22/11/1999 – RAPPORT D’AVOCATS SANS FRONTIERES (France) A L’OCCASION D’UNE MISSION DE DEFENSE DES JOURNALISTES INCULPES

MISSION A DJIBOUTI
Du 17 au 24.10.1999
Ferdinand DJAMMEN-NZEPA
SecrĂ©taire d’ASF -France

RAPPORT DE MISSION A DJIBOUTI (du 17 au 24 cotobre 1999)

* Affaire ALI MEIDAL WEISS et DAHER AHMED FARAH c/Ministère Public

* Affaire MOUSSA ABMED IDRISS c/Ministère Public

Messieurs ALI MEIDAL WEISS, DAHER AHMED FARAH ont Ă©tĂ© condamnĂ©s (sans avoir pu bĂ©nĂ©ficier de l’assistance d’un Avocat) le 02 septembre 1999 par la Chambre Correctionnelle du Tribunal de Première Instance de Djibouti siĂ©geant en audience de Flagrants DĂ©lits pour:

Propagation de fausses nouvelles susceptibles de troubler l’ordre public,

Participation Ă  une entreprise de dĂ©moralisation de l’armĂ©e en vue de nuire Ă  la DĂ©fense Nationale.

Concernant Mr ALI MEIDAL WEISS :

8 mois d’emprisonnement fermes

1 million de francs djibouti d’amende (33 334 FF)

Suspension de la publication du mensuel  » Le Temps  » pendant un an

Concernant DAHER AHMED FARAH

1 an d’emprisonnement ferme

1 million de francs djibouti d’amende (33 334 FF)

Suspension de la publication du mensuel  » Le Renouveau  » pendant un an

Les deux prĂ©venus se sont vu dĂ©cerner un mandat de dĂ©pĂ´t Ă  l’audience et ont Ă©tĂ© aussitĂ´t conduits Ă  la prison de Gabode.

Messieurs ALI MEIDAL WEISS, DAHER AHMED FARAH ont relevĂ© appel de cette dĂ©cision et ont sollicitĂ© le concours de l’association « Reporters Sans Frontières ».

Cette dernière a alors demandĂ© Ă  l’association « Avocats Sans Frontières France » d’assurer la dĂ©fense en appel des deux prĂ©venus.

J’ai donc Ă©tĂ© dĂ©signĂ© pour ce faire, après que MaĂ®tre Sylvie ROUQUAIN eĂ»t renoncĂ© Ă  cette mission pour des raisons professionnelles.

Le procès prĂ©vu pour le 06 octobre a Ă©tĂ© reportĂ© une première fois au 13 octobre, le visa m’ayant Ă©tĂ© refusĂ© et a Ă©tĂ© fixĂ© Ă  l’audience du 20 octobre, après que j’ai pu obtenir ledit visa auprès de l’Ambassade de la RĂ©publique de Djibouti Ă  Paris non sans difficultĂ©s.

Je me suis donc rendu Ă  Djibouti le dimanche 17 octobre 1999 oĂą je suis restĂ© jusqu’au 24 octobre.

I – Le contexte politique
La République de Djibouti a connu des élections présidentielles le 9 avril 1999.

Ces Ă©lections, remportĂ©es par Mr ISMAEL OMAR GUELLEH, ont Ă©tĂ© contestĂ©es par l’opposition pour qui le vainqueur ne pouvait ĂŞtre que son candidat MOUSSA AHMED IDRISS, PrĂ©sident de l’Opposition Djiboutienne UnifiĂ©e (ODU).

Le pays est en proie Ă  une guerre civile depuis 8 ans opposant les troupes gouvernementales aux forces du FRUD (Front pour le Restauration de l’UnitĂ© et la DĂ©mocratie) d’AHMED DINI AHMED, exilĂ© Ă  Paris.

D’après la Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH), la libertĂ© et les droits syndicaux seraient gravement violĂ©s puisque les dirigeants des 2 grands syndicats du pays l’UDT et l’UGTD font l’objet de nombreuses pressions (changement forcĂ© des dirigeants, confiscation des boĂ®tes aux lettres, gel des avoirs bancaires des syndicats,..).

Pour la LDDH, les dĂ©fenseurs des droits de l’Homme, « les figures » de l’Opposition ainsi que leurs proches subissent des pressions de toutes sortes (intimidations, pertes d’emploi, emprisonnements Ă  rĂ©pĂ©tition, redressements fiscaux, retrait des passeports …).

Le 19 octobre, 45 dĂ©tenus de la prison de Gabode adressaient un courrier Ă  Monsieur le Procureur GĂ©nĂ©ral l’informant de la grève de la faim qu’ils entamaient pour protester contre leurs dĂ©tentions arbitraires pour des motifs politiques, contre les dĂ©tentions provisoires prolongĂ©es, contre l’absence totale de soins, contre l’insalubritĂ©, la vĂ©tustĂ© des locaux de leur lieu de dĂ©tention.

La plupart des Avocats hésitent à assurer la défense de ces personnes par crainte de mesures de représailles.

MaĂ®tre AREF MOHAMED AREF qui Ă©tait sinon le seul Avocat (parmi les 12 que compte le pays), Ă  tout le moins l’un des rares Ă  plaider en faveur des dĂ©fenseurs des droits de l’Homme, des opposants politiques et des leaders syndicaux, est aujourd’hui radiĂ© du Barreau et Ă©tĂ© condamnĂ© par le Tribunal Correctionnel le 15 fĂ©vrier 1999 Ă  2 annĂ©es d’emprisonnement dont 6 mois fermes .

La Cour d’Appel a, non seulement confirmĂ© ce jugement, mais y a ajoutĂ© l’interdiction d’exercer pendant une durĂ©e de 5 ans.

Seul MaĂ®tre OMAR essaye aujourd’hui, bien que très difficilement, de reprendre le flambeau laissĂ© par son Confrère AREF.

Concernant la presse, depuis le jugement du 02 septembre 1999, celle d’opposition est pratiquement inexistante puisque les journaux « Le Temps » et « Le Renouveau » ont Ă©tĂ© interdit de publication.

II – Le sĂ©jour
Parti de Paris le dimanche 17 octobre Ă  11h, je ne suis arrivĂ© Ă  Djibouti qu’Ă  21h Ă  l’issue d’un voyage fort mouvementĂ©.

En effet, après le dĂ©collage Ă  l’escale de Jeddah (Arabie Saoudite), l’avion a dĂ» se reposer après 17 minutes de vol suite au dĂ©clenchement d’une alarme dans la soute Ă  bagages.

Toutes vĂ©rifications faites, l’avion est reparti, non sans que la plupart des passagers Ă ient connu quelques moments d’angoisse.

Mes dĂ©boires n’Ă©taient pas terminĂ©s puisque arrivĂ© Ă  Djibouti, après avoir remis mon passeport et ma fiche de renseignements Ă  l’agent de la Police de l’Air et des Frontières (PAF) de service, je me suis entendu dire par celui-ci qu’il ne pouvait pas laisser entrer un Avocat Ă©tranger Ă  Djibouti, en m’invitant Ă  m’installer dans un fauteuil.

J’ai donc attendu que tous les passagers aient terminĂ© leurs formalitĂ©s et ai remis audit policier mon autorisation de plaider dĂ©livrĂ©e par le Ministre de la Justice, lui indiquant que ce document avait Ă©tĂ© transmis Ă  l’Ambassade de Djibouti Ă  Paris qui m’avait alors dĂ©livrĂ© le visa d’entrĂ©e.

Mes Confrères AREF et OMAR ainsi que le gendre de Mr MOUSSA IDRISS qui Ă©taient venus me chercher Ă  l’aĂ©roport, inquiets de ne point me trouver parmi les autres arrivants, sont donc intervenus, et après un vingtaine de minutes, l’un des responsables de la PAF nous a fait savoir que renseignements pris, je pouvais entrer sur le territoire djiboutien.

J’ai Ă©tĂ© logĂ© Ă  l’Auberge du Sable Blanc pendant le 3 premiers jours de mon sĂ©jour et Ă  la rĂ©sidence du GĂ©nĂ©ral ALI MEIDAL Ă  partir du mercredi 20 octobre.

Mon sĂ©jour s’est dĂ©roulĂ© sans difficultĂ© aucune, puisque non seulement j’ai bĂ©nĂ©ficiĂ© d’excellentes conditions de sĂ©jour, mais surtout j’ai Ă©tĂ© libre de tous mes mouvements Ă  Djibouti. C’est ainsi que j’ai pu rencontrer la plupart des hommes politiques de l’opposition djiboutienne et les responsables de la Ligue Djiboutienne des Droits Humains avec lesquels j’ai eu plusieurs entretiens.

Dès le lendemain de mon arrivĂ©e, en compagnie de MaĂ®tres AREF et OMAR, j’ai effectuĂ© les diffĂ©rentes visites d’usage (Ă  MaĂ®tre MARTINET remplaçant Mr le Bâtonnier absent, Ă  Mr le Procureur GĂ©nĂ©ral, Ă  plusieurs Magistrats djiboutiens…).

J’ai eu un entretien le jour de mon dĂ©part avec le Ministre de la Justice, en prĂ©sence du Procureur GĂ©nĂ©ral.

J’ai obtenu dès le 18 octobre de ce dernier un permis de communiquer, ce qui m’a permis de rencontrer Ă  plusieurs reprises mes clients Ă  la prison de Gabode oĂą nous avons pu ensemble prĂ©parer l’audience du 20 octobre.

III – Le Procès
Ce procès Ă©tait très attendu dans tout le pays compte tenu de la personnalitĂ© des prĂ©venus, mais Ă©galement de ce qu’il s’agissait de l’avenir de la presse d’opposition et de la libertĂ© de la presse tout court Ă  Djibouti.

A) Les prévenus
Le GĂ©nĂ©ral ALI MEIDAL WEISS a occupĂ© pendant une dizaine d’annĂ©es (jusqu’en 1991) le poste de Chef d’Etat Major de l’ArmĂ©e nationale djiboutienne; il a rejoint les rangs de l’opposition et est co-directeur de publication du journal « Le Temps ».

DAHER AHMED FARAH est un ancien Officier de l’ArmĂ©e nationale djiboutienne formĂ© Ă  Saint-Cyr; il est PrĂ©sident d’un parti d’opposition le P.R.D.(Parti du Renouveau DĂ©mocratique) et directeur du journal « Le Renouveau »

B) les faits de la cause
Le 15 aoĂ»t 1999 au matin, Ă  4 kilomètres au sud-est d’Adaylou (district de Tadjourah) au nord de Djibouti, un hĂ©licoptère de l’armĂ©e nationale explosait en plein vol Ă  environ 800 mètres du sol, provoquant la morts de tous ses 8 occupants.

Le communiquĂ© du Ministre de la DĂ©fense prĂ©cisait dans le journal pro-gouvernemental « La Nation » du 16 aoĂ»t 1999 qu’il s’agissait d’un accident « dĂ» Ă  des raisons techniques dont les causes ser(aie)nt dĂ©terminĂ©es après enquĂŞte »

Le FRUD, par l’intermĂ©diaire de son PrĂ©sident AHMED DINI AHMED revendiquait dans un communiquĂ© datĂ© du 15 aoĂ»t publiĂ© depuis Paris  » avoir abattu un hĂ©licoptère de l’armĂ©e djiboutienne qui assurait la logistique de l’offensive en cours… »

Les journaux « Le Renouveau » du 19 aoĂ»t 1999 et « Le Temps » du mois d’aoĂ»t 1999 exposaient tant la thèse gouvernementale que celle du FRUD et procĂ©daient Ă  une analyse de l’Ă©vĂ©nement.
MM ALI MEIDAL WEISS et DAHER AHMED FARAH étaient convoqués à la gendarmerie le 28 août 1999 à 16 heures et étaient déférés au parquet le lendemain après audition et une nuit de garde à vue.

Le Procureur de la RĂ©publique DJAMA SOULEIMAN ordonnait leur placement sous mandat de dĂ©pĂ´t le 29 aoĂ»t et les faisait citer Ă  comparaĂ®tre devant le Tribunal de Première Instance de Djibouti en audience de Flagrants DĂ©lits pour l’audience du 2 septembre 1999
Le 30 août 1999, le journal « La Nation » publiait à son tour le communiqué de Mr DINI.

C) L’audience du 20 octobre 1999 Ă  9h00
L’audience se tenait devant la Cour d’Appel de Djibouti composĂ©e par le Premier PrĂ©sident de la Cour d’Appel Mr MOHAMED WARSAMA RAGUEH, et des Conseillers MM MOHAMED MOUSSA IYED et MAKI OMAR.

Le Ministère Public était assuré par le Procureur Général Mr ALI MOHAMED ABDOU.

Le Palais de Justice avait Ă©tĂ© investi très tĂ´t par la population malgrĂ© l’impressionnant dispositif des forces de l’ordre qui y avait Ă©tĂ© dĂ©ployĂ©, et la salle d’audience se rĂ©vĂ©lait ainsi fort Ă©troite.

Au dĂ©but de l’audience, le PrĂ©sident procĂ©dait Ă  lecture la demande de mise en libertĂ© des prĂ©venus, laquelle avait Ă©tĂ© formulĂ©e plusieurs jours plutĂ´t.

La Cour se retirait donc, et après quelques minutes de délibéré, ordonnait la mise en liberté des deux prévenus, qui comparurent libres.

Les dĂ©bats d’audience se sont dĂ©roulĂ©s dans un climat serein, le PrĂ©sident laissant aux uns et aux autres le soin de s’exprimer librement, parfois de manière vive mais restant dans les limites de la courtoisie.
Concernant le premier chef de prĂ©vention, nous avons Ă  plusieurs reprises mes clients et moi, interrogĂ© le reprĂ©sentant du Ministère Public afin qu’il nous prĂ©cise la nouvelle fausse faisant l’objet de poursuites.
Maheureusement, aucune rĂ©ponse satisfaisante n’a Ă©tĂ© donnĂ©e, le PrĂ©sident et le Procureur GĂ©nĂ©ral mettant plus l’accent sur le ton des articles litigieux que sur les nouvelles prĂ©tendument fausses.

Pour la deuxième prĂ©vention, le Procureur GĂ©nĂ©ral n’a pas su fournir les Ă©lĂ©ments des autoritĂ©s militaires ayant nĂ©cessitĂ© la poursuite, et n’a par consĂ©quent pas pu dĂ©montrer l’entreprise de dĂ©moralisation de l’armĂ©e.

Le Procureur GĂ©nĂ©ral a tentĂ© tout au long de l’audience, de dĂ©placer le dĂ©bat sur le terrain politique et s’est mĂŞme cru obligĂ© « d’avertir » que la dĂ©cision de la Cour Ă©tait attendue non seulement par les hautes autoritĂ©s de l’armĂ©e mais Ă©galement en très haut lieu (certainement au palais prĂ©sidentiel).

A l’issue de ses requisitions, le reprĂ©sentant du Ministère Public a sollicitĂ© ce qu’il a appelĂ© une « dĂ©cison d’apaisement », proposant la rĂ©formation du jugement du 02 septembre: 6 mois d’emprisonnement fermes pour les deux prĂ©venus, suspension des publications des journaux pendant 6 mois et suppression des amendes.

Ma plaidoirie s’est volontairement limitĂ©e au droit de l’information et Ă  la libertĂ© de la presse, non sans que j’aie attirĂ© l’attention de la Cour sur le fait que mes clients n’Ă©taient point poursuivis pour des motifs politiques, mais pour des infractions relevant du dĂ©lit de presse.

Dès lors qu’il n’existait au dossier aucun Ă©lĂ©ment probant pour retenir mes clients dans les liens de la prĂ©vention, je n’avais pas d’autre choix que de plaider la relaxe; ce que j’ai fait.

La Cour s’est retirĂ©e pour dĂ©libĂ©rer et après un vingtaine de minutes, rĂ©formant le jugement attaquĂ©, a condamnĂ© MM ALI MEIDAL WEISS et DAHER AHMED FARAH Ă  la peine d’emprisonnement de 6 mois fermes.

Elle a ramenĂ© la suspension de l’interdiction de publication Ă  6 mois et a supprimĂ© l’amende de 1 million de FD mise Ă  la charge de chacun des prĂ©venus.

Par acte en date du 24 octobre 1999, j’ai dĂ©posĂ© une requĂŞte aux fins de pourvoi devant la Cour SuprĂŞme.

Je suis donc dans l’attente de l’ArrĂŞt de la Cour d’Appel afin de motiver ce pourvoi (MaĂ®tre OMAR s’est engagĂ© Ă  faire le nĂ©cessaire auprès du Premier PrĂ©sident pour que cet ArrĂŞt soit rĂ©digĂ© dans les meilleurs dĂ©lais).

L’association « Reporters Sans frontières » informĂ©e le mĂŞme jour, a condamnĂ© cette dĂ©cision dans un communiquĂ© du 21 octobre et a introduit un recours en grâce auprès du PrĂ©sident de la RĂ©publique de Djibouti.

IV – Situation carcĂ©rale des dĂ©tenus

Le GĂ©nĂ©ral ALI MEIDAL WEISS et DAMER AHMED FARAH sont logĂ©s dans la salle de l’infirmerie qui regroupe une quarantaine de dĂ©tenus, et qui est situĂ©e cĂ´tĂ© gauche en entrant Ă  la prison.
Mais Ă  l’intĂ©rieur de l’infirmerie, ils occupent avec 3 autres dĂ©tenus une cellule Ă©quipĂ©e de manière sommaire.

Tous les jours ils reçoivent les repas que leur apportent leurs familles et ils partagent ceux-ci la plupart du temps avec les autres détenus.

Ils m’ont indiquĂ© ne disposer que d’un espace et d’un temps rĂ©duits pour effectuer les promenades journalières.

J’ai pu les rencontrer autant de fois que j’ai voulu, avant et après le procès.
Après mon départ, et ce depuis le 03 novembre, ils ont entamé une grève de la faim.

Affaire MOUSSA AHMED IDRISS c/Ministère Public

Mr MOUSSA AHMED IDRISS est dĂ©putĂ© Ă  l’AssemblĂ©e Nationale Djiboutienne, PrĂ©sident de l’Opposition Djiboutienne UnifiĂ©e (l’ODU) et candidat de l’ODU Ă  l’Ă©lection prĂ©sidentielle du 9 avril 1999.

Par fax en date du 03 octobre, il a sollicitĂ© l’assistance d’Avocats Sans Frontières France dans la mĂŞme affaire que celles concernant les deux prĂ©venus prĂ©citĂ©s, puisqu’il est poursuivi pour les mĂŞmes faits en tant que co-directeur de publication du journal « Le Temps ».

En effet, il avait prĂ©alablement choisi pour conseil MaĂ®tre Roger-Vincent CALATAYUD, mais ce dernier n’a pu se rendre Ă  Djibouti, n’ayant pas obtenu de visa de l’Ambassade de Djibouti au motif qu’il n’Ă©tait pas en possession de l’autorisation de plaider dĂ©livrĂ©e par le Ministre djiboutien de la Justice (MaĂ®tre Roland WEYN, second Avocat choisi n’a pas eu plus de chance, subissant le mĂŞme sort que MaĂ®tre CALATAYUD ) .

Mr MOUSSA IDRISS est dĂ©tenu actuellement Ă  la prison de Gabode oĂą il purge une peine d’emprisonnement de 4 mois suite Ă  la condamnation Ă  lui infligĂ©e le 06 octobre dernier par la Chambre Correctionnelle de la Cour d’Appel de Djibouti pour rĂ©bellion et violence sur agents de la force publique.

Mr IDRISS Ă©tant parlementaire, n’est passible que devant la Cour d’Appel (se pose ici le problème de la perte d’un degrĂ© de juridiction), il ne lui restait que le pourvoi devant la Cour SuprĂŞme. Mr MOUSSA IDRISS n’a pas formĂ© ce pourvoi dans le dĂ©lai de 10 jours prĂ©vu par le code de procĂ©dure pĂ©nale et la dĂ©cision est devenue dĂ©finitive.

I – Affaire du 06 octobre 1999 : rebel1ion et violence
Les faits de la cause sont les suivants : Le 23 septembre 1999 vers 6h00 du matin, des Ă©lĂ©ments des unitĂ©s spĂ©ciales de la Force Nationale de Police ont donnĂ© l’assaut au domicile de Mr MOUSSA IDRISS en dĂ©fonçant le portail d’entrĂ©e Ă  l’aide d’un camion.

Les agents de la Force Nationale sont intervenus au domicile de Mr MOUSSA IDRISS pour l’interpeller, motif pris de ce qu’il n’aurait pas rĂ©pondu Ă  une convocation du Procureur de la RĂ©publique concernant le dĂ©lits de presse (MOUSSA IDRISS a toujours soutenu n’avoir jamais reçu de convocation et que si tel avait Ă©tĂ© le cas, il s’y serait prĂ©sentĂ© comme il l’a fait devant le bureau de l’AssemblĂ©e Nationale les 9,11 et 12 septembre pour son audition concernant la levĂ©e de son immunitĂ© parlementaire).

Au cours de cet assaut, de nombreux coups de feu ont Ă©tĂ© tirĂ©s et des grenades lancĂ©es dans la villa faisant plusieurs blessĂ©es parmi lesquelles la femme de Mr MOUSSA IDRISS atteinte aux jambes par des Ă©clats de grenade, ainsi que l’une de ses filles atteintes Ă  l’Âśil et au tympan.

Le fils adoptif de Mr IDRISS, IsmaĂ«l Youssouf qui se trouvait dans la maison a reçu une balle et est dĂ©cĂ©dĂ© lors de son transport Ă  l’hĂ´pital

Il convient de prĂ©ciser que lors de cet assaut, outre la prĂ©sence de la famille de MOUSSA IDRISS, se trouvaient dans la villa certains sympathisants de l’ex-candidat Ă  l’Ă©lection prĂ©sidentielle.

Ces derniers n’ont pas contestĂ© lors de l’audience du 06 octobre, avoir jetĂ© des pierres en direction des forces de l’ordre, mais ils ont prĂ©cisĂ© que c’Ă©tait en riposte Ă  l’intrusion intempestive de ces derniers dans la concession de leur leader.

II – Affaire concernant le journal  » Le Temps  »
Le 18 octobre 1999 Ă  11 heures, j’ai assistĂ© Mr MOUSSA IDRISS devant le Magistrat Instructeur de la Cour SuprĂŞme en charge de son dossier.

Lors de cette audience, Mr IDRISS a posé la question de savoir de quelles étaient les nouvelles fausses figurant dans le Journal « Le Temps  » et qui avaient occasionné les poursuites, la question est restée sans réponse.

Le dossier a Ă©tĂ© transmis au Parquet gĂ©nĂ©ral pour suites Ă  donner et compte tenu de la brièvetĂ© des dĂ©lais, l’affaire n’a pu ĂŞtre jointe Ă  celle d’ALI MEIDAL WEISS et de DAHER AHMEDFARAH.
Je l’ai rencontrĂ© Ă  plusieurs reprises Ă  la prison oĂą nous avons discutĂ© ensemble de sa situation qu’il n’arrive pas Ă  comprendre.

Le jour de mon dĂ©part, MaĂ®tre AREF et moi avons rencontrĂ© Mr le Procureur GĂ©nĂ©ral pour avoir une date de fixation de son affaire, mais celui-ci nous a laissĂ© entendre qu’il ne souhaitait pas poursuivre Mr MOUSSA IDRISS.
Il est donc urgent d’attendre.

III – Situation carcĂ©rale de Mr MOUSSA IDRISS

Mr MOUSSA IDRISS occupe seul dans la partie droite de la prison une petite maison qui servait de lieu d’habitation Ă  un des membres du personnel de ladite prison, Ă  cĂ´tĂ© de la prison des femmes.

Il passe l’essentiel de ses journĂ©es dans la cour de la prison avec son fils ABDOUFATAH MOUSSA AHMED, dĂ©tenu lui aussi Ă  la prison de Gabode depuis le 22 juin 1999, dans la salle appelĂ©e « dĂ©pĂ´t ».

Mr MOUSSA IDRISS a entamé une grève de la faim de puis le 03 novembre

Conclusions

Au cours de cette semaine passĂ©e Ă  Djibouti, j’ai pu exercer les droits de la dĂ©fense sans aucune entrave: visite rĂ©gulière Ă  mes clients Ă  la prison de Gabode avant et après le procès~ assistance de Mr MOUSSA IDRISS devant le Magistrat instructeur, procès en appel dans les conditions rĂ©gulières (dĂ©bats d’audience plaidoirie).

J’ai rencontrĂ© un certain nombre de Magistrats qui m’ont fait part non seulement des conditions matĂ©rielles de travail difficiles, mais Ă©galement de certaines pressions dont ils sont l’objet.

J’ai constatĂ© la promiscuitĂ© du Palais de justice et un sous-Ă©quipement surprenant : absence de toilettes pour le personnel judiciaire et encore moins pour le public (exceptĂ© dans le bureau du Procureur gĂ©nĂ©ral et certainement dans celui du Ministre de la Justice dont le bureau se trouve au 1er Ă©tage du Palais de justice), matĂ©riel de travail des greffiers d’un autre âge…

Je me suis entretenu de ces problèmes avec le Ministre de la justice le 24 octobre~ et ce dernier m’a assurĂ© que dans le budget 2000 de son ministère figurait la modernisation des outils de travail du Tribunal (ordinateurs, imprimantes,photocopieurs…).

J’ai rencontrĂ© mes clients Ă  la prison de Gabode, sans toutefois pouvoir visiter celle-ci : nĂ©anmoins, les Ă©chos que j’ai pu avoir de certains dĂ©tenus font Ă©tat de situations alarmantes concernant leurs conditions de dĂ©tention, particulièrement au « dĂ©pĂ´t » qui est le lieu oĂą sont concentrĂ©s la plupart des dĂ©tenus.

J’ai eu plusieurs rĂ©unions avec les membres de l’opposition djiboutienne qui m’ont relatĂ© les nombreuses pressions dont ils sont l’objet (surveillance rĂ©gulière par les agent de la SDS, la police politique, emprisonnements rĂ©guliers, pressions fiscales~ Ă©coutes tĂ©lĂ©phoniques~ confiscation des passeports, menaces sur eux et sur leurs proches…):

-MOUMIH BABDON Farah : ancien Ministre des Affaires Etrangères (15 ans), ancien Ministre de la Justice (3 ans), parlementaire (15 ans)~ Secrétaire général du RPP (Rassemblement Populaire pour le Progès) et Président du Groupe pour la Démocratie et la République (GDR).

Il a Ă©tĂ© condamnĂ© le 24 septembre 1998 par le Tribunal de Première Instance Ă  1 an d’emprisonnement avec sursis et mise Ă  l’Ă©preuve pendant 2 ans et 1 000 000 de FD pour le dĂ©lit d’instigation Ă  la dĂ©sobĂ©issance civile des militaires.

Il a relevé appel de cette décision et le procès en appel est prévu pour le 17 novembre 1999.
Il a Ă©tĂ© interviewĂ© par Eric Monier, journaliste de France 2 lors de son sĂ©jour Ă  Djibouti pour un reportage pour l’Ă©mission « l’argent public ».

Lors de notre entretien, il a Ă©voquĂ© le cas du Juge français BOREL qui Ă©tait son Conseiller. Il met en doute la thèse du suicide et pense qu’il y a 2 personnes qui dĂ©tiennent des informations importantes sur cette affaire: Mr SABKASS qui Ă©tait Conseiller Technique de l’ancien prĂ©sident et le Consul GĂ©nĂ©ral de France Ă  Djibouti de l’Ă©poque

Ahmed BOULALEH BARRED, ancien Ministre de l’IntĂ©rieur et de la DĂ©fense, ancien dĂ©putĂ©
Poursuivi avec Mr MOUMIN, il a Ă©galement Ă©tĂ© condamnĂ© le 24 septembre 1998 par le Tribunal de Première Instance Ă  1 an de prison ferme et 1 000 000 de FD pour le dĂ©lit d’instigation Ă  la dĂ©sobĂ©issance civile des militaires.

Ces 2 personnalités sont privées de leurs droits civiques depuis le 7 août 1996 pour une durée de 5 ans.

Ismaêl GUEDI HALED, ancien directeur de Cabinet du Président Hassan GOULED, ancien Inspecteur du Travail et 2e vice-président du RPP : une douzaine de personnes proches de sa familles sont actuellement en détention provisoire et ont entamé une grève de la faim depuis le 16 octobre 1999.
Il fait l’objet de 5 annĂ©es de privation de droits civiques.

NOEL ABDI Jean-Paul, prĂ©sident de la Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH), ancien parlementaire (plus de 15 ans) et porte-parole du GDR, qui a reçu une grenade Ă  son domicile quelques jours après les Ă©lections prĂ©sidentielles d’avril 1999

Mohamed SAID, ancien Ministre de la Fonction

Ibrahim MAHDI AHMED , prĂ©sident du Front Uni de l’Opposition Djiboutienne (FUOD), comptable dont le Cabinet a Ă©tĂ© fermĂ© et tout le matĂ©riel de travail saisi

Kamil HASSAN, secrétaire général de la LDDH qui affirme que « si la loi était une femme à Djibouti, elle serait la femme la plus violée du pays »

Farah ALI WABERI, ancien président de la Cour Suprême

Toutes ces personnalités ont effectué des séjours à la prion de Gabode.

Actuellement à Djibouti, le Barreau compte une douzaine de membres dont 2 français, Maîtres MONTAGNE et MARTINET. Maître AREF étant radié, il reste moins de 10 avocats djiboutiens.

Ces derniers, exceptĂ© MaĂ®tre OMAR, hĂ©sitent Ă  assurer la dĂ©fense des opposants et prisonniers politiques, des prisonniers d’opinion et des syndicalistes.

La plupart de ces personnes se retrouvent donc généralement sans Conseil.

Il est donc capital afin que les droits de la dĂ©fense soient assurĂ©s Ă  Djibouti pour tous, qu’Avocats Sans Frontières envisage, comme pour le Rwanda et le Burundi, un projet « Justice Pour Tous Ă  Djibouti », de sorte que ce ne soit plus seulement les plus nantis qui puissent faire appel Ă  des Avocats expatriĂ©s.

Ferdinand DJAMMEN NZEPA
Avocat au Barreau de Toulouse
SecrĂ©taire d’Avocats Sans Frontières France