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01/10/07 (B415) REUTERS : L’Afrique méfiante face au nouveau commandement militaire US

Par Pascal Fletcher

DAKAR (Reuters) – L’armée américaine présente son nouveau commandement en Afrique (Africom) comme un outil d’assistance et de formation pour le continent noir, mais de nombreux Africains craignent qu’il ne s’avère source de problèmes supplémentaires.

Si l’on en croit les responsables américains, l’Africom, qui verra le jour lundi, vise à aider l’Afrique à se stabiliser et à renforcer sa sécurité en promouvant la bonne gouvernance, l’état de droit et de nouvelles opportunités économiques.

Mais côté africain, au vu des précédents irakien et afghan, on évoque deux dangers: une ingérence américaine accrue dont découleraient de possibles interventions militaires, et l’association de l’Afrique aux Etats-Unis, qui ferait du continent une cible pour les ennemis de l’Amérique.

“L’armée américaine ne va faire qu’apporter de nouveaux problèmes à l’Afrique”, estime Bile Abdi. Cet ouvrier au chômage vit en Somalie, pays où des soldats américains ont péri dans une catastrophique intervention “humanitaire” au début des années 1990. “Si l’Amérique s’étend en Afrique, ses ennemis – la Russie, l’Iran et la Chine – viendront eux aussi.”

Des analystes jugent quant à eux que l’Africom est sous-tendu par des motivations stratégiques moins altruistes que Washington ne veut le faire croire.

CONTRER L’INFLUENCE CHINOISE

Pour eux, les Etats-Unis veulent garantir la continuité de l’approvisionnement en pétrole africain, déjà importé en grande quantité du continent et dont l’importance stratégique croît dans un monde instable. Le Nigeria et l’Angola fourniront bientôt un quart du pétrole importé par les Etats-Unis.

En outre, la Corne de l’Afrique et le Sahel marquent un nouveau front dans la guerre internationale contre le terrorisme de Washington. Des fournisseurs de pétrole des zones sub-sahariennes pourraient être exposés aux infiltrations d’extrémistes musulmans venus du Nord.

Des responsables américains assurent que l’Africom n’implique pas l’installation de nouvelles bases militaires en Afrique, en plus de celle qui existe déjà à Djibouti.

Certains observateurs prêtent néanmoins à Washington la volonté de renforcer sa présence sur place pour contrer l’offensive diplomatico-commerciale de la Chine visant à contrôler les gisements de pétrole et de minerais africains.

L’Africom vise à “contrer la présence de plus en plus insistante d’autres puissances telles que la Chine”, estime ainsi le politologue algérien Ismaïl Maaref Ghalia.

“Il y a deux priorités: garantir l’approvisionnement en ressources, et notamment en pétrole, et la lutte contre le terrorisme”, résume Peter Takirambudde, directeur pour l’Afrique de l’ONG Human Rights Watch, interrogé par Reuters.

L’AFRIQUE AUSTRALE HOSTILE AU PROJET

Il estime que si l’Africom peut effectivement accroître la capacité de la communauté internationale à identifier des catastrophes humanitaires et à y réagir efficacement – en ayant à l’esprit, par exemple, le Darfour – des considérations stratégiques égoïstes pourraient quand même prévaloir.

“Quand des conflits impliquent aussi la lutte anti-terroriste et la sécurité énergétique, ces deux considérations tendent à passer avant les droits de l’homme”, souligne-t-il.

Dans un premier temps, l’Africom devrait être basé en Allemagne, mais il sera transféré à terme sur le continent noir en un lieu qui n’est pas encore fixé.

L’initiative américaine est bien accueillie par plusieurs alliés africains de Washington. “L’Africom est une très bonne idée pour accroître la stabilité et combattre le terrorisme sur le continent”, a déclaré à Reuters la ministre ougandaise de la Défense, Ruth Nankabirwa.

Un autre pays, le Liberia, fondé par des esclaves noirs affranchis venus d’Amérique en 1947, se propose de l’accueillir.

Mais l’Afrique australe, et notamment le poids lourd politico-économique qu’est l’Afrique du Sud, semble farouchement hostile à l’installation de bases américaines.

Le porte-parole du gouvernement zambien, Mike Mulongoti, a proposé, en guise de commentaire, une parabole à Reuters: “C’est comme si vous laissiez un géant s’installer chez vous. Que faites-vous si vous le trouvez au lit avec votre femme?”

02/10/07 (B415) ROMANDIE NEWS : Somalie: au moins dix morts dans des combats entre Puntland et Somaliland

MOGADISCIO – Au moins dix personnes ont été tuées dans des combats dans le nord de la Somalie entre la région semi-autonome du Puntland et la République autoproclamée du Somaliland, au sujet d’une dispute frontalière, a-t-on appris lundi de sources militaires.

Les combats à l’artillerie lourde, qui ont duré plus d’une heure, se sont déroulés dans et autour de la commune de Las Anod (BIEN Anod), que le Puntland et le Somaliland se disputent, près de la frontière éthiopienne.

Un commandant militaire du Puntland a accusé les troupes du Somaliland d’avoir ouvert les hostilités.

"Ils ont attaqué nos positions aujourd’hui, utilisant de l’artillerie lourde et nous sommes toujours en position défensive dans la zone de Las Anod", a déclaré Ahmed Bile, joint au téléphone par l’AFP.

"Je ne peux pas vous dire le nombre exact de personnes tuées dans les combats aujourd’hui mais je suis sûr qu’il y en a plus de dix", a-t-il ajouté.

Un commandant du Somaliland a indiqué à l’AFP au téléphone depuis Hargeisa, la "capitale" du Somaliland, que ses troupes avaient pris le contrôle de la ville.

"Nos forces sont en train de gagner cette bataille, nous avons pris le dessus. Les troupes du Puntland ont provoqué le Somaliland depuis un long moment mais cette fois-ci, elles ont perdu. Nos forces contrôlent Las Anod", a affirmé à l’AFP Abdi Jamal.

"Nous sommes informés qu’ils sont en train de se renforcer mais nous sommes prêts à les défaire", a-t-il ajouté.

Un chef coutumier local a pour sa part indiqué que neuf personnes avaient été tuées et plusieurs autres blessées dans les combats de lundi.

"Jusqu’à présent, nous avons vu neuf cadavres dans la ville. Ils appartiennent aux deux camps", a rapporté à l’AFP Omar Diriye, un chef coutumier de Las Anod dont le clan ne participe pas aux combats.

"On nous a dit également que trois corps sont étendus dans les environs de la ville. Plusieurs personnes blessées ont été transportées ici", a-t-il précisé.

Un calme précaire entrecoupé de tirs d’artillerie sporadiques était revenu lundi en fin d’après-midi, selon des témoins.

"A présent, un camp est à l’intérieur de la ville et l’autre en dehors. Ils sont en train de se regrouper et nous craignons que les combats reprennent", a expliqué le chef coutumier.

La Somalie est en guerre civile depuis la chute du président Mohamed Siad Barre, en janvier 1991. Cinq mois plus tard, la République autoproclamée du Somaliland avait fait sécession de la Somalie, et recherche depuis une reconnaissance internationale.

Le Puntland, région autonome située dans le nord-est de la Somalie, a été fondée en juillet 1998 par Abdullahi Yusuf Ahmed, devenu depuis président des institutions de transition somaliennes

02/10/07 (B415) RSF : SOMALIE – SOMALILAND : un correspondant provincial du quotidien du Somaliland Haatuf incarcéré depuis quatre jours.

Reporters sans frontières demande la libération de Ahmed Aadan Dhere, correspondant à Berbera (Ouest) du quotidien privé du Somaliland Haatuf, arrêté dans la soirée du 27 septembre 2007 et détenu depuis quatre jours au commissariat central de la ville.

"Les autorités du Somaliland ont tendance à utiliser l’arrestation de journalistes comme bon leur semble, au gré de leurs intérêts. Or, lorsqu’il s’agit d’une affaire de presse, cela constitue un acte antidémocratique grave. Dans ce cas particulier, Ahmed Aadan Dhere est la victime par défaut d’un conflit entre un homme politique local et le gouvernement central. La nécessité de le libérer immédiatement tombe sous le sens", a déclaré l’organisation.

Le 27 septembre aux alentours de 9 heures du soir, au moins six agents de la police du Somaliland se sont présentés au domicile d’Ahmed Aadan Dhere à bord d’un pick-up Toyota, a appris Reporters sans frontières auprès d’un des journalistes de Haatuf, Amin Jibril. Ils ont conduit le journaliste de force au commissariat central de Berbera, après que celui-ci avait refusé de les suivre en l’absence de présentation d’un mandat d’arrêt.

Ahmed Aadan Dhere n’a pas été formellement inculpé, mais selon son propre témoignage auprès de sa rédaction, la police l’a informé qu’il a été arrêté sur ordre du directeur adjoint de la police régionale, Ibrahim Bashe. Selon la même source, ce dernier a ordonné son incarcération en raison de la publication, dans l’édition du 24 septembre, d’un article signé par un conseiller du gouvernement local, Awil Ali Sugule, critiquant les relations entretenues par le gouvernement central avec les autorités de la région de Saaxil. Il se montrait particulièrement critique envers le vice-président du Somaliland.

Le journaliste n’est pas l’auteur de l’article incriminé et n’a servi que d’intermédiaire entre le conseiller et son journal. "La police sait qu’elle ne peut pas arrêter un conseiller des autorités locales sans une raison solide et juridiquement fondée. Alors que fait-elle ? Elle arrête une cible facile, un journaliste. Si mon article a violé une loi quelconque, c’est moi qui devrait me trouver derrière les barreaux, pas Ahmed", a expliqué Awil Ali Sugule au quotidien privé anglophone Somaliland Times, jumeau de Haatuf.

30/09/07 (B415) AFP : Mogadiscio: quatre civils tués dans une attaque contre un poste de police (Info lectrice)

MOGADISCIO (AFP) – samedi 29 septembre 2007 – 10h01 – Quatre civils somaliens ont été tués vendredi soir à Mogadiscio quand des insurgés ont attaqué un poste de police dans le sud de la capitale somalienne, ont indiqué samedi des témoins.

“Ce (samedi) matin, j’ai vu quatre civils tués (vendredi soir)… Personne ne sait exactement qui les a abattus”, a déclaré à l’AFP l’un de ces témoins, Ali Sheik Nur.

Des insurgés armés de mitrailleuses et de lance-roquettes ont attaqué le poste de police, situé dans le district de Hodan, vendredi soir, selon des habitants du quartier.

“Les tirs ont duré une trentaine de minutes et les insurgés ont pris le contrôle du poste pendant environ vingt minutes”, a raconté un habitant, Mohamed Adan Jeri.

“Ils ont incendié deux véhicules dans l’enceinte du poste en criant +Allah Akbar+” (Allah est grand), selon un autre habitant, Ahmed Ali Yusuf.

L’armée éthiopienne, qui soutient le gouvernement de transition somalien, a défait fin décembre 2006 début janvier 2007 les tribunaux islamiques qui contrôlaient depuis plusieurs mois la majorité du centre et du sud du pays, dont Mogadiscio.

Depuis, une insurrection d’islamistes se traduit par des opérations de type guérilla, notamment contre des cibles gouvernementales et des soldats éthiopiens. Mais les victimes sont essentiellement civiles.

29/09/07 (B415) AFP : L’Erythrée demande à l’ONU de régler la question frontalière avec l’Ethiopie (Info lectrice)

L’Erythrée a demandé à l’ONU de contraindre l’Ethiopie à mettre en oeuvre immédiatement les conclusions d’une commission internationale concernant leur frontière commune, accusant Addis Abeba de se préparer à l’attaquer.

Dans une lettre adressée jeudi au secrétaire général Ban Ki-moon et mise vendredi sur le site du ministère érythréen de l’Information, le ministre des Affaires étrangères Osman Saleh accuse le pays voisin de se préparer à une agression après avoir menacé de ne plus reconnaître l’accord de paix signé à Alger qui mettait un terme à la guerre des frontières entre 1998 et 2000.

“L’Erythrée demande instamment au Conseil de sécurité de l’ONU d’assumer ses responsabilités juridiques, morales et sécuritaires et de prendre les mesures adéquates pour mettre en oeuvre les décisions de la Commission frontalière Ethiopie-Erythrée (EEBC)” mise en place par l’ONU qui a attribué la localité de Badmé à l’Erythrée, a écrit M. Osman.

“L’Ethiopie semble se préparer à utiliser des moyens illégaux pour renoncer aux accords d’Alger, signalant ainsi son intention de reprendre les hostilités” selon le ministre érythréen.

L’Ethiopie est déjà engagée dans des actions hostiles contre l’Erythrée, selon la lettre envoyée également aux membres du Conseil de sécurité de l’ONU, à l’Union européenne et aux témoins de l’Accord d’Alger.

“L’occupation par les armes du territoire d’un autre Etat est un des principes fondamentaux de la loi internationale parce qu’elle constitue une agression. Le positionnement des troupes éthiopiennes au nord de la frontière internationalement reconnue entre dans cette catégorique”, écrit M. Osman.

Dans un communiqué du ministre éthiopien des Affaires étrangères, Seyoum Mesfin, l’Ethiopie a menacé mardi de se retirer des Accords d’Alger en accusant son voisin de violer les accords et d’occuper la zone démilitarisée à la frontière entre les deux pays.

Addis Abeba accusait notamment Asmara d’avoir “proféré à plusieurs reprises des menaces contre l’Ethiopie, d’avoir quasiment occupé l’intégralité de la zone de sécurité temporaire et imposé de sérieuses restriction à la mission de l’ONU pour l’Ethiopie et l’Erythrée (Minuee)”, chargée de surveiller cette zone tampon

29/09/07 (B415) IRIN : SOMALIE: La malnutrition hante une région autrefois fertile

JOWHAR, 28 septembre 2007 (IRIN) – Autrefois réputées pour être le grenier de la Somalie, les régions centrales des Basse et Moyenne Shabelle sont aujourd’hui frappées par la plus grave crise de malnutrition qu’ait connue cette région du pays depuis de nombreuses années.

« Les populations n’ont pas pu semer leurs champs ni nourrir leurs enfants », selon Christian Balslev-Olesen, représentant national du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) en Somalie.

« La production alimentaire a été terriblement touchée », a-t-il poursuivi. « On constate une augmentation considérable du nombre de personnes qui fuient pour échapper au conflit qui sévit à Mogadiscio [la capitale de la Somalie] et à présent les Shabelle sont confrontées à la menace d’inondations imminentes, les rives du fleuve n’ayant pas été entretenues en raison du conflit et du manque de moyens locaux ».

Selon l’UNICEF, l’accès restreint aux services les plus essentiels en raison du conflit actuel, la dégradation significative de la situation de sécurité alimentaire et la récente épidémie de diarrhée liée aux conditions déplorables en matière d’eau et d’hygiène, ont abouti à un taux global de malnutrition aiguë de 17 pour cent – soit deux pour cent au-dessus du seuil d’urgence.

Sur les quelque 83 000 enfants qu’on estime mal nourris dans le sud et le centre de la Somalie, 35 000 se trouvent en Moyenne Shabelle. Parmi ceux-ci, 8 700 souffrent de malnutrition sévère en Shabelle et sont particulièrement exposés au risque d’y succomber, selon le personnel de l’UNICEF à Jowhar, la capitale régionale.

Selon un autre bilan nutritionnel réalisé en septembre par l’unité d’analyse et de sécurité alimentaire de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) sur 10 sites, les taux de malnutrition aiguë sont supérieurs à 20 pour cent chez les enfants de moins de cinq ans ; le bilan fait également état de signes manifestes de kwashiorkor.

Les inondations répétées ont altéré la qualité de l’eau, dégradé les conditions d’hygiène et détruit les cultures ; la mauvaise production de cultures, causée par l’insuffisance des pluies tombées pendant la période du Gu (pluies longues), a provoqué l’inflation rapide du prix des denrées alimentaires et une perturbation des activités économiques, aggravant d’autant plus la situation.

Ces chocs cumulés, selon les travailleurs humanitaires, ont eu des répercussions négatives sur le bien-être nutritionnel des populations des établissements riverains et agro-pastoraux ruraux, ainsi que sur celui-ci des populations urbaines. Notamment, 25 pour cent des personnes récemment déplacées de Mogadiscio sont actuellement en Basse et Moyenne Shabelle.

Quand bien même, un rétablissement rapide ne sera pas possible sans une amélioration de la sécurité civile et si les pluies courtes du Deyr (octobre-décembre) ne tombent pas normalement. Or, les prévisions ne sont pas favorables. Pis, les mesures prises pour faire face à la situation ont été ralenties par l’absence de nombreuses organisations internationales, le manque de moyens du gouvernement et le soutien insuffisant apporté aux organisations non-gouvernementales (ONG) nationales.

« Au vu du taux élevé de malnutrition, on pourrait s’attendre à voir partout un nombre important de grandes ONG et agences », a expliqué M. Balslev-Olesen. « Mais elles ne sont pas là à cause de la situation de sécurité ».

Le conflit

Pour les travailleurs humanitaires, les flambées de violence qui sévissent actuellement à Mogadiscio, à 90 kilomètres de Jowhar, sont au cœur de la crise humanitaire qui touche le centre de la Somalie.

« Le statut économique de la population a été gravement compromis par la situation de sécurité à Mogadiscio et le coût de certains produits alimentaires a augmenté », selon James Kingori, coordinateur de l’équipe nutritionnelle de l’UNICEF. « L’afflux de PDIP [personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays] dans les Shabelle est un fardeau de plus pour cette population d’accueil déjà touchée par la crise ».

Les affrontements se sont intensifiés à Mogadiscio en décembre lorsqu’une force conjointe composée de soldats somaliens et éthiopiens a expulsé l’Union des tribunaux islamiques de la ville. Depuis lors, la violence générale a forcé les populations civiles, particulièrement les femmes et les enfants, à quitter la ville pour chercher refuge dans des camps tels que celui du Cheikh Omar, à Jowhar.

Selon les estimations des Nations Unies, plus de 400 000 personnes ont fui la ville entre les mois de février et mai. Quelque 115 000 sont rentrées chez elles entre les mois de mai et juin, mais 40 000 autres sont parties en juillet-août.

Précipitations insuffisantes, inondations et mauvaises récoltes

Ces dernières années, la Somalie a cumulé chutes de pluie insuffisantes, inondations et mauvaises récoltes à des degrés variables. « Nous avons eu des crues le long de la Shabelle [fleuve] – les pires en décembre 2006 », a indiqué Hussein Mohammed Dhere, gouverneur adjoint de la Moyenne Shabelle.

« D’un autre côté, plus à l’est, il n’a pas plu depuis deux ans. Et puis, vous avez les communautés du bord de mer qui n’ont rien récolté depuis le tsunami [de décembre 2004]. Et 50 kilomètres à l’ouest de Jowhar, il n’y pas de centre de santé ».

La situation a incité les quelques agences qui opéraient dans la région à intensifier leurs opérations. Le Programme alimentaire mondial (PAM), par exemple, a augmenté le nombre de personnes bénéficiaires de son aide alimentaire – 1,2 million – bien que l’agence ait besoin de 20 millions de dollars pour continuer à opérer au-delà du mois d’octobre.

« Du fait des mauvaises récoltes, des inondations et de l’insuffisance des précipitations, [ces personnes] n’ont pas pu recouvrer leur niveau de sécurité alimentaire initial », a expliqué Chris Baron du PAM, à Dhaygawan, tout près de Jowhar, où l’agence distribuait des rations de nourriture – dans le cadre d’un arrivage de 578 tonnes de denrées, ciblant 29 000 personnes.

« Le statut économique de la population a été gravement compromis par la situation de sécurité à Mogadiscio et le coût de certains produits alimentaires a augmenté »
Nourrir les enfants

Exerçant une légère pression sur le pied de Shoukri Mohammed, un nourrisson de cinq mois, au centre Cheikh Omar de Jowhar, qui abrite 800 familles ayant fui Mogadiscio au cours des six derniers mois, M. Kingori a expliqué : « Cet enfant présente un léger œdème ; il doit suivre d’urgence un traitement de récupération nutritionnelle. S’il y a un retard de traitement ou si son état se dégrade, il sera peut-être trop tard ».

La fillette faisait partie de plus d’une centaine enfants soumis à un examen de dépistage de la malnutrition, le 25 septembre. « Nous avons découvert qu’environ la moitié des enfants souffraient de malnutrition ou y étaient exposés », a observé Mariam Cheikh, responsable d’une ONG locale, qui coordonne la préparation d’une bouillie enrichie, destinée aux enfants touchés.

« Nous allons en envoyer certains au centre de nutrition thérapeutique qui se trouve non loin, à l’hôpital régional de Jowhar », a-t-elle indiqué. Un programme dirigé par Intersos, une ONG italienne, en partenariat avec l’UNICEF.

Le camp, qui porte le nom de son fondateur, est un établissement étroit, situé dans la ville de Jowhar, près de la Shabelle. La plupart des PDIP sont originaires de Jowhar et s’étaient installés à Mogadiscio. Mais la violence les a forcés à rentrer chez eux.

Pour M. Omar, les principaux problèmes auxquels sont confrontés les déplacés – essentiellement les femmes et les enfants – ont trait à l’assainissement, l’alimentation et l’hébergement. « Et ils sont de plus en plus nombreux chaque jour », a-t-il révélé à IRIN.

« Je suis arrivée ici avec mes cinq enfants », a raconté Ubar Abdille, 30 ans, qui dirige la cuisine du camp. « J’ai quitté ce village pour aller me marier à Mogadiscio – et j’y suis revenue parce que c’est le seul village que je connaisse ».

A la question « pourquoi ne retournez-vous pas tout simplement au sein de votre famille, au lieu de rester dans un camp ? », Mme Abdille a répondu : « Ils ne sont pas mieux lotis. Ici, personne ne peut aider les autres ; d’ailleurs, si la paix se rétablissait, je retournerais à Mogadiscio ».

Selon certains travailleurs humanitaires, le nombre élevé d’enfants mal nourris au camp est représentatif de la situation générale. Les plus gravement touchés, y compris lorsqu’ils ne vivent pas dans le camp, sont emmenés dans des centres de nutrition ou à l’hôpital.

D’après Matanei Abraha, directeur de projet sanitaire à l’hôpital régional de Jowhar, 112 enfants mal nourris y ont été envoyés au cours des cinq derniers mois, et 467 autres ont été traités dans les villages et dans six camps de PDIP de Jowhar.

« La capacité du pays à soutenir la croissance normale des enfants est un problème », a estimé Grace Kyeyune, chargée de programme résidente de l’UNICEF pour le centre-sud de la Somalie. « Dans certaines familles, jusqu’à quatre enfants ont grandi dans un centre de nutrition ».

Selon une enquête inter-agences sur les indicateurs [de la malnutrition] réalisée en 2006, la mortalité des moins de cinq ans a diminué, passant de 224 pour mille en 1999 à 135 pour mille en 2006, tandis que l’accès à l’eau salubre a augmenté pour passer de 23 à 29 pour cent, au cours de la même période.

« Si 70 pour cent de la population n’a pas accès à une eau propre, vous n’allez pas cesser de voir des cas de diarrhée », a affirmé M. Balslev-Olesen. « Et nous parlons d’une population au sein de laquelle seuls 22 pour cent des enfants vont à l’école ».

Vingt centres thérapeutiques pour enfants mal nourris ont été mis en place en Moyenne Shabelle, mais la couverture reste insuffisante en dehors des régions riveraines et en Basse Shabelle.

« Nous avons besoin de plus de partenaires », a noté M. Balslev-Olesen. Il est essentiel que les ONG internationales interviennent davantage et que le gouvernement somalien de transition offre un soutien plus engagé, a-t-il ajouté.

« Le gouvernement somalien de transition doit lever tous les obstacles au travail humanitaire – l’insécurité, les impôts et la fermeture d’un certain nombre de pistes d’atterrissage », a-t-il poursuivi. « Les autres organisations internationales doivent également être plus présentes. C’est une question de capacité ».

28/09/07 (B415) RUE 89 / “Voyage organisé” dans un camp de réfugiés somaliens (Info lectrice)

Par Stéphanie Braquehais (Journaliste)

Sentiment de malaise lors d’une visite, organisée par l’ONU, parmi ceux qui ont fui la guerre civile qui fait rage à Mogadiscio.

On appelle cela des “camps”. On aimerait trouver un autre qualificatif. A quelque 80 kilomètres de Mogadiscio, des centaines de milliers de personnes ont fui les combats depuis le printemps et continuent à les fuir.

Chaque jour, la capitale somalienne voit son lot de bombes télécommandées qui explosent, de civils pris en otage dans des affrontements entre les insurgés et les Ethiopiens qui soutiennent le gouvernement de transition. Ils font partie des dommages collatéraux de cette guerre civile qui n’en finit pas, où les conflits entre clans se superposent à des intérêts régionaux et internationaux.

“Vous avez quatre heures sur place”

Sur la route de l’ouest, qui relie Johwar à Baidoa, l’ancien siège du gouvernement de transition, des périmètres de tentes minuscules couvertes de pagnes délavés, serrées à moins d’un mètre les unes contre les autres sont disséminés un peu partout. C’est là qu’un organisme de l’ONU choisit d’emmener la presse internationale basée à Nairobi pour constater “l’urgence”. 80% des déplacés n’ont pas accès à l’eau potable disent les statistiques. Les prix des céréales ont quasiment doublé depuis sept mois. 325000 personnes ont fui Mogadiscio.

L’avion décolle à 4h30 du matin pour atterrir 2h30 plus tard sur la piste défoncée de Johwar. Ensuite, des 4×4 climatisés nous conduisent sur une route qui fut un jour bitumée. Une route construite par les Italiens pendant la colonisation, parsemée de trous béants, laissés par les lourds camions commerciaux et les inondations successives depuis seize ans. Ici, on ne parle pas encore des effets du réchauffement climatique. Les inondations sont dues à la destruction de tous les canaux et barrages construits durant la période de Siad Barré, lorsqu’ il y avait un Etat en Somalie.

Derrière la vitre, des marais peuplés de flamands roses et d’autres oiseaux dont j’ignore le nom, pourraient faire songer un instant que nous partons en Safari et que nous allons voir des animaux. C’est presque ça malheureusement. “Vous avez 4 heures sur place. L’avion décolle à 13h30 dernier délai, nous informe un responsable de cette agence. Restez un instant ici s’il vous plaît, je dois d’abord vous faire un briefing sécurité. Ne vous laissez pas encercler par une foule, gardez toujours un chemin pour vous échapper. Si la tension monte et que les soldats commencent à tirer en l’air, couchez vous par terre.” Ambiance.

Chasse au traducteur

Les journalistes femmes arborent un léger voile sur la tête, comme on leur a recommandé de le faire. En même temps, certaines portent un jean serré et chemisier ajusté… En 2006, lorsque les tribunaux islamiques étaient au pouvoir, on savait qu’il fallait se voiler. Désormais, on ne sait plus très bien. C’est le ramadan, on n’ose pas fumer. Pourtant, un soldat, AK47 sur l’épaule vient nous murmurer en italien de lui filer une clope.

Arrivée dans le premier camp. “Vous avez trente minutes.” C’est alors que la chasse au traducteur fait resurgir les réflexes cyniques et nécessaires du journaliste soucieux de rapporter l’interview de la femme en pleurs qui évoque au travers de phrases sibyllines, les obus sur sa maison, le départ à pied avec ses sept enfants et le soulagement de voir les distributions de nourriture. On joue des coudes pour ne pas partager le scoop. Des attroupements se forment autour de ces Blancs stressés.

-Pourquoi avez-vous fui? Que pensez-vous de la situation à Mogadiscio?

-J’ai peur des bombes, je n’avais pas de nourriture, mais maintenant, il y a l’aide alimentaire. Merci le PAM.

On se croirait au Darfour. Les jenjawids en moins. Soudain, on nous écarte du passage. Des femmes sont en train de crier et de se battre pour obtenir un sac de maïs et paraissent indifférentes aux coups de brindilles que leur infligent des miliciens propulsés soldats depuis quelques mois, qui peinent à contenir cette détresse et redoublent de rage pour se faire respecter.

“A Mogadiscio, les combats sont quotidiens”

Le vice gouverneur contemple la scène sans ciller. “L’administration se met en place, les ministères se forment pour venir en aide à la communauté. Mais nous avons besoin de l’aide internationale”, clame-t-il lors d’une conférence de presse improvisée. “Que pensez vous des Ethiopiens présents à Mogadiscio. Ici, il n’y a pas d’Ethiopiens et c’est la paix, alors qu’à Mogadiscio, les combats sont quotidiens entre les Ethiopiens et les insurgés?” C’est un journaliste de la presse américaine qui l’interpelle. “C’est le gouvernement somalien qui a fait appel à eux pour rétablir la paix.”

C’est l’heure de repartir. Des petites filles, âgées d’une douzaine d’années s’approchent et désignent le voile que je porte sur la tête. Elles me font signe de le resserrer un peu. Elles rient. Un photographe les prend en photo, leur montre le résultat. Les yeux ronds, elles approchent leur doigt sans oser toucher cette image qu’elles ont peine à reconnaître. Petit instant de grâce, début d’échange, que le chauffeur de la 4×4 climatisée rompt soudain en actionnant la fermeture des vitres. Pschitt ! D’un geste de la main, il les invite à s’écarter. Elles s’enfuient en courant, puis elles reviennent, font au revoir de la main. Ciao, Ciao sussurent-elles en chœur