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27/08/2013 (Brève 174) Le Yémen complice d’un régime dictatorial sans foi ni loi, qui déshonore la Justice ? (ARDHD

Ce soir nous apprenons que Mohamed Alhoumekani a comparu devant un juge yéménite qui a estimé que le dossier pénal présenté
par Djibouti ne justifiait pas son extradition.

Mais les représentants djiboutiens sont revenus à la charge et ont promis d’apporter d’autres éléments sur la base d’une autre plainte ou condamnation. Et le juge a prononcé une incarcération préventive de 15 jours à l’encontre d’Alhoumekani
et ce , uniqement sur le fondement d’allégations djiboutiennes non étayées pour le moment.

Cela augure mal pour le moment.

Pour quelles raisons ? que pourrait-on imaginer d’autre qu’une véritable complicité des autorités yéménites avec l’un des régimes les plus sanguinaires de la planète ?

Sinon, comment serait-il possible de maintenir en prison un citoyen, sur la base d’affirmations non étayées ?

Officiellement la Belgique botte en touche.

Les autorités semblent s’exonérer en arguant d’une règle (qui est précisée, il est vrai, sur le site des affaires étrangères), à savoir que sa diplomatie belge ne peut pas intervenir pour un bi-national, dès lors qu’il est dans le pays de son deuxième passeport.


Fidèle à ses engagements (secrets ?) de protection du régime dictatorial de Guelleh, la France ne bouge pas pour protéger un témoin capital

La mobilisation de tous les opposants au régime est nécessaire. Nous préparons une action devant l’Ambassade du Yémen à Paris et nous annoncerons le jour et l’heure, probablement en début de semaine prochaine.

06/12/02 (B174 / 2) Elections du SITTI. Nous ne publierons pas tous les messages de soutien qui nous parviennent.

Plusieurs personnes ou associations nous ont adressé des messages de soutien en faveur de tel ou tel candidat aux élections du SITTI.

Nous avons choisi de ne pas les publier, car notre observatoire n’a pas pour vocation de devenir le support électoral d’une organisation qui ne réunit pas l’ensemble de la communauté djiboutienne, mais qui réunit des membres ayant des appartenances tribales communes.

Nous ne critiquons absolument pas cette organisation, ni surtout le fait que des Djiboutiens se reconnaissant dans une même appartenance, ait envie de se réunir dans un cadre associatif. Mais il ne nous appartient pas de participer à la campagne électorale.

Avec toutes nos excuses, nous espérons que les lecteurs comprendront notre position.

05/12/02 (B 174 / 2) Remerciements à l’Ordre des Brosses à Reluire. (Lecteur)


Remerciements.

Nous remercions l’Ardhd
d’avoir intronisé officiellement Moumin Bahdon Farah dans l`Ordre des
Brosses à Reluire.

Nous nous sommes longtemps
demandés pourquoi notre oncle (‘1 m 10’ pour les intimes) n’etait pas
encore admis dans cet Ordre très convoité.

Nous nous étions
demandés si l’Ardhd n’était atteinte par le tribalisme,
ce mal djiboutien comme dit Ali Couba. Car la nommination de notre oncle
a tardé, mais vraiment tardé.

Pourtant notre oncle,
grand voyou et délinquant sexuel (au sommet de son pouvoir, il
donnait volontiers un passeport diplomatique aux femmes, en échange
d’une ‘petite’ faveur sexuelle) avait satisfait depuis longtemps à
tous les critères.

Nous nous réjouissons
de cette nommination et nous attentons avec impatience la nomination de maître
Aref. Lui aussi, commence à satisfaire aux critères.

Si l’ARDHD ne le fait
pas, nos confrères Afar l’accuseront d’impartialité. Toutes
les ethnies estiment qu’elles doivent être représentées
dans cette confrérie prestigieuse …

A titre personnel, je
crains de ne pouvoir solliciter cette distinction que lorsqu’il n’y aura plus
d’autres candidats valables à présenter. Mon cas est particuliérement
difficile, je l’admets : je n’arrive jamais à réunir tous
les critères. Il faut reconnaître que les critères de
selection sont difficiles voire impossibles à atteindre pour l’habitant
de Balbala que je suis.

Mais, j’ai confiance dans
l’ARDHD et je suis sur qu’elle saura adapter enfin le concours d’entrée
dans ‘l’Ordre des Brosses à Reluire’ à notre niveau de compétence,
qui est celui de la majorité des habitants de Balbala, qui n’ont pas
volé, qui n’ont pas tué, qui n’ont pas terrorisé leur
prochain, qui n’ont violé aucune femme et qui ne se sont pas enrichi
avec l’argent public.

F.A.I

05/12/02 (B174 / 2) Affaire Borrel : a l’appui des nouvelles révélations de ces derniers jours, une mise en cause des principaux dirigeants djiboutiens par la justice française, semble inévitable … mais des dirigeants français pourraient être aussi concernés.

Durant
les trois derniers jours, nous avons appris beaucoup de choses et en particulier
qu’il pourrait y avoir des implications djiboutiennes et françaises.
A quel niveau ?

Nous savons désormais
de façon quasi-certaine :

– que la réunion,
dont avait parlé Alhoumekani, a bien eu lieu au Palais de l’Escale
et qu’Hassan Saïd y participait, puisqu’il le reconnaît. Cela ne
prouve pas encore (de façon certaine) la présence à cette
réunion, ni de Guelleh, ni d’Adouani, ni d’Awalleh Guelleh, ni de Romani,
ni du Colonel Madhi. Mais il y a quand même de très fortes présomptions
maintenant … (implication djiboutienne)

– que le juge Bernard
Borrel a bien été assassiné. Il aurait été
frappé à la tête et c’est ‘mort’ ou inconscient qu’il
a été transporté au Goubet, puis aspergé d’essence
avant que son corps ne soit enflammé.

– que le juge est parti
en voiture, avec un ‘européen’ et qu’il a acheté de quoi remplir
un bidon d’essence, ce qui est curieux …

– qu’un convoi de deux
voitures venant de Djibouti a franchi deux postes de contrôle : un qui
est tenu par la Légion française à Ouea et un autre tenu
par les militaires djiboutiens. Qu’une seule voiture est repassée dans
le sens inverse.

– que le corps du juge
n’a pas fait l’objet d’une autopsie à l’hôpital Bouffard où
il avait été transporté, ce qui est pourtant la procédure
en cas de mort suspect ou violente (c’est une décision française)

– que les registres de
passage, aux deux postes de contrôle, ont été subtilisés.
Il est important de noter que le registre de la Légion étrangère
a aussi disparu. Lorsque l’on connaît l’organisation de la Légion
et le respect absolu des procédures administratives, on imagine que
seul un officier (très supérieur et uniquement Français)
a pu permettre ‘de donner l’ordre de perdre le registre’,

On comprend aisément
que le dossier n’est pas facile à démêler. Il impliquerait
sinon une complicité, au moins un bon accord et une bonne communication
entre les autorités françaises et djiboutiennes, qui pouvaient
avoir des intérêts convergents dans la disparition du Juge.

A quel niveau ? Côté
Djibouti, il semble confirmé que c’est au plus haut niveau. Côté
français, nous devrions le savoir dans l’avenir, mais c’est une affaire
d’État.

Les
plaintes déposées par Me Morice permettront-elles de faire la
lumière par exemple, sur l’attitude des juges français et de
Mme Lecomte, de l’institut médico-légal ?

La nouvelle juge en charge
du dossier, Sophie Clément, a du travail … Nul doute que les plaintes
déposées par Me Morice au nom d’Elisabeth Borrel, à l’encontre
de ceux qui ont entravé la marche de la justice en subornant (ou en
tentant) de suborner des témoins, devraient aussi permettre de faire
avancer le dossier.

On ne s’explique pas comment
des Juges français, tels que M Leloire ou Mme Morrachini aient pu s’accrocher
aussi longtemps à la thèse impossible du suicide et que la directrice
du laboratoire médico-légal de Paris (Mme Lecomte) ait pu accréditer
cette thèse, sous la foi du serment, alors que de nombreux experts
disent le contraire. Vont-ils devoir s’en expliquer devant la justice française
?

Quels étaient les
objectifs ou les missions de ces personnes ? Indépendance des juges
ou dépendance (?). La question mérite d’être posée.
D’autant plus que des témoins affirmeraient que le juge Leloire aurait
pu déjeuner chez Guelleh lors de la reconstitution qu’il avait effectuée
sur place, sans la présence de la partie civile …. N’ayant aucune
information précise, nous ne pourrions pas accréditer ces témoignages,
que nous considérons au mieux, que comme de vagues mais persistantes
rumeurs.

L’instruction
de ce dossier pourrait conduire à de nouvelles révélations
dans le cadre d’autres affaires, qui pourraient aussi aboutir à la
découverte d’intérêts français et djiboutiens convergents.

La connaissance de ce
dossier va certainement conduire à examiner plusieurs affaires, dont
l’attentat du Café de Paris et certainement d’autres, comme des détournements
de fonds, des trafics interdits et/ou des commerces illicites.

Il est hautement probable,
même si les auteurs présumés du meurtre étaient
des djiboutiens, que des français et même des fonctionnaires
français à haut niveau, puissent être impliqués
aussi, si ce n’est dans l’élimination physique, au moins dans un accord
et dans des décisions ayant pour but de conforter la thèse du
suicide pour maquiller un meurtre.

L’affaire
fait grand bruit au Palais de l’Escale. Iftin pourrait être devenu la
cible prioritaire des tueurs …

Comme nous l’avions ‘prévu’
dans un article humoristique de fiction qui est paru récemment, le
Palais de l’Escale est en ébullition. IOG serait fou de rage et il
aurait convoqué les trois personnages impliqués dans les révélations.
Ça doit chauffer pour Hassan Saïd, le Chef tant craint
de la puissante SDS, qui, aux yeux d’IOG, s’est fait avoir comme un débutant
..!

Plusieurs thèses
s’affronteraient …. Une, parmi d’autres, aurait en ce moment, la faveur
d’IOG : celle d’éliminer au plus vite Iftin, parce qu’il a conforté
tous les témoignages et qu’il refuse de revenir en arrière ! Même établi à Bruxelles, il devra faire
attention désormais à se protéger et à ne pas
accepter du feu de la part d’un inconnu. En effet des tueurs se prépareraient
à quitter Djibouti pour Bruxelles et un accident est si vite arrivé. Alhoumekani serait moins visé
actuellement ? Pourquoi ?

Canal
+ dispose-t-il d’autres informations. Y a-t-il une autre version de l’émission
qui serait plus longue et encore mieux documentée avec en particulier
d’autres témoignages des ‘barons’ du régime ?

Un bon journaliste qui
fait une investigation sérieuse, comme Bernard Nicolas et son collègue,
ramasse énormément d’information. Mais il ne publie pas tout
… pour deux raisons :

– les contraintes de temps.
Le reportage dure plus de trente minutes et pourtant on a l’impression qu’il
est court …. Il y avait tellement de choses à évoquer.

– la nécessité
d’assurer sa défense personnelle en cas d’attaque judiciaire. Il doit
être en mesure de prouver ses affirmations en utilisant d’autres témoignages.
On peut imaginer que d’autres ‘barons’ du régime aient parlé
eux aussi. Leurs enregistrements font partie soit des archives de Canal +
soit d’une hypothétique version longue du reportage, dont certains
évoquent l’existence…

L’affaire est désormais
lancée. Toute la presse française s’en fait l’écho !
Il sera plus diffcile de l’étouffer.

05/12/02 (B174 / 2) Affaire Borrel: de nouvelles expertises infirment la thèse du suicide (AP)

PARIS (AP) – "Aujourd’hui
j’ai l’impression de resurgir d’une nuit de sept ans": Elisabeth Borrel
n’a pas caché son soulagement mercredi en présentant de nouvelles
expertises médico-légales qui tendent à infirmer la thèse
du suicide de son mari, le magistrat Bernard Borrel, décédé
en 1995 à Djibouti dans des circonstances mystérieuses.

"L’hypothèse
de l’auto-agression est difficilement crédible compte tenu des sérieuses
réserves que nous avons formulées. Dès lors, l’hypothèse
de l’intervention d’un ou plusieurs tiers, quelles que puissent en avoir été
les modalités, ne peut être exclue", ont noté les
professeurs Patrice Mancin, Daniel Malicier et Eric Baccino dans leur pré-rapport
transmis il y a quelques jours à la juge d’instruction Sophie Clément
en charge de l’enquête.

Par ailleurs, l’autopsie
réalisée sur le corps du magistrat, exhumé en juin dernier,
a révélé une lésion crânienne et une fracture
de l’avant-bras gauche intervenues avant la mort de Bernard Borrel. L’expert
Gérald Quatrehomme en a conclu que "le choc direct par instrument
contondant ou tranchant-condondant est beaucoup plus plausible qu’un choc
dû à une chute contre un élément contondant en
relief".

"C’est un assassinat
qu’on a voulu déguiser en suicide", a affirmé Me Laurent
de Caunes, l’avocat toulousain de Mme Borrel fustigeant l’attitude des autorités
françaises et djiboutiennes qu’il a qualifié "d’ennemies"
dans cette affaire.

La brigade criminelle
ainsi que les juges d’instruction Roger Le Loire et Marie-Paule Moracchini,
désaisis du dossier en juin 2000, avaient privilégié
la thèse du suicide par immolation du magistrat dont le corps carbonisé
a été retrouvé le 19 octobre 1995 au lieu dit "Le
Goubet" face à l’île au Diable.

Les magistrats instructeurs
qui s’étaient rendus deux fois à Djibouti se fondaient notamment
sur l’expertise des Drs Dominique Lecomte et Guy Nicolas qui éliminait
en avril 2000 l’hypothèse selon laquelle Bernard Borrel aurait pu être
précipité par ses assassins de la falaise qui surplombe "Le
Goubet".

Elisabeth Borrel et ses
avocats ont toujours soutenu que Bernard Borrel avait été assassiné
en raison de ses fonctions de conseiller auprès du ministre djiboutien
de la Justice.

Ils ont été
réconfortés dans leurs convictions par le témoignage
d’un ancien garde présidentiel djiboutien aujourd’hui réfugié
en Belgique qui accuse l’actuel président de la République de
Djibouti, Ismaël Omar Guelleh, ainsi qu’un terroriste libanais et un
restaurateur corse, d’être les commanditaires de l’assassinat du magistrat
français.

Mohamed Saleh Alhoumekani
a notamment rapporté les termes d’une conversation entre le président
Guelleh et d’autres hommes qu’il aurait écoutée le lendemain
de la mort de M. Borrel au palais présidentiel de Djibouti. "Le
juge fouineur a été éliminé", aurait rapporté
l’un des hommes au chef d’Etat.

Bernard Borrel travaillait
notamment sur l’attentat contre le café de Paris, un établissement
djiboutien fréquenté par les expatriés français,
qui a fait un mort et 11 blessés en septembre 1990, en pleine guerre
du Golfe. Les services de renseignement français ont désigné
le président Guelleh comme l’un des commanditaires possibles de cet
attentat.

Les avocats de Mme Borrel
ont demandé à la juge Clément, qui a pris en septembre
la succession du juge Jean-Baptiste Parlos, d’entendre Ismaël Omar Guelleh.
Ce dernier a refusé en invoquant l’immunité de chef d’Etat.

05/12/02 (B174 / 2) Réaction à l’article intitulé ” Election du SITTI ” ecrit par Gabadh Isse. (Lecteur)

Je suis agréablement
surpris que des femmes prennent la parole pour réclamer leur place
au sein de la société.

À Djibouti, la
réalité est triste en général pour les femmes
qui sont souvent battues par des hommes irrésponsables. Dans la majorité
des cas, les hommes khatent comme des animaux. Après le khat, certains
jouent aux cartes, d’autres cherchent à satisfaire leur besoin sexuel
souvent avec la première venue.

C’est pourquoi, beaucoup
de femmes sont mortes du sida que leurs voyous de maris leur avaient transmis.

Mais les temps changent,
nos femmes aussi . Pour la prémiere fois, nous avons vu à Djibouti
des femmes qui ont obtenu le divorce, pour se protèger des maladies
sexuellement transmissibles que les maris infideles rapportent au foyer …

Nous militons pour une
vie meilleure, en priorité pour les femmes mais aussi plus généralement
pour tous les Djiboutiens.

Chère compatriote,
si tu souhaites donner ton avis sur les femmes, tu es la bienvenue. Tu peux
nous écrire à : dirnis@yahoo.fr

Bonne fête à
tous les musulmans, et bon courage pour nos compatriotes du Canada
où l’on m’a dit que la température serait de -15 degres.

05/12/02 (B174 / 2) Revue de presse non exhaustive.

France-Soir du 5/12/02 : Affaire Borrel, Affaire d’Etat.

ASSASSINAT : Des coups mortels ont été relevés sur la dépouille du magistrat mort à Djibouti. L’énquête accuserait le Président du Pays, Ismaël Omar Guelleh.

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Le Figaro du 5/12/02 Les experts concluent au meurtre dans l’affaire Borrel.

Alexandrine Bouilhet

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Libération du 5/12/02 (Pleine page)

Mort
du juge Borrel : la thèse du suicide s’effondre
Sept ans après le décès du magistrat à Djibouti,
des expertises tendent à prouver qu’il y a bien eu crime.


Par Brigitte VITAL-DURAND

jeudi 05 décembre
2002

«Il n’y a plus d’ambiguïté,
le scénario est parfaitement cohérent. Bernard Borrel a été
assassiné.» Laurent de Caunes, avocat uel incroyable suicide
! Selon les révélations, hier, de sa veuve, le juge Borrel retrouvé
mort en 1995, dévêtu et à moitié calciné,
recroquevillé dans les rochers au bas d’un ravin à 80 kilomètres
de Djibouti, a été «bel et bien assassiné».
Quatre nouvelles expertises judiciaires, dont le contenu a été
rendu public hier par Elisabeth Borrel et ses conseils, Olivier Morice et
Laurent de Caunes, viennent d’être réalisées par d’éminents
professeurs de médecine. Toutes infirment la thèse officielle
du suicide.

Le 18 octobre 1995, Bernard
Borrel, 40 ans, magistrat en coopération auprès du ministère
de la Justice de Djibouti, quitte son domicile à 17 heures. Une patrouille
de l’armée française retrouve son corps le lendemain matin.
L’«immolation» est immédiatement avancée comme cause
de la mort. Une mort pourtant compliquée : le juge se serait aspergé
d’essence, enflammé, puis, sous l’effet du feu, il se serait précipité
dans les rochers à dix-sept mètres en contrebas de la route
où il avait laissé sa voiture, sans se faire une écorchure
et sans respirer pendant son agonie.

Malgré ces incohérences,
la justice française, qui enquête depuis sept ans sur l’affaire,
a toujours privilégié la thèse du suicide, que réfute
violemment la veuve. L’analyse des os du corps du juge, réalisée
cet été lors d’une nouvelle exhumation du corps rapatrié
et enterré près de Toulouse, vient la conforter dans ses certitudes.
S’il s’est suicidé, son mari, tout en s’immolant, se serait fracturé
le crâne si fort qu’il s’est défoncé la voûte crânienne
et s’est aussi brisé l’os de l’avant-bras gauche. Selon les experts,
aucune de ces blessures ne serait due à une chute. «J’ai l’impression
de resurgir d’une nuit de sept ans, a déclaré Elisabeth Borrel,
très émue. Je vais pouvoir dire à mes enfants de quoi
leur père est mort.»

Absence de blessure. Reprenant
le dossier à zéro, après quelques turbulences, le juge
d’instruction parisien Jean-Baptiste Parlos avait demandé ces nouvelles
expertises. La première est cosignée par les professeurs Patrice
Mangin, Daniel Malicier et Eric Baccino, respectivement directeur des Instituts
de médecine légale de Lausanne, Lyon et Montpellier. Ils insistent
sur «l’absence de respiration des produits de sa propre autocombustion».
En clair, le juge était mort quand il a brûlé. Son corps
ne porte aucune trace de blessure cutanée, alors que, selon la thèse
du suicide, il se serait élancé, affolé par la souffrance,
dans une pente caillouteuse, vêtu de son seul tee-shirt, d’un slip,
un pied déchaussé. Les experts émettent deux hypothèses
: soit Bernard Borrel a été tué et carbonisé sur
place. Soit il a été tué à un autre endroit, amené
sur les lieux et carbonisé. Les brûlures infligées au
corps auraient servi à masquer les lésions de son agression.
«L’hypothèse d’une mort par “autoagression” à
l’origine du décès est peu plausible», concluent les professeurs
de médecine. Qui déduisent : «Dès lors, l’hypothèse
de l’intervention d’un ou plusieurs tiers peut être envisagée.»

A la suite de ces travaux,
une autre expertise a été réalisée par un anthropologue,
le professeur Gérard Quatrehomme, chef du département de médecine
légale de Nice. Pour la première fois, les os du corps ont été
examinés. Deux éléments sont apparus, que personne ne
connaissait : la tête du juge porte une «embarrure» à
droite, c’est-à-dire une fracture par enfoncement de la voûte
crânienne. Cette fracture est «peri-mortem», c’est-à-dire
qu’elle est contemporaine de la mort. Selon l’anthropologue, la lésion
a pu être provoquée par «un choc extrêmement violent»
provoqué «beaucoup plus probablement» par un instrument
contondant que par une chute.

«Coup direct».
Une seconde découverte vient appuyer la première. Le cubitus
gauche, gros os de l’avant-bras, est fracturé. Là encore la
blessure est peri-mortem. Comme pour le crâne, l’expertise estime «improbable»
qu’elle soit la conséquence d’une chute. Cette fracture aurait été
plus sûrement provoquée par un «coup direct». Elle
est en tout cas typique des blessures «de défense». Le
juge a cherché à se protéger du coup qu’on lui portait
à la tête. «Il n’y a plus d’ambiguïté, conclut
l’avocat Laurent de Caunes, le scénario est parfaitement cohérent.
Bernard Borrel a été assassiné.»

«Mise en scène».
Pour parfaire le tableau du crime, les avocats présentent une autre
conclusion des trois premiers experts. Sur place, le short du juge, sa montre,
un briquet et la sandale qu’il n’avait pas au pied avaient été
retrouvés non loin du corps. La disposition des objets évoque
à ces professeurs une «mise en scène». D’autant
qu’une autre expertise, toxicologique celle-là, parfait le scénario.
Dans une poche du short, quelques traces et résidus de cannabis avaient
été retrouvés. «Or, poursuit Laurent de Caunes,
l’expertise sur des cheveux de Bernard Borrel vient de montrer qu’il n’a jamais
absorbé de cannabis.»

Reste une question essentielle,
non résolue : qui a tué Bernard Borrel, et pourquoi ? L’ancienne
présidente du Syndicat de la magistrature, Anne Crenier, partie civile
depuis 1998, prévoit qu’«on va s’intéresser au mobile,
aux exécutants et commanditaires. Et à tous ceux, menace la
magistrate, qui ont pu savoir, laissé faire et contribué à
brouiller les pistes». A partir de maintenant, il y a, selon elle, «un
plus grand risque de coups tordus. Je vous appelle tous à une grande
vigilance, avertit-elle, on est dans une affaire d’Etat». Elisabeth
Borrel attend maintenant qu’on lui explique pourquoi la France et Djibouti
tenaient si fortement à cacher le crime.


04/12/02 (B174 / 2) Revue de presse non exhaustive.
1 – RFI. Djibouti : Affaire Borrel – le tournant.
2 – Le Monde : de nouveaux éléments jettent le trouble sur la mort du juge Borrel

Me Olivier Morice
a été invité à parler ce mercredi matin sur RFI.
Pour l’écouter, cliquez ici :
http://www.tv-radio.com/ondemand/rfi/mere/ftp/Audio/Actu/Invite_Matin/rfiac_IMA_20021204.ram

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Extrait du site de RFI

Après sept ans
d’enquête, la justice française effectue un virage à
180 degrés sur le dossier Borrel. Ce juge français, retrouvé
mort en 1995 au pied d’une falaise de Djibouti, n’est pas un «suicidé»
pour le cinquième magistrat instructeur. Plusieurs témoins ont
déjà étayé la thèse de l’assassinat,
défendue par la veuve du magistrat. Dernier en date: Ali Iftin, l’ancien
patron de la garde présidentielle. Nous l’avons rencontré
à Bruxelles.

Six mois d’exil et
déjà sa terre natale lui manque. Sous sa veste en cuir, Ali
Abdillahi Iftin abrite l’amertume d’un homme écœuré
par les dérives d’un régime où règne l’arbitraire.
Ce commandant de gendarmerie était le responsable de la garde présidentielle
d’Ismaël Omar Guelleh. Pendant des années, il a servi avec
loyauté son président. Au printemps dernier, sentant que la
pression devenait trop forte, il a fui son pays par les montagnes, comme d’autres
avant lui. Direction: Addis-Abeba, puis Bruxelles, car Paris lui refuse le
visa de réfugié politique qu’il demande. La Seine, il l’a
finalement aperçu la semaine dernière, en se rendant dans le
cabinet d’instruction du juge Sophie Clément au Palais de justice
de Paris.

Par devoir, et «surtout
pour Madame Borrel et ses enfants», il a raconté sa part de vérité
sur cette affaire devenue une affaire d’Etat. Et de commencer par son
faux témoignage. Fin 1999, lorsque les autorités djiboutiennes
apprennent que l’ancien lieutenant de la garde présidentielle,
Mohamed Saleh Alhoumekani, va dire publiquement ce qu’il sait de l’affaire,
le patron des services de renseignements préparent une contre-offensive.
«L’objectif, explique Ali Iftin, est alors de décrédibiliser
le témoignage d’Alhoumekani. Hassan Saïd, le patron des services
de renseignements, me présente un texte que je dois recopier, puis
signer». Menaces à l’appui: «Si je ne le fais pas,
moi ou ma famille auront à en subir les conséquences».
Dans cette lettre, Alhoumekani est présenté comme un mauvais
sujet, instrument d’une vaste «machination» menée
par certains milieux français (l’avocat Arnaud Montebourg est
cité) et djiboutiens, dont le but est de déstabiliser le régime
en place. «J’ai hésité, dit Iftin, et puis j’ai
signé». En droit, cela s’appelle de la subornation de témoin.
Mais ce n’est pas tout: Ali Iftin révèle aussi que quelques
semaines avant la mort du magistrat, il saisit la fin d’une conversation
entre Hassan Saïd et Ismaël Omar Guelleh, l’actuel chef de
l’État et à l’époque chef de cabinet du président
Hassan Gouled Aptidon. Il est question d’un «juge français
qui se mêle d’affaires qui ne le regardent pas. Il ferait mieux
de s’occuper de ses problèmes», mais attention, précise
Iftin, «personne n’évoque alors une élimination physique».
Revenons maintenant aux faits.

19 octobre 1995: Bernard
Borrel, magistrat détaché au titre de la Coopération,
est retrouvé en position fœtale, entre deux pierres en bas d’une
falaise. Sans vie, le haut du corps brûlé à l’essence,
les jambes et les pieds intacts. Version officielle: suicide. Officielle,
puisqu’elle s’étale, comme l’ont révélé
nos confrères de Canal+, dans un télégramme diplomatique
envoyé à Paris par le chef de mission de la Coopération.
Ancien officier de gendarmerie, Jean-Jacques Moulines écrit: «Bernard
Borrel a mis fin à ses jours». L’enquête n’a
pas encore commencé. Dans les jours suivants, on présente cet
homme de 39 ans, père de deux enfants, comme quelqu’un de «déprimé».
Preuve de la thèse officielle: le briquet retrouvé entre les
rochers, puisqu’il a dû faire plusieurs mètres dans son
agonie. Élisabeth Borrel rentre en France et enterre son mari. Aucune
autopsie n’est réalisée.

Plus tard, les radiographies
des poumons, réalisées à l’hôpital militaire
français de Djibouti, disparaissent du dossier médical. En 1996,
une expertise privée, réalisée par le Professeur Lazarini,
légiste renommé, décortique l’impossibilité
de la mort par carbonisation, en raison de l’absence de suie dans les
bronches et de produits de combustion dans les poumons.

Conclusion: le corps ne
peut donc avoir été brûlé du «vivant du sujet».
Instruit à Toulouse, le dossier est «dépaysé»
à Paris, repris par les juges Marie-Paule Moracchini et Roger le Loire,
eux-mêmes dessaisis au profit du juge Jean-Baptiste Parlos.

Le juge fouineur est
mort

Face aux incohérences du dossier, le juge Parlos diligente une batterie
d’expertises. Il fait appel à trois scientifiques, légistes
et anthropologue, pour examiner à nouveau le corps de Bernard Borrel.
En juin dernier, il est exhumé pour la seconde fois au cimetière
de Frouzins, près de Toulouse. Après six mois de travail, les
expertises ont été communiquées au juge et à la
partie civile. L’avocat d’Elisabeth Borrel s’est décidé
à les rendre publique. «Toutes ces expertises concordent dans
le sens de l’intervention de tiers, explique Olivier Morice, que la piste
du suicide n’est pas possible, n’est pas plausible et que par conséquent,
il faut retenir, de plus en plus, la thèse de l’assassinat».

Concrètement, les
experts ont relevé une fracture du cubitus du bras, «fracture
de défense» dit le rapport, ainsi qu’une fracture de la
boîte crânienne. Et le rapport d’élaborer un scénario:
Bernard Borrel aurait été agressé, il se protège
avec le bras et reçoit un coup sur la tête. Puis, alors qu’il
est inconscient ou déjà mort, ses agresseurs lui brûlent
le haut du corps.

Ce dernier détail
avait déjà été mis en lumière par l’analyse
du Pr Lazarini. Si elle reste hypothétique, cette version permet de
remettre en perspective les propos d’Alhoumekani.

En effet, dans les heures
qui suivent la découverte du corps de Bernard Borrel par une patrouille
de la prévôté -la gendarmerie de l’armée française-
le lieutenant assiste médusé à un étrange conciliabule,
dans les jardins de la présidence. Il y a là Ismaël Omar
Guelleh, le chef de cabinet, Hassan Said, le chef des services et le patron
de la gendarmerie, le colonel Mahdi, ainsi que deux étrangers. Mais
aussi deux individus soupçonnés d’avoir exécuté
des attentats anti-français: Adouani, un Tunisien et Awalleh Guelleh,
un homme qui, normalement, devrait être derrière les barreaux
de la prison de Gabode.

Ce dernier dit: «ça
y est, le juge fouineur est mort».

Question d’IOG: «le
travail a été fait correctement ?»

Réponse de l’un
des deux étrangers: «pas de trace, mais il faut demander au colonel
de récupérer la main courante» (le registre tenu par des
militaires à un point de contrôle où est passé
Bernard Borrel). Le colonel Mahdi: «c’est fait». A Djibouti,
cette version a toujours été qualifiée de mensongère,
Alhoumekani n’étant qu’un affabulateur. Une défense
qui pourrait bientôt changer.

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Extrait Le Monde

De nouveaux éléments
jettent le trouble sur la mort du juge Borrel, à Djibouti, en 1995.
Son épouse vient de porter plainte pour “subornation de témoin”
après le revirement d’un officier djiboutien. Deux expertises médicales
contrediraient la thèse du suicide.

Sept ans que le corps de Bernard Borrel, magistrat français en coopération
à Djibouti, a été découvert, au pied d’une falaise,
en aplomb de la mer Rouge, aspergé d’essence et à moitié
brûlé. Sept ans, et déjà cinq juges d’instruction,
deux exhumations, une demi-douzaine d’expertises médicales. Sans se
décourager, Elisabeth Borrel, l'” Epouse du Juge assassiné”
le 18 octobre 1995, comme dit le carton d’invitation avec majuscules, devait
présenter devant la presse, mercredi 4 décembre, de nouveaux
éléments qui, pour ses avocats, Mes Olivier Morice et Laurent
de Caunes, confirment que son mari, conseiller technique du ministre de la
justice, ne s’est pas suicidé, comme l’avait d’abord conclu la justice.
Selon elle, il a été éliminé parce qu’il dérangeait
le pouvoir djiboutien en s’intéressant à un attentat commis
en 1990 au Café de Paris, à Djibouti.

L'”affaire Borrel”
connaît de fait quelques rebondissements. D’abord, un témoin
djiboutien, le capitaine Ali Iftin, chef de la garde présidentielle
du président de Djibouti en 1995, aujourd’hui réfugié
à Bruxelles, revient sur ses déclarations de novembre 1999.
Recueilli dans le magazine “90 minutes” diffusé lundi sur
Canal+ (Le Monde daté 1er-2 décembre), son nouveau témoignage
a permis à Mme Borrel de porter plainte, le 19 novembre, avec constitution
de partie civile pour “subornation de témoin”, et conduit
la juge d’instruction parisienne, Sophie Clément, à organiser,
le 29 novembre, une confrontation entre M. Iftin et un autre témoin
djiboutien, Mohamed Saleh Alhoumekani.

Cet ancien membre de la
garde présidentielle, lui aussi réfugié en Belgique,
était sorti de l’ombre il y a deux ans. Il disait avoir assisté,
le 19 octobre 1995, dans les jardins du palais présidentiel, à
une discussion entre cinq personnes, dont Ismaël Omar Guelleh, l’actuel
président djiboutien, alors directeur de cabinet du chef de l’Etat,
évoquant le meurtre du ” juge fouineur” (Le Monde du 14 janvier
2000). Les enquêteurs avaient recueilli de nombreux témoignages
prouvant qu’une telle discussion n’avait pu avoir lieu.

“FAUX TÉMOIGNAGE”

M. Iftin, lui, se souvient
désormais qu’un jour de septembre 1995, il ” entre en coup de
vent” dans le bureau de M. Guelleh, alors en conversation avec Hassan
Saïd, chef des services secrets djiboutiens. Il les entend, ” en
langue somalie”, ” dire qu’un juge européen les dérangeait”,
a-t-il expliqué le 29 novembre. Il assure que son ” faux témoignage”
– une attestation préétablie qui discréditait le témoignage
de M. Alhoumekani – lui avait “été dicté à
la demande d’Hassan Saïd pour défendre les autorités djiboutiennes”.
“Je peux me permettre de parler librement maintenant que je suis en Europe”,
explique M. Iftin pour justifier son revirement. Il a créé,
à Bruxelles, le Gouvernement en exil de Djibouti (GED).

Mme Borrel devait aussi
rendre public, mercredi, le résultat de deux expertises médicales
et deux expertises toxicologiques ordonnées par le juge Jean-Baptiste
Parlos – aujourd’hui à la Cour de cassation – après que la chambre
de l’instruction de la cour d’appel de Paris eut dessaisi, le 21 juin 2000,
les juges Marie-Paule Moracchini et Roger Le Loire, puis fait droit, en janvier
2001, aux demandes de contre-expertise de la partie civile. Rendue le 13 novembre
par Patrice Mangin, Daniel Malicier et Eric Baccino, directeurs des instituts
médico-légaux de Lausanne, Lyon et Montpellier, la première
expertise médicale conclut que “l’hypothèse d’une autoagression
à l’origine du décès est difficilement plausible”
et que, “dès lors, l’hypothèse de l’intervention d’un ou
de plusieurs tiers peut être envisagée”.

Le rapport anthropologique
de Gérald Quatrehomme, expert auprès de la cour d’appel d’Aix-en-Provence,
conclut aussi, le 18 novembre, que “l’hypothèse d’une chute”
est “peu vraisemblable en termes de probabilités”. Il relève
deux lésions survenues au moment du décès : un “coup
direct” sur le crâne, une fracture sur le cubitus qui serait une
“lésion de défense” et non la conséquence d’une
chute. Fin 1997, un spécialiste sollicité par Mme Borrel avait
écarté le suicide par immolation, car il n’avait décelé
aucune trace de suie dans les bronches du défunt.

Ariane
Chemin