07/01/2017 (Brève 906) A lire sur AERION 24 news : Djibouti, un État contre nature ? (Par Christian Bouquet) Un article remarquable et bien documenté (Info lecteur)

Lien avec l’article original : http://areion24.news/2016/12/12/djibouti-etat-contre-nature/

Nulle critique implicite ne se cache derrière ce titre, mais un simple constat : rien ne prédisposait ce petit morceau de territoire à devenir un État, créé de toutes pièces par la colonisation européenne. Et sa survie demeure étroitement liée à la protection assurée par des puissances étrangères.

– « Quels hommes peut nourrir une terre pareille ? »
En 1887 déjà, Pierre Loti écrivait : « Quels hommes peut nourrir une terre pareille ? » (1). Effectivement, une terre pareille semble totalement inhospitalière.

La géographie physique est implacable. Djibouti est une fournaise désertique et minérale, où les sols caillouteux sont souvent basaltiques et restituent les très fortes chaleurs, sans que l’homme puisse trouver de l’ombre faute de végétation arborée. Les pluies sont faibles et rares, et les petites vallées sont désespérément sèches, car deux ou trois années peuvent se succéder sans aucune précipitation. Très présent, le volcanisme est encore actif, comme l’a montré l’éruption de l’Ardoukoba en 1978, et des traces du grand rift est-africain sont visibles au fond du Goubet. Les géologues surveillent d’ailleurs très attentivement la progression de son écartement.

Quelles populations peuvent donc vivre ici ? Forcément des nomades, car les terres cultivables sont rares, et les sols pauvres et peu arrosés ne donnent dans le meilleur des cas que de maigres pâturages saisonniers. Ainsi, avant l’arrivée des colonisateurs, l’espace était-il essentiellement parcouru par des éleveurs et leurs troupeaux, mais aussi par des caravanes qui assuraient les échanges commerciaux entre la mer Rouge et l’arrière-pays. Il s’agissait d’écouler les produits agricoles des montagnes éthiopiennes, de vendre le sel du lac Assal, et surtout d’alimenter un important trafic d’esclaves capturés à l’intérieur des terres et revendus de l’autre côté du Bab-el-Mandeb (la « Porte des Larmes »). Cette activité a d’ailleurs perduré, puisque Joseph Kessel faisait état dans Fortune carrée (1931) de 5000 à 7000 individus capturés et revendus chaque année.

Bien que très faiblement peuplé, cet espace était – relativement – administré par des organisations politiques traditionnelles, notamment par plusieurs sultanats qui contrôlaient de vastes territoires à partir de petites agglomérations sédentaires : le Rahayto autour d’Obock, le sultanat de Tadjourah, celui du Goba’ad autour de Dikhil, et celui de l’Aoussa à partir de Yoboki vers l’ouest. Naturellement, il n’y avait pas de frontières linéaires entre les territoires, comme toujours dans les régions désertiques parcourues par des nomades.

– L’invention de Djibouti
C’est pourquoi « le territoire autour du golfe de Tadjourah n’est ni nommé ni pensé en tant que tel avant l’installation française dans le dernier quart du XIXe siècle » (2). On peut se demander pourquoi les Français ont prêté attention à cette région si déshéritée et si peu accueillante, alors qu’ils recherchaient des territoires susceptibles de favoriser leur développement économique. En fait, il faut se souvenir que les grands voyages maritimes de l’époque avaient impérativement besoin d’eau douce, de bois et de lieux de stockage du charbon. Il fallait donc identifier des lieux propices sur les côtes bordant les itinéraires des bateaux.

C’est dans cette perspective qu’au XIXe siècle, les Anglais avaient repéré et investi le petit port d’Aden, au Yémen, pour en faire un dépôt de charbon, et ils avaient pris pied en 1858 sur un rocher qui barre le Bab-el-Mandeb et qui devait avoir par la suite une grande importance stratégique : l’îlot Périm, où ils installèrent un relais télégraphique. Les Français jetèrent alors par défaut leur dévolu sur le littoral occidental de la mer Rouge, notamment sur Tadjourah, petit port bien protégé mais où ils n’étaient pas les bienvenus, car ils risquaient de faire de l’ombre à l’intense trafic d’esclaves qui disposait là de sa tête de pont.

Ils se replièrent donc sur Obock, « acheté » au sultan local en 1862 pour 10 000 thalers de Marie-Thérèse, où ils ouvrirent un port de charbonnage. Mais l’eau y était sulfureuse et c’est finalement le site de Djibouti qui fut choisi en 1888 pour y implanter une escale de ravitaillement, et pour devenir en 1896 le chef-lieu de la nouvelle colonie (la Côte française des Somalis). La « capitale » comptait alors à peine 5000 habitants.

Il est intéressant de noter que l’ouverture du canal de Suez en 1869, pourtant œuvre de la France, ne semble pas avoir modifié la perception géopolitique que les autorités françaises avaient de ce confetti d’empire. Pour Djibouti, la valeur ajoutée ne fut que relative. En fait, que la route maritime vers l’Asie passe par la Méditerranée ou par le cap de Bonne-Espérance ne changeait pas grand-chose à la position stratégique de Djibouti, qui restera un pis-aller par rapport à Aden.


La fabrique du territoire
Les premiers traités signés par la France étaient approximatifs sur les frontières à tracer dans l’arrière-pays. Et c’est pourtant ce lointain hinterland qui semblait intéresser les Français, comme l’écrivait à l’empereur le prince Napoléon en août 1958 : « La France a dans l’Abyssinie un centre de catholicisme qu’il est dans son intérêt de protéger ». Peut-être est-ce – en partie – pour cette raison que fut entrepris, en 1897, le gigantesque chantier du chemin de fer reliant Djibouti à Entotto, alors capitale de l’Éthiopie, à 2400 m d’altitude. Véritable colonne vertébrale de la région, longue de 783 km et achevée en 1917, cette voie ferrée allait irriguer et drainer le pays.

Pour autant, la puissance coloniale, qui n’avait jamais vraiment souhaité s’installer là, a géré Djibouti a minima, sans prendre de véritables initiatives de développement. Port d’escale charbonnier, la colonie l’est plus ou moins restée, évoluant parfois vers le port de l’oubli.

Les principaux problèmes rencontrés par les autorités françaises sont venus de la croissance de la population, qu’il fallait gérer sur un territoire sans ressources. La ville de Djibouti, qui comptait 17 000 habitants en 1947, et 62 000 en 1967, atteignait 118 000 habitants au début des années 1970 et cet entassement urbain ne manquait pas de créer des tensions sociales. Il a même fallu construire un véritable barrage en barbelés en 1966 autour de la capitale pour filtrer les migrants, c’est-à-dire les Djiboutiens, nomades en voie de sédentarisation, venant de l’intérieur du pays pour profiter des avantages de la ville. Cette ségrégation ne manqua pas d’exacerber les sentiments nationalistes et indépendantistes. Pourtant, après avoir refusé l’indépendance par référendum en 1958, Djibouti en écarta de nouveau l’opportunité à l’issue d’un vote (contesté) en mars 1967. La colonie devint alors le Territoire français des Afars et des Issas (TFAI) avec un début de délégation de pouvoir aux élites locales. Il fallut attendre le référendum de mai 1977 pour voir naître la République de Djibouti, à l’intérieur des frontières tracées lors de l’occupation française.

À l’évidence, pourtant, ces frontières étaient également « contre nature ». De l’autre côté, l’Éthiopie et la Somalie semblaient n’attendre que la décision d’indépendance du TFAI pour se partager ses 23 000 km2 de montagnes caillouteuses et stériles, peuplées d’Afars et d’Issas, donc logiquement rattachables à l’un ou à l’autre voisin selon l’appartenance identitaire. On rapporte qu’en juin 1970, à l’occasion d’une visite d’État à Paris, l’empereur d’Éthiopie Hailé Sélassié aurait déclaré au président français Georges Pompidou que « Djibouti resterait à l’Éthiopie »…

S’il n’en fut rien, c’est parce que l’intérêt stratégique du lieu n’avait jamais été perdu de vue par la France. En se retirant, celle-ci avait laissé derrière elle une base militaire de plus de 3000 hommes (aujourd’hui réduite à 1900) disposant de toutes les facilités maritimes, aériennes et terrestres pour l’entraînement des troupes et la surveillance de la région. À la clé, il y avait un loyer de l’ordre de 30 millions de dollars par an, soit un pourcentage important du budget de l’État, lequel allait désormais reposer uniquement sur des ressources exogènes. En même temps, ce « parapluie militaire » assurait une forme de stabilité sociopolitique, qui explique en partie que le début de guerre civile entre Afars et Issas entre 1991 et 1994 fut assez rapidement réglé.


Djibouti, produit de la géopolitique mondiale
À partir des années 1990, l’importance, la croissance (et la survie ?) de Djibouti ont été directement liées à plusieurs événements internationaux.

Il y a d’abord eu la fin de la guerre d’indépendance de l’Érythrée, qui déboucha en 1993 sur une partition lourde de conséquences pour l’Éthiopie vaincue. En effet, l’ancien empire d’Hailé Sélassié était désormais coupé de tout accès direct à la mer, et son axe de désenclavement allait inévitablement passer par Djibouti, que ce soit par le chemin de fer – en réalité bien dégrad頖 ou par la voie routière. Et, depuis plus de vingt ans, de longues colonnes de camions assurent quotidiennement les importations et les exportations de l’Éthiopie entre Addis Abeba et le port djiboutien. C’est un étrange revirement de fortune si l’on a encore en mémoire les paroles du négus en 1970…

À peine dix ans plus tard, la stratégie américaine visant à traquer Oussama ben Laden (originaire du Yémen voisin) conduisit Washington à implanter en 2002 à Djibouti une base militaire encore plus lourde que celle de son homologue française. C’est ainsi que plus de 4000 soldats américains sont installés dans le camp Lemonnier (autrefois occupé par la Légion étrangère), disposant de toutes les facilités pour intervenir, notamment à l’aide de drones, sur une très large zone allant du Yémen au Mali. En contrepartie, les États-Unis versent un loyer annuel récemment réévalué à 63 millions de dollars, qui contribue à conforter encore davantage le budget de l’État djiboutien.

Progressivement, le site de Djibouti est donc devenu la plaque tournante des opérations régionales de stabilisation politique. La déliquescence de la Somalie et l’apparition d’une piraterie maritime intense au large de ses côtes ont amené l’Union européenne à lancer, en 2008, l’opération « Atalante », dont le quartier général est installé à Djibouti. Une quinzaine d’États fournissent des avions, des navires et des hommes, et les opérations semblent efficaces puisque les attaques sont passées de 168 en 2008 à 3 en 2014. La fin d’« Atalante » est programmée pour décembre 2016, et si Djibouti en a tiré de nombreux avantages en termes de retombées financières, on commence néanmoins à entrevoir les limites d’un modèle économique reposant sur l’hébergement de bases militaires dont l’existence est conjoncturelle.

Pourtant, il faut croire que la conjoncture est demeurée – paradoxalement – favorable, puisque le Japon, à son tour, a ouvert à Djibouti une base en 2010, illustrant ainsi la réalité de sa remilitarisation, en même temps que la nécessité de protéger ses navires de commerce dans cette zone troublée (3). Plus de 10 % du trafic maritime régional sont effectués sous pavillon nippon, et l’essentiel des produits japonais d’exportation emprunte le couloir de la mer Rouge. Et c’est ainsi que le Trésor public djiboutien empoche chaque année un nouveau loyer de 30 millions de dollars…

Last but not least
, la Chine a fini par s’inscrire dans le paysage en ouvrant aussi une base militaire, qui devrait être opérationnelle en 2017 et compter jusqu’à 10 000 hommes. Le premier motif était le même que ses concurrents étrangers : protéger ses navires de commerce, notamment sur cette nouvelle « route de la Soie » qui doit la relier à l’Afrique australe. Il est d’ailleurs intéressant de lire l’exposé des motifs tels qu’ils ont été définis lors de la signature des accords en 2015 : « La Chine envoie des escortes navales dans le golfe d’Aden, et dans les eaux somaliennes. La question de leur ravitaillement en nourriture et en carburant s’est posée. Nous sommes parvenus à un consensus avec le gouvernement de Djibouti pour disposer d’un soutien logistique pour nos escorteurs » (4). On se croirait revenu à la fin du XIXesiècle, lorsque Français et Anglais exploraient les sites les plus favorables pour faciliter la navigation de leurs bâtiments.

Mais, contrairement à la France, aux États-Unis et au Japon, la Chine ne verse pas de loyer pour compenser son implantation. Comme souvent ailleurs en Afrique, sa contrepartie consistera à développer une zone franche près des ports de Djibouti et Doraleh, pouvant créer jusqu’à 200 000 emplois directs, avec construction de routes, d’autoroutes, d’installations portuaires, ainsi que la réhabilitation du chemin de fer qui dessert l’Éthiopie. Il est également prévu d’exploiter les gisements de sel du lac Assal et de construire un port minéralier à Tadjourah. Cependant, cette aide est loin d’être gratuite, et, même si les perspectives sont impressionnantes, on ignore encore à quel niveau d’endettement cet appui conduira l’État djiboutien.


Quelle marge d’autonomie reste-t-il à Djibouti ?
Aussi exogène soit-elle, cette dynamique assure un PIB flatteur de près de 1700 dollars par habitant, soit trois fois plus que celui de l’Éthiopie, et dix fois plus que celui de la Somalie, ces deux voisins qui rêvaient d’annexer le petit territoire artificiel au départ des Français. Mais ces chiffres qui n’ont guère de sens cachent une réalité sociale moins reluisante : 42 % des Djiboutiens vivent au-dessous du seuil de pauvreté, 50 % de la population active est au chômage, et le pays se classe au 170e rang de l’indice de développement humain. L’immense bidonville de Balbala, qui borde la capitale à l’ouest de l’oued Ambouli, illustre le paradoxe d’un pays à qui la nature n’a pas donné les moyens d’assurer le minimum vital à ses 900 000 habitants.

La nature ? Comme on l’a vu, elle est inhospitalière, et les ressources dites « naturelles » ne sont encore aujourd’hui que des hypothèses. Il y aurait des indices d’or, de cuivre, d’uranium, de manganèse, de titane, mais rien n’a été prouvé. Quant au sel du lac Assal, il manque d’iode et ne peut être utilisé que dans l’industrie. Il reste l’espoir né de la géothermie, versant positif d’une nature par ailleurs peu généreuse, mais pour l’heure le potentiel de ce secteur est resté inexploité.

Toute l’économie tourne donc autour des activités du port. D’abord pour des raisons commerciales, qui dépendent à la fois de l’enclavement de l’Éthiopie et d’une conjoncture sous-régionale favorable à Djibouti. Mais si l’Éthiopie trouve un autre axe d’échange avec le littoral – ce qui n’est pas impossible quand on regarde la carte – et si les conditions offertes par le port de Djibouti perdent de leur compétitivité – ce qui est inévitable en économie de march頖, le pays sera confronté à une crise sérieuse.

Quant à son statut de plate-forme militaire stratégique de lutte contre le terrorisme, il lui a déjà valu quelques revers intérieurs (l’attentat de mai 2014), et pourrait s’estomper au fil du temps, soit parce que les menaces de déstabilisation diminuent, soit parce que les implantations étrangères deviennent budgétairement trop lourdes pour les États impliqués.

Dans ce cas, et faute d’avoir développé des projets de développement endogènes alternatifs, Djibouti se retrouverait face à la réalité des origines : un « État contre nature ».

Le contexte politique intérieur confirme d’ailleurs la spécificité du cas djiboutien, puisque le régime est resté le même depuis l’indépendance : Hassan Gouled Aptidon, premier président de la République en 1977, a été remplacé en 1999 par son ancien chef de cabinet, Ismaël Omar Guelleh, qui a été réélu le 8 avril 2016 pour un quatrième mandat. Après avoir déclaré en 2011 : « En 2016, je m’en irai. Cette fois-ci je peux vous le jurer », il s’était ravisé peu avant le scrutin en affirmant : « Les Djiboutiens m’ont interdit de partir ».

Sous le parapluie sécuritaire international, Djibouti pratique une démocratie très encadrée, où la liberté d’expression est admise mais peu utilisée. Prudent, un spécialiste écrit : « Sur le plan politique, le pays a encore une grande marge de manœuvre pour améliorer son système démocratique, instaurer un véritable État de droit, encourager la liberté d’expression, garantir des élections libres et transparentes, renforcer le dispositif sécuritaire, combattre la corruption et le clientélisme, remédier à la défaillance de l’administration publique et rétablir la confiance de la population dans la capacité du gouvernement à insuffler le changement tant attendu dans la gestion des affaires de l’État » (5).

Ce vaste programme pourrait se révéler urgent à mettre en œuvre car, à trop dépendre de l’extérieur, un pays peut rapidement se retrouver démuni. Un flash de politique-fiction suffit à inquiéter : si l’État islamique s’effondre au Moyen-Orient, si les pirates disparaissent des côtes somaliennes, si l’Éthiopie infléchit ses corridors de désenclavement, et si les promesses chinoises s’avèrent léonines, l’ancien confetti de l’empire français sera réduit à néant et devra prendre un nouveau départ. Avec un handicap (ou une richesse ?) incontournable : la capitale compte 475 000 habitants, contre 17 000 en 1947.

Cette hypertension démographique constitue un enjeu majeur. Au moment de quitter Djibouti, Dominique Ponchardier, l’un de ses derniers administrateurs français, estimait que la France n’avait rien fait d’autre sur ce territoire que laisser des cheveux blancs (« Tu sais ce que je veux leur donner ici ? Des cheveux blancs. Si la France part d’ici en laissant derrière elle quelques milliers de beaux vieillards, je saurai que j’ai fait quelque chose de plus dans ma vie que trente romans policiers » (6)). En multipliant les centres de santé et en diminuant sensiblement la mortalité dans un pays où la vie était particulièrement rude et les populations difficiles d’accès, la puissance coloniale avait favorisé la croissance démographique. Or, par un autre curieux revirement de l’histoire, c’est bien la transition démographique que les autorités djiboutiennes devront gérer avec clairvoyance.

Parmi les solutions, certains pensent à l’émigration. En 2008, un projet surréaliste de pont enjambant la mer Rouge entre Djibouti et le Yémen et prenant appui sur l’îlot Périm (clin d’œil de l’Histoire) était sorti des cartons. Long de 28,5 km, il aurait permis la création d’une ville nouvelle au nord d’Obock (Madina al-Nour). Il est probable qu’il aurait constitué la soupape par laquelle des milliers de jeunes chômeurs, parfois diplômés, se seraient expatriés au Moyen-Orient. Mais, là encore, l’initiateur était étranger puisqu’il s’agissait de Tarek ben Laden, frère de celui contre lequel s’était ligué une partie du monde. Il se disait prêt à financer la construction de l’ouvrage d’art, pour un montant de 70 milliards de dollars. Le dossier est provisoirement retourné dans ses cartons.

Ismaël Omar Guelleh se flatte d’avoir une vision pour son pays. Il est temps de la dévoiler, car tant que Djibouti sera offert en location au plus offrant, il s’exposera à des lendemains qui déchantent. Et l’impatience qui bout sous les tôles surchauffées du bidonville de Balbala est une bombe à retardement.

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Notes
(1) « Obock, en passant », Revue Bleue, no 9, 1887.
(2) Simon Imbert-Vier, « L’invention de territoires djiboutiens », in Amina Saïd Chiré (dir.), Djibouti contemporain, Paris, Karthala, 2013, p. 41-64.
(3) Philippe Leymarie, « À Djibouti, la première base du Japon à l’étranger depuis 1945 », Le Monde Diplomatique, 20 janvier 2011.
(4) Sébastien Le Belzic, « Djibouti, capitale de la Chinafrique », Le Monde Afrique, 25 janvier 2016.
(5) Aden Omar Abdillahi, « Géopolitique de Djibouti : des incertitudes de la naissance à l’espérance de l’âge adulte », Djibouti contemporainop. cit., p. 155.
(6) Cité par Romain Gary dans Les Trésors de la mer Rouge, p. 55. Ponchardier, ancien résistant, était également l’auteur de la série des Gorilles, aux éditions Fleuve Noir, sous le pseudonyme de Dominique Antoine.

09/12/2016 (Brève 888) Guelleh livre des opposants Oromo et Ahmara à Addis. Pour montrer son soutien au régime éthiopien ? (LOI n°1440)

Selon un article (payant) de LOI (n° 1440), le régime de Guelleh aurait livré 150 réfugiés Oromo et Ahmara aux autorités éthiopiennes, avec le souci de montrer sa fidélité et son attachement au
régime actuel, qui doit faire face à une contestation qui s’étend dans le pays.

S’agirait-il aussi de faire « passer » le projet en cours de signature d’implantation d’une base militaire saoudienne sur le territoire Djiboutien ? Projet très contesté par les Ethiopiens mais aussi par les Egyptiens qui voit cette installation d’un très mauvais oeil.

LOI ajoute que cette décision augmente le risque de représailles
de la part des organisations Oromo, dont certains membres paysans, auraient déjà incendié des fermes appartenant à Djibouti et situées dans l’Oromo National Regional State

07/12/2016 (Brève 884) L’Égypte s’oppose à l’implantation d’une base militaire saoudienne à Djibouti (Press TV -Iran)

Lien avec l’article: http://presstv.ir/DetailFr/2016/12/06/496729/Arabie-saoudite-Djibouti-Caire-base-militaire–Egypte

Des sources diplomatiques égyptiennes ont révélé que le Caire est hostile à l’implantation d’une base militaire de l’Arabie saoudite à Djibouti.

Citant des sources diplomatiques égyptiennes, le site d’information Al-Khaleej Al-Jadid a fait part des efforts déployés, depuis un mois, par le Caire pour empêcher l’application d’un accord entre l’Arabie saoudite et Djibouti sur la construction d’une base militaire saoudienne au détroit du golfe d’Aden.

Le Caire rejette cet accord, car cette région est « sous la domination politique de l’Égypte et fait partie de la sécurité nationale égyptienne ». En effet; le Caire considère cette zone comme la « profondeur stratégique » de l’Égypte dans le Sud.  

Selon les autorités égyptiennes, cet accord va à l’encontre des normes et règles reconnues par les pays arabes, car, en raison de son impact direct sur le Nil et le canal de Suez, cette région est sous l’influence stratégique de l’Égypte, rapportent les mêmes sources. 

L’Arabie saoudite a l’intention de créer une base militaire à Djibouti. L’ambassadeur de Djibouti à Riyad a déclaré que son pays attendait la signature avec l’Arabie saoudite d’un contrat qui porterait sur la coopération militaire (terrestre, aérienne et maritime).

Les États-Unis, la France, l’Italie et le Japon ont chacun une base militaire à Djibouti. Cela apporte à ce pays 160 millions de dollars par an.

Djibouti compte 830.000 habitants. Grâce à ses multiples ports, ce pays est considéré comme la porte du commerce de l’Afrique. Il est voisin du détroit stratégique de Bab el-Mandeb qui est l’un des couloirs de navigation les plus fréquentés, par où transite 30% du pétrole du monde. 

06/12/2016 (Brève 883) Finalement, le terrain a trouvé un locataire !!! Rappelons l’offre de mise aux enchères d’un vaste domaine à louer en Afrique de l’Est, qui avait été publiée sur notre site (Humour – ARDHD)

L’équipe de l’ARDHD est fière d’avoir contribué, en publiant cette annonce en 2015, à la location d’un terrain à Djibouti. Il semble que ce soit l’Arabie saoudite qui ait décidé de louer le terrain

Rappel de l’annonce ________________

Logo EbayParticulier louerait un grand terrain (4 km2) à Djibouti. Avec piste d’atterissage et port privés. Toutes facilités d’implantation – Maximum : 10.000 hommes. Terrain exempté de toutes autorisations administratives restrictives. Garantie des plus grandes facilités d’utilisation. Pas de normes environnementales (bruit, pollution des sols et de l’air, …) pas de contraintes sociales pour l’emploi des travailleurs (pas de salaire minimum, durée de travail illimité, pas de charges sociales, sans aucune obligation d’embauche de travailleurs locaux, ..), pas de taxes et immunité garantie pour tous les occupants.

Conviendrait à un Etat souverain ayant besoin d’externaliser ses moyens de défense, de récolte de renseignements et d’actions ciblées (discrétion assurée) sur une large zone : Somalie, Somaliland, Ethiopie, Erythrée, Yémen, … voire plus si besoin (i.e. Kenya, Soudan, Ouganda).

Possibilité visite sur place : demander les clefs au gardien, Monsieur Hassan Saïd.

Bail toutes activités pour une période minimale de 10 années reconductible, plus à négocier.

Mise à prix : 30 millions US$ annuels
Achat immédiat : 50 millions US$ annuels

L’enchère se terminera le 15/12/2015
Paiement direct à Monsieur Ismaël Omar Guelleh, par virement mensuel sur son compte personnel dans une banque des Bahamas.

04/12/2016 (Brève 879) Selon Al Arabiya en Anglais, une nouvelle base militaire à Djibouti pour l’Arabie saoudite … Une poudrière ?

Lien avec l’article : http://english.alarabiya.net/en/News/gulf/2016/12/04/Djibouti-agrees-to-a-Saudi-military-base-on-its-territory.html#.WEQhWE9tQkA.twitter

Selon Al Arabiya en Anglais, le Ministre des affaires étrangères djiboutiens a confirmé que l’Arabie saoudite allait implanter une base militaire à Djibouti. Cela confirme les informations que nous avions publiées depuis plusieurs mois.

– Djibouti : vers la zone la plus militarisée du monde. Une poudrière potentielle ?
Le nombre de pays qui disposent déjà de bases militaires est impressionnant. Il n’y a pas d’autres exemples dans le monde d’implantations militaires venant de tant de différents pays et sur un territoire aussi limité.

Les risques se multiplient, car parmi ces nations, certaines n’entretiennent pas forcément « de bonnes relations fraternelles » et l’on peut toujours craindre des accrochages et plus graves encore. Guelleh est-il en train de constituer une véritable poudrière ?

Guelleh vend le pays pour son enrichissement personnel et celui de ses proches et de ses obligés, pendant que le peuple s’enfonce dans la misère, que les services de santé se dégradent chaque jour, de même l’enseignement et qu’il s’endette pour des dizaines d’années, sans même pu avoir donné son avis et sans ne bénéficier d’aucune retombée : création d’emploi, amélioration des services et des infrastructures, ….

La condition des Droits de l’Homme est une alerte permanente : arrestations et incarcérations arbitraires et illégales, exécutions extra-judiciaires, expropriation sans indemnités, etc…

Parmi les pays qui disposent actuellement de bases ou d’implantations militaires : La France, les USA, le Japon, l’Italie, la Chine (avec la Russie dans ses bagages), probablement l’Ethiopie au Nord, bientôt l’Arabie saoudite. D’autres pays ont des petits contigents, comme l’Espagne et l’Allemagne. D’autres pays seraient en discussion : on parle de l’Inde et de ???

25/11/2016 (Brève 868) Devenu « l’antichambre de la Chine », Djibouti prend un sérieux « risque », selon son ministre des Affaires étrangères(Chemin d’Afrique – Blog sur L’OBS)

Lien avec l’article
http://chemindafrique.blogs.nouvelobs.com/archive/2016/11/24/devenu-%C2%A0l-antichambre-de-la-chine%C2%A0-djibouti-prend-un-serieux-594445.html

Djibouti pensait assurer son développement et son indépendance en accueillant des contingents miliaires étrangers sur son territoire, contre d’importantes redevances. Cependant, la coopération stratégique sino-djiboutienne se renforçant, nombreux sont les partenaires historiques ou les prospects à se détourner du pays d’Ismaïl Omar Guelleh, remettant en question la pertinence d’y posséder une base armée. Explications.

Djibouti recherche investisseurs. C’est le message que veut aujourd’hui envoyer la petite République de la Corne de l’Afrique, qui malgré sa croissance élevée (environ 7,4 % en 2016), peine à transformer l’essai. Largement tributaire des rentes touchées en louant des parcelles de son territoire pour accueillir des garnisons étrangères (plus de 120 millions de dollars par an) et de la fonction publique, Djibouti n’arrive pas à construire un tissu économique viable : 79,4% des Djiboutiens vivent sous le seuil de pauvreté relative, et le chômage touche près de 50% de la population. Djibouti occupe le 164ème rang sur le plan du développement humain (IDH). En outre, l’endettement de Djibouti s’empire : il se situait à 65.8 % du PIB en 2015 et devrait atteindre 75.8 % en 2016, puis 79 % en 2017.

S’il doit largement son attrait stratégique à sa position géographique, Djibouti n’est pas aidé par les troubles que traverse la région – en particulier l’Ethiopie, son principal partenaire commercial, vers lequel sont dirigées 78,4 % de ses exportations. Aussi, l’instabilité de son voisin a toute l’attention de Djibouti, « qui s’appuie clairement sur la dynamique de développement mise en place ces dix dernières années en Éthiopie ». D’après le ministre des Affaires étrangères djiboutien Mahmoud Ali Youssouf, « toutes les infrastructures que nous construisons ont pour but de servir le marché éthiopien et le perdre serait une catastrophe pour notre économie. » Une vulnérabilité qui n’est pas vue du meilleur œil par nombre d’investisseurs.

Afin de sortir de cette impasse, le pays cherche donc à attirer plus de capitaux étrangers. Seulement, ses choix politiques et stratégiques des dernières années sont loin d’avoir fait l’unanimité. Historiquement très proche de l’ancienne métropole française, le pays l’est aussi devenu des Etats-Unis et du Japon, qui y ont respectivement installé des bases en 2002 et 2010. Cependant, en acceptant l’implantation d’une importante base militaire chinoise (plus de 3000 soldats) sur son territoire, le président djiboutien, Ismaël Omar Guelleh (IOG), a déséquilibré ces rapports. Le choix de commencer cette construction, en février dernier, à quelques kilomètres de la plus grande base américaine d’Afrique, y est certainement pour beaucoup.

La Chine avait grand intérêt à ce rapprochement. En effet, du fait de la piraterie dans le détroit du Bab el-Mandeb, depuis 2008, Pékin a déjà envoyé 60 navires dans le Golfe d’Aden afin d’escorter ses navires commerciaux. N’ayant pas de base logistique à proximité, l’armée chinoise rencontrait des difficultés pour les réapprovisionner. Avoir un pied-à-terre sur le continent, à proximité de l’un des principaux lieux de passages du commerce maritime mondial, représente une aubaine pour Pékin. Et ce d’autant que le déploiement de bases à l’étranger constitue une priorité de la nouvelle politique étrangère chinoise, instituée par la président Xi Jinping. Une collaboration qu’il compte solidifier par des engagements économiques de nature à faire de Djibouti l’« antichambre de la Chine ». 

Pour Djibouti, les avantages sont plus discutables. Certes, il y a les retombées économiques de ce nouveau bail de dix ans : Pékin paie annuellement 20 millions de dollars. A cela il faut ajouter les retombées indirectes de cet accord. On sait notamment que la base militaire sera doublée d’une zone franche de 48 km² et d’une plate-forme géante de transbordement de conteneurs. Elle garantit donc une quantité significative d’investissements réalisés par les entreprises chinoises, mais aussi djiboutiennes, grâce à des prêteurs chinois pas toujours très regardants en matière de conduite morale du régime djiboutien et de viabilité des projets. En contrepartie, leurs conditions sont souvent beaucoup moins arrangeantes que celles de la Banque Mondiale ou la Banque Africaine pour le Développement, qui mettait en garde contre « des projets d’infrastructures et leur entretien [qui] vont alourdir les charges fixes dans le budget de l’État ». 

Sans autre richesse à monnayer que sa situation, pour Djibouti, le risque de surendettement est bien réel. La cité-Etat pourrait finir par se brader à ses créanciers, prise à la gorge par ses dettes. De cette façon, China Merchants Holdings International est déjà entrée dans le capital du port de Djibouti en acquérant 23,5 % de ses parts. Plus globalement, le rapprochement sino-djiboutien, fusionnel, ébranle l’équilibre fragile établi entre le pays de Guelleh et ses autres partenaires, de plus en plus nombreux à envisager un désengagement du pays. 

La Chine promet bien sûr de compenser ces pertes. Elle se fait rassurante, et explique qu’il s’agit du début d’un partenariat durable, car Djibouti est une étape obligée de la Chine dans sa fameuse « nouvelle route de la soie ». Face à la défiance de ses anciens alliés, Djibouti choisit opte pour une certaine forme de provoque, assurant que, de toute façon, seules les banques chinoises lui prêtent assez de fonds pour ses projets. « Nous n’avons pas tendu la main au diable mais saisi une opportunité. Nous n’avions pas d’autres alternatives. Qui peut aujourd’hui dépenser des centaines de millions de dollars pour construire un train, des ports, si ce n’est la Chine ? Qui ne risque rien n’a rien », a récemment confié Mahmoud Ali Youssouf à Jeune Afrique. Reconnaissant, en creux, qu’un risque réel existait.

27/10/2016 (Brève 855) Est-ce grâce à sa campagne de publicité pour inviter les états à investir dans l’installation de bases militaires sur le territoire de la République, il semble que Guelleh ait réussi à attraper des clients. (Campagne diffusée sur le site ARDHD dans la catégorie « humour »

Certes il s’agit déjà d’un client fidèle, mais aujourd’hui il veut développer sa présence militaire, ce qui passe par une augmentation de la surface des terrains qu’il utilise. Selon la Revue de l’Afrique, le Japon aurait lancé des démarches en ce sens, pour contrer l’extraordinaire avancée de la Chine

Lien avec l’article : http://revue-afrique.com/chine-japon-base-militaire-djibouti/

Le Japon étend sa base militaire à Djibouti.

Le Japon va renforcer sa présence militaire en Afrique en étendant la base qu’il détient à Djibouti. Dans l’optique de freiner l’influence grandissante de la Chine dans cette région.

Des sources gouvernementales japonaises ont confirmé à l’agence Reuters, en fin de semaine dernière, que les autorités nippones ont demandé une autorisation à leurs homologues djiboutiens pour accroître la superficie de la base militaire qu’elles y détiennent. « En plus du terrain dont nous disposons actuellement, nous envisageons de louer les terrains alentours, précisément ceux qui sont situés à l’est de la base », a ainsi indiqué à l’agence de presse un fonctionnaire japonais. « Le Japon est en train de négocier sur ce sujet avec le gouvernement de Djibouti », a-t-il ajouté.

La base militaire, d’une superficie actuelle de 12,14 hectares, abrite les Forces d’autodéfense (FAD) japonaises déployées dans ce pays de la Corne de l’Afrique et jouxte le camp Lemonier, une base américaine. Il s’agit de la première base des FAD hors du territoire nippon, avec un total de 180 soldats ; elle a été établie en 2011 dans le but affiché de contrôler les activités de piraterie dans le Golfe d’Aden, face aux côtes somaliennes. La base a aussi offert un cadre à des exercices militaires conjoints avec les forces américaines.


Contrecarrer l’influence de la Chine
L’extension de la base est justifiée par le besoin d’avoir suffisamment d’espace pour les pistes de décollage et d’atterrissage des avions japonais afin d’évacuer en cas d’urgence les ressortissants japonais. Mais un autre agenda, officieux celui-là, consisterait à contrecarrer dans le même temps l’influence croissante de la Chine, qui investit à tour de bras en Afrique et notamment, dans cette zone orientale. Un autre représentant de l’Etat nippon a souligné que « la Chine investit beaucoup d’argent dans de nouvelles infrastructures et dans l’accroissement de sa présence militaire à Djibouti. De fait, il devient indispensable que le Japon fasse de même et gagne de l’influence ».

Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, l’article 9 de la Constitution – édicté à la requête des Etats-Unis suite à sa victoire sur l’archipel – impose au pays d’utiliser des forces armées à des fins exclusives d’intermédiation dans la résolution de conflits. Elles ne sont pas autorisées à combattre en dehors du Japon. Néanmoins, le gouvernement du président Shinzo Abe a présenté en 2014 une nouvelle interprétation de cet article restrictif, qui englobe désormais le concept « d’autodéfense collective ». Et ce, malgré le refus manifesté par l’opposition et une grande partie des citoyens, qui ont estimé cette disposition anticonstitutionnelle et anti-pacifiste.

25/10/2016 (Brève 852) Le Monde / Afrique : Ethiopie : le sultan des Afar s’implique dans la crise.

Lien avec l’article : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/10/24/ethiopie-le-sultan-des-afar-s-implique-dans-la-crise_5019256_3212.html#rvj95UbDigmPH0mZ.99

Le chef spirituel de cette région stratégique mais délaissée soutient la révolte des Oromo et des Amhara. En exil, il tente d’œuvrer à une solution politique.

Hanfare Ali Mirah est un sultan qui préfère être appelé Monsieur plutôt que Sa Majesté. A quoi bon pinailler sur un titre de noblesse lorsque son peuple souffre de la faim et de l’oppression, comme il dit. Le sultan des Afar d’Ethiopie, près de trois millions d’âmes essentiellement nomades qui vivent dans le nord-est du pays, est sorti de sa réserve.Il vient de publiquement exprimer son soutien au mouvement de révolte mené depuis près d’un an par la communauté oromo (majoritaire), rejoint en août par les Amhara. Ces ethnies traditionnellement rivales se sont réunies autour d’un ennemi commun : le pouvoir éthiopien, concentré entre les mains de la minorité des Tigréens depuis la chute du « Négus rouge », Menguistu Haïlé Mariam, il y a vingt-cinq ans.

– « Eviter une guerre civile »
« Les Afar n’aspirent pas à diriger le pays mais à mener l’Ethiopie vers une transition, explique le sultan intronisé en 2011, à la mort de son père qui a régné de 1944 à 1975. Il ne peut plus y avoir de retour en arrière. Il faut gérer la crise, négocier, tout faire pour éviter une guerre civile qui serait un désastre avec des massacres assurés. »

Visage rond chargé de gravité, l’homme, affable, nous a reçus dans une capitale européenne dont il préfère que nous taisions le nom. A 68 ans, le chef spirituel, qui a quitté l’Ethiopie en mars après avoir échappé, dit-il, à six tentatives d’assassinat par balles et par empoisonnement, s’est mué en diplomate. Le voilà qui multiplie les entretiens dans les chancelleries du Vieux Continent, avant de s’envoler vers Washington où il doit s’entretenir avec des membres de la diaspora éthiopienne. Et ce, en préparation d’une réunion au département d’Etat avec des représentants de chaque communauté et un émissaire du pouvoir.

« On veut suggérer un gouvernement de transition qui serait composé équitablement par tous les groupes ethniques, ce qui permettrait de former une commission électorale équilibrée pour assurer la succession », précise-t-il. Une manière de prendre au mot le premier ministre Hailemariam Desalegn qui s’est dit disposé, mi-octobre, à « réformer le système électoral ».

– Accaparement des terres
Pour le moment, l’Ethiopie s’enfonce dans une crise ethno-politique à laquelle s’ajoutent des tensions avec le voisin érythréen soupçonné par Addis-Abeba d’inciter les manifestants oromo à l’insurrection. Le 9 octobre, le premier ministre éthiopien a décrété l’état d’urgence pour six mois. Le gouvernement a annoncé l’arrestation de 1 600 personnes, principalement dans les régions oromo et amhara où se déroulent les manifestations et les heurts. L’armée, l’une des plus vigoureuses d’Afrique, est massivement déployée dans les grandes villes. L’Ethiopie est entrée dans une zone de turbulence. Et l’Afrique de l’Est reste dépourvue d’une autre puissance capable d’endosser le rôle de médiateur ou de stabilisateur.

Dans ce contexte, le ralliement des Afar, par la voix du sultan, vient renforcer le mouvement de révolte. Bien que marginalisée par Addis-Abeba, la région de l’Afar est stratégique comme point d’accès à la mer Rouge à travers Djibouti, hub portuaire dont le destin est en grande partie lié à celui de l’Ethiopie. Le 5 octobre, le gouvernement éthiopien a d’ailleurs inauguré en grande pompe une nouvelle ligne ferroviaire entre Addis-Abeba et Djibouti, construite par un consortium chinois.

La colère Afar trouve sa source dans un long et violent processus d’accaparement des terres sur les berges de la rivière Awash, l’une des principales sources d’eau du pays. D’une voix calme, le sultan évoque les centaines de milliers d’hectares qui se sont retrouvés entre les mains de Tigréens ou d’investisseurs étrangers accusés de rejeter des pesticides dans la rivière. Puis il poursuit sur ces mines de sel confisquées par des hommes d’affaires proches du pouvoir. A cela s’ajoute, dit-il, un détournement des eaux de la rivière, l’absence de projets d’infrastructures, d’éducation ou de soins, une privation de l’accès au crédit, et enfin la violence des autorités à l’encontre des manifestants qui osent protester contre cette asphyxie économique.

– « Risque d’escalade considérable »
Les Afar, comme les Oromo et les Amhara, s’estiment tenus à l’écart de la croissance, qui s’élevait à environ 10 % par an cette dernière décennie. Le gouvernement, inflexible pour le moment à l’égard de ces revendications, s’est fixé comme objectif de faire de l’Ethiopie un pays à revenu intermédiaire d’ici 2025.

« On est arrivé à un point où mon peuple ne peut plus survivre et, chaque jour, on meurt en zone Afar. » Le sultan Hanfare Ali Mirah

« La croissance du pays se fait au détriment de tous ceux qui ne sont pas Tigréens. Sans sa terre et ses animaux, un Afar se meurt et c’est ce qui se passe, soupire le sultan. Le processus d’accaparement a été graduel, mais on est arrivé à un point où mon peuple, qui était parvenu à se développer sans l’aide d’Addis-Abeba, ne peut plus survivre et, chaque jour, on meurt en zone Afar ». La région de l’Afar a également subi de plein fouet ce que les Nations unies ont qualifié de « pire sécheresse depuis cinquante ans », causée en partie par le phénomène météorologique El Niño qui a concerné toute l’Afrique de l’Est depuis fin 2015.

Le sultan Hanfare Ali Mirah veut encore croire à une solution politique. « Pour le moment, mon peuple, comme les Oromo et les Amhara, se défend. Mais il y a des affrontements armés dans certaines localités et le risque d’escalade est considérable, dit-il. On veut éviter de combattre. On exige simplement la justice. » La communauté internationale, qui a encensé l’Ethiopie pour avoir réussi à entamer son industrialisation, est aujourd’hui préoccupée et l’exhorte à entamer une « ouverture politique ».