15/03/09 (B490) FreeDjibouti -> POURQUOI EST-IL SI DIFFICILE D’AVOIR UN LEADERSHIP RESPONSABLE A DJIBOUTI?

La lutte pour la démocratie à Djibouti, durant les premières années, étaient conduites par quelques figures qui sont apparues comme des leaders pouvant rassembler.

Progressivement, ces personnalités se sont décrédibilisées, soit par incapacité à organiser efficacement la riposte face aux multiples assauts meurtriers du système RPP, soit par un trop grand empressement à bénéficier aussi des privilèges d’un pouvoir qu’elles n’avaient pas encore conquis.

Ainsi, l’inorganisation couplée à l’absence de stratégies, aux retournements de casaque en passant par des indécisions, des hésitations, des incohérences et des querelles interpersonnelles de bas étage, l’embryonnaire leadership djiboutien s’est considérablement ruiné.

Inutile de souligner le caractère éminemment violent du pouvoir RPP qui, à travers sa formidable industrie de l’impunité, crée la peur et l’intimidation. Le débat démocratique faisant l’objet d’une prohibition non écrite sous ce régime, l’immobilisme a gagné des esprits qui auraient pu briller sous d’autres cieux.

Les partis dit d’opposition, qui se sont finalement alliés au parti RPP pour former l’UMP, ont convaincu les Djiboutiens de leur vocation “d’éternels prostitués politiques”.

À ces éléments, il faut ajouter que la mentalité djiboutienne est caractérisée par une triple contradiction:

1- Lorsqu’un leader est devant lui, le peuple djiboutien dit qu’il le dépasse.

2- Lorsqu’un leader est à ses côtés, le peuple djiboutien estime qu’il le pousse.

3- Lorsqu’un leader est derrière lui, le peuple djiboutien pense que celui-ci le talonne.

Ainsi, à Djibouti, on voudrait un “leadership idéal” constitué d’immaculés et de Saints. Cette grande exigence, cette volonté de ne pas laisser des vendeurs d’illusions berner les masses voire de les utiliser pour la satisfaction de leurs intérêts personnels, n’est pas une mauvaise chose en soi.

Seulement, à partir de cette conception acquise sans doute par expérience, les Djiboutiens ont du mal à supporter tout individu qui désirerait prendre les choses en main.

Chacun pense donc être le plus apte !

Chacun pense être l’unique Saint “sauveur” que tout le monde attend avec impatience et résignation. C’est certainement pour cette raison, que dès que Monsieur X sort la tête, on le lui tape dessus. Dès que Monsieur Y pointe son nez, on le lui casse. Dès que le Citoyen Z ose exprimer un avis ou une suggestion, on le renvoie dans son nid et parfois on l’accuse de jouer un double jeu, en face contre le pouvoir et par derrière pour le pouvoir.

C’est ainsi que de nombreuses initiatives ont été tuées dans l’oeuf. La vacuité finissant par gagner nos rangs, le printemps de la non-pensée domine la vie politique.

Après des années d’incubation sournoise, les partisans de la casse tous azimuths ont sorti leur artillerie lourde pour mitrailler toute tentative de réflexion et de rappel aux fondamentaux. Notions de base qu’ils avaient totalement perdues depuis un bon moment …

Il est possible aussi que l’inconscient collectif a été marqué, encore plus profondément que nous le pensions, par les 30 ans de traversée du désert sous la férule Gouled-Guelleh. Et nombreux auraient tendance à penser qu’après cette épreuve qui n’en finit pas de perdurer, ils n’ont finalement plus besoin ni de guide ni de leader pour avancer. Personne ne veut suivre l’Autre, ne serait-ce que le temps de surmonter collectivement les obstacles qui jonchent le chemin.

Dans cette panne générale qui assèche la pensée et l’esprit d’initiative, la recherche de la solution individuelle devient la norme. Ce qui assassine la notion raisonnable selon laquelle lorsqu’un problème se pose à l’ensemble de la collectivité, la seule solution possible ne peut être que collective. Les issues individuelles ne peuvent que des pis-aller dans cette situation. Dans le cas djiboutien, chacun crée son parti politique, chacun crée son association, chacun crée son organisation et considère les autres comme des concurrents à dominer, quand ce n’est pas à détruire …

Chacun installe sa propre tente en attendant que l’orage vienne emporter toutes les initiatives éparses. Cela témoigne-t-il de notre incapacité à bâtir un outil collectif de lutte démocratique à la taille de l’enjeu qui est le nôtre aujourd’hui.

Sur cette pente savonneuse, nous avons réussi l’exploit d’avoir plusieurs partis politiques à Djibouti. Dans ce capharnaüm politico-affairiste en expansion permanente, on trouve une certaine opposition, majoritairement dénuée d’idéologie, sans capitaine reconnu et sans gouvernail, qui gravite autour du pouvoir en attendant que le vent tourne dans l’autre sens, pour opérer un virage à 180°. Leur seule priorité sera d’effectuer ce virage au bon moment, mais juste avant les autres, afin d’essayer d’en tirer un argument électoral.

Il en est de même pour des structures associatives. Au lieu d’enrichir l’arène politique et sociale, les doublons la pénalisent énormément.

Voilà bientôt 31 ans que le peuple djiboutien est affamé et écrasé par la dictature sanguinaire de Gouled, puis de Guelleh.

Bien qu’ayant une connaissance parfaite de l’enjeu national, les partis politiques continuent à se poser le mêmes questions : devrons-nous boycotter ou non des élections perdues d’avance ? Bulletin unique ou multiple ? Candidatures uniques ou multiples ? Faut-il refaire les listes électorales, les conserver ou simplement les réviser ?

La persistance de ces questions, élémentaires au fond, prouve que l’opposition a encore beaucoup de chemin à parcourir pour devenir une véritable force d’opposition.

C’est aussi la preuve qu’elle n’a jamais voulu tirer les leçons des fautes et erreurs commises dans le passé. Si le diagnostic avait été fait alors et sans complaisance, les enseignements auraient été capitalisés et ces questions ne se poseraient plus.

La seule chose qui vaille la peine dans ce cas, serait de travailler d’arrache-pied pour construire une véritable stratégie de conquête du pouvoir avec le soutien du peuple djiboutien qui est éreinté par le système IOG.

Une autre raison pour laquelle, il est si difficile d’avoir un leadership responsable à Djibouti, se trouverait dans le manque d’écoute et de communication entre les différents groupes, honnêtes et intégres, qui résistent encore. Ce déficit est caractérisée par le fait que les idées exprimées par les uns n’ont aucune chance d’attirer l’attention des autres.

En principe, ils devraient nouer des alliances de travail pour bénéficier des synergies, seule méthode pour un enrichissement collectif.

Le résultat du travail collectif de dix personnes réfléchissant ensemble est toujours beaucoup plus intelligent et plus concret que la somme de dix copies réalisées séparément !

En somme, à quelques exceptions, nous assistons au règne de l’égo-centrisme, de la domination du “m’as-tu-vu” et au piratage des idées concurrentes pour les reprendre à son propre profit, sans ne jamais citer la source.

Dans ces conditions la compétition intellectuelle se déroule dans un climat forcément malsain.

À l’orée de la présidentielle de 2011, l’opposition a donc du pain sur la planche.

Elle doit surmonter, en l’espace de quelques mois, toutes les contradictions qui la minent depuis une vingtaine d’années.

Ou, elle réussit ce pari et alors 2011 sera une année de succès démocratique ou elle échoue dans la reconstruction et alors le peuple djiboutien assistera pour une énième fois à une tragi-comédie électorale.

Cela n’est pas une mince affaire quand on sait qu’actuellement les cartes sont complètement brouillées avec parfois la complicité souterraine du pouvoir qui favorise les divisions.

Priorité : “Déboulonner Guelleh !”

Ce que l’on sait avec exactitude, c’est que le projet de révision de la Constitution de Guelleh est lancé et qu’il a reçu le soutien des membres de son gouvernement qui prétendent former un gouvernement d’union nationale et des instances de son parti.

A cœur vaillant, rien d’impossible.

Il faut partir du constat de nos forces et de nos faiblesses. Savoir allier nos valeurs d’intégrité, de cohérence et de résistance à toute épreuve, aux idées alternatives dans un travail collectif de synthèse, qui permettra de fédérer l’ensemble des acteurs dans une stratégie et un projet communs et partagés.

À minima, on pourrait se limiter à la planification sur le moyen ou le long terme en construisant un agenda bien précis dont le suivi sera assuré par des citoyens intègres, foncièrement patriotiques et soutenus moralement, matériellement et intellectuellement.

En attendant, messieurs les responsables de l’opposition, cessez de mettre la charrue avant les bœufs ! Réléguez vos préoccupations tribales dans les oubliettes et sachez que vous avez tous un objectif commun à assumer en priorité, car il conditionne la suite : “Celui de déboulonner Guelleh du pouvoir auquel il s’accroche désespérément”.

La population djiboutien attend beaucoup de vous, vous êtes leur dernier espoir.

La lutte continue.

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