23/03/07 (B388-A) LE FIGARO : Somalie : la guerre reprend contre les islamistes. (Info lectrice)

PATRICK
DE SAINT-EXUPÉRY.


Les autorités de transition, de retour à Mogadiscio, ont lancé
l’assaut afin « d’éradiquer » les milices de la capitale.

POUR la deuxième journée consécutive, d’importants combats
se sont déroulés hier à Mogadiscio, capitale d’un pays
emporté depuis 1991 par la guerre civile. Jusqu’ici limités
au sud de la capitale, les combats ont gagné le nord : « De violents
tirs d’artillerie lourde sont effectués par les forces du gouvernement
et les insurgés, racontait hier à l’AFP un habitant du nord
de la capitale. Nous sommes terrorisés dans nos maisons et nous voyons
des balles fuser partout. »

Au sud de Mogadiscio, la situation n’était guère différente
: « Il y a des tirs de mitrailleuses et de batteries antiaériennes,
rapportait un habitant. Les deux camps utilisent toutes les armes à
leur disposition. »

La reprise des violences fait suite à l’installation dans la capitale
du gouvernement somalien de transition, constitué sous l’égide
de la communauté internationale. Depuis 2004, le gouvernement était
installé à Baidoa, à 250 km de Mogadiscio.

Appuyés par un fort déploiement de l’armée éthiopienne,
les responsables de la transition ont voulu frapper un grand coup à
l’occasion de leur retour dans la ­capitale. Mercredi, à l’aube,
les forces de sécurité somaliennes ont lancé une importante
opération contre les milices. L’annonce du lancement de l’opération
a été faite par l’ambassadeur de Somalie au Kenya : «
Tôt ce matin, a annoncé Mohamed Ali Nur, les forces somaliennes
ont commencé une opération militaire à Mogadiscio pour
exterminer les milices. »

Un plan d’éradication

Le jour même de cette annonce, l’une plus hautes autorités des
anciens Tribunaux islamiques, Cheikh Hassan Dahir Aweys, est sortie pour la
première fois d’un long silence. Intervenant sur la BBC depuis un lieu
non révélé, l’ancien responsable a affirmé que
ses hommes allaient « se défendre ». Les autorités
ont répondu en faisant savoir qu’elles entendaient mener à bien
leur plan d’« éradication ».

À la pointe de l’assaut, le vice-ministre de la Défense, Salad
Ali Jelle, a revendiqué l’action : « Le gouvernement combat les
terroristes à Mogadiscio, a-t-il affirmé. Les combats ne cesseront
pas tant que nous ne les aurons pas défaits. Le plan ne sera pas empêché
par des individus. »

Selon Salad Ali Jelle, les récentes attaques dans la capitale seraient
dues « à des résidus d’islamistes conduits par Aden Hashi
Ayro ». Ce dernier aurait, toujours selon l’officiel, été
désigné comme responsable des opérations d’al-Qaida à
Mogadiscio.

Les États-Unis soupçonnent de longue date Ayro de liens avec
l’organisation islamiste. Selon leur ambassadeur à Nairobi et Mogadiscio,
Michael Ranneberger, Ayro s’efforcerait de réorganiser les forces islamistes
dans la capitale somalienne.

Ayro, qui a suivi un entraînement en Afghanistan, dirigeait Chabab,
la redoutable aile militaire de l’Union des tribunaux islamistes, qui a chassé
il y a un an de Mogadiscio les chefs de guerre qui y faisaient régner
depuis quinze ans leur loi.

Quatorze personnes, dont au moins six soldats, ont été tués
dans les affrontements de mercredi. Aucun bilan des violents combats à
l’arme lourde d’hier n’a encore été donné. Selon un rapport
publié à la mi-mars par le Bureau de coordination des affaires
humanitaires de l’ONU, plus de 40 000 personnes ont quitté Mogadiscio
au cours du mois dernier.

18/03/07 (B387-A) Le Figaro (article paru le 13 mars) Malgré l’intervention militaire éthiopienne, la Somalie risque une rechute islamiste.

Malgré l’intervention
militaire éthiopienne, la Somalie risque une rechute islamiste La TVA
sociale est-elle une panacée ? 100 milliards… Et pourtant, il monte…
De l’utilité des minikrachs pour éviter les vraies dépressions
Les femmes, du boudoir au pouvoir Afghanistan : pour bloquer l’assaut des
talibans, l’Otan ne peut pas compter sur le Pakistan Écouter la France
qui gronde L’avenir des retraites sur le fil du rasoir Retour | Rubrique Débats
& OpinionsL’analyse de Tanguy Berthemet, reporter au service étranger
du Figaro.

Il n’y a pas de paix en Somalie. La fiction selon laquelle ce pays, plongé
dans l’anarchie depuis quinze ans, a renoué avec une certaine normalité
a volé en éclats. L’accueil, lundi, à coups d’obus de
mortier sur l’aéroport de Mogadiscio, du premier contingent de la force
de paix de l’Union africaine censée apporter la concorde dans le pays,
et l’embuscade tendue vendredi aux soldats ougandais, n’a fait que le démontrer.
Nul ne contrôle plus la capitale, une vaste cité presque totalement
en ruine, truffée d’armes de tous calibres, de munitions et de miliciens.
L’effondrement spectaculaire du régime des Tribunaux islamiques, balayé
en quelques jours à la fin du mois de décembre 2006 par les
forces du Gouvernement fédéral de transition (GFT) soutenu par
l’armée éthiopienne et la diplomatie américaine, n’a
pas vraiment changé la donne. Pour avoir fait mine de l’oublier, le
GFT se trouve dans une situation très délicate.

Trois mois après sa « victoire », le GFT, une coalition
hétéroclite d’anciens chefs de guerre mis en place sous la houlette
des Nations unies en octobre 2004, n’a su ni s’imposer ni même combler
le vide de pouvoir. Largement associé au clan des Darod par une ville
dominée traditionnellement par le clan Hawiyé, le gouvernement
souffrait dès le départ d’une impopularité aggravée
par son arrivée dans le sillage des blindés de l’ennemi héréditaire
éthiopien.

Pour autant, Mogadiscio n’a pas renoué avec le chaos des années
1990 et les « Warlords », qui y ré­gnaient alors, n’ont
pas pu se tailler de nouveaux fiefs. Plus qu’un retour des anciens chefs miliciens,
ce qui menace aujourd’hui le GFT, c’est une véritable insurrection
nationaliste dont les mots d’ordre feraient plus vibrer la corde patriotique
que les fibres religieuses ou claniques.

Les affrontements armés et les morts civils, une cinquantaine pour
le mois de février, sont à nouveau le quotidien de la ville.
D’abord discrètes et nocturnes, les opérations de ceux qu’on
appelle de plus en plus souvent les « insurgés » se sont
faites plus ouvertement. Désormais, les soldats du GFT et les troupes
éthiopiennes subissent des attaques frontales et on signale des vagues
d’assassinats ciblés visant des hommes d’affaires voire des proches
du GFT, comme le beau-frère du premier ministre Ali Mohammed Gedi,
tué fin février.

La violence va crescendo.

Pris séparément, ces événements n’ont pas été
suffisants pour chasser le gouvernement ou forcer le retrait de ses alliés
éthiopiens. Mais pris ensemble, ils gênent considérablement
les nouvelles autorités, bloquant les patrouilles militaires, les forçant
à adopter une posture défensive.

Ali Mohammed Gedi le nie.

Il accuse toujours les « résidus » des ex-Tribunaux «
liés à des terroristes internationaux » d’être à
l’origine de ces « attentats », de mener un combat d’arrière-garde
pour restaurer leur pouvoir. Il leur prédit une défaite rapide.

Un pronostic optimiste.

Les miliciens islamistes organisent sans doute la plupart des attaques. Ils
en ont les moyens. Le potentiel militaire des Tribunaux a été
largement épargné par la cinglante défaite de décembre.
D’une part, parce que les meilleurs hommes n’ont pas été envoyés
au front. Restés à Mogadiscio, ils se sont à nouveau
fondus dans la population où ils vivent sous la protection de leur
famille et de leur clan. D’autre part, les cadres ont eux aussi échappé
à la déroute. Lors de l’offensive du GFT, quelque 300 des plus
hauts res­ponsables étaient en pèlerinage à La Mecque.
Ils sont aujourd’hui de retour. Mais ces « barbus » ne sont pas
isolés. Ils ont été rejoints par d’anciens chefs de guerre,
ou des responsables de sous-clans, furieux de leur marginalisation au sein
du GFT.

Ce front commun qui se dessine s’attire des soutiens parmi les petites gens.
La reprise des violences est, paradoxalement, mise au débit du gouvernement.
En compa­raison, le bref épisode de calme apporté par les
islamiques, qui à la suite de leur prise du pouvoir en juin 2006 avaient
réussi à faire taire les kalachnikovs, à rouvrir le port
et l’aéroport puis à restaurer la sécurité, apparaît
comme un temps béni. Quant à la présence des Éthiopiens,
une armée d’occupation, elle est mal supportée.

Pour se sortir de cet engrenage, le président du GFT n’a pas beaucoup
d’options. Ses alliés lui font plus au moins défaut. Sans surprise,
l’Éthiopie a déjà fait savoir qu’elle ne s’engagerait
pas davantage. Son intervention militaire, en décembre, visait à
renverser le pouvoir islamiste, accusé de soutenir les rébellions
des minorités somalis sur le territoire éthiopien et soupçonné
d’entretenir de bonnes relations avec l’Érythrée, un pays avec
lequel l’Éthiopie est en guerre larvée. Cette mission très
précise étant accomplie, Addis-Abeba ne verrait probablement
pas d’un mauvais oeil le maintien de la Somalie dans un certain état
de faiblesse. Le soutien américain se fait également moins franc.

Reste la mission des Casques blancs. Mais la Force de paix africaine en Somalie
(Amisom), qui a commencé son déploiement, souffre déjà
de sérieux handicaps. Sur les 8 000 hommes qu’elle est censée
compter à terme, seuls 4 000 sont disponibles. Les autres restent à
trouver. Elle doit aussi faire à face à de sérieux problèmes
financiers. « On imagine mal comment ce dispositif militaire pourrait
s’imposer par la force quand on connaît le fiasco qu’ont connu les opérations
menées par l’ONU et les Américains en Somalie au début
des années 1990 », souligne un bon connaisseur de la région.
Comme s’il avait pris conscience de ses faiblesses, Le GFT a annoncé
la semaine dernière la tenue d’une conférence de ré­conciliation.
Elle doit réunir 3 000 membres à la mi-avril à Mogadiscio.

Une ouverture qui arrive peut-être trop tard.

06/03/07 (B385-B) Les premiers éléments de la force multinationale africaine, arrivent à Mogadiscio. Mais des tirs d’obus sur l’aéroport qui n’ont pas fait de victimes sont signalés par Le Figaro / AFP et l’AP (Quatre dépêches – Info lectrice)

__________________________________
1 – REUTERS

Les premiers soldats de l’Union africaine arrivent à Mogadiscio

MOGADISCIO (Reuters) – Un détachement de l’armée ougandaise
est arrivé à Mogadiscio, précurseur de la force africaine
de maintien de la paix qui doit se déployer en Somalie.

Seize soldats ougandais ont débarqué d’un avion cargo Antonov
qui a atterri sur l’aéroport international de la ville. L’avion transportait
aussi trois véhicules militaires peints en blanc et portant des marques
distinctives de l’Union africaine.

Les soldats ougandais forment l’avant-garde de la force africaine de maintien
de la paix qui doit aider le gouvernement intérimaire de Somalie à
rétablir l’ordre et la sécurité dans le pays.

Le Nigeria, le Ghana, le Malawi et le Burundi ont également signalé
leur intention d’y participer.

Cette force, qui pourrait compter au final quelque 8.000 soldats, doit remplacer
les troupes éthiopiennes qui ont participé en décembre
dernier avec les forces gouvernementales somaliennes à l’offensive
victorieuse contre les milices islamiques qui tenaient Mogadiscio et l’essentiel
du Sud somalien depuis six mois.

La situation reste très fragile en Somalie, et Mogadiscio est le théâtre
d’attaques quotidiennes contre les forces gouvernementales et éthiopiennes.

_____________________________ 2 – AFP
Somalie : arrivée
de militaires de la force de paix africaine à Mogadiscio

MOGADISCIO (AFP) – Des soldats de la force de paix africaine en Somalie
sont arrivés mardi matin et pour la première fois dans la capitale
Mogadiscio.

Un avion Antonov transportant des militaires ougandais et du matériel
militaire a atterri sur l’aéroport international de Mogadiscio, placé
sous haute sécurité.

Les Ougandais, dont le nombre n’était pas immédiatement connu,
ont été accueillis par le chef de l’armée somalienne,
le général Abdullahi Omar Ali, et des officiers de l’armée
éthiopienne, dont le pays soutient le gouvernement somalien pour tenter
de pacifier le pays.

Les premiers éléments de la force de paix de l’Union africaine
(UA) – une trentaine d’officiers ougandais – étaient arrivés
le 1er mars à Baïdoa, ville située à 250 km au nord-ouest
de Mogadiscio et qui abrite le Parlement somalien.

Une fanfare a salué leur arrivée en jouant les hymnes nationaux
ougandais et somalien.

Les premiers éléments de la force de paix de l’Union africaine
(UA) – une trentaine d’officiers ougandais – étaient arrivés
le 1er mars à Baïdoa, ville située à 250 km au nord-ouest
de Mogadiscio et qui abrite le Parlement somalien.

La Somalie, pays pauvre de la Corne de l’Afrique, est ravagée par 16
ans de guerre civile qui ont fait au moins 300.000 morts. La situation a changé
depuis deux mois, avec la chute des tribunaux islamiques qui contrôlaient
depuis des mois la quasi totalité du sud et du centre du pays. Depuis,
les autorités somaliennes, appuyées par l’armée éthiopienne,
tentent de pacifier le pays, mais Mogadiscio est secouée par des attaques
quasi-quotidiennes.

Les islamistes ont promis de s’en prendre aux soldats de la paix, qui doivent
être à terme environ 8.000. Cette force, appelée Amisom,
manque de moyens humains et financiers. Jusqu’à présent, seulement
quelque 4.000 militaires venus de plusieurs pays (Ouganda, Nigeria, Ghana,
Malawi et Burundi selon l’UA) sont disponibles pour participer à cette
force.

Les précédentes missions internationales en Somalie, organisées
au début des années 90, avaient tourné au fiasco, et
au moins 151 Casques bleus avaient été tués.

_____________________________ 3 – Le Figaro /AFP
Tirs d’obus sur l’aéroport
de Mogadiscio

Au moins sept obus de mortier sont tombés l’aéroport de Mogadiscio,
où sont arrivés dans la matinée quelque 370 soldats de
la force africaine de paix, selon l’AFP. Il n’y aurait pas de victimes dans
l’immédiat.

_____________________________ 4 – AP
Des
obus de mortier sont tombés mardi sur l’aéroport de Mogadiscio
alors les premiers bataillons d’une force africaine de maintien de la paix
arrivés la semaine dernière en Somalie y participaient à
une cérémonie de bienvenue. On ne déplorait aucune victime
dans l’immédiat.

Selon un journaliste de l’Associated Press sur place, les assaillants
ont tiré huit obus de mortier mais seuls d’entre eux ont touché
l’aéroport. Les responsables somaliens ont pris la fuite. au cours
du tir de barrage.

Les premiers éléments de la force africaine de maintien de la
paix étaient arrivés jeudi pour essayer d’aider le gouvernement
intérimaire à rétablir la sécurité, après
les violents combats qui ont eu lieu en décembre et en janvier contre
des rebelles islamistes.

AP

05/03/07 (B385-A) LE FIGARO Éthiopie : cinq étrangers toujours introuvables.

Un
officiel éthiopien a accusé des militaires érythréens
de l’enlèvement. Les autorités d’Asmara ont démenti.


Les touristes britanniques et éthiopiens disparus en Éthiopie
ont-ils été enlevés par des militaires érythréens
? La question restait posée hier, après les déclarations
d’un officiel éthiopien. Ismaël Ali Sero, qui dirige la région
administrative de l’Afar, a accusé samedi l’armée érythréenne
d’avoir enlevé les touristes. Selon lui, les soldats venaient du camp
militaire d’Arat, en Érythrée, et ont incendié quatre
véhicules et deux maisons avant de regagner leur pays en emmenant leurs
otages.

Le ministre érythréen de l’Information, Ali Abdou, a vivement
réagi, dénonçant « une pure invention »,
ajoutant : « L’Érythrée n’a rien à voir là-dedans.
Ça s’est passé à l’intérieur du territoire éthiopien.
» Toujours selon le ministre, « le régime éthiopien
essaie d’exploiter cette affaire à des fins politiques. Ils font sauter
des bombes et accusent ensuite l’Érythréen. C’est une mise en
scène éthiopienne ».

Ces échanges verbaux concernent les personnes disparues jeudi dans
la région inhospitalière de l’Afar et toujours portées
manquantes en fin d’après-midi : cinq Britanniques, parmi lesquels
figureraient des diplomates de l’ambassade à Addis-Abeba, et huit Éthiopiens,
chauffeurs et traducteurs.

Cinq autres Éthiopiens appartenant apparemment au même groupe
ont été retrouvés samedi par une patrouille éthiopienne
près de la frontière de l’Érythrée, selon l’agence
de presse éthiopienne ENA. L’agence n’a pas précisé si
ces cinq personnes avaient été relâchées par leurs
ravisseurs ou si elles avaient réussi à s’échapper. ENA
cite un responsable des forces de sécurité, selon lequel «
les cinq Éthiopiens ont rejoint les forces de sécurité
éthiopiennes après avoir atteint la frontière érythréenne
en venant de Hamedala ».

Quant aux sept touristes – quatre Français, un Suisse et deux Monégasques
– dont on était sans nouvelles dans la même région, ils
ont été retrouvés hier. « Ils sont désormais
à Mekele, où un représentant de notre ambassade a pu
les rencontrer », a précisé le ministre français
des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy.

Le gouvernement britannique s’est refusé à tout commentaire
sur les accusations formulées par l’Éthiopie à l’encontre
de l’Érythrée, précisant qu’il avait dépêché
une équipe sur place.

Une guerre d’usure

Côté éthiopien, on restait hier très prudent. La
déclaration du responsable de l’Afar est considérée comme
une gaffe, et l’on préfère attendre la libération des
Britanniques avant de se prononcer, à la demande de la Grande-Bretagne.
C’est après le dénouement que l’on devrait savoir si l’Éthiopie
pointe officiellement du doigt l’Érythrée, son ex-allié
devenu ennemi.

Des proches du gouvernement font pourtant monter la pression, comme le professeur
Kinfe Abraham, président de l’Institut international éthiopien
pour la paix et le développement. « Si c’est confirmé,
ce kidnapping va désigner de manière évidente l’Érythrée
comme un pays terroriste », affirme-t-il.

La tension entre les deux États date de la fin des années 1990.
Le premier ministre éthiopien Meles Zenawi après avoir chassé
le « négus rouge » Mengistu, en 1991, avec l’aide de son
allié érythréen Issaias Afewerki, a accordé l’indépendance
à ce dernier.

Qui s’est retourné contre lui dans une guerre sanglante de 1998 à
2000, pour quelques arpents de terre frontalières. Aujourd’hui, l’Éthiopie
refuse de reconnaître le tracé établi par l’ONU et l’Érythrée
s’est lancée dans une guerre d’usure par procuration, en soutenant
la plupart des mouvements irrédentistes éthiopiens.

L’Afar a été le théâtre d’un soulèvement
indépendantiste dans les années 1990.

La possibilité d’un nouveau conflit entre
l’Éthiopie et l’Érythrée alimente périodiquement
les conversations diplomatiques, mais hier, on en restait à la guerre
des mots.

16/02/07 (B382) Le Figaro : Les six dossiers qui empoisonnent les relations franco-africaines

ALAIN
BARLUET, TANGUY BERTHEMET, THIERRY OBERLÉ, PATRICK DE SAINT-EXUPÉRY.

(…)



L’affaire Borrel à Djibouti

Le juge
Sophie Clément, chargé de l’enquête sur la mort du magistrat
français Bernard Borrel, vient de demander à entendre comme
témoin le président djiboutien, Ismaël Omar Guelleh, qui
pouvait espérer une arrivée plus digne au sommet de Cannes.

Depuis
que, le 19 octobre 1995, le corps du juge Bernard Borrel a été
retrouvé à demi brûlé au pied d’une petite falaise
à Djibouti, cette affaire n’a cessé de pourrir les relations
entre Paris et son ancienne colonie. Au départ, pourtant, rien ne semblait
mystérieux dans la mort de ce magistrat français détaché
auprès du gouvernement djiboutien. L’enquête, menée en
collaboration avec les autorités françaises, conclut très
vite à un suicide : dépression et immolation.

Mais la
veuve du juge conteste cette version et porte plainte. Les investigations
seront lentes, très lentes. En 2000, les choses s’accélèrent.
Un ancien garde du corps de la présidence djiboutienne assure devant
le juge d’instruction avoir été témoin d’une conversation
entre plusieurs hauts responsables djiboutiens, notamment Ismaël Omar
Guelleh devenu entre-temps chef de l’État, sur « la mort du juge
fouineur ».

Le
dossier Borrel devient dès lors affaire d’État.

Et ce,
d’autant plus que la thèse du suicide vole en éclats trois ans
plus tard. Une série d’expertises met en avant le rôle «
très probable » de « un ou plusieurs tiers » dans
la mort de Bernard Borrel. Le président Guelleh, qui a toujours nié
toute implication, s’agace. Il accuse « certains » à Paris
de vouloir le déstabiliser. Le gouvernement français garde le
silence.

Onze ans
après la mort du magistrat, le voile n’a toujours pas été
levé ni sur les circonstances ni sur les raisons de cet assassinat.
Mais le juge français en charge du dossier ne renonce pas.

(…)

14/02/07 (B382) Le Figaro / Le président djiboutien convoqué dans l’affaire Borrel (2 dépêches et un rappel de la chronologie de l’affaire)

_________________________________
1

La
juge Sophie Clément demande à Ismaël Omar Guelleh de témoigner
dans l’enquête sur la mort troublante du juge français.

La juge d’instruction parisienne chargée de l’enquête sur la
mort du magistrat français Bernard Borrel en 1995 à Djibouti
a convoqué le président de ce pays. Ismaël Omar Guelleh,
qui occupait déjà ce poste à l’époque, doit
justement se rendre à Cannes demain et vendredi pour le sommet France-Afrique.

Mais cette convocation en tant
que témoin est symbolique : Guelleh est protégé par l’immunité
dont bénéficient tous les chefs d’Etat en exercice. Il semble
donc très improbable qu’il réponde favorablement à
la juge.

En octobre dernier, celle-ci avait
lancé des mandats d’arrêt internationaux contre deux Djiboutiens
soupçonnés d’être impliqués dans l’éventuel
assassinat du juge Borrel. Elle souhaite notamment recueillir les ADN de ces
hommes pour les comparer aux traces découvertes récemment sur
le short que portait le magistrat le jour de son décès. L’enquête
avait dans un premier temps conclu à un suicide, avant que d’autres
expertises ne viennent étayer la thèse d’une mort violente.

L’affaire Borrel
est une véritable épine diplomatique dans les relations entre
la France et Djibouti, un pays qui accueille une importante base militaire
française. La veuve du magistrat, Elisabeth Borrel, accuse même
le président Guelleh d’être le commanditaire de l’assassinat
de son mari.

______________________________
2

Le
président djiboutien convoqué dans l’affaire Borrel

Le
président Ismaël Omar Guelleh se rendra à Cannes jeudi
et vendredi pour le sommet France-Afrique.

Le
président Ismaël Omar Guelleh se rendra à Cannes jeudi
et vendredi pour le sommet France-Afrique.

Le ministère
français de la Justice précise qu’en raison de son "imminuté"
Ismaël Omar Guelleh "ne peut être contraint de témoigner"
dans l’enquête sur l’affaire de la mort troublante du juge français.

La juge
d’instruction parisienne chargée de l’enquête sur la mort du
magistrat français Bernard Borrel en 1995 à Djibouti a convoqué
mercredi le président de ce pays. Ismaël Omar Guelleh, qui occupait
déjà ce poste à l’époque, doit justement
se rendre à Cannes jeudi et vendredi pour le sommet France-Afrique.

Mais cette
convocation en tant que témoin est symbolique : Ismaël Omar Guelleh
est protégé par l’immunité dont rappelé que le
chef d’Etat djiboutien «ne peut être contraint de témoigner».
Il semble donc très improbable qu’il réponde favorablement
à la juge.

Elisabeth
Borrel souhaite que Guelleh soit entendu

En octobre
dernier, la juge Clément avait lancé des mandats d’arrêt
internationaux contre deux Djiboutiens soupçonnés d’être
impliqués dans l’éventuel assassinat du juge Borrel. Elle souhaite
notamment recueillir les ADN de ces hommes pour les comparer aux traces découvertes
récemment sur le short que portait le magistrat le jour de son décès.
L’enquête avait dans un premier temps conclu à un suicide,
avant que d’autres expertises ne viennent étayer la thèse
d’une mort violente.

L’affaire
Borrel est une véritable épine diplomatique dans les relations
entre la France et Djibouti, un pays qui accueille une importante base militaire
française. La veuve du magistrat accuse même le président
Guelleh d’être le commanditaire de l’assassinat de son mari. Interrogée
sur LCI, Elisabeth Borrel a souhaité qu’il comparaisse devant un juge.
«J’attends qu’on ne s’arrête pas aux auteurs matériels
et qu’on nous trouve le mobile pour remonter aux commanditaires», a-t-elle
déclaré.

Chronologie
de l’affaire Borrel

– 1995

– 18 oct:
Bernard Borrel, magistrat français détaché comme conseiller
du ministre djiboutien de la Justice, retire de sa banque l’équivalent
de 32.800 euros qu’il laisse à son domicile de Djibouti avec deux lettres.

– 19 oct:
Son corps à demi carbonisé est découvert dans la région
du Goubet, à 80 km de Djibouti-ville.

– 2 nov:
L’enquête djiboutienne conclut au suicide.

– déc:
Ouverture d’une information judiciaire à Toulouse pour "recherches
des causes de la mort".

– 1996

– 6 fév:
Les faits sont requalifiés en assassinat.

– 15 fév:
Une autopsie révèle que le juge était mort lorsque son
corps a été brûlé.

– 1997

– 8 juil:
Une étude médico-légale française privée
conteste le rapport d’autopsie djiboutien.

– 31 oct:
L’instruction est confiée au tribunal de Paris.

– 1999

– déc:
Un ancien membre de la garde présidentielle, Mohamed Saleh Alhoumekani,
affirme avoir entendu, le jour de la mort du juge, cinq hommes déclarer
à l’actuel président Ismaël Omar Guelleh, alors directeur
de cabinet, que le "juge fouineur est mort" et qu’"il n’y a
pas de trace".

– 2000

– mars:
Reconstitution à Djibouti. Un rapport médico-légal conclut
au suicide.

– 2002

– juin:
Deuxième exhumation du corps. Les expertises jugeront en novembre le
suicide "peu plausible".

– 19 nov:
Plainte d’Elisabeth Borrel pour "subornation de témoin" après
les révélations d’Ali Iftin, ancien officier djiboutien, affirmant
que Hassan Saïd, chef des services secrets djiboutiens, l’a obligé
à mentir.

– 2004

– 29 mars:
Le ministère de la Défense transmet à la justice douze
notes de la DGSE. L’une d’elles, datée du 21 janvier 2000, fait état
de deux témoignages affirmant que l’entourage du président Guelleh
a ordonné l’assassinat.

– 20 oct
: La justice de Djibouti réclame la communication du dossier français.
Refus le 8 février 2005.

– 2005

– 7 jan:
La cour d’appel de Versailles ordonne l’audition d’Hassan Saïd et sa
confrontation avec M. Itfin.

– 17 mai:
La justice française convoque vainement comme témoin le président
Guelleh.

– 2006

– 28 juin:
Des empreintes génétiques qui pourraient appartenir aux assassins
du juge Borrel, ont été découvertes sur le short du magistrat
annonce l’avocat de Mme Borrel.

– 1er
oct: mandats d’arrêt contre le procureur de la République Djama
Souleiman et Hassan Saïd, pour une éventuelle "subornation
de témoins".

– 9 oct:
Elisabeth Borrel publie un livre et accuse la France de s’opposer à
la manifestation de la vérité.

– 19 oct:
mandats d’arrêt visant Awalleh Guelleh et Hamouda Hassan Adouani, repris
de justice soupçonnés d’être les exécutants, afin
de comparer leur ADN aux empreintes génétiques trouvées
sur le short du juge.

– 2007

– 14 fév:
Le juge d’instruction demande à entendre comme témoin le président
Ismail Omar Guelleh qui doit participer au sommet Afrique-France à
Cannes, le 16.

28/10/06 (B367) Les défenseurs de Guelleh au niveau du Gouvernement ne lâchent pas prise. A preuve cet article paru dans Le Figaro Magazine qui tente de démontrer que la thèse du suicide est possible. Il reprend la majorité des arguments qui avaient été développés par Aref et Martinet dans une émission de la RTD. Qui l’a commandé (et financé ?) : le quai d’Orsay ou bien Me Spizner, l’avocat de Juppé, de Chirac, de Guelleh et de quelques autres dictateurs peu connus pour leur exceptionnelle moralité ? Mais les avocats ne sont pas responsables de leurs Clients ..

_____________________
Note de l’ARDHD

Détail
curieux : l’article aurait été actualisé selon le site,
le 28/10/06 à 19:18. Or nous en publions une copie disponible sur Internet
le 28/10/06 à 13:00 soit six heures avant la date anticipée
de son actualisation. Quand on veut trahir la vérité, il y a
souvent un détail oublié qui gache tout ..et qui jette le trouble

Le Figaro
qui avait été l’un des rares media, à l’origine de la
relance de l’affaire Borrel en publiant le témoignage d’Alhoumekani
ne ressortira pas grandi après la publication de ce document « sur
mesure » ou « sur ordre » … Mais il n’est pas à un retournement
près, pour faire plaisir au pouvoir en place …

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Extrait du site du Figaro

Actualité
| LE FIGARO MAGAZINE

Juge Borrel : le mystère de
sa mort s’épaissit
PAR AZIZ ZEMOURI

Publié
le 27 octobre 2006 – Actualisé le 28 octobre 2006 : 19h18

Bernard
Borrel a-t-il été assassiné ? Son épouse en est
persuadée, mais des témoins s’interrogent et penchent pour la
thèse du suicide. Enquête sur des incohérences troublantes.

Suicide
? Assassinat ? En octobre 1995, le corps du juge Bernard Borrel est retrouvé
à 80 kilomètres de la ville de Djibouti, gisant en position
foetale dans le Ghoubet al-Kharab, le gouffre du démon. Un beau panorama
que les croyances anciennes disent hanté et qu’aujourd’hui encore les
habitants de cette région d’Afrique de l’Est préfèrent
éviter. A l’époque, pour les Français qui ont côtoyé
ce magistrat intègre, il s’agissait d’un suicide. Son épouse
Elisabeth Borrel déclarait même, en réponse à une
question de la gendarmerie de Djibouti qui enquête à la demande
du procureur de la République : «Franchement, je ne sais pas
du tout pour quelles raisons il s’est donné la mort. C’était
son choix.» Une déclaration qui fait écho à celle
de Bernard Borrel lui-même, s’adressant à son épouse peu
de temps avant sa mort : «Je ne suis plus digne de toi», lui avait-il
lancé, énigmatique.

Dix ans
plus tard, après plusieurs expertises et avoir usé quatre juges
d’instruction français, la thèse du suicide semble abandonnée
par le juge parisien Sophie Clément. Elle vient de lancer deux mandats
d’arrêts internationaux contre deux hommes Awalleh Guelleh et Hamouda
Hassan Adouani, considérés comme les principaux suspects. Selon
Elisabeth Borrel, veuve du magistrat et juge elle-même, ils auraient
pu agir sur ordre du président Ismael Omar Guelleh. C’est la thèse
principale de son ouvrage Un juge assassiné, paru chez Flammarion.

Awalleh
Guelleh est pourtant depuis plus de vingt ans un ennemi de Ismael Omar Guelleh
(IOG), ancien chef de cabinet du président Hassan Gouled Aptidon auquel
il a succédé en 1999. Les deux hommes ont une histoire commune
mais dans deux camps opposés. Ce qui rend perplexe tout observateur
de bonne foi qui imagine mal qu’on recrute un adversaire pour tuer un juge
français. C’est peu dire qu’Awalleh Guelleh et IOG ne s’apprécient
guère. Awalleh Guelleh rejette la présence française
par les armes tandis qu’IOG est considéré comme indépendantiste
mais favorable à la France.

A l’époque
où les deux hommes s’affrontent, Djibouti demeure le seul territoire
de la région à échapper à l’influence soviétique.
Awalleh Guelleh est l’homme de main de Aden Robleh, fondateur d’un groupe
armé – le front de libération de la côte des Somalis (FLCS)
– d’obédience marxiste-léniniste, qui se rend coupable d’actions
d’éclat contre la France : l’enlèvement du consul de France
ou le détournement d’un car scolaire d’enfants français. Devenu
ministre du Commerce, Robleh cesse, pour un temps, les hostilités.
Mais peu à peu, il juge la fonction indigne de son rang et fomente
un coup d’Etat avec son homme de main Awalleh Guelleh contre le président
Gouled Aptidon. Nous sommes en 1985.

Attentat
au café de Paris

Deux
ans plus tard un autre homme va faire parler de lui : le Tunisien Hamouda
Hassan Adouani, impliqué dans l’attentat de L’Historil, ce café
appartenant au Français Alain Romani, fréquenté par des
militaires de L’Hexagone. L’explosion tue quinze personnes, mais le propriétaire
échappe à la mort.

Les mobiles
de l’attentat sont complexes. Le Tunisien Adouani est en fait en service commandé
pour la Libye qui veut se venger de la politique française au Tchad.

Lors
du procès, après trois ans d’instruction, Adouani revendiquera
son acte. Il sera condamné à mort. Les avocats des parties civiles,
français ou allemands pour la plupart, sont hostiles à la peine
capitale. Le Président commue la sanction en vingt ans de réclusion.

«Pour
les Djiboutiens, il était une sorte de Carlos», se souvient Me
Alain Martinet, avocat des victimes de l’attentat et militant des droits de
l’homme qui a bataillé en son temps contre la Grèce des colonels.

Lorsque
l’attentat du Café de Paris survient en 1990, la rumeur en attribue
la responsabilité, comme à chaque fois qu’un accès de
violence touche le pays, au fameux IOG.

L’enquête
confiée à un magistrat djiboutien et au juge parisien Roger
Le Loire (des Français sont touchés) aboutit à la mise
en cause de Robleh, le dirigeant du FLCS, qui revendique, sur l’antenne de
la BBC, la responsabilité de l’opposition dans cet attentat. C’est
un avertissement adressé au président Gouled Aptidon, mais surtout
à la France afin qu’elle cesse de soutenir, selon lui, «un régime
pourri».

Awalleh
Guelleh, l’homme de main de Robleh, avait été reconnu par un
militaire français et un Ethiopien. Ce dernier, par peur des représailles,
s’était réfugié à l’ambassade de France en Ethiopie,
voisine d’une centaine de kilomètres de Djibouti. Le juge Le Loire
lance un mandat d’arrêt contre Awalleh Guelleh, mais l’Ethiopie préfère
remettre le témoin à Djibouti et non pas à la France.
Mis en cause, Awalleh Guelleh sera défendu par Me Arnaud Montebourg.

Françoise
Rudetzki, présidente de SOS Attentats, partie civile dans le dossier
du Café de Paris, rappelle la mise en cause de IOG : «A l’époque,
l’hypothèse de son implication n’a jamais été démontrée.»

Le père
d’une des victimes françaises, un ancien gendarme, fait sienne la vérité
judiciaire : «Pour moi, le commanditaire était bien Aden Robleh.»

Borrel
en mission technique

A ce
moment-là, le juge Borrel était coopérant auprès
du ministre de la Justice djiboutienne. Il avait pour mission de participer
à la rédaction du nouveau code pénal et souhaitait créer
un conseil supérieur de la magistrature. C’est une mission purement
technique dont le ministre de la Justice peut le relever à tout moment
sans justification particulière. André Minana, commissaire du
SCTIP (service de coopération technique internationale de police) aujourd’hui
à la retraite, se souvient : «Bernard Borrel n’a jamais eu accès
à aucune information sensible. Il n’était chargé d’aucune
mission particulière sur le Café de Paris. Le juge Le Loire
et moi travaillions ensemble et c’est moi qui transmettais à Borrel
les commissions rogatoires quand le juge parisien avait des difficultés
à joindre quelqu’un. Borrel était un homme droit et rigoureux.
Il respectait à la lettre sa mission. Au SCTIP, nous avions des réunions
fréquentes avec la DGSE, la DPSD, la CIA pour faire le point sur le
terrorisme. On surveillait le Soudan et la montée de l’islamisme dans
la région. Nous n’avons jamais entendu parler d’un quelconque trafic
d’uranium. Et si cela avait existé, Bernard Borrel aurait été
le dernier à être mis au courant.»

Lorsque
le juge Borrel meurt en octobre 1995, Awalleh Guelleh et Hamouda Hassan Adouani,
les deux hommes aujourd’hui suspectés par la justice française,
sont en prison. Ce n’est qu’en 1997, après quatre ans de détention,
que Awalleh Guelleh simule une maladie grave et s’évade. Le directeur,
tenu pour responsable, sera d’ailleurs condamné à un an de prison.

Pour mettre
en cause ces deux terroristes, le juge Sophie Clément s’appuie en fait
sur le témoignage d’un certain Mohamed Saleh Alhoumekani, ancien lieutenant
de la garde présidentielle de Gouled Aptidon. Il les aurait vus dans
le jardin du palais présidentiel avec Alain Romani, pourtant propriétaire
du café L’Historil et ancienne victime de Adouani, en compagnie du
chef des services secrets de Djibouti et tous se seraient félicités
alors, selon Alhoumekani, de la «mort du juge fouineur». Réfugié
en Belgique depuis 1998, Alhoumekani attend plus d’un an avant de faire «ses
révélations», le temps que la Belgique examine sa demande
d’asile. Quand la Belgique refuse de lui délivrer son permis de séjour,
Alhoumekani se souvient subitement de cette conversation dans le jardin présidentiel
de Djibouti.

Un témoignage
à prendre avec d’autant plus de précautions que, dans une affaire
incidente, le juge d’instruction Baudoin Thouvenot, en février 2002,
a clairement mis en doute les propos d’Alhoumekani : «Les investigations
menées dans le cadre des commissions rogatoires révélaient
de nombreuses invraisemblances et inexactitudes dans les déclarations
de M. Alhoumekani, ce dernier apparaissant par ailleurs, au travers de nombreux
témoignages recueillis comme un individu peu fiable.»

Expertises
contradictoires

De plus,
la présence d’Alain Romani à cette fameuse conversation de jardin,
et dont le nom avait été suggéré à Alhoumekani
par Elisabeth Borrel elle-même – elle le confirme dans son dernier livre
– est d’autant moins établie qu’il se trouvait à cette époque
à Saint-Denis de la Réunion. La signature d’un document au guichet
d’une banque l’atteste. Difficile d’être à deux endroits à
la fois !

Pour
étayer la thèse de l’assassinat, Elisabeth Borrel et ses avocats
se réfèrent aux deux dernières expertises, l’une effectuée
à la demande du juge Jean-Baptiste Parlos, qui a repris le dossier
en juin 2000, et l’autre par le magistrat parisien Sophie Clément.

Que
révèlent ces analyses ?

Elisabeth
Borrel et ses avocats détiennent selon eux la preuve qu’un assassinat
a bien été commis. En réalité, les résultats
de deux expertises médicales et de deux expertises toxicologiques ne
sont pas aussi formels. Les experts estiment que le suicide est l’hypothèse
la plus probable mais que le meurtre n’est pas à exclure. Quant à
celle remise à Sophie Clément, l’un des experts affirme au Figaro
Magazine : «Notre expertise renforce la thèse de Mme Borrel,
mais nous ne concluons pas à un assassinat. Nous apportons des éléments
dans un débat contradictoire.»

Proche
de Bernard Borrel, avec qui il fréquentait le Rotary Club, Daniel Morin,
médecin-chef à l’hôpital militaire Bouffard de Djibouti
de 1994 à 1996, se souvient : «Je suis médecin et j’ai
agi en tant que tel. J’ai recueilli le corps de Bernard Borrel, quelques heures
après sa découverte, pour le mettre dans la morgue. Normalement,
il aurait dû aller dans une morgue civile, mais celle-ci était
délabrée. Mon chirurgien a établi un diagnostic qui ne
concluait à rien mais qui laissait penser que la thèse du suicide
était la plus probable. Nous avons fait des radios et des examens qui
nous poussaient à conclure qu’aucune autre cause de sa mort ne pouvait
être possible. Le corps était calciné, avec une intensité
différente selon les parties. J’ai fait faire quelques radios des membres
et de la cage thoracique, pour moi, c’était l’hypothèse la plus
probable.»

24/10/06 (B366) Le FIGARO : 170 personnalités soutiennent la veuve du juge Borrel / lefigaro.fr (avec AFP).

http://www.lefigaro.fr/france/20061023.WWW000000472
_appel_en_faveur_de_la_veuve_du_juge_borrel.html

Actualisé le 23
octobre 2006 : 19h52

Laurent Fabius, Pierre Mauroy et Lucie Aubrac ont, entre autre, signé
l’appel qui demande «la vérité sur l’assassinat»
de Bernard Borrel, survenu en 1995 à Djibouti.

Un «appel pour la vérité sur l’assassinat de Bernard Borrel»
a été signé par 170 personnalités. La veuve du
juge français assassiné il y a onze ans à Djibouti a
présenté cette liste lors d’une conférence de presse,
lundi. Elisabeth Borrel a également indiqué avoir écrit
le jour même à Jacques Chirac, pour lui demander de la recevoir
et de la soutenir.

«Les
personnalités signataires demandent que les obstacles rencontrés
par l’instruction en cours soient levés, notamment en ce qui concerne
la remise au juge d’instruction des documents émanant des services
de l’Etat pouvant avoir un lien avec cet assassinat», dont certains
sont toujours classés «secret défense».

L’appel
a notamment été signé par les anciens premiers ministres
socialistes Laurent Fabius, Pierre Mauroy et Michel Rocard. Lucie Aubrac,
figure de la Résistance et Rita Borsellino, parlementaire à
l’Assemblée régionale de Sicile et sœur du procureur Paolo
Borsellino, assassiné par Cosa Nostra en 1992, figurent, entre autre,
parmi les signataires. 90 parlementaires, dont 50 du PS, 20 de l’UDF
et deux de l’UMP ont également signé cette liste.

Thèse
du suicide abandonnée

Lors de sa conférence
de presse, Elisabeth Borrel a également fait part de sa «très
désagréable surprise» d’entendre les propos de Philippe
Douste-Blazy.

Alors que ce dernier l’avait
reçue et assurée de son soutien vendredi, il a ensuite évoqué
la thèse du suicide, officiellement abandonnée par la justice
française. Dimanche, en effet, le chef de la diplomatie a déclaré
: «Il y a deux solutions: s’il y a un suicide, auquel cas, voilà…
Ou il y a un assassinat et il faut aller au bout du bout de la justice».

Le corps
à demi-calciné du juge Bernard Borrel avait été
retrouvé le 19 octobre 1995 au pied d’une falaise à 80 km de
Djibouti.

©
Le Figaro