11/02/05 (B284) SURVIE / TOGO / Communiqué du 7 février 2005 : Dictature héréditaire au Togo / un coup d’État françafricain

42 ans après avoir
assassiné Sylvanus Olympio, père de l’indépendance togolaise,
le dictateur togolais a cédé involontairement un siège
de tyran qu’il avait promis de céder de son plein gré en 2003.
Durant 4 ans de règne officieux puis 38 ans de règne officiel,
l’ancien sergent-chef Gnassingbé Eyadéma, caricature de garde-chiourme
néocolonial, a martyrisé et ruiné le Togo. Sa mort de
maladie aurait pu laisser place à une élection démocratique.
La France semble abonder en ce sens, puisqu’elle a appelé au ”
respect de la Constitution togolaise “…

Les apparences sont trompeuses.
La France tente seulement de faire oublier qu’elle a largement contribué
à tout fausser dans le processus constitutionnel, escroqué,
et dans un processus démocratique sans cesse bafoué. La seule
élection présidentielle à peu près convenable,
en 1998, a été largement remportée par Gilchrist Olympio,
le fils de Sylvanus… avant que le décompte des voix ne soit repris
en main par l’armée – ou plutôt la milice clanique du régime
(les rares militaires opposants ont été massacrés dans
la foulée du scrutin de 1998).

Depuis lors, Paris n’a
cessé d’organiser de pseudo-médiations qui ont chaque fois découragé
les opposants authentiques, aboutissant au boycott du scrutin législatif
de 2002 et à l’élection d’une Assemblée quasi-totalement
eyadémiste. Laquelle a voté une révision de la Constitution
qui ouvre la voie à l’infinie prolongation de la dictature, en écartant
notamment la candidature de l’opposant le plus connu, Gilchrist Olympio, et
en laissant le contrôle des opérations électorales entre
les mains du régime.

Cela ne devait pas encore
être suffisant puisqu’il a fallu une ultime mascarade constitutionnelle
pour afficher la continuité monarchique : empêcher le retour
au Togo du président de l’Assemblée, constitutionnellement chargé
de l’intérim du Président de la République défunt
; faire voter par l’Assemblée la destitution de cet intérimaire
; élire à sa place Faure Eyadéma, le fils du dictateur
; voter en toute hâte une nouvelle révision constitutionnelle
qui transforme l’intérim du président de l’Assemblée
en un remplacement jusqu’à la fin du mandat du chef de l’État
décédé, soit jusqu’en 2008.

Entre-temps, le clan Eyadéma
aura suffisamment verrouillé la succession pour ne laisser aucune surprise.
Faure Eyadéma est âgé de 39 ans. S’il vit autant que son
père, les Togolais en ont jusqu’en 2035…

De cela, la France et
Jacques Chirac ne sont aucunement innocents. De Gnassingbé Eyadéma,
tyran mafieux aux nombreux crimes économiques et politiques, Jacques
Chirac a déclaré samedi qu’il était ” un ami personnel
“. Et ” un ami de la France “. La France chiraquienne bénissait
en effet la dictature eyadémesque. L’armée milicienne togolaise
n’a cessé d’être encadrée par des officiers et instructeurs
français.

L’évolution de
la Constitution togolaise n’a cessé d’être veillée par
des juristes françafricains, comme Charles Debbasch ou Pierre Mazeaud.
L’argent des phosphates togolais n’a cessé d’alimenter les caisses
noires de la Françafrique. Les trafics d’armes du régime Eyadéma,
dénoncés par l’ONU, n’ont cessé d’aider les alliés
inavouables de la Françafrique, comme Jonas Savimbi ou Charles Taylor.

Alors, il faut le dire
haut et fort : rien de ce qui se passe ses jours-ci à Lomé pour
maintenir une dictature ubuesque n’est étranger à l’Élysée,
qui en est comptable devant l’histoire des peuples congolais et français.
Le peuple français, en particulier, se sent insulté quand Jacques
Chirac qualifie Gnassingbé Eyadéma d'” ami de la France
“. Il ne l’est pas plus que les potentats africains qui livraient leurs
frères en esclavage aux riches armateurs de Louis XIV.