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15/03/08 (B439) JDD : Borrel: Sursis requis contre deux Djiboutiens

Le procureur du tribunal de grande instance de Versailles a requis vendredi un an de prison avec sursis contre deux hauts dignitaires djiboutiens, accusés de « subornation de témoin » dans l’affaire Bernard Borrel, du nom de ce juge français retrouvé mort en 1995 à Djibouti.

Djama Souleiman, actuel procureur du petit Etat africain, et Hassa Saïd, chef des services secrets de Djibouti, sont accusés d’avoir voulu acheter Mohamed Saleh Alhoumekani, un ancien membre de la garde présidentielle, dont le témoignage capital met en cause jusqu’à l’actuel président djiboutien, Ismaël Omar Guelleh.

15/03/08 (B439) Le Monde :Affaire Borrel : premier jugement de deux Djiboutiens à Versailles (Info lectrice)

Elle s’y attendait, mais c’est forcément un peu déçue qu’Elisabeth Borrel est sortie, vendredi 14 mars, de la sixième chambre du tribunal correctionnel de Versailles (Yvelines). Depuis le début de l’enquête, il y a douze ans, sur la mort de son mari, le juge Bernard Borrel, à Djibouti, c’était la première fois qu’une audience abordait le fond du dossier en jugeant deux hauts responsables djiboutiens pour « subornation de témoin ». Mais l’audience a eu lieu sans les deux prévenus et sans les deux témoins clés de l’affaire.(*)

C’est leur avocat, Me Francis Szpiner, qui représentait les deux hauts dignitaires : Hassan Saïd, chef des services secrets djiboutiens et Djama Souleiman, actuel procureur général de la République de Djibouti. Tous les deux sont accusés d’avoir incité à se rétracter deux témoins djiboutiens, aujourd’hui exilés en Belgique.

Depuis 1999, ces derniers dénoncent comme potentiel commanditaire de l’assassinat du juge Borrel, dont le corps a été retrouvé à demi calciné, dans un ravin, à 80 km de la capitale, l’actuel président de Djibouti, Ismaël Omar Guelleh. Leur témoignage a fait basculer l’enquête de la thèse du suicide à celle de l’assassinat.

M. Souleiman est ainsi soupçonné d’avoir soudoyé, début 2002, un ancien membre de la garde présidentielle, Mohamed Saleh Alhoumekani. Il lui aurait proposé jusqu’à 3 millions d’euros et un poste diplomatique contre son silence.

En 1999, ce dernier avait affirmé, dans une vidéo tournée par un journaliste, avoir entendu, le jour de la mort du juge Borrel, cinq hommes rendre compte à Ismaël Omar Guelleh, alors directeur de cabinet du président de la république de Djibouti, de la mort du « juge fouineur ». Bernard Borrel était conseiller au ministère de la justice djiboutien, mais aidait ses collègues français dans leurs enquêtes. Il a travaillé avec le magistrat Roger Le Loire sur l’attentat du Café de Paris à Djibouti en 1990.

Le chef des services secrets est pour sa part accusé d’avoir fait pression sur Ali Iftin, ancien chef de la garde présidentielle, pour qu’il rédige un témoignage, confirmé devant notaire, mettant en cause les déclarations de M. Alhoumekani. Me Szpiner a justifié l’absence des deux hauts responsables par l’entraide judiciaire à « sens unique » qui existe, selon lui, entre la France et la République de Djibouti. La France n’a pas accédé à la demande des autorités djiboutiennes de leur fournir une copie du dossier d’instruction. Me Szpiner a aussi plaidé le manque de « fiabilité » des deux témoins. M. Iftin et M. Alhoumekani ont fait valoir leurs obligations professionnelles pour justifier leur absence.

NULLITÉS DE PROCÉDURE

Le procès, qui a commencé jeudi 13 mars après-midi, ne devait durer qu’une demi-journée. Mais à l’ouverture de l’audience, Me Szpiner a tenté de soulever des nullités de procédure. L’audience a donc dû être prolongée d’une journée et les deux témoins ont à nouveau dit ne pouvoir se libérer. Les avocats de la veuve Borrel ont insisté sur « le scandale d’Etat » que constitue, selon eux, l’affaire.

Cet épisode judiciaire a été à l’image de l’enquête principale sur la mort du juge Borrel : complexe, presque enlisé. Le procureur a requis un an de prison à l’encontre des deux Djiboutiens. Le jugement a été mis en délibéré au 27 mars.

Elise Vincent

(*) Note de l’ARDHD : les deux témoins étaient présents le premier jour, car l’audience était prévue pour une journée. Compte-tenu de leurs engagements, ils n’ont pas pu rester le deuxième jour (non prévu à l’origine), mais ils étaient représentés par leurs avocats belges et français.

15/03/08 (B439) Les troupes éthiopiennes se seraient ruées avec une violence inadmissible contre des villages habités par des Issas autour de la voie Djibouti / Addis Abeba, détruisant tout sur leur passage (Info lecteur)

Sous prétexte de punir les Issas qu’elles soupçonnent de trafic d’armes (ce qui n’est pas nouveau dans la région) et de soutenir à la fois les mouvements islamistes somaliens et l’Erythrée, les forces éthiopiennes seraient parties à l’assaut des villages situés autour de la route Djibouti – Addis Abeba.

On cite des centaines de maison incendiées et des interventions d’une rare brutalité. Les informations que nous avons reçues ne précisent pas s’il y a eu des morts et des blessés.

Mais vraiment l’Ethiopie continue à se conduire de façon regrettable dans tous les domaines des Droits de l’Homme. Pas un jour sans qu’une information sur des violations de ce type ne nous parvienne.

15/03/08 (B439) Panique djiboutienne à Genève à l’occasion de la 7ème session du Conseil des droits de l’homme extraordinaire !!! (Source UDT)

Selon notre correspondant, la délégation djiboutienne envoyée pour participer à ce Conseil aurait été prise de panique en découvrant la présence du secrétaire aux relations extérieures de l’UDT … Ils ne s’étaient pas préparés ….

Que font les obligés de Guelleh, lorsque la situation est différente de celle qu’ils imaginaient ??? A votre avis ?

Option 1 : réagir avec calme et professionnalisme. Prendre la mesure du nouveau contexte ….

Option 2 : hurler au scandale, faire du bruit, se montrer désagréable et mal élevé !

Vous avez choisi l’option 2 ? Vous avez gagné !!

Pris de panique, la délégation djiboutienne a perdu son contrôle … constatant qu’en dépit de ses contestations bruyantes, elles n’obtenait pas que l’intrus (à leurs yeux seulement) soit explusé, ils ont donné la pire image possible du régime djiboutien, accréditant tout ce qui est écrit depuis longtemps au sujet des pratiques et attitudes scandaleuses à Djibouti.

Ils ont ainsi confirmé eux-même toutes les critiques. Bravo et un grand merci car le secrétaire de l’UDT n’aurait pas pu souhaiter mieux !

14/03/08 (B439) 20 minutes.fr / Pour tout comprendre sur l’affaire Borrel

D’une enquête sur la mort d’un homme, l’affaire Borrel s’est transformée en un scandale public. Notre questions-réponses pour comprendre enfin une affaire qui pourrait être le procès de la raison d’Etat.

Qui est le juge Borrel?

Bernard Borrel est un magistrat français qui travaillait auprès du ministre de la justice de Djibouti dans les années 1990. Au titre de la coopération, il aidait à la réforme du code pénal de ce petit Etat de la corne africaine. Le 19 octobre 1995, son corps est découvert en partie carbonisé. L’ambassade de France diffuse immédiatement une information selon laquelle le juge s’est immolé. Une version qui restera longtemps la thèse officielle.

Comment la justice est-elle passée de la thèse du suicide à celle de l’assassinat?

Les deux premiers juges chargés de la plainte pour assassinat déposée en mars 1997 par Elisabeth Borrel, la veuve du juge, défendaient la thèse du suicide. Ils s’apprêtaient à clore leur instruction par un non-lieu lorsqu’ils ont été dessaisis par la cour d’appel de Paris pour des dysfonctionnements en juin 2000. Le juge Jean-Baptiste Parlos, qui les remplace, réalise la première autopsie du corps après exhumation. Une reconstitution sur place et des expertises valident la piste criminelle.

Pourquoi a-t-on tué le juge Bernard Borrel?

Elisabeth Borrel estime que son mari a été éliminé pour avoir eu accès à des informations compromettantes pour Djibouti. Parmi les pistes évoquées, mais non-prouvées, figurent l’implication présumée du président djiboutien Ismaël Omar Guelleh dans des trafics d’armes ou dans l’attentat du café de Paris à Djibouti, qui avait tué un Français et fait 11 blessés en 1990, ou encore un trafic de matières nucléaires transitant par Djibouti.

Un témoin clef du dossier, Mohammed Saleh Aloumekani, ex-officier de la garde présidentielle de Djibouti, a mis directement en cause le président. Il dit avoir vu cinq hommes venir lui rendre compte de l’élimination «du juge fouineur». Le 5 mai 2003, une information judiciaire est lancée en France contre le procureur et le chef des services secrets de Djibouti pour «subordination de témoins».

Quel rôle a joué la France?

Les autorités françaises ont répondu favorablement aux demandes djiboutiennes de transmission du dossier d’instruction sur la mort du juge. Sophie Clément, qui a succédé au juge Parlos, s’y oppose. Selon les avocats de la femme du juge Borrel, la transmission du dossier à Djibouti aurait permis d’enterrer l’affaire et de «faire condamner des potiches et éviter aux véritables commanditaires d’être mis en cause».

Pourquoi la France souhaiterait-elle aider Djibouti quitte à ne pas faire triompher la vérité?

Partenaire économique de Djibouti, la France dispose dans son ancienne colonie de sa première base militaire en Afrique avec 2.700 hommes. Elle est en concurrence avec celle de Washington (1.500 soldats) qui souhaite développer sa présence dans cette place stratégique de la corne de l’Afrique. «Nous sommes votre premier partenaire au développement, votre premier partenaire commercial. Il n’existe qu’une seule ombre au tableau: l’affaire Borrel», écrivaient en mai 2005 des conseillers de Jacques Chirac dans des notes que l’AFP a consultées. Bref, la raison d’Etat est au cœur de l’affaire.

Alexandre Sulzer

14/03/08 (B439) En ne requérant que de la prison avec sursis, le Procureur de Versailles a-t-il voulu protéger les relations diplomatiques franco-djiboutiennes. En tout cas, ce doit être plutôt euphorique à Haramous, ce soir. Mais attention, le Tribunal n’est pas contraint de suivre les réquisitions du Procureur. Le verdict peut être différent … (ARDHD)

En ne requérant que de la prison avec sursis, le Procureur de la République de Versailles a-t-il pensé aux relations diplomatiques franco-djiboutiennes ?

Certes il a pris acte des faits de subornation de témoins, ce qui est un point essentiel pour l’instruction de l’assassinat du Juge Borrel.

Mais en même temps, si le tribunal suit les réquisitions de l’avocat général, les deux témoins recouvriront leur liberté de déplacement, y compris en Europe.

C’est un peu gros !

C’est en quelque sorte, la prime au boycott de la Justice. En principe les tribunaux se montrent plus sévères envers ceux qui ont refusé de collaborer et qui ne se présentent pas au procès. Le Procureur semble avoir une vision diamétralement opposée.

Ou bien il a estimé qu’il y avait eu subornation de témoins pour tenter de modifier le cours d’une instruction pour l’assassinat d’un magistrat français en exercice. C’est extrêmement grave à deux niveaux : d’abord sur le plan humain pour son épouse et pour ses enfants, mais aussi pour le symbole et l’autorité de notre pays.

Ou bien il a estimé que les preuves n’étaient pas suffisantes et il aurait du demander la relax.

Cette mesure tiède semblerait avoir été dictée par ceux qui souhaitent que la vérité ne soit jamais établie sur le plan des responsabilités et des culpabilités, mais rien ne permet de l’affirmer.

Champagne à Haramous ?

En tout cas les réquisitions du Procureur ne devraient pas satisfaire les parties civiles, mais réjouir (et même faire rire ?) les prévenus, qui retrouveront leur liberté d’aller et venir en Europe et dans le monde, dans la mesure où le Tribunal s’alignerait sur elles, ce qu’il n’a nul obligation de faire, rappelons-le.

Les réquisitions du Procureur ne sont pas le verdict … même si elles donnent souvent la tonalité.

Allez pas d’inquiétude, les relations franco-djiboutiennes ne devraient pas être empoisonnées par cette affaire … la françafrique continue ! Youpeee !

Mais promis, juré, demain on changera de cap à 180°. La politique africaine de la France sera complètement modifiée, mais seulement à partir … de demain !!!

Demain, c’est dans combien de temps ?