07/10/2016 (Brève 844) Blog ‘FreeDjibouti’ sur Mediapart / Djibouti : la double erreur de Guelleh

Lien avec l’article original : https://blogs.mediapart.fr/freedjib/blog/061016/djibouti-la-double-erreur-de-guelleh

A l’abri des conflits qui déchirent la région, Djibouti était un modèle d’émergence dans une Afrique de l’Est tourmentée. Son potentiel n’avait de cesse de faire des envieux, si bien que son dirigeant se voyait déjà à la tête du Dubaï africain. Pourtant, la gestion calamiteuse du pays l’a fait passer à côté de l’essor que tous prévoyaient.

Surendettement, multiplication d’alliances contradictoires, pauvreté endémique, la république de la corne d’Afrique est en passe de devenir le plus gros gâchis du continent. 

Réélu en avril dernier pour un quatrième mandat, alors qu’il avait promis de se retirer à l’issue du troisième, Ismaïl Omar Guelleh (IOG) poursuit sa politique de rente de situation.  Les options étaient limitées dans un petit territoire (23 000 km2) très aride, où l’agriculture est quasi inexistante, les ressources minières limitées et l’industrie peu développée. Ce choix a permis à Djibouti d’afficher une dynamique économique portée par la croissance du PIB et des investissements étrangers. Cependant, malgré une croissance de près de 5 % sur les dernières années, le pays est gangréné par l’extrême pauvreté, qui touche encore 42 % de la population locale. Avec un taux de chômage très important (environ 60 %), de fortes inégalités et un faible niveau d’éducation, le pays n’a pas su transformer l’essai et assurer son essor. Si bien que Djibouti occupe le 170ème rang de l’indice de développement humain des Nations unies.

Afin de pallier cette fragilité de nature, Guelleh a choisi de multiplier les rapprochements stratégiques, dont le dernier avec le géant chinois. Dès février 2014, Djibouti organise un partenariat stratégique avec Pékin. Puis, tout au long de 2015, on a pu voir l’entrisme chinois s’apparenter de plus en plus à de l’emprise.

Aujourd’hui, le président djiboutien semble prêt à toutes les concessions pour plaire à son homologue chinois. La signature avec Pékin d’un accord de libre-échange permettant à la Chine d’utiliser ces installations portuaires à Djibouti à des fins de base de transit a consacré l’assise géographique de son allié, alors que la mise en place d’un cadre légal permettant, « l’afflux rapide de banques chinoises à Djibouti », selon le communiqué officiel, consacre son assise économique. Et pour cause. Il prévoit la création d’une chambre de compensation qui permettra de « ne pas perdre de devises dans les échanges avec la Chine », explique la présidence djiboutienne.

Malgré ces initiatives, Djibouti peine à tirer son épingle du jeu. Les faibles taxes et le recours systématique à une main d’œuvre importée limitent largement les retombées des projets menés au côté de Pékin. De plus, afin de correctement mesurer les montants accordés à titre d’aide au développement par la Chine, il faut également considérer le poids de leur répartition. Au vu des conditions des prêts consentis, on s’explique plus aisément cette économie à deux vitesses, avec une croissance stable mais un taux de pauvreté et de corruption élevé, pour une croissance sans développement. Devant les réticences de sa population et les mises en garde de ses alliés historiques, Guelleh affirme que « la Chine a le droit de défendre ses intérêts comme tout le monde » tout en se félicitant que les Chinois soient leurs « plus grands investisseurs ». Il se vente même d’être la capitale de la « Chinafrique ». Mais quel retour Djibouti obtient-elle en contrepartie de cet accueil ? 

Actuellement, les handicaps structurels de son économie ne sont pas soignés mais uniquement compensés à court terme par la « bienveillance » chinoise. Selon les prévisions du FMI, la dette publique extérieure du pays culminera à 79 % du PIB en 2017 et « la ligne fiscale actuelle semble intenable ». Les premières inquiétudes apparaissent alors même que le pays n’a pas débuté le remboursement du capital des principales dettes contractées auprès de l’Exim Bank China, à des taux que les autres pays africains n’acceptent plus – un remboursement prévu en dix ans, sans période de grâce, à un taux d’intérêt supérieur à 5 %. Le surendettement n’est plus une fiction – ni même une menace lointaine. Le port international de Djibouti, poumon de l’économie nationale, a déjà été cédée à hauteur de 23,5 % à la société China Merchants Holdings International.

A cela, il faut ajouter une donne diplomatique de plus en plus complexe. Pour les alliés historiques du pays, l’arrivée à une telle échelle des Chinois dans le jeu régional est un signal très négatif.  Un incident diplomatique avec les Emirats arabes unis a déjà valu à Djibouti de perdre les projets de bases des pays sur son territoire au profit de l’Erythrée, le grand rival. L’Inde, qui caressait elle aussi un projet d’implantation dans le pays s’est finalement tournée vers l’Arabie Saoudite, après l’annonce de l’établissement de près de 10 000 militaires chinois dans une base à Djibouti. Pour leur part, les États-Unis manifestent ces dernières années une volonté croissante de désengagement. Un total désengagement signifierait la perte de la modique somme de 63 millions de dollars par an pour le « loyer » de Camp Lemonnier. En outre, l’allié le plus ancien de Djibouti, la France, a elle-aussi commencé à envisager une rupture. 

A ce rythme, Djibouti risque de se retrouver nu et vulnérable plus rapidement que prévu – et le pari de Pékin est sans doute d’isoler son pied à terre afin de s’y rendre indispensable. Avec ça, le risque de vassalité s’accentue encore. Mais au-delà, le rapprochement avec Pékin venait d’un désir de multiplier ses associations. Une dynamique qui aujourd’hui s’inverse clairement. Aussi, si la croissance chinoise continue de ralentir, Djibouti pourrait payer le prix fort du fait de cette dépendance excessive. Au-delà des crises diplomatiques – avérées et à venir – qui le pays traverse, il a vu un nombre croissant d’entreprises occidentales se désengager récemment, en raison de l’autocratisme du régime d’IOG. Une dynamique dangereuse pour un pays qui cherchait justement à diversifier ses partenariats pour sortir du tête-à-tête qu’il a longtemps entretenu avec une poignée de pays.

26/09/2016 (Brève 843) A lire sur EurasiaTime : « Djibouti, lentement mais sûrement cédée à la Chine ? » (Info lecteur)

Lien avec l’article original : http://www.eurasiatimes.org/23/09/2016/djibouti-lentement-mais-surement-cedee-a-la-chine/

Au croisement de la mer Rouge et du Golfe d’Aden, la République de Djibouti jouit d’une situation stratégique, véritable porte d’entrée vers le canal de Suez et l’une des lignes de trafic maritime les plus empruntées au monde. Un emplacement idéal qui aiguise, depuis plusieurs décennies, les appétits des grandes puissances mondiales. Le petit Etat de la Corne de l’Afrique, dirigé d’une main de fer par Ismaël Omar Guelleh, a bien compris les avantages qu’il pouvait tirer de sa situation géographique, lui qui offre à ses partenaires un modèle de stabilité politique, au sein d’une région dominée par l’instabilité générée par ses grands voisins que sont la Somalie, l’Ethiopie et l’Érythrée. Autant d’arguments que les autorités de Djibouti font valoir, au prix fort, à qui a les moyens de s’offrir une implantation militaire ou économique privilégiée.

Les pays occidentaux sont ainsi, de longue date, implantés militairement à Djibouti. C’est le cas, bien-sûr, de la France, qui possède une base de 2 700 hommes, héritée de son passé colonial. Les Américains disposent, quant à eux, d’un contingent fort de quelque 4 000 militaires, installés au Camp Lemonnier. C’est depuis cette base, consacrée après le 11 septembre 2001 à la lutte contre le terrorisme, que décollent une grande partie des drones américains envoyés survoler les terrains d’opération du Moyen-Orient. Une présence occidentale qui a un coût : les Etats-Unis reversent ainsi la modique somme de 63 millions de dollars par an à Djibouti pour le « loyer » de Camp Lemonnier. Même le pacifique Japon y a établi une base en 2011, la première à l’étranger depuis la fin de la seconde Guerre mondiale. Dernière arrivée sur ce plateau de Monopoly africain, la Chine a également jeté son dévolu sur la petite république, que son président cède peu à peu au plus offrant.

Le trouble entrisme de la Chine
Tout à son obsession de découpe de son pays au profit de l’étranger, Ismaël Omar Guelleh vient de jeter un pont d’or à Pékin. La nouvelle superpuissance chinoise pourra ainsi compter, à Djibouti, sur une zone franche de 48 kilomètres carrés, véritable « comptoir » avancé facilitant les échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique. Les banques chinoises sont également à l’honneur dans le pays, où une nouvelle chambre de compensation permettra aux échanges financiers entre les deux Etats de ne pas subir de pertes de devises. Mais l’entrisme chinois se manifeste surtout sur le plan militaire : Pékin et Djibouti ont, en effet, officialisé la création, d’ici 2017, de la première base militaire chinoise sur le continent africain. Officiellement, l’objectif est de lutter contre la piraterie, qui sévit depuis les côtes somaliennes. Officieusement, il s’agit bien davantage pour la Chine de pouvoir compter sur un contingent à même de protéger ses intérêts grandissants en Afrique, et d’assurer la sécurité du million de ressortissants chinois qui prospèrent sur le continent – notamment dans la construction d’infrastructures routières ou immobilières.

A terme, ce sont plus de 10 000 militaires chinois qui devraient s’implanter de manière permanente à Djibouti. Un contingent qui fera immanquablement de l’ombre aux bases américaine et française, et pour lequel la Chine devrait s’acquitter d’une ardoise de 100 millions de dollars par an – sans parler des frais de construction de la base. Si certains parlementaires américains se sont émus de cette potentielle menace sur les intérêts des Etats-Unis, il est peu probable que leurs voix parviennent jusqu’aux oreilles de Guelleh, manifestement plus sensible au son de l’argent sonnant et trébuchant qu’à celui des plaintes pour violation des droits de l’homme. L’entreprise publique China Merchants Holdings a ainsi déboursé 185 millions de dollars de participation dans l’immense port de Djibouti, alors qu’une autre entreprise d’Etat, la China State Construction Engeneering Corporation, vient de mettre sur la table 420 millions de dollars pour augmenter les capacités du même port. Les Chinois ont également remporté le chantier stratégique de la ligne de train devant relier Djibouti à l’Éthiopie, évalué à 4 milliards de dollars.

Mais il se pourrait bien que le miracle chinois se retourne contre ceux à qui il profite pour l’instant. Si la croissance chinoise continue de ralentir, c’est toute l’Afrique qui pourrait payer le prix d’une dépendance excessive à l’Empire du Milieu – et Djibouti serait alors aux premières loges. Malgré les révoltes sporadiques, férocement réprimées par les forces d’Ismaël Omar Guelleh, le régime se maintient. La manne chinoise représente un véritable levier pour le pouvoir, qui a vu de nombreuses entreprises occidentales se désengager récemment du pays en raison de l’autocratisme qui y règne.

Après la Chine, au tour de l’Inde ?
Pour l’heure, les critiques internationales semblent glisser sur le sable djiboutien. Et ce d’autant plus qu’un nouveau soupirant pourrait frapper à la porte du pays, et non des moindres : le premier ministre indien, Narendra Modi, vient en effet d’effectuer cet été une tournée africaine, afin de renforcer les liens entre son pays et un continent dont les importations en provenance d’Inde ont augmenté de 100% entre 2008 et 2013. Alors que l’Inde et la Chine se disputent le leadership asiatique, la première considère avec appréhension et envie l’implantation des Chinois en Afrique. La nouvelle base militaire chinoise de Djibouti ne peut qu’accentuer les tensions et rivalités entre les deux superpuissances asiatiques. Nul doute qu’Ismaël Omar Guelleh saura tirer profit de cette situation, qu’il a lui même favorisée. Quant à son peuple, pas certain en revanche qu’il en tire un quelconque avantage.

17/07/2016 (Brève 818) EKONOMICO / Djibouti : à qui profite la croissance économique

Lien avec l’article : http://www.ekonomico.fr/2016/07/djibouti-a-qui-profite-la-croissance-economique/

Tandis que le président de la République vantait, fin juin dernier, les bons résultats économiques de son pays, la pauvreté et le chômage restent très élevés et font apparaitre les limites de la politique d’Ismaïl Omar Guelleh, basée sur l’importation massive de capitaux étrangers, issus de Chine notamment.

A en croire les statistiques, l’économie djiboutienne se porterait à merveille. Selon la dernière édition du rapport « Perspectives économiques en Afrique », la croissance du pays devrait s’établir à 7,4 % en 2016, contre 6,7 % en 2015 et 6 % en 2014. Mais les chiffres de la croissance cachent une réalité moins heureuse. Publié par le Centre de développement de l’OCDE, la Banque africaine de développement (BAD) et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le rapport souligne que l’embellie économique de Djibouti « n’empêche pas la pauvreté et le chômage d’être très répandus » dans le pays.

– « Performance sous-optimale »
A qui profitent donc ces bons résultats si ce n’est pas à l’ensemble de la population ? En effet, d’après les chiffres du rapport, « le chômage affecte plus de 48 % des actifs, tandis que la pauvreté extrême, qui n’a pas régressé depuis 2002, touche environ 23 % d’une population de moins de 1 million d’habitants ». Si « théoriquement » Djibouti devrait se rapprocher d’une croissance de plein emploi, en pratique l’élasticité emploi/croissance est « extrêmement faible ». La faible qualité des infrastructures, le coût élevé des services et la faiblesse des capacités institutionnelles sont les principaux freins au développement de ce petit pays qui dispose pourtant d’atouts considérables.

La politique macroéconomique n’a pas su empêcher le déficit budgétaire de s’aggraver ces dernières années, et ce malgré l’augmentation des revenus de l’Etat, qui sont passés de 34,5 % à 37 % du PIB entre 2012 et 2015 et devraient se maintenir à 36,4 % en 2016. De son côté, « le recouvrement des recettes, par ailleurs pénalisées par un régime généreux d’exonérations, reste difficile », affirme le rapport. Celui-ci pointe également le déficit des balances commerciale et courante, qui s’est creusé depuis 2011 en raison des importations de biens d’équipements. « Le pays importe beaucoup, aussi bien des produits alimentaires et pétroliers que des biens d’équipement. Les activités commerciales restent très concentrées sur l’Ethiopie et peu intégrées au reste du continent », analysent l’OCDE, la BAD et le PNUD.

« Embryonnaire » et « peu structuré », le secteur privé est incapable de jouer un rôle important dans le développement du pays, tandis que le secteur financier « demeure fragile malgré sa stabilité apparente ». Le crédit est concentré sur un nombre restreint d’entreprises et de personnes et les PME, les PMI et la population en général ont le plus grand mal à accéder aux services financiers. L’administration, quant à elle, « est caractérisée par une faiblesse des capacités et une lourdeur bureaucratique qui constituent un réel obstacle face aux exigences de performance ». Le secteur public « souffre de faibles capacités, participant à la performance sous-optimale des indicateurs sociaux et constituant un frein à la croissance inclusive et à la réduction de la pauvreté ».


Partenariat sino-djiboutien critiquable
Le pays dispose pourtant d’un atout majeur. Idéalement situé à la jonction du golfe d’Aden et la mer Rouge, où transitent 40 % du trafic maritime mondial, il occupe une position stratégique pour le contrôle du commerce maritime et pour accéder aux marchés africains. Ismaïl Omar Guelleh, qui dirige le pays d’une main de fer depuis 1999, est décidé à transformer Djibouti en un petit Singapour de la Corne de l’Afrique, un carrefour incontournable pour le transit des minerais et des marchandises avec l’Ethiopie.

Pour ce faire, « IOG » a déjà choisi son partenaire. La Chine installera à Djibouti sa première base militaire à l’étranger, ce qui lui permettra de protéger ses travailleurs expatriés (de plus en plus nombreux) tout en faisant un pas supplémentaire dans son ambition de devenir une puissance maritime internationale. Mais la stratégie chinoise ne s’arrête pas là. Pékin construit à Djibouti le port international de Doraleh et son terminal pétrolier, un oléoduc, des voies de chemin de fer et des routes vers l’Ethiopie. Petit à petit, le géant asiatique déloge les alliés traditionnels de Djibouti et devient un partenaire incontournable pour le pays.

Or, selon le rapport de l’OCDE, la BAD et le PNUD, les activités à haute intensité capitalistique, concentrées dans les infrastructures portuaires, routières et hôtelières, sont peu créatrices d’emploi. Une stratégie de développement portée exclusivement par ces activités, au détriment d’autres secteurs tels que l’agriculture et l’industrie, pourrait s’avérer néfaste à long terme. Surtout si elle se fonde sur les relations avec un partenaire, la Chine, dont la présence sur le continent africain est critiquée par les populations et diverses ONG.

La Chine est également connue pour s’ingérer peu dans les affaires internes de ses partenaires économiques. Et c’est inquiétant. Réélu en avril dernier avec 86,7 % des voix, Ismail Omar Guelleh dispose de tous les leviers du pouvoir et réprime férocement toute tentative d’opposition démocratique. Pendant qu’il fait tout pour se rendre indispensable auprès des grandes puissances militaires, il laisse la population de son pays vivre dans la pauvreté et cherche des alliés tolérants prêts à investir sans poser des questions embarrassantes. On peut – doit – donc poser à nouveau la question : à qui profite la croissance économique djiboutienne ?

17/07/2016 (Brève 817) A lire sur AgoraVox : Ismaïl Omar Guelleh s’échine à renforcer l’axe Djibouti-Pékin au détriment de l’intérêt de ses citoyens (Signé AMeillon)

Lien avec l’article : http://mobile.agoravox.fr/actualites/international/article/ismail-omar-guelleh-s-echine-a182985?utm_source=feedburner&utm_medium=
feed&utm_campaign=Feed%3A+agoravox%2FgEOF+%28AgoraVox+-+le+journal+citoyen%29

Si la victoire à la présidentielle djiboutienne d’Ismaïl Omar Guelleh, en avril dernier, est toujours contestée, il s’agit bel et bien d’un acquis. Alors que le chef de l’Etat devrait désormais s’atteler à l’amélioration du quotidien de ses citoyens, il semble plus intéressé par l’approfondissement de son partenariat avec la Chine que par les enjeux de son pays.

« Les Djiboutiens m’ont interdit de partir. » Voilà la justification laconique du président sortant, Ismaïl Omar Guelleh (IOG), candidat à sa propre succession en avril dernier, qui avait pourtant promis que son troisième mandat serait le dernier. C’est sans grande surprise qu’il a remporté une élection qualifiée par nombre d’observateurs de mascarade, le chef de l’Etat enregistrant une victoire écrasante (86,68 % des voix au premier tour) et des scores aux allures de « cimes » soviétiques dans certains bureaux de vote – en particulier dans la région de Dikhil, dans le Sud-Ouest, fief historique du parti présidentiel.

« De la poudre aux yeux »
Une chose, à la lecture de ce plébiscite, est certaine : IOG n’a pas été réélu pour les conditions de vie qu’il offre aux Djiboutiens. Le chômage touche aujourd’hui plus de 60 % de la population et la dette explose ; le Fonds monétaire international (FMI) estime que la dette atteindra l’an prochain 80 % du PIB. En outre, tous les indicateurs de développement sont au rouge : que ce soit l’indice de développement humaine (IDH), la situation de la liberté de la presse et, plus globalement, des droits de l‘homme, ou l’indice de facilité de faire des affaires (« doing business »), et ce
malgré une croissance de 6 %.

A force de déceptions – et contrairement au score officiel de la dernière présidentielle –, la politique du gouvernement est de plus en plus contestée. Le dernier mandat a laissé dans la bouche de nombreux Djiboutiens un goût d’inachevé. Pour autant, il y a peu de chances que les choses évoluent de sitôt : après dix-sept à la tête de ce micro-État, IOG n’est pas prêt de changer de recette, malgré ses promesses.

Daher Ahmed Farah, le leader du Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement (MRD), « ne croit pas (du tout) dans la lutte contre le chômage » annoncée par le nouveau gouvernement dans l’élan de la présidentielle. « Il faut de profondes réformes démocratiques et l’instauration d’une bonne gouvernance. Pour nous, il n’y a pas de changement, c’est seulement de la poudre aux yeux », développe-t-il. Pourtant, « c’est la responsabilité du gouvernement de faire en sorte que cette croissance soit inclusive et qu’elle irrigue de ses bienfaits toutes les couches sociales sur l’ensemble de notre territoire national », affirmait le président de la République le 27 juin dernier, lors d’une cérémonie en l’honneur des 39 ans de l’indépendance nationale.

Essoufflement de la Chine
De plus en plus se demandent si M. Guelleh est capable, voire s’il veut redresser le cap. Alors que le gouvernement ferait bien de moderniser l’administration et de renforcer l’éducation pour assurer un avenir professionnel à une population très jeune, les deniers publics sont dilapidés dans une politique de grands travaux proche de la folie des grandeurs (oléoduc avec l’Ethiopie, aéroports, un parc éolien et une centrale géothermique). Ainsi, la construction de la voie ferrée reliant la frontière éthiopienne au port de Doraleh (Djibouti) a fait l’objet d’un prêt de 505 millions de dollars, avec un remboursement prévu en dix ans, sans période de grâce, et à un taux d’intérêt supérieur à 5 %. La Banque mondiale proposait, elle, un taux d’intérêt de 2 %, avec étalement des remboursements sur trente ans – une politique qui permettait de rentabiliser les infrastructures, et mettait le pays à l’abri de la réappropriation par le maître d’œuvre.

Non seulement les travaux risquent de coûter cher aux finances de l’Etat, mais ils ont été de plus confiés à des entreprises chinoises, ce qui atténue les retombées économiques au bénéfice de la population. Si la Coface publiait en 2015 une étude économique alarmiste sur le risque de surendettement de Djibouti, Pékin n’hésite pas à investir massivement dans ce pays de la Corne de l’Afrique, dont la situation géographique, à quelques encablures de la péninsule arabique, présente de multiples intérêts.

Fierté d’IOG, ce rapprochement avec la Chine s’est fait dans des termes qui lui sont très défavorables, celle-ci faisant passer ses intérêts commerciaux avant tout principe moral ou éthique. L’Empire du Milieu cherche depuis plusieurs années à conforter son implantation en Afrique, et le pays a tout pour devenir une porte d’entrée sécurisée militairement la liant à l’ensemble du continent. Sauf que, revers de la médaille, les partenariats déjà noués avec certains pays africains ne se révèlent pas aussi intéressants que prévu pour ces derniers, et l’essoufflement – tout relatif – de la Chine risque d’impacter des économies encore très fragiles.

16/07/2016 (Brève 816) Bientôt un nouvel exposant sur l’exposition internationale des armes à Djibouti (Selon LOI)

Selon une information lue dans la Lettre de l’Océan indien (LOI), les forces armées chinoises vont accueillir des détachements de la marine russe.

Toujours selon la même source, se pliant aux cris de détresse des Américains, Guelleh aurait rejetté la demande russe d’ouvrir un stand à Djibouti, dans le cadre de l’exposition universelle des armes.

C’est uniquement pour leur éviter de sombrer dans la mélancolie, que les Chinois, bons princes, auraient accepté d’accorder un ponton aux Russes, afin qu’ils puissent y amarrer leurs petits navires de guerre et pourquoi pas, si affinités, y débarquer des troupes bien entraînées. Est-ce aussi en prévision d’un conflit possible entre Erythrée et Ethiopie sur le sol djiboutien ?

En tout cas nous allons ajouter la Russie à la liste impressionnante des Nations qui sont présentes sur ce grand salon mondial de l’Armement
: Français, Américain, Japonnais, Chinois, Italiens, Saoudiens, Qataris, Espagnols et Allemands (ces deux derniers en plus petit nombre)

26/06/2016 (Brève 810) Radio-Trottoir (*) Corps à corps entre des éléments de deux détachements de Gendarmerie à l’Aéroport d’Ambouli (Lecteur)

Un accrochage a eu lieu, le 24/06/16, à l’aéroport international d’Ambouli entre un détachement de la Gendarmerie Transport Aérien de l’aéroport (GTA) et un autre de la Gendarmerie Sécurité Rapprochée de la Primature.

Quelle triste réalité que d’apprendre que des hommes en uniforme ou en civil appartenant au même Corps, partageant la même Devise, oeuvrant pour une seule Patrie  » La Nation « , se sont affrontés physiquement et publiquement au corps à corps dans une enceinte publique celle de l’aéroport international. C’est la porte d’entrée de la Republique État de Djibouti.

Ces événements odieux et indignes d’un Etat de Droit soulèvent de nombreuses questions.

Par exemple de savoir quelle est l’origine et la raison de ces affrontement physiques entre Gendarmes placés sous le même commandement.

Derrière ces faits gravissimes, qui pourrait imagine qu’ils n’ont pas été prémédités. A un moment où l’on parle de privatiser la Sécurité de l’aéroport et du transport aérien qui sont actuellement sous l’autorité de la GTA ?

Quelle société profitera de ce projet de privatisation ? Selon des rumeurs persistantes, on évoque la Société Privée de Sécurité dénommé SOCIETE ARMONICA Ltd., qui a le soutien du Premier Ministre.

Il faut envisager que cet acrochage pourrait avoir comme finalité de déloger le GTA de ses missions à l’aéroport international Ambouli et de renvoyer son détachement dans sa Caserne d’origine, afin d’ouvrir la porte à la société privée S A Ltd, avec la bénédiction (intéressée ?) du premier ministre.

En dernière minute, nous apprenons que le gouvernement djiboutien devrait déléguer à une agence privée la sécurité aéroportuaire  et ce, dans les mois a venir. Rappelons simplement, sans avoir un avis sectaire, que  la majorité des éléments qui composent le GTA de l’aéroport de Djibouti sont issus du clan  Yonis Moussa. Or, ce clan, qui était visé avec précision par le régime, a payé un lourd tribu lors du massacre organisé (et décidé certainement en très haut lieu) de Bulduquo le 21 décembre 2015, est dans le collimateur d »IOG.

 

(*) Nous rappelons à nos lecteurs que la rubrique « Radio-Trottoir » publie des informations de lecteurs, que nous n’avons pas encore été en mesure de recouper avec d’autres sources. Cela ne signifie pas qu’elles sont fausses, mais seulement qu’il faut les traiter avec prudence, jusqu’à confirmation ou invalidation.

19/06/2016 (Brève 807) A lire sur HCH24, un article sous la signature d’Hassan Cher qui confirme les craintes que nous avions exprimées à propos de l’établissement d’un premier contingent éthiopien au Nord de Tadjourah

Lien avec l’article : http://www.hch24.com/actualites/06/2016/djibouti-ethiopie-erythree-larmee-ethiopienne-envahit-djibouti-et-compte-reconquerir-assab/

Djibouti / Ethiopie / Érythrée : l’armée éthiopienne envahit Djibouti et compte reconquérir Assab.

– L‘accord militaire et sécuritaire entre Djibouti et l’Ethiopie.
Le Ministre djiboutien de la Défense Hassan Darar, et son homologue éthiopien Siraj Fegessa, ont signé, jeudi 28 avril 2016, « un protocole de coopération globale dans les domaines sécuritaires et militaires » entre les deux pays, selon la télévision d’Etat djiboutienne – RTD – voir ce lien : (https://youtu.be/9cXM0Q1S-iA?t=8m49s).

Cette annonce a été faite à l’issue d’une réunion de la Commission militaire mixte entre Djibouti et l’Éthiopie, qui s’est tenue jeudi, dans la capitale, Djibouti, avec la participation du chef d’état-major des forces djiboutiennes, le général Zakaria Cheikh Ibrahim, et son homologue éthiopien, le général Samora Younis. 

– Le discours du général de l’armée djiboutienne, Zakaria Cheikh Ibrahim. Dans son discours le chef d’état-major des forces djiboutiennes, le général Zakaria Cheikh Ibrahim, dit clairement : « l’armée éthiopienne va nous aider à combattre des éléments indésirables à l’intérieur du pays et nos actions conjointes ne se limiteront pas à nos frontières mais là où il y aura besoin. » Les propos tenus par le général djiboutien sont très graves et surprenants parce qu’il déclare ouvertement que les soldats de l’armée éthiopienne en uniformes peuvent opérer librement sur le territoire djiboutien pour participer aux exactions et massacres que mènent, à certains endroits du pays, la milice de Guelleh à l’encontre de la population civile.

Que des officiers militaires censés défendre leur peuple contre les agressions de forces armées étrangères, invitent une autre armée à participer à des projets de massacre ou de génocide dans leur pays et sur les citoyens est chose vraiment inacceptable aux regards du droit international.

Juste après la signature de l’accord dit militaire.
Le nouveau ministre de la Défense nationale, Mr Ali Hassan Bahdon, s’est rendu le 24 mai 2016 en visite à Doumeira accompagné par le général de division Zakaria Cheick Ibrahim chef d’état–major Général des armées et le Général Osman Nour Soubagleh, le ministre de la Défense a été accueilli par le colonel Aden Hassan Galab le commandant du régiment d’Obock et commandant de la zone de Doumeira et le lieutenant-colonel Ahmed bileh chef de corps du régiment d’action rapide.

Officiellement, après le piquet d’honneur organise en son honneur la délégation conduite par le ministre de la Défense s’est rendu à la tombe des martyrs de Doumeira ou la Fatiha a été lu le ministre de la défense et les généraux ont ensuite assiste une présentation de la situation Général de la part du colonel Aden Hassan. Mr Ali Hassan bahdon s’est informe de la situation de la zone ainsi que les conditions des hommes et des matériels présents sur place. À noter que le conflit de Doumeira a eu lieu le 18 juin 2008 et depuis une force d’interpositions qataries est sur place pour garantir la paix.

Officieusement, d’après des sources militaires djiboutiennes le nouveau ministre de la défense nationale, marié à la fille du premier mariage de la première dame de Djibouti, aurait transmis à certains de l’armée djiboutienne à Doumeira un message d’Ismaël Omar Guelleh. Malgré la réticence des certains officiers djiboutiens de l’arrivée de l’armée sur leurs territoires, ils sont obligés de les accueillir et de collaborer avec eux sur les actions qu’ils mèneront dans le Nord du pays, pour l’instant, et dans le cas d’une préparation d’une offensive contre l’Erythrée.

Les sources nous ont appris que les officiers djiboutiens qui ont reçu officieusement le message de Guelleh ont à leur tour tenté de faire ingurgiter les soldats, à majorité composés des issas, la partie anecdotique du message de Haramous.

L’armée éthiopienne qui envahisse la république de Djibouti sera accompagnée d’une rebelle Afar. En effet, il s’agit de la rébellion afar surnommée « Red Sea  Afar  Democratic Organization (RSADO) » soutenue par Addis-Abeba et militant pour la sécession de la région afar du Sud de l’Erythrée qui de la frontière djiboutienne jusqu’à à la région érythréen d’Akele-Guzaï.

L’organisation est animée de l’extérieur par la diaspora Afar basée au Yémen, Addis-Abeba, Suède et Canada. Elle dispose une rébellion armée qui reçoit de l’Ethiopie le plus important soutien. Politiquement parlant, l’organisation, née d’un mécontentement en 2008, connaît une maturité galopante et quelques politiciens Afars de Djibouti commencent à s’y intéresser.  Deux tendances politiques, encore sans impact sur la structure dirigeante, se sont formées depuis peu à l’intérieur de l’organisation. Il s’agit de la tendance pro rattachement à Djibouti et celle pro de la déclaration d’un état Afar indépendante.

L’armée éthiopienne aidera la rébellion afar, RSADO, à conquérir le Sud de l’Érythrée à travers le territoire djiboutien et en contrepartie, pour Guelleh, assistera l’armée djiboutienne à « vaincre » la rébellion afar, le FRUD.

Avec ce projet Addis-Abeba veut faire une pierre deux coups, amputer l’Erythrée et reconquérir le port d’Assab.

Mais, pour les soldats issas de l’armée djiboutienne tout ça n’a rien de rationnel, combattre une rébellion afar et soutenir une autre ne semble pas catholique pour eux.

– Et pour Guelleh ?

Craignant ne plus pouvoir compter sur une armée nationale qui on a marre d’occire gratuitement des civils innocents, Guelleh croit avoir la bonne solution en sous-traitant les massacres des civils du Nord du pays à l’armée éthiopienne.

Après le Nord, Guelleh va-t-il sous-traiter aussi la répression de la révolte qui couve au Sud du pays ?

– Les conséquences d’une telle invasion.
Cette arrivée de l’armée éthiopienne ne pas du goût du peuple djiboutien mais aussi des proches voisins comme la Somalie et l’Erythrée et aussi certains pays de la ligue arabe.

La population djiboutienne pourra se retrouver au centre d’une guerre dont elle n’a rien à y avoir.

Hassan Cher

18/06/2016 (Brève 806) Selon un article de LOI, dont les informations sont confirmées par nos sources djiboutiennes, l’armée éthiopiennes aurait établi une tête de pont en territoire djiboutien.Une double source d’inquiétude : interne et externe.

L’Armée éthiopienne lance une tête de pont en terre djiboutienne

Nous savions que le territoire djiboutien était devenu le plus grand salon mondial des armées étrangères : France, Japon, USA, Chine, Allemagne, Italie, Espagne, Arabie saoudite, Qatar, et probablement encore d’autres.

Maintenant et c’est beaucoup plus inquiétant, ce sont les Ethiopiens qui ont établi une première tête de pont
au nord ouest de Tadjourah, pas très loin de la frontière érythréenne, ce qui est fort inquiétant sur la reprise toujours possible du conflit entre les deux nations avec des conséquences possibles en terre djiboutienne.

Mais le plus inquiétant à court terme est le fait que les militaires éthiopiens soient arrivés avec armes et bagages à la demande du Chef d’Etat major djiboutien, (récemment en profond désacord avec Guelleh) et avec capacité
d’intervenir dans les affaires intérieures de la République de Djibouti.