22/10/03 (B217) LE FIGARO – Affaire Borrel : la thèse de l’assassinat se renforce

Par Tanguy Berthemet
[22 octobre 2003]

Pendant huit ans le doute
a plané sur les circonstances de la mort de Bernard Borrel. En 1995,
la dépouille calcinée de ce juge français avait été
retrouvée dans un ravin à 80 kilomètres de Djibouti.
Désormais la thèse du suicide, longtemps brandie en guise d’explication
à cette mort brutale, est écartée. Une nouvelle expertise
rendue publique hier par les avocats de la veuve conclut que «l’hypothèse
de l’intervention d’un tiers ou de plusieurs tiers à l’origine du décès
de Bernard Borrel se trouve renforcée».


Déjà en novembre dernier, à la demande du juge d’instruction
Jean-Baptiste Parlos, ce collège de trois experts avaient mis en évidence
que le suicide était «difficilement crédible». Il
pointait du doigt l’existence, jusqu’alors jamais décelée en
dépit de plusieurs autopsies, d’une importante lésion sur le
crâne et d’une autre au poignet attribuées à «un
objet tranchant et contondant». Mais, il ne s’engageait guère
sur l’origine de ces coups. La seconde mission est plus précise. Elle
insiste sur le fait que le traumatisme crânien est peu compatible avec
une chute alors que la blessure à l’avant-bras correspond à
une «lésion de défense». Enfin, les spécialistes
écartent la possibilité «d’une autoaspersion» d’essence.


«Il semble désormais clair que Bernard Borrel a été
frappé, aspergé d’essence et enflammé par son ou ses
assassins», insiste Me Olivier Morice, l’un des défenseurs d’Élisabeth
Borrel. Et de mettre en avant «une nouvelle preuve» de l’assassinat
: une trace d’hydrocarbure «qui n’est pas de l’essence» découverte
sur le pied de la victime. «Or, on a retrouvé près du
corps qu’un seul jerrycan et il contenait de l’essence», rappelle l’avocat.


Élisabeth Borrel, elle aussi magistrat, entend maintenant lancer une
offensive judiciaire tous azimuts pour «connaître la vérité»
dans «cette affaire d’Etat». Ainsi, dans les semaines à
venir, ses avocats demanderont la saisine de la commission de levée
du secret défense. De fait, fin août, dans un courrier, le ministère
de la Défense a indiqué qu’il possédait douze documents
«présentant un lien avec la mort du juge Borrel» mais que
ces pièces étaient «protégées au titre du
secret défense». Par ailleurs, la veuve attend le développement
d’une plainte pour «subornation de témoins» confiée
au doyen des juges d’instruction de Versailles. La procédure vise les
pressions qu’ont subies Ali Ifti et Mohammed Aloumekani. Ces deux anciens
membres de la garde présidentielle de Djibouti affirment avoir été
les témoins d’une conversation en haut lieu à propos de «la
mort du juge fouineur».


Reste que dans cette «quête de la vérité»
le plus difficile est sans doute à venir. Ainsi les mobiles du meurtre
demeurent flous. Conseiller auprès du ministre de la Justice de Djibouti,
Bernard Borrel aurait découvert des informations sur des dossiers sensibles,
notamment l’attentat de 1990 contre le Café de Paris, un bar de Djibouti
fréquenté par les expatriés. Mais cette fois ni expertises
ni témoignages ne sont là pour étayer cette hypothèse.

11/09/03 (B211) A lire dans LE FIGARO, trois articles récents.

Près de 60 000
clandestins ont fui le pays (5/09/03)

Depuis fin juillet, près de 60 000 immigrés clandestins ont
quitté Djibouti, pays de quelque 630 000 habitants. Les autres ont
jusqu’au 15 septembre pour (..)

___________________________________________________

Quinze jours de sursis
pour les clandestins (1/09/03)

L’ultimatum lancé par les autorités de Djibouti aux clandestins
pour qu’ils quittent le pays avant hier minuit a été prolongé
(..)

________________________________________________
A noter (30/08/03)

Expiration de l’ultimatum des autorités de Djibouti aux immigrés
clandestins sommés dequitter le pays.(..)

05/02/03 (B183) A Djibouti, nouvelle base arrière américaine (Article paru dans Le Figaro sous la signature d’Adrie Jaulmes)

Les États-Unis
continuent à masser autour de l’Irak une force atteignant au moins
87.000 hommes cette semaine, notamment au Koweït, et qui devrait dépasser
les 150.000 hommes à la mi-février, selon le Pentagone. Des
renforts en chars, navires de guerre et avions de combat arrivent quotidiennement.
A Djibouti, les marines s’installent en plein cour de la région où
Ben Laden a signé son premier attentat en 1993.

Djibouti : de notre
envoyé spécial Adrien Jaulmes [04 février 2003]

Le capitaine Klumpp mâchonne
sa chique devant l’entrée
du camp. La casquette camouflée enfoncée sur sa nuque
rasée, l’officier du corps des marines accueille ses
visiteurs devant un rempart de bastion walls. Ces
cubes de toile remplis de terre utilisés par le génie
américain entourent depuis quelques mois les bâtiments
blancs du camp Lemonnier, un ancien cantonnement de la
légion étrangère à Djibouti. En haut des miradors,
les
sentinelles américaines scrutent de leurs jumelles les
abords de cette nouvelle forteresse comme s’ils
étaient en plein «territoire apache». Mais seuls
quelques Djiboutiens indifférents et des troupeaux de
chèvres passent entre les acacias et les vieux sacs
plastiques.

«Bienvenue au camp
Lemonnier!» annonce le capitaine
Klumpp, avec une poignée de main vigoureuse et un
accent du sud des États-Unis. Il porte le nouveau
treillis au camouflage high-tech des marines, tissu
beige semé de petits carrés bruns, comme sur une photo
numérique trop agrandie. «Vous êtes autorisés à
tout
filmer, sauf les entrées du camp, la piste
d’atterrissage, les aéronefs et les installations des
forces spéciales», annonce-t-il, en crachant un jet de
salive bruni par le tabac à chiquer. Cela revient à
interdire presque toutes les directions, mais les
consignes sont les consignes.

Le camp ressemble à
tous les bivouacs de l’armée
américaine, dressés dans les sables du Koweït ou les
montagnes afghanes : derrière les remparts pliants des
bastion walls, les tentes beiges climatisées sont
alignées au cordeau, entourées des latrines de
campagne en plastique, des fontaines d’eau potable et
des cabines de téléphone qui permettent aux «boys»
de
rester en contact avec le pays.
Tout le matériel a été débarqué en quelques
semaines
par des rotations d’avions géants C 5 Galaxy ou par
conteneurs maritimes. Les 900 soldats américains du
camp Lemonnier ne manquent de rien. L’intendance
veille, ainsi que l’organisme du «Soutien du moral et
distractions», qui assure pour le compte du Pentagone
le bien-être des troupes.

Le capitaine Klumpp, chargé
de la communication de
l’état-major, débite avec une jovialité
professionnelle un discours soigneusement préparé.
«Notre présence ici n’a rien à voir avec la crise
irakienne, précise-t-il. Nous sommes ici dans le cadre
de la coalition internationale contre le terrorisme
mise en place après le 11 septembre 2001.»

Rassemblant sous un commandement
américain
l’Allemagne, l’Angleterre, l’Espagne et l’Italie, la
«task force» combinée «Corne de l’Afrique»
(JTF-HOA) a
été créée pour empêcher les membres du réseau
d’al-Qaida fuyant l’Afghanistan et le Pakistan de
trouver refuge dans les pays de cette région sensible.
La zone était déjà suspectée d’abriter des groupes
terroristes islamistes avant le 11 septembre. Elle est
devenue depuis la chute de Kaboul fin 2001 le coeur de
la nébuleuse islamiste d’al-Qaida.

Plusieurs chefs de l’organisation
terroriste se sont
en effet réfugiés au Yémen voisin, région berceau
de
la famille d’Oussama ben Laden, et où les tribus
acquises à l’islam le plus radical échappent au
contrôle du gouvernement central.

Le Soudan, où vécut
Ben Laden entre son expulsion
d’Arabie saoudite et son retour en Afghanistan en
1996, a officiel lement pris ses distances avec le
terrorisme islamique, mais continue d’offrir un asile
à des membres de groupes radicaux proches d’al-Qaida.

Quant à la Somalie,
pays où l’Etat central s’est
effondré au début des années 90, et dont le Sud est
aux mains des seigneurs de la guerre, elle abrite
toujours les bases d’al-Itihaad al-Islamiya, groupe
fondamentaliste lié à Ben Laden.

Au centre de ce carrefour
du terrorisme, Djibouti
offre aux Américains une base arrière idéale. Cette
cité-Etat dont la stabilité est assurée par une
présence militaire française vieille de plus d’un
siècle permet de surveiller et, le cas échéant,
d’intervenir dans tous les pays voisins.

«C’est un bon endroit
pour avoir un point de vue (sur
la région) au cours des prochaines années», a déclaré
le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld,
lors de sa visite au camp Lemonnier en décembre 2002.
«Nous devons être là où l’action est. Et il n’y
a
aucun doute que c’est une région où il y a de
l’action», souligne-t-il.

La «bataille de
la Corne» a commencé bien avant les
attentats de New York et de Washington. Dressant sa
propre chronologie de la lutte contre les Américains
infidèles, Ben Laden fait remonter à 1993 la première
défaite du «Grand Satan». Une sanglante embuscade dans
Mogadiscio, où 18 rangers américains avaient trouvé la
mort face aux miliciens du général Aïdid, oblige alors
Washington à un humiliant retrait de Somalie.

Puis en 1998, deux attentats
frappent les ambassades
américaines au Kenya et en Tanzanie, tuant 225
personnes et déclenchant la première riposte
américaine contre al-Qaida en Afghanistan. En novembre
2000, l’attaque suicide contre le destroyer Américain
USS Cole en rade d’Aden, qui tue 17 marins, met le
Yémen au premier rang de la liste des Etats abritant
des terroristes.

Un raid du même
type est de nouveau lancé le 6 octobre
2002 contre le pétrolier français Limburg sur la côte
yéménite, coûtant la vie à un marin bulgare.

Le 28 novembre, un double
attentat fait 13 victimes
dans un hôtel de Mombasa, sur la côte kenyane, et
manque de peu un bilan bien plus lourd en ratant de
justesse un avion de ligne israélien.

La corne de l’Afrique
est donc pour les Américains une
zone de guerre. Les sentinelles ont les armes
approvisionnées, et les déplacements en dehors du camp
Lemonnier sont limités au maximum. Et le «Centcom», le
commandement central du général Tommy Franks, qui
s’étend sur tout le Moyen-Orient et l’Asie centrale,
fait appliquer partout les mêmes consignes. Un
attentat antiaméricain au Koweït suffit à mettre en
alerte maximale les forces américaines depuis Kandahar
jusqu’à Djibouti.

Une fois par semaine,
une sirène retentit au camp
Lemonnier. «C’est un exercice. Tous les personnels
rejoignent le poste qu’ils occuperaient en cas
d’attaque», explique le capitaine Klumpp. «Vous êtes
priés de ne pas bouger pendant toute la durée de
l’alerte», avertit-il, soudain très sérieux.

Un peu plus tard, l’exercice
terminé, les soldats
regagnent leurs tentes en gilet pare-balles et casque
lourd, le fusil M-16 à la main. Ils n’ont aucun doute
sur leur mission. «Il y a une guerre, et on est ici
pour la gagner», explique le sergent Lovett, qui passe
avec un petit groupe de soldats. «Plus tôt on en aura
fini avec les terroristes, plus tôt on pourra rentrer
chez nous.» Lovett a profité d’une permission pour
aller faire un tour dans Djibouti. «On est prudents
quand on sort, dit-il. Mais nous n’avons pas de
problèmes avec la population.»

Les autres soldats qui
accompagnent le sergent Lovett
n’ont pas quitté le camp Lemonnier depuis leur arrivée
à Djibouti, cinq mois plus tôt. Ils préfèrent passer
leurs rares moments de libre à se reposer. Lovett,
lui, s’est engagé pour «voir du pays». Il a été
basé
en Allemagne, et a voyagé en France. «Je suis allé à
Disneyland Paris», précise-t-il.

Plus loin, une section
se rassemble au soleil. On
remarque dans les rangs quelques femmes, le chignon
serré sous la casquette. «Attention ! Garde à vous !»
Le chef de détachement présente sa troupe à un
officier bâti comme un déménageur. «C’est le nouvel
aumônier», explique le capitaine Klumpp.

Fusil à l’épaule,
les soldats inclinent la tête pour
une rapide prière. «Prions Dieu pour qu’Il nous vienne
en aide dans notre mission», conclut l’aumônier. «Amen

Ces soldats ne partent
pourtant pas pour un raid sans
retour : le camp Lemonnier abrite essentiellement des
spécialistes des transmissions ou des membres des
détachements de protection. Et la nouvelle base
américaine de Djibouti, de taille relativement modeste
comparée aux bivouacs du désert koweïtien, sert
surtout de pied-à-terre à l’état-major de la JTF-HOA,
placé sous les ordres du général des marines John
Sattler. Embarqué à bord d’un navire de commandement
aux moyens de communication ultramodernes, l’USS Mount
Withney, cet état-major ne dispose pour l’instant
d’aucune troupe. «Mais nous sommes en mesure de nous
voir allouer les moyens nécessaires à n’importe quel
type d’opération», dit le capitaine Klumpp.

Le 24e corps expéditionnaire
des marines, qui croise
aux alentours d’Oman à bord du navire d’assaut
amphibie USS Nassau participe pour l’instant au siège
de l’Irak. «Mais c’est typiquement le genre d’unité
qui peut être dirigée si nécessaire vers la Corne»,
explique le capitaine Klumpp. Il se montre beaucoup
moins loquace à propos d’autres formations stationnées
au camp Lemonnier. «Oui, il y a aussi des forces
spéciales, admet-il, mais c’est un sujet classifié sur
lequel je ne peux pas m’exprimer.»

Sur la piste désaffectée
de Shabbele, qui sert de
piste de secours à l’aéroport de Djibouti, à quelques
centaines de mètres du camp, un hangar blanc abrite de
curieux avions gris au fuselage allongé. Les drones
«Predator» de la CIA sont basés sur le territoire
djiboutien depuis l’été 2002. Ces engins décollent de
Shabbele avant d’être directement télécommandés
depuis
le siège de la CIA aux Etats-Unis. Les images prises
en vol sont ainsi envoyées en temps réel à Langley,
Virginie. Où est prise la décision d’une éventuelle
attaque, comme celle du 3 novembre 2002, lorsqu’un
drone basé à Djibouti pulvérise d’un coup de missile
antichar «Hellfire», la voiture de l’un des
lieutenants de Ben Laden dans le nord du Yémen.

«On est ici pour
combattre le terrorisme, explique le
capitaine Klumpp. Mais notre mission est aussi de
travailler à plus large échelle et d’établir une
stabilité durable dans toute la région. Avec nos
alliés de la coalition», ajoute-t-il en regardant
décoller sur la piste voisine trois Mirage français
dans un bruit assourdissant.

Les Espagnols et les Allemands
ont eux aussi pris pied
à Djibouti. Les marines de ces deux pays croisent dans
la mer Rouge et le golfe d’Aden. Leurs frégates
relâchent régulièrement dans le port, mais leurs
personnels à terre sont plus modestement logés dans
les hôtels de Djibouti, et passent au final assez
inaperçus.

Ce qui est loin d’être
le cas des Américains. La
transformation du camp Lemonnier en pied-à-terre de
l’US Army s’est faite avec l’accord des autorités
djiboutiennes, alléchées par la manne financière qui
l’accompagne. L’état-major américain refuse de fournir
des chiffres, mais selon des diplomates occidentaux en
poste dans la région, les Etats-Unis auraient déjà
versé aux autorités djiboutiennes quelque 40 millions
de dollars pour la «location» du camp Lemonnier.

Mais la petite communauté
française de Djibouti
regarde avec des sentiments mitigés ce déploiement de
forces. «Nos relations avec eux sont bonnes», affirme
le général Pons, commandant les Forces françaises
stationnées à Djibouti (FFDJ), qui admet cependant que
des «malentendus» aient pu avoir lieu. Une patrouille
américaine aurait ainsi essayé de contrôler les
papiers de soldats français, qui ont refusé
d’obtempérer. Et au cours d’un exercice amphibie, les
marines auraient omis de prévenir de leur débarquement
surprise des civils français médusés sur une plage de
Djibouti.

Dans les popotes de la
plus grande base française à
l’étranger, où 2 800 soldats de l’armée de terre, de
la marine nationale et de l’armée de l’air sont
stationnés pour assurer la défense de la République
djiboutienne, le ton est moins diplomatique.
«L’attitude des Américains est inadmissible», peste un
officier de marine français. «Ils se comportent comme
s’ils étaient en pays conquis. Il ne faut pas qu’ils
s’étonnent s’ils ont des problèmes !»

D’autres militaires français
sont cependant plus à
l’aise. «Les Américains sont en opération. Ils
appliquent leurs consignes. Leur attitude est
cohérente, explique un officier de la 13e demi-brigade
de Légion étrangère, le reste est une affaire
d’appréciation».

15/10/02> «Limburg» : le Yémen admet du bout des lèvres la thèse de l’attentat (Extrait du FIGARO)

Des enquêteurs examinaient, samedi, la coque du Limburg.

La partie visée par les terroristes était l’une des trois cuves

sur les quinze du navire à contenir du pétrole.
(Photo Abdel Naby/Reuter.)

Al-Mukalla : de notre envoyé
spécial Adrien Jaulmes – Extrait du Figaro
[14 octobre 2002]

Le hors-bord fonce vers
le large. Assis à l’arrière de sa longue pirogue de fibre de
verre, Ali actionne avec désinvolture la manette des gaz du moteur.
Les vaguelettes se brisent sous l’étrave avec de petits chocs sourds.
Des nuées de petits poissons argentés sautent devant la barque.
Le soleil est déjà brûlant au-dessus du golfe d’Aden,
alors que la ligne beige de la côte et les maisons blanches du port
de Mukalla disparaissent dans le lointain.
Le bateau d’Ali se rapproche maintenant à toute vitesse de l’immense
coque du superpétrolier Limburg. Un remorqueur traîne péniblement
le navire géant dans un sillage nauséabond de gas-oil, à
plus de 12 milles de la côte, en dehors des eaux territoriales yéménites.
On distingue à présent une caverne noire au niveau de la ligne
de flottaison. C’est là où une embarcation pleine d’explosifs
s’est, selon toute vraisemblance, jetée contre le pétrolier
dimanche 7 octobre. Le reste du flanc tribord du Limburg est calciné,
d’un aspect curieusement gaufré par les tôles d’acier déformées
par la chaleur. Le château arrière est noirci par la fumée.
Un canot de sauvetage à moitié fondu pend à ses bossoirs.
L’énorme incendie qui a suivi l’explosion a forcé l’équipage,
composé de vingt-cinq marins bulgares et français, à
abandonner le navire, avant d’être maîtrisé par des remorqueurs
venus de la côte.

Ali fait le tour du pétrolier
à petite vitesse, minuscule barcasse au pied du bateau géant.
Les débris d’une embarcation de fibre de verre, comme le canot d’Ali,
ont été retrouvés par les enquêteurs. Ces bateaux
légers et résistants sont construits près du port de
Mukalla, et ont remplacé les « sambouks » et les «
dhows » de bois des pêcheurs.

Après une semaine
d’atermoiements et de démentis, les autorités yéménites
commencent à admettre ce dont sont persuadés depuis le début
les enquêteurs : l’explosion du pétrolier Limburg est due à
un attentat terroriste. « Les Yéménites ont fini par accepter
cette idée, au moins dans le cadre de nos réunions, confiait
hier un enquêteur. Il leur reste cependant à l’admettre publiquement
! »

De plus, l’attaque indique
un haut degré de préparation, qui est devenu la « marque
de fabrique » d’Al Qaida : l’embarcation suicide est arrivée
du côté du large, alors que l’attention de l’équipage
se portait vers la côte. La partie de la coque visée était
l’une des trois cuves sur les quinze du navire à contenir du pétrole.
Et, selon le commandant Ardillon, capitaine du Limburg, « seul un retard
de vingt-quatre heures dû au terminal pétrolier de as-Shir nous
à empêchés de nous trouver amarrés à la
bouée de chargement au moment de l’attaque. Si cela avait été
le cas, nous n’aurions pas pu sortir des flammes, et le bateau aurait été
entièrement détruit, ainsi que le terminal », estime-t-il.

Un second attentat retentissant
contre des intérêts occidentaux, deux ans après l’attaque
presque similaire du destroyer américain USS Cole en rade d’Aden, embarrasse
au plus haut point les autorités yéménites. Déjà
mis sur la sellette par les Américains, qui reprochent sa faiblesse
au gouvernement de Sanaa face aux réseaux islamistes implantés
dans ce pays montagneux, voisin de l’Arabie saoudite, le Yémen se serait
bien passé d’une nouvelle action terroriste sur son territoire.

————— Note de l’ARDHD
Certains esprits, forcément mal orientés (!) se demandent s’il n’y aurait pas une connexion plus ou moins directe, plus ou moins lointaine avec Guelleh, qui est de plus en plus soupçonné d’avoir aidé directement ou indirectement Al Quayda.

En l’état de nos connaissances, ce serait aller trop loin et nous ne pouvons pas suivre des hyptohèses.

22/05/2000 – DJIBOUTI: Une note de la DGSE mettrait en cause le chef de l’État (Extrait de ‘Le Figaro’ de la semaine dernière )

Mobile possible pour l’affaire Borrel

L’affaire Borrel pourrait à nouveau rebondir, grâce à un document confidentiel attribué à la DGSE. Il s’agit d’une  » note blanche  » de cinq pages consacrées à Ismaïl Omar Guelleh, actuel chef de État djiboutien. Rédigé avant l’élection d’Omar Guelleh à la présidence de la République, ce document ne mentionne aucune information sur les conditions suspectes de la mort de Bernard Borrel, survenue en octobre 1995 à Djibouti. Il évoque en revanche l’attentat du Café de Paris -un mort et quinze blessés en 1990- comme l’une des nombreuses  » affaires  » dans lesquelles serait impliqué le chef de État djiboutien.

Divulgué hier soir sur TF1, ce document-dont la partie civile assure qu’il émane des services d’espionnage français- indique qu’  » Ismaïl Omar pourrait être le commanditaire de l’attentat du Café de Paris « . Peu amène à l’égard de l’actuel chef État, cette note précise :  » Le dossier présenté par les autorités locales sur cet attentat serait en fait une manœuvre d’intoxication « . Instruit à Paris par le juge Roger Le Loire, le dossier du Café de Paris avait abouti, en novembre 1998, à la condamnation par contumace de cinq personnes, dont quatre anciens militaires. Chef de cabinet du président Aptidon, Ismaïl Omar Guelleh n’a jamais été inquiété.

Pour la défense de la veuve du juge Borrel, qui est persuadée que son mari a été assassiné, les soupçons des services français à l’égard d’Ismaïl Omar Guelleh viennent étayer les accusations prononcées à son encontre par un ancien officier djiboutien réfugié en Belgique, accréditant la thèse du meurtre. Or, la justice française est persuadée que Bernard Borrel s’ est suicidé. Selon l’expertise du Professeur Dominique Lecomte, directeur de l’Institut médico-légal de Paris, il se serait immolé par le feu en face de l’Ile du Diable :  » la victime peut s’être déplacée dans une fuite instinctive de douleur « , résume l’expert, qui estime qu’elle aurait pu mourir ensuite de l’effet conjugué des brûlures et d’un œdème pulmonaire. Des conclusions contestées par la partie civile, qui entend demander une contre-expertise.

Les informations nouvelles sur l’attentat du Café de Paris constitueraient par ailleurs, à ses yeux, un mobile possible à un assassinat politique visant un magistrat trop curieux.

En 1995, lorsqu’il était en poste à Djibouti, Bernard Borrel était en effet intervenu auprès des autorités locales afin que les auteurs de l’attentat du Café de Paris ne soient pas libérés pour une erreur de procédure. Bernard Borrel avait également indiqué à son entourage qu’il ne fallait pas se contenter de poursuivre les exécutants de l’attentat.  » Bernard Borrel était en mesure de nuire à Omar Guelleh dans le dossier du Café de Paris « , estime Me Olivier Morice, avocat de la partie civile.

Très circonspect sur l’authenticité du document présenté par la partie civile, Me Francis Szpiner, défenseur du chef de État djiboutien, refusait hier soir, de commenter le contenu de ces curieuses  » notes blanches  » attribuées à la DGSE.  » Je ne réponds pas à des lettres anonymes, nous a indiqué l’avocat parisien. La partie civile n’a qu’à les remettre à la justice. On verra si c’est un document authentique ou un faux. Dans ce cas, ce sera au procureur de prendre ses responsabilités. « 

06/04/2000 – AFFAIRE BORREL: Un nouveau témoin corrobore la thèse de l’assassinat du juge français à Djibouti en 1995 (Extrait du Figaro)

CONVERSATION CODEE A L’AMBASSADE

Toulouse : de l’envoyée spéciale, Alexandrine Bouilhet

Un nouveau témoin accréditant la thèse de l’assassinat politique dans l’affaire BORREL pourraît être prochainement entendu par les juges Le Loire et Moracchini. Il s’agit d’Abdourahman Yassin, 39 ans, un ancien conseiller diplomatique djiboutien, réfugié en France depuis octobre 1998. Réservé et méfiant, ce père de famille d’origine somalienne se tourvait en poste comme attaché financier à l’ambassade de Djibouti au Yémen en octobre 1995, lorsque le corps de Bernard BORREL fut retrouvé à demi carbonisé en face de l’île du Diable, au sud de Djibouti. A l’époque, l’annonce du suicide par immolation de ce magistrat français lui semblait déjà  » suspecte « . Lorsque ses doutes se sont renforcés, il s’est tu par peur de représailles.

Ce n’est que très récemment, lorsqu’il a lu dans la presse française le témoignage controversé de l’ancien officier Mohamed Saleh Alhoumekani mettant en cause l’actuel chef de l’Etat djiboutien dans la mort du juge BORREL, que ce diplomate s’est décidé à parler.  » Je ne connais pas ce Mohamed Saleh Alhoumekani, si ce n’est de vue. Mais je peux vous assurer que ce qu’il dit est vrai « . affirme Abdourahman Yassin. Pourquoi cette assurance ? « La conversation dont il a été témoin en octobre 1995 à Djibouti (NDLR :  » Le juge fouineur a été tué sans aucune trace « ), je l’ai entendue, 10 mois plus tard, formulée autrement, quand j’étais en poste au Yémen.  »

L’échange informel auqel le diplomate a assisté dans un salon de la résidence de l’ambassadeur à Sanaa remonte à juillet-août 1996. Cet été-là, le chef des services de renseignements djiboutiens (SDS), Hassan Saïd, est en visite privée à l’ambassade, en compagnie de son adjoint, Abdillahl Mohamed. Il s’entretient longuement, dans un salon, avec le chargé d’affaires de l’ambassade au Yémen, Youssouf Omar Douleb, aujourd’hui ambassadeur à Sanaa. En présence d’un témoin censé rester discret.

Après avoir discuté de l’état des relations franco-djiboutiennes, l’ambassadeur Omar Doulab aurait demandé -en Somali- au chef de la SDS des nouvelles de  » l’histoire du juge BORREL « . Le patron des services lui aurait répondu :  » C’est une affaire réglée, tout s’est bien terminé. Les relations avec la France sont devenues excellentes « . Son adjoint, le numéro deux des services, aurait même précisé :  » Il faut dire qu’on a mis les moyens et des hommes…  » Ajoutant aussitôt :  » C’est encore grâce à Ismaïl Omar(NDLR : Ismaïl Omar Guelleh, actuel chef de l’Etat djiboutien) que tout a été bien fait  » Ironique, l’ambassadeur aurait rétorqué :  » Il ne faut quand même pas oublier ma petite participation…  » Hassan Saïd aquiesce :  » Oui, c’est vrai, il y avait aussi le chef de la gendarmerie…  » Allusion aux liens de parenté entre l’ambassadeur et le colonel Madhi.

Même elliptique, cette conversation recoupe le témoignage de Mohamed Saleh Alhoumekani (nos éditions du 11 janvier 2000). On y retrouve le nom de trois personnages qu’il a cités sur son procès-verbal devant les juges parisiens. D’abord, celui Ismaïl Omar Guelleh, alors chef de cabinet du président Aptidon, présenté comme l’organisateur du guet-apens. Puis celui du colonel Mahdi, chef de la gendarmerie, qui, d’après Alhoumekani, se trouvait dans les jardins de la présidence lors d’une surprenante réunion entre commanditaires et exécutants du  » crime « . Et enfin, celui d’Hassan Saïd, le chef des services de renseignements djiboutiens.

Quelle sera la portée de ce témoignage, dans un dossier sensible que la justice souhaiterait clôturer au plus vite par un non-lieu ? Pour la partie civile, il devrait permettre de contrebalancer les nombreux procès-verbaux, recueillis le mois dernier à Djibouti, discréditant le récit d’Alhoumekani. Et de renforcer l’hypothèse d’un assassinat maquillé en suicide. Pour les enquêteurs, en revanche, ce récit ne devrait pas bouleverser l’orientation du dossier. Les propos du diplomate risquent de venir s’ajouter à ceux d’une demi-douzaine de personnes jusqu’à présent cataloguées comme  » peu crédibles  » ou  » manipulées  » par d’obscurs lobbies antidjiboutiens.  » Ce M ; Yassin n’est pas très fiable « , rétorque-t-on d’ailleurs à l’ambassade de Djibouti à Paris.  » Il a été expulsé de l’ambassade du Yémen en 1997 pour avoir détourné 150 000 francs « , affirme un conseiller. L’intéressé dément. Peu importe aux officiels djiboutiens.  » C’est comme Alhoumekani : il est fragile et veut attirer l’attention sur lui pour des raisons économiques. « 

17/03/2000 – DJIBOUTI: L’enquête sur la mort mystérieuse du juge BORREL, (Extrait LE FIGARO ).

La justice française n’en démord pas : l’affaire Borrel n’est pas une affaire d’Etat. Ni même un assassinat. La mort suspecte de Bernard borrel, immolé par le feu, en septembre 1995, à Djibouti, ne serait qu’un « regrettable » suicide. Sans être encore officielle, cette conclusion est clairement distillée par les magistrats parisiens depuis le retour d’une mission à Djibouti, en début de semaine. « En l’état actuel du dossier, c’est la thèse du suicide qui est la plus vraissemblable. Nous avons tout vérifié. Beaucoup de portes sont désormais fermées », indiquait-on, hier, au Palais de Justice.

Accompagnés par le Procureur adjoint, Jean-Claude Dauvel, de plusieurs policiers et du docteur Dominique Lecompte, directrice de l’Institut médico-légal (IML), les juges Rogr Le Loire et Marie-Paule Moracchini ont procédé, sur place, à une vingtaine d’auditions censées vérifier la solidité du témoignage de Mohamed Saleh Aloumekani, cet ancien officier djiboutien qui prétend que le juege BORREL a été victime d’un assassinat fomenté par le Président Ismaïl Omar Guelleh.

A l’exception du chef de l’Etat, toutes les personnes mises en cause par l’ex-officier de la garde présidentielle ont été interrogées. « Ces auditions ont contredit les déclarations d’Aloumekani ». Tout comme les constatations matérielles faites sur place », ajoute-t-on de source judiciaire. Les enquêteurs se sont en effet rendus dans l’enceinte du Palais présidentiel où Alhoumekani situe son témoignage. D’après eux, il serait impossible, comme l’officier, de voir depuis les jardins entrer des véhicules. (*)

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(ARDHD : UN SUICIDE ACROBATIQUE ! (**) )
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D’autre part, la seconde reconstitution corrobore les conclusions du premier transport des jueges, en mars dernier. D’après le rapport d’enquête « il paraît techniquement possible qu’il se soit aspergé d’essence (…) qu’il descende ensuite au niveau où furent retrouvés sa montre, un briquet et une sandale calcinée ; qu’il se soit ensuite embrasé alors qu’il était assis sur les pierres en face de l’Ile du Diable ; et qu’il se soit déplacé jusqu’à l’arbuste ensanglanté pour ensuite aller s’encastrer dans les roches qui l’ont bloqué ».

Alors que ce scénario d’un homme en feu marchant sur la roche semblait incompatible avec l’absence de coupure relevée sur la plante des pieds de la victime, les enquêteurs estiment que « si l’on marche pieds nus, la plante des pieds n’est pas entaillée ». Une photo des pieds du Procureur prise après qu’il se soit lui-même livré à cet exercice a été jointe au dossier. De même pour réfuter la thèse de l’assassinat, c’est à dire du transport du corps après la mort, les juges assurent qu’il est « impossible » à cet endroit, de transporter un poids de plus de dix kilos « sans perdre l’équilibre ».(**)

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(ARDHD : TOUJOURS DE LA FAUTE DE Me MONTEBOURG !
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Hier après-midi, Me Olivier de Caunes a demandé au juge Moracchini un nouveau transport sur les lieux en présence, cette fois, de la partie civile. Il a également réclamé une nouvelle audition d’Alhoumekani, en Belgique. « Ce qui est curieux, s’étonne l’avocat, c’est que tous les procès-verbaux à charge pour Alhoumekani, mettent en cause le député Arnaud Montebourg, comme organisateur d’un complot contre l’Etat djiboutien. »

Les défenseurs de la veuve du magistrat souhaitent faire entendre d’autres témoins accréditant la thèse de l’assassinat. « Encore faudrait-il assurer leur sécurité », précise Me Morice.

Alexandrine Bouilhet LE FIGARO

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Notes de l’ARDHD :

(*) Les juges ont-ils demandé lors de l’audition d’Alhoumekani en Belgique de leur faire un dessin en leur précisant sa position au moment des faits ?
Ont-ils vérifié si le mur qui empêcherait de voir l’entrée des véhicules, n’a pas été construit après 1995 ?

Nous pensons que nos deux juges pourraient poser ces questions et qu’ils seraient surpris par les réponses. Mais ils ne le feront certainement pas, car ils donnent l’impression de vouloir classer l’affaire BORREL comme suicide et ils n’écouteraient et ne retiendraient que les témoignages allant dans ce sens, même si selon certaines rumeurs, les témoins interrogés avaient été « préparés » par la Police djiboutienne et qu’ils étaient toujours accompagnés d’un policier djiboutien pendant les auditions. (Même le juge Le Loire aurait émis des critiques à ce sujet, dit-on).

(**) La description des dernières minutes du juge BORREL est hallucinante. Nous n’avons pas connu le juge BORREL, mais il devait être remarquablement entrainé pour faire ce parcours invraisemblable avant de mourir et de se porter ensuite un coup « post mortem », tout cela sans respirer, puisqu’aucune trace de suie n’a été retrouvée dans les voies aériennes lors de l’autopsie (sans aucune aide : les juges se seraient assurés du fait que personne ne pourrait porter un poids de plus de dix kilos (?) sur le parcours, sans perdre l’équilibre).

(***) Nos deux ‘juges-limiers’ (RLL et MPM) ont omis de chercher une explication à la blessure « post mortem » constatée sur la dépouille du juge Borrel. Mais si la question leur était posée, nous pouvons être assurés qu’ils trouveraient une explication …. pour cela aussi !

(****) Les juges d’instruction confirmeraient la thèse officielle de M. Guelleh. Cette thèse est diffusée tous les jours sur Internet dans les communications de l’agence djiboutienne d’information. Rappelons qu’elle avait été attribuée dès le 31 janvier à l’Ambassadeur de France dans la Nation, qui ne l’a pas démenti à notre connaissance.
« Me Montebourg et les autres seraient derrière cela ». De là à imaginer qu’il y a collusion entre les autorités françaises et les autorités djiboutiennes : il n’y a qu’un pas … !

14/03/2000 – AFFAIRE BORREL: LA JUSTICE EPINGLEE (Extrait LE FIGARO – Enquête: la mort d’un magistrat français à Djibouti)

Le dernier déplacement à Djibouti des juges parisiens chargés de l’affaire BORREL n’aura pas apaisé la colère de la veuve du magistrat. Au contraire « c’est un départ en catimini » a commenté, hier, Elisabeth Borrel, lors d’une conférence de presse. « Rien n’a été fait pour que mes avocats puissent se rendre sur place. On leur a refusé un visa. Si ce n’est pas une affaire d’Etat, qu’on mexplique ces errements inexplicables de procédure qui durent depuis cinq ans. »

Pour l’épouse de Bernard Borrel, il existe, dans cette affaire, une curieuse coïncidence entre la position de la justice française et celle des autorités djiboutiennes.

Alors que les juges Roger Le Loire et Marie-Paule Moracchini regagnaient, hier, leur cabinet d’instruction après dix jours de mission à Djibouti, les avocats ont rendu publique une lettre de protestation adressée au Garde des Sceaux, réclamant l’ouverture d’une enquête de l’Inspection générale des servics judiciaires sur les conditions de l’instruction en cours.

Ils mettent en avant le défaut de communication des juges de la partie civile, mais aussi leur réticence à entendre certains témoins accréditant la thèse de l’assassinat. Ils rappellent également les « pressions » exercées par Marie-Paule Moracchini sur le dernier témoin, Mohamed Saleh Alhoumekani, pour qu’il revienne sur ses accusations, notamment celles visant le chef de l’Etat djiboutien. Ce courrier fait enfin mention d’une récente émission de télévision, où Roger Le Loire est suivi par des caméras à Djibouti, à l’occasion d’une enquête sur la disparition d’un militaires français.

« On accepte la présence des journalistes lors d’une reconstitution à Djibouti, alors que dans le même temps on empêche les avocats de la partie civile d’assister à un acte de même nature, dans une affair particulièrement sensible. », regrettent Mes Olivier Morice et Laurent de Caunes, les conseils d »Elisabeth Borrel.

Cette dernière missive, appuyée par deux syndicats de magistrats, le SM (gauche) et l’APM (droite), risque de ne pas améliorer les relations déjà tendues, entre les juges d’instruction et la partie civile. D’autant que la dernière reconstitution réalisée à Djibouti et l’audition, sur place, d’une dizaine de témoins ne semblent pas avoir bouleversé la conviction des juges sur le fond de l’affaire. L’ancien ministre de la Justice de Djibouti, Moumin Bahdon Farah, a pourtant extimé très vraissemblable la thèse de l’assassinat politique. L’ancien ministre a également confirmé aux juges qu’il était possible pour un détenu de sortir de la prison de Gabode s’il était accompagné d’un garde de la sécurité, accréditant ainsi le témoignage de l’ancien officier Mohamed Salah Alhoumekani.

Alexandrine Bouilhet (LE FIGARO)