15/09/2011 (B621) Un lecteur nous adresse une contribution sous le titre “cri du coeur” à propos de la mutation (sanction ?) du Dr Abdourahman Barkhad God du CERD vers le ministère des affaires musulmanes. Ne disposant d’aucun moyen d’investigation pour nous forger un avis sur ce dossier, nous le publions à la demande de son auteur, sans commentaire.

Pourquoi ?


“Le monde ne sera sauvé, s’il peut l’être, que par des “insoumis”. Sans eux, c’en est fait de notre
civilisation, de notre culture, de ce que nous aimions et qui donnait à notre présence sur terre
une justification secrète.” André Gide

Nous sommes dans la consternation suite à la nouvelle que nous venons d’apprendre.

Le Dr
Abdourahman Barkad God vient d’être muté au ministère des Affaires Musulmanes et des Biens
Waqfs, perdant ainsi son poste de chercheur au CERD.

Face à cela nous sommes éberlués et
indignés !!!

Pourquoi cette soudaine mutation ? Est-ce une mutation qui s’apparente à une sanction ?
Et d’ailleurs en quoi peut-il être sanctionné ?

Membre très actif de la communauté scientifique du CERD, engagé dans de nombreuses activités
de recherches et de publications (encyclopédie scientifique, dictionnaire en langue somalie et
afar,…), Dr Abdourahman Barkad est très apprécié par ses collègues autant pour ses qualités
professionnelles que pour sa profonde humanité.

La plupart des chercheurs du CERD ont
découvert en lui un scientifique de renom mais aussi et surtout un homme de coeur et d’une
extrême gentillesse.

Pour preuve, il suffit de faire un petit tour à l’institut des langues et
interroger ses collègues. Rigueur, disponibilité et efficacité sont les mots qui le guident.
Alors pourquoi cette mutation ?
Lui, le diplômé d’un doctorat en Lettres modernes, pourquoi le muter dans un ministère qui n’est
ni dans ses compétences professionnelles ni dans ses aspirations ? Ne serait-il pas plus utile de le
garder le plus longtemps possible et de le conforter dans ses activités ?

Et bien non, en guise de
récompense, le voilà muté.

Qu’a-t-il fait de mal ?
Il a certes souvent commenté dans ses prêches les différents maux de notre société et bien qu’il
ait vilipendé nos « élites bien pensantes », ses propos sont toujours véridiques, collants à la réalité
de notre pays mais aussi éclairants et nous permettent ainsi de prendre conscience des enjeux et
défis qui attendent le pays aujourd’hui.
Pourquoi un tel acharnement ?

Ne fallait-il pas sanctionner les vassaux, pilleurs, impudents, et autres bouffons du régime qui ont
ruinés le pays ? En guise de récompense ces « sangsues » qui ont avilis les institutions et le
patrimoine de notre pays ont obtenu des postes d’ambassadeurs, de conseillers, de DG et de SG.

Cette mutation et sanction arbitraire comme tant d’autres témoignent de l’ampleur du plan
machiavélique mis en place par la troïka du régime et confirment l’étendue du désastre qui se
profile à l’horizon.

Ces décisions hâtives et sans concertation avec les principaux intéressés sont
comparables aux premiers spasmes d’un agonisant.
Nous suivons, nous en avons bien peur, petit à petit, le chemin pris par le régime sanguinaire de
Syad Barré, où les emprisonnements arbitraires et les exécutions des intellectuels et oulémas
insoumis étaient monnaie courante, n’est-ce pas Hadraawi ?

Le fusil et le poteau d’exécution si cher, hier, au régime de Syad Barré sont remplacés ici par une
note de service tout aussi assassine.
Pourquoi dérange t-il ?

L’histoire de l’Humanité est jalonnée de héros (Mandela, Gandhi…) et de martyrs (Sankara,
Lumbumba, Cheick Ahmed Yacine…) dont les idées et les actions sont restées intemporelles et
inspirent jusqu’à nos jours les nouvelles générations.
Grand de par ses idées, son courage, sa générosité, grand de par son sacrifice au service d’un
idéal immortel : la liberté, la dignité de son peuple, la justice, l’équité…, Dr Abdourahman
Falfalos s’inscrit dans la lignée de ces valeureux hommes qui ont marqué leur époque chacun à sa
façon.

S’il dérange la classe politique et suscite tant de ferveur au sein de la classe populaire, c’est parce
qu’il dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas en toute simplicité, sans débordement
inutile, et son discours si simple fait doucement réveiller son entourage et permet ainsi d’effriter
sans relâche les propos complaisants des sbires de la cour royale.

Mais ce qui fait peur à cette élite si imbue d’elle-même et ne voyant pas plus loin que leur
nombril est que le jeune Dr Abdourahman Falfalos est admiré et entouré non seulement par une
jeunesse lettrée, éduquée, formée, actrice, volontariste, engagée dans leur destin politique, social
et religieux et ne pouvant plus acceptée la mainmise du pays par une clique avide, jamais
rassasiée, sans foi et ni loi.

Mais aussi par des hommes et femmes de tout âge et de toutes
catégories socioprofessionnelles convaincus que le développement de leur quartier est
inéluctablement couplé avec une volonté de survie et d’espérance dans un avenir qu’eux seuls
peuvent se forger.

Son charisme, son honnêteté, sa probité et son intégrité ont fait de lui un être exemplaire auquel
s’identifie une jeunesse en manque de repères et d’identités.

Ce qui fait, malheureusement,
cruellement défaut aux apparatchiks du régime aux vies confortables, qui eux, se vautrent dans la
corruption, se moquant royalement de la misère galopante dans laquelle la majorité de leurs
concitoyens baignent inlassablement.
Que faire ?
Si on avait autre chose à la tête du pays qu’un ramassis de politicards incompétents dont le seul
objectif est de rester bien vissés à leur poste, des hommes intègres comme le Dr Abdourahman
Barkat God ne serait pas mis au placard bien au contraire.

Nous ne pensons pas que « la crème politique » djiboutienne, obnubilée par l’enrichissement et la
course à la construction de villas, les unes plus belles que les autres (il n’y qu’à voir les villas qui
poussent comme des champignons à Haramous) soit capable d’être à l’écoute des aspirations du
peuple et de respecter ses érudits et c’est pourquoi nous appelons nos politiciens à de la retenue,
de la maturité et de la responsabilité.

Nous vous demandons d’arrêter de chercher des poux et de
museler tous ceux qui ont un point de vue différent dans ce climat généralisé où la dictature de la
pensée unique a été instauré en lieu et place de la discussion libre et acceptons nous dans nos
différences pour construire un avenir meilleur tant pour le pays que pour les générations futures.

Aux intellectuels frileux et opportunistes se servant de leurs connaissances livresques pour
brosser dans le sens du poil nos « responsables », nous leurs demandons de prendre acte de cette
note de service abjecte et de se positionner publiquement sinon vous payerez très cher, un jour,
votre compromission.