Coalition for the ICC (KCICC, Koweit)
– Observatoire Congolais des droits de l’homme (OCDH, Congo Brazzaville)
– Association nigĂ©rienne des droits de l’homme (ANDH, Niger)
– Zimbabwe Human Rights Association (ZIMRIGHTS, Zimbabwe)

FĂ©dĂ©ration internationale des ligues des droits de l’Homme
International Federation for Human Rights
tel : (331) 43 55 25 18 / fax : (331) 43 55 18 80
17, passage de la main d’or – 75011 Paris – France
E. MAIL : fidh@fidh.org / site INTERNET : http://www.fidh.org