29/06/06 (B356_B) LE FIGARO : Mort du juge Borrel : des traces d’ADN découvertes sur un vêtement.

Près de onze ans après la disparition du magistrat à Djibouti, sa veuve pense que les meurtriers vont être confondus.


La justice française a peut-être trouvé le fil qui conduit aux meurtriers du juge Bernard Borrel, plus de dix ans après les faits. La récente découverte d’empreintes génétiques inconnues sur l’un des vêtements du magistrat français retrouvé mort à Djibouti le 19 octobre 1995 relance une enquête qui avait longtemps oscillé entre la thèse du suicide et celle de l’assassinat.

L’information, révélée hier par Libération, fait état de trois traces d’ADN relevées sur le short du juge. La première, qui appartient au magistrat, a pu être identifiée en la comparant à l’ADN de ses enfants. La deuxième, trouvée dans la poche avant droite du vêtement, est une trace étrangère. Dans son rapport du 4 avril dernier, le Dr Olivier Pascal, pionnier de l’ADN en France et expert près la Cour de cassation, assure que la troisième empreinte découverte au niveau de l’entrejambe est elle aussi inconnue. Seule certitude : les deux inconnus sont des hommes.

Le corps de Bernard Borrel aurait été transporté

La juge parisienne Sophie Clément, en charge de cet épineux dossier, dispose d’une autre pièce maîtresse. Un second rapport, toujours signé de la main du Dr Pascal, lui a été remis le 21 juin dernier. Sans équivoque, celui-ci vient corroborer la version selon laquelle le corps de Bernard Borrel aurait été transporté. Excluant l’hypothèse d’«un contact bref» entre la victime et ses agresseurs, l’expert explique qu’il «faut envisager un contact long et (ou) un maintien avec force».

Ces éléments nouveaux éclairent quelque peu d’importantes zones d’ombre du dossier. Le corps à moitié calciné de Bernard Borrel avait en effet été découvert au fond d’un ravin, devant l’île du Diable, simplement vêtu d’un slip et d’un tee-shirt. Au bord de la falaise, divers effets lui appartenant – dont son short – avaient été saisis, ainsi qu’un bidon d’essence.

Un poids sur les relations entre Paris et Djibouti

Fin 1995, l’enquête française menée sur place avait conclu au suicide. Au fil des ans, une série d’expertises et de contre-expertises avaient d’abord conforté cette thèse avant de l’infirmer. Ainsi, en 2000, une reconstitution avait permis d’établir que le juge Borrel aurait très bien pu dévaler seul le terrain afin de se donner la mort. Deux ans plus tard, le scénario de l’assassinat refaisait surface, après la découverte d’une lésion au crâne, probablement due à un objet contondant, et d’une marque sur le cubitus gauche, considérée comme une trace de lutte.

Tous les mobiles avaient été envisagés. La veuve du magistrat, Elisabeth Borrel, a toujours privilégié la piste politique. Convaincue que son mari enquêtait sur des trafics d’armes et sur l’attentat du Café de Paris, survenu en 1990 à Djibouti et dans lequel le président Ismaïl Omar Guelleh aurait été impliqué, elle n’a jamais cru à une affaire privée.

Depuis des années, le dossier Borrel pèse sur les relations entre la France et Djibouti, où la France conserve des bases militaires importantes. La juge d’instruction Sophie Clément espère néanmoins obtenir le prélèvement ADN de deux Djiboutiens : Adouani, un terroriste extrait quelques heures de sa cellule la veille du drame, et un autre détenu, Awale Guelleh, mêlé à l’attentat du Café de Paris. «La justice française est définitivement sur les traces des assassins de Bernard Borrel», s’est félicité hier Me Olivier Morice, conseil d’Elisabeth Borrel. Jusqu’ici, la justice djiboutienne n’a rien entrepris pour confirmer l’optimisme de l’avocat.

08/05/06 (B349-A) Les américains financent-elles des chefs de milice somaliens pour dénoncer les forces d’Al Qaïda, qu’ils n’arrivent pas à repèrer avec leurs moyens ultra-sophisitiqués ??? (Info lecteur)

Selon un article paru dans Le Figaro, les forces américaines achètent officiellement des mercenaires (qu’elles disent ne pas ravitailler officiellement en armement) pour traquer les forces de Ben Laden qui seraient bien implantées en Somalie.

Notre Association dénonce et dénoncera toutes les formes de terrorisme et luttera avec ses moyens contre tous ceux qui se réclament d’un mouvement qui utilise le terrorisme comme moyen d’expression ou de chantage. Nos positions sont claires et irréversibles.

Il n’en reste pas moins que nous sommes surpris par cette information. Elle prouve que les Américains, en dépit de leurs outils technologiques ultra-modernes et de leurs moyens illimités, sont incapables de faire le travail pour lequel elles sont implantées dans la région.

En finançant des chefs de milice somaliens (il est fort probable, contrairement à ce qui est écrit, qu’en plus de l’argent, les américains fournissent directement ou indirectement (via Guelleh ??? pourquoi pas ! ) des armes), les Américains ne sont-ils pas en train de compliquer la situation somalienne et de retarder le retour tant espéré à une situation normale.

Les américains jouent officiellement et comme d’habitude le politiquement correct … Mais qui pourrait imaginer qu’un chef de milice n’achètera pas des armes avec des subventions : à moins qu’il ne préfère les gâteaux au chocolat … ?

On a l’impression que pour pallier l’incapacité de leurs forces, ils achètent des consciences et que se croyant tout permis, ils négligent totalement les graves conséquences qui pourraient découler de décisions pour le moins curieuse. Vont-ils agraver encore un peu plus la situation somalienne et plus généralement toute celle de la Corne de l’Afrique.

La lutte contre le terrorisme, qui est tout à fait justifiée, doit-elle se faire à ce prix ? Quelle est la mission de Guelleh et de ses « obligés » dans cette affaire ?

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Les Etats-Unis financent des milices somaliennes (Le Figaro 05/05/2006)


Des chefs de milice de Mogadiscio soutenus par les Etats-Unis ont lancé une traque pour capturer ou liquider des extrémistes musulmans ayant trouvé refuge en Somalie, pays d’Afrique de l’Est livré au chaos depuis 1991, selon des diplomates dans la région et des responsables américains.

Washington finance cette traque dans le cadre d’opérations secrètes de sa guerre contre le terrorisme, pour éviter de nouveaux attentats en Afrique de l’Est et enrayer « la +talibanisation+ rampante » de la Somalie, selon ces sources.

Le réseau Al-Qaïda d’Oussama ben Laden a visé en 1988 les ambassades américaines au Kenya – pays frontalier de la Somalie – et en Tanzanie (224 morts au total) puis en 2002 un hôtel hébergeant des touristes israéliens au Kenya (18 morts).

Les Etats-Unis ne livrent pas d’armes mais ont remis de l’argent aux chefs miliciens qui combattent les forces des tribunaux islamiques de Mogadiscio, soupçonnés de protéger des extrémistes étrangers dont certains liés à Al-Qaïda, selon des sources officielles dans la région.

Ces tribunaux étendent leur influence face aux chefs de guerre qui contrôlent le pays depuis le début de la guerre civile en 1991.

Washington leur a également fourni des renseignements – images satellite, photos, écoutes téléphoniques, messages écrits – sur les activités terroristes en Somalie, selon ces mêmes sources.

En février, ces chefs ont formé une coalition, l’Alliance pour la restauration de la paix et contre le terrorisme (ARPCT), qui a depuis affronté à deux reprises les forces des tribunaux, faisant au moins 85 tués dans la capitale.

« L’objectif principal est de neutraliser le menace Al-Qaïda » dans le pays, selon un haut responsable américain au fait de l’opération somalienne. Les services de renseignement occidentaux pensent que 3 ou 4 agents d’Al-Qaïda, dont des auteurs des attentats de 1998 au Kenya et en Tanzanie, sont en Somalie, selon des sources officielles sous couvert d’anonymat.

Selon ces sources, ils sont en contact avec le Pakistan et des pays du Golfe et participent à l’entraînement de combattants étrangers.

« Al-Qaïda va être hors de tout contrôle là-bas et nous voulons les arrêter (…) Nous payons les milices pour enlever des gens », selon un autre responsable américain.

L’opération est coordonnée à Nairobi par l’ambassade américaine, qui s’est refusée à tout commentaire sur le sujet, en soulignant que les contacts avec les Somaliens ne se limitent pas aux chefs de guerre.

De sources officielles américaines, on admet toutefois un intérêt particulier pour l’ARPCT. « Nous n’étions pas absent des discussions » sur sa création, selon un responsable américain.

L’opération en cours s’intègre également dans les efforts américains pour reprendre pied dans la Corne de l’Afrique, après l’opération militaire en Somalie qui avait tourné au désastre en 1993 pour Washington.

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, les Américains ont installé leur seule base en Afrique à Djibouti, près de la frontière somalienne.

Du côté somalien, l’ARPCT ne dément pas recevoir de l’argent américain mais affirme ne recevoir aucun ordre.

« L’Alliance acceptera tout soutien moral et matériel » mais le combat contre les tribunaux « est une initiative purement nationale au service de la paix en Somalie », selon un de ses fondateurs, Mohamed Qanyare Afrah.

Pour les tribunaux, qui ont déclaré la guerre sainte à l’ARPCT, « les Américains traitent avec des voyous politiqu qui se fichent de la Somalie », selon le chef du tribunal Ifka-Halan, Sheikh Hassan Dahir Aweys.

Le gouvernement de transition, formé en 2004 et qui n’a pas réussi à établir son autorité, juge lui « inutile » toute initiative s’appuyant sur les miliciens.

« La guerre contre le terrorisme » devrait être menée avec le gouvernement, pas avec les chefs miliciens, a déclaré son ministre de l’Information, Mohamed Abdi Hayir.

28/01/06 (B335-A) Le Figaro : Avions prisons de la CIA : l’Europe récolte les premières preuves (Sous la plume d’Alexandrine Bouilhet)

UE Le Parlement européen a mis en place, hier, sa commission d’enquête sur les activités suspectes de l’agence américaine.
Alexandrine Bouilhet
[27 janvier 2006]

DÉCLENCHÉE sur plusieurs fronts judiciaire et parlementaire, l’enquête sur les activités suspectes de la CIA en Europe commence à porter ses fruits. Après le Conseil de l’Europe, à Strasbourg, le Parlement européen a mis en place, hier, sa propre commission d’enquête, à Bruxelles. Pendant ce temps, la collecte des preuves se poursuit en Europe. Elle a franchi un pas important, cette semaine, avec la remise d’un rapport de cent pages, rédigé par Eurocontrol, un organisme de surveillance du trafic aérien, installé en face de l’Otan, à Bruxelles.

Regroupant 35 pays européens, Eurocontrol est la seule organisation internationale qui ait accès aux plans de vol détaillés de tous les avions, militaires ou civils, utilisant l’espace aérien européen. Eurocontrol a ainsi pu reconstituer les trajets des 34 avions «suspects», affrétés par la CIA, d’après Human Rights Watch, de 2001 à 2006. Le rapport dénombre 1 600 mouvements. «Tous ne sont pas suspects, mais un avion qui partirait des Etats-Unis pour l’Irak, par exemple, reviendrait en Europe, ou ferait escale en Albanie ou en Ukraine mériterait quelques investigations», explique un responsable d’Eurocontrol.

Autre élément de preuve récent confié aux enquêteurs : des images satellites prises par le Centre satellitaire de l’Union européenne (Eusc), basé en Espagne, qui montrent des camps secrets en Roumanie ou en Pologne, où la CIA aurait pu mener des auditions hors de tout contrôle.

Dans cette collecte des indices par-delà les frontières, l’étape la plus délicate, comme toujours, concerne l’accès aux informations classées «secret défense» par les gouvernements. La Grande-Bretagne a déjà fait usage de ce parapluie pour ne pas répondre aux députés. Plus crédible politiquement que le Conseil de l’Europe, le Parlement européen entend peser de tout son poids pour arracher des informations sérieuses aux capitales.

Possibles sanctions

«Notre rôle sera surtout politique», concède le rapporteur de la Commission parlementaire, l’eurodéputé italien (socialiste), Claudio Fava. «Nous all ons faire pression sur les Etats membres pour qu’ils nous livrent les informations en leur possession», ajoute-t-il. «L’Italie par exemple, ne peut pas prétendre longtemps que ses services n’étaient pas au courant de l’enlèvement d’Abou Omar, en 2003, en pleine rue à Milan, par 25 agents de la CIA !», ajoute-t-il.

Décidée à se rendre aux Etats-Unis pour des auditions au Congrès notamment, la Commission du Parlement européen est chargée de déterminer s’il y a eu violations des droits humains fondamentaux inscrits dans les traités européens. Si des infractions au droit communautaire sont avérées, des sanctions sont prévues contre les pays fautifs. Comme l’a indiqué le commissaire Frattini, elles consistent à priver l’Etat membre de ses droits de vote au Conseil des ministres. «Pour l’UE, c’est l’arme nucléaire !, commente Claudio Fava. Mais nous espérons ne jamais devoir en arriver là !»

Le Figaro

01/11/05 (B322) LE FIGARO : La justice française se prononce sur la plainte du général Ibrahim Zakaria, chef d’Etat- major adjoint de l’armée djiboutienne (Le Figaro 25/10/2005)

Le tribunal de Paris rendra le 22 novembre prochain sa décision au sujet de la plainte pour « injures et diffamation » déposée par le général Ibrahim Zakaria, chef d’Etat- major adjoint de l’armée djiboutienne, contre l’Association pour le respect et de la défense des droits de l’Homme à Djibouti (ARDHD), a appris lundi la PANA de source judiciaire.

Selon Me Roger-Vincent Calatayud, avocat de l’ARDHD, le tribunal de Paris a été édifié par les témoignages de nombreux Djiboutiens qui étaient venus à la barre raconter les exactions infligées directement ou indirectement par le général Zakaria.

Le chef d’Etat-major adjoint de l’armée djiboutienne ne s’est pas présentée à l’audience, laissant à ces deux avocats parisiens le soin de prouver que les articles mis sur le site Internet de l’ARDHD étaient à la fois « diffamatoires et injurieux ».

Certains des articles incriminés présentaient le général Zakaria comme « un officier peu instruit sanguinaire et corrompu ».

D’autres le décrivaient, en plus de ses liens avec les réseaux islamistes, comme l’homme à tout faire du président djiboutien Ismaël Omar Guelleh.

Le procureur du tribunal de Paris a estimé que certains écrits publiés par l’ARDHD ont dépassé la limite de la liberté de critique mais n’a pas requis de peine contre l’association, laissant au tribunal « toute latitude pour déterminer les responsabilités et les sanctions ».

© Copyright Le Figaro

12/04/05 (B293B) LE FIGARO : conforté lors d’une présidentielle falsifiée Djibouti : la dérive autoritaire du président Guelleh

Djibouti : de notre envoyé
spécial Tanguy Berthemet [11 avril 2005]

Tout le monde s’attendait
à la victoire d’Ismaïl Omar Guelleh, lors des élections
organisées vendredi à Djibouti. Le président sortant
était seul prétendant en lice, l’opposition ayant appelé
à «un boycott actif» du scrutin. Il était donc «normal»
que son score officiel atteigne 100% des suffrages. C’est le taux de participation,
véritable enjeu du scrutin, qui a surpris. Il grimpe officiellement
à 78,9%.

La Ligue djiboutienne
des droits humains a qualifié ce chiffre de «grotesque».
«Il suffit de se rappeler que lors des législatives de 2003,
très ouvertes, le taux n’avait été que de 48% pour mesurer
l’ampleur de la fraude», explique son président, Jean-Paul Abdi
Noël. L’opposition, minée par des rivalités internes et
privée de véritable dirigeant, a achevé de se discréditer
en annonçant dans un communiqué «l’immense succès
du boycott» et le rejet du président par «une mer impétueuse»
!

Avec cette «victoire»
électorale, le président Guelleh concentre plus que jamais tous
les pouvoirs. Début 2004, le département d’Etat américain
avait déjà dénoncé dans un rapport les entorses
à la démocratie enregistrées à Djibouti : Assemblée
nationale monocolore, télévision et radio aux mains de l’Etat,
droits d’association et de réunion «restreints»…

Depuis, les choses ne
se sont pas améliorées. «Le pouvoir est de plus de plus
centralisé. La moindre nomination à un poste un peu important
dépend du président», assure un observateur occidental,
installé depuis de longues années à Djibouti.

Ancien responsable des
services secrets, Ismaïl Omar Guelleh, fidèle à ses méthodes,
tient le pays sous surveillance, grâce ses «RG», une police
en civil et une nuée de petits mouchards dénommés «mille
francs», car payés à la dénonciation.

Dans ce micro-Etat
d’à peine plus de 600 000 habitants, tout opposant un peu pugnace est
vite contraint à vivoter, à partir en exil ou à accepter
d’entrer dans l’orbite du pouvoir. L’opacité financière qui
règne sur les comptes publics permet toutes les dérives.

«Ce taux de participation
démontre à quel point le pouvoir se sent fort, car il sait que
personne n’osera le critiquer, pas plus à l’intérieur qu’à
l’extérieur», estime un observateur qui requiert l’anonymat.
La stabilité relative de Djibouti et sa situation sur le détroit
de Bab el-Mandeb, qui commande l’accès à la mer Rouge et au
canal de Suez, joue comme une garantie en sa faveur. Plutôt que de risquer
une brouille avec ce pays hautement stratégique où ils entretiennent
d’importantes bases militaires, Paris et Washington choisissent de rester
silencieux.

Coincé entre ce
pouvoir fort et une opposition sans relief, le peuple djiboutien, qui compte
parmi les plus pauvres du monde, en est réduit à se débrouiller
pour survivre.

Le mécontentement
grandissant offre un terreau aux rivalités ethniques qui secouent le
pays. L’accord de paix de 2001, qui mettait fin à dix ans d’une guerre
tribale, prévoyait une plus grande décentralisation. Mais les
élections régionales qui devaient se tenir en 2004 ont été
reportées. Elles ne devraient pas se tenir avant la fin de l’année.

12/02/05 (B285) Le Figaro : le feuilleton continue …. Le Ministre de la Justice ne sait plus comment soutenir Guelleh, sans se mettre l’opinion française et les milieux judiciaires à dos. On essaye de trouver une couverture juridique pour justifier ce nouveau coup de pouce à la Dictature … (Article signalé par un Lecteur)

Affaire Borrel : Dominique
Perben chargé de trancher (LE FIGARO)

M.-A. L.-L. [12 février 2005]

Le volet diplomatico-judiciaire
de l’affaire Borrel, du nom du magistrat français décédé
à Djibouti dans des conditions mystérieuses en 1995, s’alourdit.
La récente demande des autorités djiboutiennes visant à
obtenir une copie de la procédure française est à l’origine
de la polémique actuelle.

La question se résume
en ces termes : est-il opportun de transmettre à Djibouti le dossier
d’un juge d’instruction français qui enquête sur l’hypothèse
d’un assassinat dans lequel pourrait être impliqué l’entourage
du président Guelleh ? En clair, peut-on prendre le risque de divulguer
des informations à l’«adversaire» potentiel ? Le parquet
de Paris vient de rédiger un rapport destiné au garde des Sceaux.
Dominique Perben aura à trancher entre des points de vue divergents.

Fin janvier, le Quai d’Orsay,
allant un peu vite en besogne, avait annoncé une transmission prochaine
du dossier. Position totalement contraire à celle de la juge d’instruction
Sophie Clément qui estime, elle, que la remise des documents «serait
de nature à porter atteinte (…) aux intérêts essentiels
de la France». Des rapports des services de renseignement français
figurent effectivement à son dossier. Certains documents émanent
de la DGSE, d’autres proviennent de la DST. Telle une note relative à
l’attentat antifrançais contre le Café de Paris à Djibouti
en septembre 1990. Cette note de deux pages, frappée du sceau «secret-défense»,
vient d’ailleurs d’être déclassifiée. Outre ces notes
de services spéciaux, le dossier du juge Clément contient aussi
des éléments sur une éventuelle «subornation de
témoins», instruite à Versailles, dans laquelle figurent
les noms du procureur de la République de Djibouti et du chef des services
secrets.

L’éventualité
d’une transmission fait bondir Me Olivier Morice, avocat de la veuve du juge
Borrel, qui parle d’«abus de droit sans précédent».
A l’inverse, Me Francis Szpiner, conseil de la République djiboutienne,
assure qu’il s’agirait d’«une coopération judiciaire normale».

Une position médiane
consisterait à faire parvenir à Djibouti, lié à
la France par une convention d’entraide pénale, la procédure
expurgée de ses documents sensibles. Quelle que soit son issue, le
dossier embarrasse Paris. Alors que la thèse du suicide a longtemps
été privilégiée, celle de l’assassinat est désormais
étudiée. La demande djiboutienne est donc souvent interprétée
comme une manoeuvre. Récemment, les relations bilatérales se
sont tendues : Djibouti, qui abrite la plus importante base française
en Afrique (2 700 hommes) a expulsé six coopérants et a coupé
l’antenne de Radio France Internationale.

28/01/05 (B282) Le FIGARO : l’enquête sur l’assassinat du juge Borrel gêne les autorités locales, qui pourraient prendre des mesures de rétorsion contre la base militaire française (Isabelle Lasserre)

La
crise couve entre Djibouti et la France

Isabelle
Lasserre
[28 janvier 2005]


C’est une histoire à rebondissements, mais la diplomatie et la Défense
françaises sont à nouveau embarrassées par les tensions qui
caractérisent les relations franco-djiboutiennes. Depuis le début
de l’année, elles se sont brusquement dégra-dées : six coopérants
français ont été expulsés de Djibouti, l’émetteur
de RFI a été fermé. Et, dans sa dernière édition,
Le Canard enchaîné évoque l’hypothèse d’une fermeture
de la base militaire française de Djibouti.

A
l’origine de la crise, la mort du magistrat français Bernard Borrel, à
Djibouti, le 19 octobre 1995. Djibouti a classé l’affaire comme étant
un suicide. Mais la justice française privilégie la thèse
de l’assassinat. Après avoir rouvert le dossier, la chambre d’instruction
de la cour d’appel de Versailles a ordonné, le 10 janvier, l’audition du
chef des services secrets djiboutiens, Hassan Saïd, pour subornation de témoins.
L’enquête se rapproche aussi dangereusement de l’entourage du président
djiboutien, Ismaël Omar Guelleh.

La
volonté exprimée par la justice française d’entendre des
personnalités djiboutiennes a exaspéré le pouvoir, qui réplique
par des mesures de rétorsion contre Paris. Entre la nécessité
d’une enquête judiciaire indépendante et ses intérêts
stratégiques dans la région, la marge de manoeuvre de la France
est étroite. Le sujet est extrêmement sensible, puisqu’il touche
à la plus grande base militaire de la France en Afrique : 2 850 hommes,
un accès sur la mer Rouge et le golfe d’Aden.

A
Paris, on tente de minimiser la crise. «Il y a une forte crispation des
autorités djiboutiennes. Et ce d’autant plus qu’il y a une élection
présidentielle à Djibouti en avril prochain. Mais ce n’est pas la
première fois que cela arrive», explique une source au ministère
français de la Défense. La crispation djiboutienne pourrait-elle
aller jusqu’à la fermeture de la base française ? «La très
grande nervosité des autorités de Djibouti pourrait les pousser
à prendre des décisions désagréables, de nature à
porter atteinte à la coopération avec la France. Mais à quoi
cela servirait-il ?» poursuit cette source.

A
l’état-Major des armées, on ne peut se résoudre à
cette extrémité. «Il n’est pas question de fermer cette base
stratégique. Les relations entre la France et Djibouti ont toujours eu
des hauts et des bas. Actuellement, nous sommes plutôt sur un pic. Mais
en général ça finit toujours par retomber», explique
un officier.

Certains
s’inquiètent cependant de la nouvelle «concurrence» américaine
dans la région. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, les Etats-Unis
ont positionné 1 500 soldats à Djibouti dans le cadre de la lutte
antiterroriste. Désormais très en vogue, Djibouti a les moyens de
faire pression sur la France, qu’elle menace à mots couverts de changer
d’alliances si sa justice n’abandonne pas les poursuites.

Au
ministère de la Défense, on ne considère pourtant pas la
présence américaine à Djibouti comme un danger pour la France.
«La seule chose qui intéresse les Américains, c’est la lutte
antiterroriste. S’ils ont choisi Djibouti pour y installer leur base, c’est justement
parce que le pays a été stabilisé par la présence
française.»

Mais
«la nature a horreur du vide», souligne un officier français.
Il craint l’existence d’un lien de cause à effet entre l’attitude de Djibouti
«et les dollars versés par les Américains». Il rappelle
aussi que «le monde et l’Afrique ont changé et sont encore en train
de changer». «Notre base à Djibouti est indispensable sur le
plan stratégique. Si les Européens perdent ce point d’appui, l’Afrique
courra de gros risques. L’Europe doit se mobiliser pour l’empêcher.»

Car
à la faveur de la crise ivoirienne, la légitimité de la présence
française en Afrique a été remise en cause, par des journaux
africains mais aussi par des personnalités comme le président libyen,
Mouammar Kadhafi. Au ministère français de la Défense, on
refuse le parallèle. «Le cas ivoirien est un problème politique.
Le cas djiboutien est un problème de nature psychologique, lié à
l’affaire Borel.»

Pour
l’avocat de la veuve du juge Borrel, Olivier Morice, l’enjeu de «cette affaire
d’Etat» se résume à la question suivante : «La France
va-t-elle ou non lâcher le président djiboutien ?» L’avocat
dénonce les «pressions» et les «intrusions» du
pouvoir politique dans le pouvoir judiciaire.

La
dernière visite de la ministre française de la Défense à
Djibouti, en juillet 2004, n’augure pas vraiment une prise de distance vis-à-vis
du régime. Bien au contraire : Michèle Alliot-Marie y a annoncé
le doublement de la convention financière annuelle versée par Paris.
Il est vrai que depuis l’arrivée des Américains, les prix ont grimpé…

11/01/05 (B280) 3 – Les media français confirment l’information que nous avions publiée dès vendredi dernier. LE FIGARO : La cour d’appel de Versailles ordonne l’audition du chef des services secrets de ce pays

Mort
du juge Borrel : Djibouti mis en cause par la justice française

Angélique
Négroni
[11 janvier 2005]

L’étau se resserre
autour des autorités djiboutiennes dans l’affaire de l’assassinat présumé
du juge français Bernard Borrel en octobre 1995 à Djibouti.
Dans un arrêt du 7 janvier, la chambre d’instruction de la cour d’appel
de Versailles ordonne ainsi l’audition par la justice française de
Hassan Saïd, chef des services secrets de Djibouti.

Cette
personnalité proche du président djiboutien, Ismaël Omar
Guelleh, serait directement impliquée dans l’un des volets du dossier,
instruit à Versailles et qui porte sur d’éventuelles subornations
de témoins. Comme le rappellent les juges de la cour d’appel dans leur
arrêt, Hassan Saïd est accusé «de manière claire
et précise» d’avoir voulu discréditer le témoignage
clé de cette affaire. Il s’agit de celui de Mohammed Alhoumekani, membre
de la garde du président de la République. Celui-ci a déclaré
avoir entendu, dans le jardin présidentiel de Djibouti, une conversation
entre Ismaël Omar Guelleh, alors chef de cabinet du président,
et plusieurs hautes personnalités, dont Hassan Saïd, au cours
de laquelle il avait été dit que Bernard Borrel avait été
assassiné. Des propos entendus le 19 octobre 1995, le jour même
de la découverte du corps sans vie du magistrat français.

Dans ce dossier, où
la thèse du suicide avait longtemps prévalu, le témoignage
de M. Alhoumekani est capital. Il indique formellement que, dès le
début, on savait au plus haut niveau de l’État djiboutien que
Bernard Borrel avait été exécuté. Mais par qui
et pour le compte de qui ? Ces questions intéressent directement le
juge parisien Sophie Clément, chargé d’instruire le dossier
portant sur l’assassinat de son confrère.

De son côté,
la justice versaillaise attend de savoir pourquoi Hassan Saïd aurait
voulu faire pression sur un témoin clé et s’il s’agissait notamment
de protéger l’actuel président de la République. Divers
témoins affirment, en effet, que le mobile de l’assassinat pourrait
être la découverte par le magistrat français de l’implication
du chef d’État dans un trafic d’armes ou dans un attentat perpétré
en 1990 contre le Café de Paris à Djibouti. Dans son arrêt,
la cour d’appel n’exclut pas, d’ailleurs, l’audition d’Ismaël Omar Guelleh
comme témoin. Mais compte tenu de son statut de chef d’État,
il ne pourra être entendu que s’il se présente spontanément.

Pour Me Olivier Morice,
avocat de la veuve Borrel, cette décision marque «une avancée
considérable dans cette affaire». Conforme à ses attentes,
elle infirme l’ordonnance du juge versaillais Pascale Belin, qui avait refusé
d’entendre le chef des services secrets. Mais à l’instar du procureur
de la République de Djibouti, Djama Souleiman, soupçonné
lui aussi de pression sur Mohammed Alhoumekani et également convoqué
par la justice française, il pourrait ne pas se présenter. Dans
ce cas, un mandat d’arrêt international pourrait être lancé
contre eux.