24/10/08 (B470-B) Radio-Trottoir : Et si le créateur d’Arrotaba était “un toutou de Guelleh” comme l’écrit un lecteur, qui nous adresse un article élogieux paru dans La Nation et qui pourrait bien justifier le qualificatif employé. (Info lecteur)

_________________________________ Note de l’ARDHD

Il est vrai que note site avait soutenu les débuts d’Arrotaba … Très rapidement, constatant des divergences et se posant des questions légitimes, l’équipe de l’ARDHD avait pris ses distances avec son créateur ….

Cet article publié dans La Nation semble clair. Le site Arrotaba collabore-t-il avec le régime dictatorial et sanguinaire de Guelleh ? La question est posée.

Un peu surprise et déçue au fond, l’équipe de l’ARDHD laisse aux lecteurs, le soin de se forger leur propre opinion.

_________________________________ Extrait de La Nation

Le label Dil Tourab

L’idée d’avoir son propre label de musique germe dans l’esprit de Dilleyta Tourab alors qu’il vit au Canada. Tout commence là bas avec la création du site web arhotabba.com en 2000. Le jeune promoteur entend se servir du support multimédia pour diffuser des chansons djiboutiennes on line. Sauf que les enregistrements audio des produits qui lui sont transmis sont de très mauvaise qualité. Il se lance dans l’apprentissage des arrangements musicaux pour améliorer la qualité du son avant toute diffusion des variétés nationales sur le réseau Internet.

Dilleyta Tourab se trouve toujours au Canada quand il produit son premier compact disque, intitulé ” Kas sini saynun ” dans le cadre de l’élan de solidarité nationale en faveur d’Abdallah Le durant l’année 2002. De retour au pays au mois d’août 2004, il confectionne dès janvier 2005 l’album “Inkada ” de Said Helaf. Quarante huit autres aux genres divers ont été, depuis, produits par Dil Tourab Entertainment. N’empêche que le producteur est plus que réticent pour les commercialiser sur le marché local.

Car des distributeurs pirates et connus de tous, qui ont pignon sur rue, jouissent encore d’une impunité totale au pays faute d’un bureau opérationnel dans la protection des droits d’auteur. Voilà pourquoi la discographie de Dil Tourab Entertainment, riche d’une cinquantaine d’albums ou de coffrets, demeure inaccessible aux mélomanes djiboutiens.

MOF

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Production d’œuvres musicales

Le point avec ….Hassan Mohamed
Hassan alias Dilleyta Tourab
Propriétaire de Dil Tourab Entertainment
” La culture mérite un soutien particulier “

Djibouti est l’un des rares pays au monde qui ne dispose pas de structure versée dans la protection des droits d’auteurs. Nos artistes ne peuvent, par conséquent, nourrir l’espoir de tirer un quelconque revenu décent de la création d’œuvres. Il n’est donc pas étonnant que notre musique tarde à se développer dans ces conditions malgré la richesse de notre patrimoine culturel. Pourtant, notre gouvernement est signataire d’une convention internationale sur les droits d’auteurs et a promulgué une loi portant sur la protection des œuvres artistiques, qui est indispensable en vue de valoriser le travail de nos artistes.

Malheureusement, la mise en application de ce texte de loi fait encore défaut. Car sa mise en œuvre est difficile faute d’une réelle activité artistique, génératrice de revenus. Du coup, les artistes sont obligés de se contenter des cachets misérables, alloués lors des mariages et des journées de sensibilisation. Il est temps que les pouvoirs publics se penchent sur les conditions susceptibles de promouvoir ce secteur essentiel pour le développement culturel, économique et social du pays.

Il faudrait mettre en jeu d’importantes sommes aux fins de créer une véritable industrie de musique nationale selon ma vision personnelle. Un tel processus se compose de cinq phases principales. La créativité artistique et musicale constitue la matière première de l’industrie du disque. Et elle est abondante sous nos cieux. En effet, notre pays est réputé pour sa culture poétique, riche et diverse.

Nous avons aussi la chance d’avoir des auteurs et compositeurs talentueux. La conception des œuvres est la seconde étape. Il existe plusieurs groupes, tant bien que mal organisés et équipés, tels qu’Arhotabba, Degaan, Gaan Maan, Wagari. Les musiciens de ces formations sont capables de créer des belles mélodies même si nous n’avons pas su valoriser nos chants et rythmes traditionnels jusqu’à présent.

Ensuite, la production d’œuvres musicales revêt un caractère primordial. Bien qu’il n’existe aucun studio d’enregistrement digne de ce nom, la technologie d’aujourd’hui permet de produire des albums de qualité comme ceux de Neima Djama. Abayazid Ali, Awaleh, Said Helaf, Houssein Hayle, Aptidon, Don Deltafa, Ali God… avec des moyens peu coûteux. Ces quelques exemples figurent parmi la douzaine de CD “made in Djibouti ” produits au cours des quatre dernières années. C’est beaucoup trop peu.

La promotion des œuvres musicales intervient normalement après leur sortie des studios d’enregistrement. On utilise divers moyens à cet effet. Il s’agit des annonces et spots publicitaires dans les organes de presse (journaux, radio et télévision), des affiches et le bouche à oreille. Enfin, la distribution ou la vente des produits demeure le maillon crucial de la chaîne. L’absence de circuits de distributions fiables se fait cruellement ressentir au pays. Des pirates, qui ont pignon sur rue, gagnent de l’argent avec la vente des CD.

Et ce aux dépens des intérêts des auteurs, compositeurs, interprètes et producteurs qui en détiennent les droits, faut-il le rappeler. C’est là où le bât blesse aujourd’hui. Les pouvoirs publics devraient pleinement jouer leur rôle de régulateur en matière de protection d’œuvres artistiques à travers la mise en place du bureau des droits d’auteurs. Ce serait un signal fort à l’endroit des pirates qui continuent d’exercer leur commerce illicite au vu et au su de tout le monde.

En outre, nos artistes ne peuvent se produire sur scène à longueur d’années faute de sites adéquats. Là encore, les pouvoirs publics devraient apporter une contribution efficace pour remédier au délabrement avancé du théâtre des salines et de faciliter l’accès aux salles du palais du peuple. Autant de conditions réunies devraient doper la créativité de nos artistes. Je suis convaincu aussi que vivre de son art à Djibouti est possible.

Car nous disposons d’un marché potentiel de plusieurs millions de consommateurs de Djibouti à la Somalie en passant par l’Ethiopie, l’Erythrée, le Yémen et toute la diaspora qui vit un peu partout dans le monde. Pour ce faire, nous comptons sur une accélération du processus de mise en place du bureau des droits d’auteurs de la part des autorités compétentes.

Dès sa mise en service, le bureau pourrait planifier l’organisation d’un atelier au cours duquel des artistes, des propriétaires de magasins de disques, des opérateurs culturels, des investisseurs, des législateurs, des représentants des forces publiques, des responsables des ministères concernés (communication et culture, commerce et industrie, économie et finances, justice) discuteraient des modalités susceptibles de garantir la protection des droits d’auteurs.

Ainsi, nous pourrions tous ensemble jeter les bases solides d’une véritable industrie du disque dans notre pays. Au même titre que le tourisme, la culture mérite un soutien particulier du gouvernement et des partenaires au développement. Parce que les deux secteurs d’activités sont fortement interdépendants. Bref, je reste optimiste malgré tout.