13/04/2016 (Brève 763) Selon nos correspondants, la situation des femmes victimes de viols et leurs demandes légitimes ont été évoquées au Vatican … (Info correspondant)

La solidarité avec les femmes Djiboutiennes dépasse les frontières nationales françaises (#Stop Viols Djibouti).

Au Vatican,
Mariam Escaisch, qui était l’une des responsables de Femmes Solidaires en 1999, lors de la 1ère grève de faim des djiboutiens/nes pour dénoncer les conditions des prisonniers politiques à la prison de Gabode à Djibouti, au cours d’une visite à Rome, a pu faire passer un message le 12 avril au pape par l’intermédiaire de la Garde Suisse.

L’objet de ce message était d’informer le Souverain Pontife
des viols commis sur des Femmes Afar par l’armée de Djibouti.

Elle attend actuellement la réponse du pape ou de son secrétariat.

Mariam Escaisch s’était illustrée en 1999 en occupant l’ambassade de Djibouti avec d’autres démocrates, pour dénoncer les violations des droits humains et les viols des femmes à Djibouti
.

10/04/2016 (Brève 759) Femmes Solidaires et le CODEVI / Communiqué au 18ème jour “LA FRANCE EST NOTRE SEUL ESPOIR”

Femmes solidaireset Comité des Femmes Djiboutiennes contre les Viols et l’Impunité (COFEDVI).

femmes.solidaires@wanadoo.fr
djiboutiennes-contrelimpunite@hotmail.fr

COMMUNIQUE
18e jour
« La France est notre dernier espoir »

En ce 18e jour, les femmes djiboutiennes ayant entamé une grève de la faim le 25 mars dernier continuent de dénoncer les viols dont sont victimes des centaines de femmes afars par l’armée gouvernementale en toute impunité.

Elles adressent quelques mots au gouvernement français et attendent un signe fort, un geste de la France pour les accompagner. Sans proposition d’aide de notre gouvernement, elles ne cesseront pas leur action.

Même si l’élection présidentielle est terminée à Djibouti, même si son résultat n’est pas démocratique, leur bataille dépasse clairement cette échéance. Leur cri est un cri d’alerte, un appel au secours pour rompre le silence et pour que cesse l’impunité des soldats violeurs.

« Après ce que j’ai subi, le déni de ce crime est particulièrement insupportable »
Fatouma Abdallah Ali,
violée par la Garde présidentielle en février 2007

« La seule chose qui peut me rendre un peu de dignité, c’est le jugement et la condamnation des soldats qui m’ont violée. »
Fatouma Ali Abakari,
violée en 1993 par la FAR (Force d’Action Rapide)

« La pire forme d’humiliation pour les femmes violées c’est de côtoyer chaque jour leurs bourreaux. »
Fafi Mohamed
« La France est notre seul espoir. »

Aïcha Dabalé
« Au secours la France, que répondez-vous quant à votre silence complice. »

Fatouma Ambassa
« Amitié avec la France mais pas au détriment des droits humains. »

Ouma Kamil
« Quand il s’agit de Djibouti les viols ne comptent-ils pour rien ? »

Hasna Mohamed
« Le silence de la communauté internationale équivaut à une lettre morte. »
Fatouma Abdallah Mohamed

Les femmes djiboutiennes ont encore besoin de nous. Relayez la campagne sur les réseaux sociaux par twitter en vous prenant en photo avec l’affiche #stopvioldjibouti

Paris, lundi 11 avril 2016

Contact presse France : 01 40 01 90 90 / 06 78 06 62 68
Contact presse Belgique : 07 53 62 62 99

10/04/2016 (Brève 753) Amicale panafricaine / Communiqué de soutien aux grèvistes de la faim

Amicale panafricaine

Paris, le 10 avril 2016

Message de soutien au Comité des Femmes Djiboutiennes contre les Viols et l’Impunité (COFEDVI)

Cela fait plus de 2 semaines que des femmes djiboutiennes, habitant en France et en Belgique, sont en grève de la faim à Arcueil, pour dénoncer l’impunité face aux viols perpétrés par l’armée djiboutienne.

Ces actes ayant lieu dans d’autres pays du continent africain et du monde, l’importance du combat mené par ces femmes djiboutiennes dépasse les frontières de Djibouti. Ce combat doit être reconnu à sa juste valeur et soutenu.

C’est pourquoi, en tant qu’association militant, notamment, pour les libertés et la dignité humaine, l’Amicale Panafricaine (AP) fait sien ce combat et apporte son soutien indéfectible au COFEDVI. Elle appelle à la mobilisation de tous les hommes et toutes femmes épris de liberté et de justice, pour exiger :

la reconnaissance de ces viols comme crimes de guerre,

l’ouverture d’une enquête internationale sur toutes les exactions commises à l’encontre des femmes en République de Djibouti et ailleurs,

le jugement des soldats coupables de viols, etc. L’AP remercie l’association Femmes solidaires, pour son engagement exemplaire aux côtés du COFEDVI.

Pour l’AP
Zang-Nézouné Mahamat,
président

08/04/2016 (Brève 744) Femmes solidaires / Communiqué. Les autorités françaises vont-elles continuer à faire la sourde oreille, alors que la santé de plusieurs femmes en grève de la faim est en réel danger. Il est temps que l’administration française prenne en compte leurs demandes et fasse le nécessaire

femmes solidaire

et Comité des Femmes Djiboutiennes
contre les Viols et l’Impunité (COFEDVI).
femmes.solidaires@wanadoo.fr djiboutiennes-contrelimpunite@hotmail.fr

COMMUNIQUE
15e jour
Evacuation d’une gréviste de la faim
mais l’action se poursuit

Contrairement à quelques rumeurs circulant notamment en ligne, les femmes
djiboutiennes engagées dans une grève de la faim continuent leur action en ce 15e
jour. Leur lutte a pour but de dénoncer l’impunité face aux viols perpétrés par l’armée djiboutienne. Ainsi, la tenue des élections présidentielles à Djibouti ne constitue pas en
soi un motif d’arrêt de leur jeûne.

Leur combat contre l’impunité des soldats violeurs dépasse largement ce contexte électoral dont les résultats sont connus d’avance.

Nous sommes toutefois au regret de vous annoncer que pour des raisons médicales, Fafi doit être évacuée. Elle ne renonce pas pour autant, mais sa prise en charge médicale nécessite une hospitalisation. Ouma, évacuée le 8e jour, est toujours hospitalisée.

Les 8 grévistes encore sur place sont déterminées à poursuivre leur combat tant qu’elles n’auront pas obtenu ce qu’elles ont inlassablement – et au péril de leur vie – demandé depuis le début de l’action. Que faut-il attendre pour qu’un membre du gouvernement se manifeste ?

Elles exigent que la France s’engage clairement à leurs côtés pour obtenir :
 L’enregistrement de leurs plaintes par l’Etat djiboutien
 La reconnaissance de ces viols comme crimes de guerre
 L’ouverture d’une enquête internationale sur toutes les exactions commises
à l’encontre des femmes en République de Djibouti
 Le jugement des soldats coupables des viols
 Le respect des conventions régionales et internationales ratifiées par
Djibouti dont la CEDAW

Les femmes djiboutiennes ont encore besoin de nous. Relayez la campagne sur les réseaux sociaux par twitter en vous prenant en photo avec l’affiche #stopvioldjibouti

Paris, vendredi 8 avril 2016
Contact presse France : 01 40 01 90 90 / 06 78 06 62 68
Contact presse Belgique : 07 53 62 62 99

08/04/2016 (Brève 734) France 24 / En France, des Djiboutiennes en grève de la faim “contre le viol et l’impunité”. (Texte par Charlotte OBERTI)

Lien avec l’article original : http://www.france24.com/fr/20160407-france-djibouti-greve-faim-soldats-viol-impunite-election-presidentielle-arcueil

Neuf Djiboutiennes veulent profiter de la présidentielle, qui se tient le 8 mars dans leur pays, pour se faire entendre. Elles mènent une grève de la faim en région parisienne pour dénoncer les viols perpétrés par des militaires à Djibouti.

“Je pensais que j’allais plutôt bien résister à cette grève de la faim parce que j’ai des réserves mais en fait, les réserves, ça ne sert à rien”, lance Aïcha Dabalé en plaisantant sur son embonpoint, jeudi 7 avril. Cette Djiboutienne de 58 ans, enroulée dans une couverture, parle avec énergie de son combat malgré les 13 jours de diète qui pèsent sur sa santé. Aux côtés de huit autres femmes djiboutiennes, Aïcha a entamé, le 25 mars à Arcueil, en région parisienne, cette “action ultime” pour dénoncer les exactions commises “en toute impunité” à Djibouti, ce petit pays d’Afrique dont “on parle très peu”.

En tant que doyenne de ce groupe de militantes chevronnées, réfugiées politiques en France et en Belgique, Aïcha veille sur ses compagnes. “On se faisait du souci pour elle au début”, explique-t-elle en caressant tendrement la tête de Fatou Abdallah, 31 ans, “mais au final elle tient mieux le coup que moi”.

Comme toutes les grévistes, Fatou Abdallah, frêle jeune femme ne parlant pas français et souffrant d’un handicap, a fui Djibouti. À 17 ans, elle a été violée par un membre de la garde présidentielle, explique Aïcha. Son père, qui a déposé plainte, a très vite subi des pressions.

Cette situation est le cas de figure typique que dénoncent ces femmes, rassemblées dans le Comité des femmes djiboutiennes contre le viol et l’impunité. “Dans le nord de Djibouti, en milieu rural, des militaires violent les femmes sans être inquiétés”, affirme Aïcha, qui précise que les soldats sont envoyés dans ces régions pour mater la rébellion contre le pouvoir. “Mais ce sont les femmes et les villageois qui trinquent.”

Des viols ignorés, tout comme les plaintes
Aïcha, elle, n’a pas subi de viol. À ses côtés, Fatou Ambassa, 29 ans, non plus, mais sa cousine de 16 ans, oui. “La famille de Fatou a été très marquée par ce viol, sa cousine s’est laissée mourir. Fatou est ensuite devenue la cible des policiers et a dû quitter le pays avec son mari”, traduit Aïcha.

Depuis 1993, ce comité de femmes djiboutiennes a recensé 246 cas de viols par des militaires. Ces données ont pu être recueillies grâce au travail clandestin réalisé par des membres de l’organisation restées à Djibouti. “Ces femmes vont de village en village pour rencontrer les victimes. Certaines se sont fait emprisonner. D’autres ont dû cesser leurs activités en raison de pressions exercées sur leur famille”, raconte Aïcha, qui a elle-même connu les geôles de Djibouti en 1997, pour avoir tenté de dénoncer ces viols.

En dehors des données recueillies clandestinement, il est difficile d’obtenir des informations sur les viols commis par l’armée djiboutienne dans ce petit pays de la corne de l’Afrique, les plaintes déposées n’étant pas traitées, poursuit-elle. “Certaines victimes ont vu leur plainte être déchirée sous leurs yeux par les gendarmes”, assure Sabine Salmon, la présidente de l’association Femmes solidaires, qui accueille les Djiboutiennes dans ses locaux d’Arcueil.

La pression est telle que médecins et avocats refuseraient de traiter ce genre de dossier.

“Profiter des élections”
Le silence qui entoure ces exactions a ainsi poussé Aïcha et ses comparses à frapper fort, en plein contexte électoral. “D’habitude, on est inaudibles”, explique-t-elle, “alors, on a voulu profiter des élections car c’est une période pendant laquelle les personnes regardent un peu plus Djibouti”. Le président djiboutien Ismaïl Omar Guelleh, au pouvoir depuis 1999, est le grand favori de la présidentielle du vendredi 8 avril, boycottée par une partie de l’opposition.

L’objectif de ces femmes est que les viols soient reconnus comme des crimes de guerre et qu’une enquête internationale soit lancée. Leur action s’adresse également à la France, comme l’explique Aïcha : “Paris entretient de bonnes relations avec Djibouti (ce pays abrite le plus gros contingent de militaires français prépositionné sur le continent africain, NDLR), [la France] devrait faire pression sur le gouvernement. Pourquoi fermer les yeux sur ces femmes qu’on assassine, qu’on brise ?”

Cette grève n’a pas manqué de faire réagir le gouvernement djiboutien, à des milliers de kilomètres. “On se demande après vingt ans ce qui amène maintenant ces dames-là à faire la grève de la faim pendant la période électorale”, s’est interrogé le porte-parole Mahamoud Ali Youssouf. “Et on a reconnu aussi quelques personnes qui sont réputées être de farouches opposantes au régime depuis une trentaine d’années.”

Pour Aïcha, l’’argument n’est pas valable. “Même si ça fait 20 ans, pourquoi ne pas juger ces crimes ? Et par ailleurs, de nouveaux cas de viol nous sont parvenus depuis le début de notre grève.” Sabine Salmon, de son côté, fait état de menaces. “Le gouvernement de Djibouti a accusé l’association Femmes solidaires de diffuser de fausses informations. Ils peuvent porter plainte contre nous si ils veulent, c’est absolument absurde”, assure-t-elle.

“On se nourrit de thé sucré, d’eau et de soutien”
Si la voix des grévistes commence à faiblir par manque d’énergie, le message qu’elles portent, lui, se fait entendre. “Il y aura un avant et un après cette mobilisation”, estime Sabine Salmon. “Les Djiboutiennes ont réussi à faire connaître le problème, notamment grâce aux réseaux sociaux. Elles reçoivent des soutiens d’Afrique du Sud, du Canada…”

À Arcueil, certains jeunes curieux passent parfois une tête pour voir comment se portent ces femmes, qui passent la plupart de leur temps allongées pour économiser leurs forces. “C’est où Djibouti ?”, demande l’un d’eux. Les commerçants et les habitants fournissent du gel douche, de la crème. Les douches se prennent chez des amis de l’association Femmes solidaires, de l’autre côté de la place, les locaux qui les accueillent ne disposant que de toilettes et d’une petite cuisine “pour faire le thé”. “On se nourrit de thé sucré, d’eau et de soutien”, sourit Aïcha.

Chaque coin de l’espace est optimisé pour accueillir couchettes et matelas. Dans ces locaux paisibles, on chuchote, bercés par les ronflements doux de celles qui se cachent sous les couettes. À l’étage inférieur se trouvent les militantes dont l’état de santé est le plus délicat. Depuis peu, l’une d’elles vomit dès qu’elle boit de l’eau. “Les médecins qui nous auscultent quotidiennement pensent à l’évacuer”, dit Aïcha. Vendredi dernier, une première manifestante a déjà été hospitalisée avant d’être rapatriée en Belgique, où elle vit.

Malgré tout, Aïcha garde espoir. Il y a 20 ans, celle qui habitait déjà en France s’était privée de nourriture pendant 35 jours pour protester contre le manque de soins des prisonniers politiques à Djibouti, dont faisait partie son mari. Elle avait fini par obtenir gain de cause.

08/04/2016 (Brève 739) Le Monde / En France, les femmes de Djibouti ont faim de justice (par Johana Bukasa-Mfuni)

Lien avec l’aticle original : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/04/08/en-france-les-femmes-de-djibouti-ont-faim-de-justice_4898665_3212.html

Allongées, serrées sur des lits d’appoint dans le local étroit de l’association Femmes solidaires à Arcueil (Val-de-Marne), elles n’ont pas mangé depuis quatorze jours.

Deux longues semaines à s’affamer pour dénoncer les viols commis dans leur pays par l’armée. Avant de fuir en France et en Belgique, où elles ont obtenu le statut de réfugiées politiques, ces neuf femmes vivaient dans les régions du nord et du sud-ouest de Djibouti.

Une centaine de rebelles armés du Front pour la restauration de l’unité et la démocratie (FRUD), un mouvement issu de l’ethnie Afar, y lutte depuis vingt-cinq ans contre le gouvernement.

Alors que leurs compatriotes se rendent aux urnes, ce vendredi 8 avril, pour une élection jouée d’avance – le président sortant Ismaël Omar Guelleh, au pouvoir depuis 1999, est presque certain d’être réélu – les neuf militantes réclament une enquête internationale sur plus de 200 cas d’agressions sexuelles qui visent les femmes afar. Leur peuple, présent dans toute la corne de l’Afrique (Somalie, Djibouti, Ethiopie et Erythrée), paie cher les tensions entre le régime et les combattants du FRUD.

246 cas de viols recensés
« Après ce que j’ai subi, ma place est parmi les grévistes de la faim », témoigne Fatou Bakari, une bergère d’une quarantaine d’années couverte d’un voile traditionnel. « J’ai été violé par trois soldats devant mon père, mon oncle paternel, ma mère et une de mes cousines. 

Mon père a fait un arrêt cardiaque quelque temps après. » Malentendante, sa voisine de lit Fatouma Abdallah croise les poignets : elle exige l’arrestation de ses bourreaux. Son père s’est battu pour obtenir justice. Mais sans succès.

Si Djibouti a signé la Déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes, adoptée en 1993 par l’Assemblée générale des Nations unies, il est rare en effet que les autorités donnent suite aux plaintes des victimes d’abus sexuels.

Le Comité des femmes djiboutiennes, créé la même année, a recensé en tout 246 cas de viols par des militaires pour seulement une vingtaine de plaintes enregistrées par l’Etat djiboutien. Et il a fallu opérer dans la clandestinité pour recueillir ces données.

« Aujourd’hui, le combat que l’on mène, c’est de montrer que le pays ne respecte pas les conventions internationales qu’il a conclues », observe Sabine Salmon, présidente de l’association Femmes solidaires, mouvement pour la défense et le développement des droits des femmes et pour la parité et la solidarité internationale. « Les femmes djiboutiennes se battent sur le terrain pour la reconnaissance de ces viols comme crimes de guerre », ajoute-t-elle.

Djibouti, allié stratégique de la France

Le moment est bien choisi. Le 21 mars, la Cour pénale internationale (CPI) a condamné le chef de guerre congolais, Jean-Pierre Bemba pour « crimes de guerre » en raison des violences sexuelles commises par ses hommes en Centrafrique. « En 1995, les Etats membres (dont Djibouti) se sont accordés sur la nécessité d’améliorer la condition des femmes »,avait souligné le 16 mars à New York, Laurence Rossignol, ministre des familles, de l’enfance et des droits des femmes lors de la 60e session de la commission de la condition de la femme.

« La République de Djibouti, principale base militaire de l’armée française en Afrique, continue de bafouer les droits humains en toute impunité », poursuit Mme Salmon. Mais Djibouti est un allié stratégique pour Paris.

Ancienne colonie française située en face du détroit de Bab Al-Mandeb, quatrième passage maritime mondial pour l’approvisionnement énergétique, l’enclave abrite le plus gros contingent français sur le continent africain (environ 1 600 hommes actuellement). Américains et Japonais y ont également implanté des bases.

La Chine s’y prépare. Pour l’heure, aucune mesure n’a été prise : seul un hashtag (#stopvioldjibouti) a été lancé afin d’aider ce Comité de femmes à se faire entendre. Le gouvernement djiboutien dénonce, lui, « une campagne » coordonnée par« l’opposition politique ».

08/04/2016 (Brève 742) Investig’Action / Elles ont été violées et pour que cesse l’impunité, elles s’invitent dans la campagne présidentielle à Djibouti

Lien avec l’article original : http://www.michelcollon.info/Elles-ont-ete-violees-et-pour-que.html?lang=fr

Dix jeunes djiboutiennes sont en grève de la faim à Arcueil, dans la banlieue de Paris. Elles veulent dénoncer l’impunité des soldats violeurs à Djibouti.

Djibouti est une petite dictature de la Corne de l’Afrique, dirigée d’une main de fer par Ismail Omar Guelleh depuis 1999. Un changement de la constitution lui permet de se représenter éternellement et à l’instar d’un Bel Ali (ex dictateur de Tunisie), de bénéficier d’élections présidentielles sans enjeux et pour la forme, il sait qu’il sera réélu ce 8 avril puisqu’il a depuis longtemps fait taire toute opposition dans son pays. 

A l’étranger, il bénéficie des faveurs des grandes puissances. Ce tout petit pays de moins d’un million d’habitants compte un nombre impressionnant de bases étrangères. Sont présentes des bases américaines, françaises, allemandes et japonaises. Il faut dire que Djibouti – à la pointe de la corne de l’Afrique – est un territoire hautement stratégique. Il fait face au Yemen et au Golfe arabique. Il possède aussi le port le plus important de la région et tous les produits importés par la grande Ethiopie voisine transitent par le port de Djibouti. 

L’importance de garder une mainmise absolue sur cette porte de l’Afrique est fondamentale tant pour les Français que pour les Américains, qui ferment donc les yeux sur les dérives dictatoriales de ce président à vie qui leur est favorable. 

Ce petit pays dont on vante la stabilité a pourtant connu une guerre civile de 1991 à 2001 et fait encore face à une opposition armée, celle du FRUD-armé (Front pour la restauration de l’Unité et de la Démocratie). 

Les militaires utilisent le viol comme arme de guerre, comme moyen de domination sur l’opposition au régime et sur les paysannes afars soupçonnées d’être favorables au FRUD. 

Des militantes ont été violées après avoir été arrêtées lors de manifestations. Des jeunes femmes ont été kidnappées sur la route qui menait à leur village. Des femmes ont été abusées en détention, dans la prison de Gabode. 

Aujourd’hui, elles commencent à parler, à sortir du silence imposé par la honte, la famille et la tradition. Elles parlent pour que l’impunité cesse. 

“Il faut que la honte change de camps. Ce n’est pas à nous d’avoir honte, c’est ces militaires violeurs qui devraient avoir honte.”

Fatouma (nom d’emprunt) : “J’étais bergère, je gardais les chèvres, je vivais en brousse. J’ai été violée devant mon père et mon oncle. Mon père était tellement choqué, il a fait une crise et il est mort sur le coup. Je suis en grève de la faim, mais pas pour moi. Je suis reconnue réfugiée en Belgique, je suis en sécurité maintenant. Ce que j’ai subi, je l’ai subi et je dois vivre avec. Je le fais pour les autres, je veux que ça cesse pour toutes les femmes restées au pays. Il faut que les coupables soient jugés.” 

Fatoumata est sourde et muette. Elle s’exprime par gestes et une autre gréviste traduit. 

Je vivais en brousse. Je suis sortie la nuit pour aller chez ma cousine dans le village. Chez nous, il n’y a pas d’électricité, il fait donc très noir. J’ai été prise par les soldats, je ne sais pas crier. Trois soldats de la garde présidentielle m’ont violée, ça les amusait que je sois muette. Mon père a porté plainte, mais ils n’ont jamais fait d’enquête. Je veux que ces monstres soient traduits en justice pour ce qu’ils m’ont fait.” 

Fafi : “Il faut arrêter l’impunité. Nous voulons que les coupables, les soldats violeurs, soient traduits en justice. Quand une femme se fait violer, c’est elle qui est considérée comme coupable. Comme si elle l’a cherché. Alors qu’en réalité, face à des soldats armés, tu peux rien faire pour te défendre et comme ces soldats ne sont jamais punis, ils vont toujours recommencer. Il faut que ça cesse. Surtout dans le Nord du pays, les femmes afars sont victimes des militaires. Des femmes se suicident parce qu’elles voient que leurs violeurs continuent de vivre normalement et restent une menace pour elles et les autres femmes. Cette impunité doit cesser. je ne comprends pas le silence de la France, ce pays des droits de l’Homme.” 

Zeynaba : “Cette action était notre seul moyen d’interpeller. Beaucoup de femmes ont été violées à Djibouti. Moi j’étais militante à Djibouti Ville, dans le Comité des femmes contre les viols et l’impunité (comité clandestin). On amenait les femmes violées à l’hôpital pour les premiers soins. Notre comité a connaissance d’au moins 300 cas et c’est uniquement les femmes qui sont venues vers nous. Combien sont juste restées silencieuses ? Et les viols continuent. Je suis en France depuis 9 mois, mais je suis encore en contact avec les militantes du comité. Elles nous ont signalé encore un viol, il y a quinze jours.” 

Une jeune femme a dû être évacuée pour des raisons de santé. Elle a eu un bébé issu d’un viol par plusieurs militaires. Elle a été complètement rejetée par sa propre famille. 

En osant parler, ces jeunes femmes se sont invitées dans la campagne présidentielle qu’Ismail Omar Guelleh espérait sans surprise. Il a réagi violemment. D’abord il a accusé ces femmes d’être toutes des menteuses. Ensuite il a menacé de poursuivre en justice l’association française “Femmes Solidaires” qui aide les grévistes et qui a mis son local à leur disposition. Sa réaction est claire et montre l’étendue de l’impunité. Il n’envisage même pas la possibilité de mener une enquête. 

Traiter une victime de viol de menteuse, c’est une nouvelle agression, une nouvelle violence qu’elle subit, celle d’être niée dans sa qualité de victime. 

Pourtant la demande des grévistes est simple et légitime : un enregistrement des plaintes pour viol, une enquête transparente et des sanctions contre les coupables. Une tolérance zéro à l’égard des soldats violeurs. En leur refusant cela, Ismail Omar Guelleh fait aveu de culpabilité. 

07/04/2016 (Brève 731) Femmes solidaires / VIDEO sur l’action des djiboutiennes en grève de la faim pour dénoncer les viols commis dans le nord et le sud-ouest par des militaires djiboutienes et pour réclamer que les criminels soient jugés au lieur de bénéficier de l’impunité. (Durée 2’15” env.)