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06/04/08 (B442) AFP / Le Ponant toujours au large de la Somalie et suivi par l’armée française (Info lecteur)

PARIS (AFP) – dimanche 06 avril 2008 – 10h40 – Le voilier de croisière de luxe Le PONANT, sur lequel des retiennent une trentaine de membres d’équipage, faisait toujours route dimanche matin au large des côtes somaliennes, se dirigeant vers une destination inconnue, a indiqué le ministre de la Défense Hervé Morin.

“Nous sommes toujours dans cette phase de pirates qui continuent à naviguer et que nous suivons à distance avec des moyens militaires qui nous permettent d’avoir une parfaite observation et connaissance de la situation,” a déclaré M. Morin sur Europe 1.

Le voilier, qui appartient à une filiale de la CMA-CGM et a été attaqué vendredi par les pirates à l’entrée du golfe d’Aden, navigue “au large des côtes dans les eaux territoriales somaliennes, et nous avons l’accord des autorités somaliennes pour suivre le bateau”, a poursuivi le ministre.

Le Ponant est suivi depuis vendredi par l’aviso Commandant Bouan de la Marine nationale française, qui se trouvait dans la zone dans le cadre de la force maritime internationale anti-terroriste “Task Force 150”.

M. Morin a précisé que les autorités n’avaient pas d’indication sur la destination du Ponant et n’avaient toujours reçu aucune communication ou demande de rançon des pirates. “En général, ils (les pirates) font demande de rançon lorsqu’ils sont arrivés à terre,” a-t-il relevé.

Alors que le Premier ministre François Fillon a souligné samedi que la priorité était la sécurité de l’équipage –une trentaine de Français et une dizaine d’Ukrainiens– M. Morin a assuré que la décision sur une éventuelle intervention “ne peut être prise qu’avec la certitude que ça se fera dans des conditions de sécurité qui préservent l’intégrité de l’équipage”.

“Voyons comment les choses évoluent et continuons à suivre ce bateau pour être en mesure de pouvoir nouer les contacts ou mener telle ou telle opération en fonction de la situation”, a-t-il poursuivi.

Le gouvernement avait déclenché dès vendredi le plan “Pirate-mer”, qui permet de mobiliser notamment des unités d’élite telles que les Commandos Marine, dont certains détachements peuvent se trouver sur des navires de la Marine nationale, et le Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale.

Alors que les premières photos du Ponant après l’attaque montrent des pirates sur le pont supérieur et deux petits canots à moteur remorqués par le navire, M. Morin a expliqué ne pas avoir de détails sur le déroulement de l’attaque.

Il a toutefois relevé que les pirates attaquaient souvent “à partir de canots rapides”, sans exclure la présence d’un bateau plus important à partir duquel les canots auraient mené m’assaut.

Le dernier (25/31 mars) rapport anti-piraterie du Bureau maritime international (IMB) mettait en garde sur la possible présence dans la zone somalienne de “+bateaux-mères+ capable d’opérer très au large pour lancer des canots pouvant attaquer et détourner des navires”.

Un responsable de la région semi-autonome somalienne du Puntland avait fait état samedi d’informations selon lesquelles les pirates se dirigeraient vers la zone côtière de Eyl, à environ 800 km au nord de Mogadiscio.

C’est dans ce secteur qu’un remorqueur russe et ses six membres d’équipage avaient été retenus en otage du 1er février au 17 mars dernier, avant d’être libérés contre une rançon de 700.000 dollars (450.000 euros).

Les côtes somaliennes sont l’une des régions les plus périlleuses au monde pour la navigation. La Somalie est ravagée par la guerre civile depuis 1991 et n’a pas de pouvoir central fonctionnel

06/04/08 (B442) Avertissement du Gouverneur de l’Hiiran aux commanditaires des insurgés somaliens : ils seront arrêtés et incarcérés à perpetuité – Somali insurgent backers warned (En Anglais – Info lecteur)

The Governor of Somalia’s Hiiran region has publicly announced those who support the insurgents would be arrested and held indefinitely.

The governor made his announcement in the Hiiran town of Baletweyn while he was backed by three tanks and hundreds of soldiers, Press TV correspondent reports.

Women, children and elders were forced to attend the press conference where he warned against siding with the opposition Islamic Courts Union (ICU) and al-Shabab fighters, threatening arrest, incarceration and the death penalty.

Hiiran residents say it is the Ethiopian policy to ‘divide and rule’, as well as assisting the governor in carrying out such heinous crimes as setting fire to civilian areas.

06/04/08 (B442) BBC : interview de Jean-Paul Noël Abdi en Somalie par Amina Mousse Weheliye. (Résumé traduit en Français – En cas d’erreur d’interprétation, se reporter à la version en langue Somalie)

Diffusée par la BBC le 5 avril 2008 en langue Somalie.

Jean-Paul Noël Abdi, Président de la LDDH (JPNA) :
Dès sa création en 1999 à l’époque du conflit civil dans le Nord et le Sud Ouest du pays, la Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH) a dénoncé toutes les exactions contre les civils et à chaque qu’elle a pu obtenir le nom des victimes, elle a immédiatement publié.

Pour avoir alerté l’opinion sur la réalité de ce conflit, les membres de la LDDH ont été intimidés à plusieurs reprises à la fin de l’année 1999.

Même récemment, j’ai été arrêté, condamné et emprisonné pour avoir témoigné de la découverte d’un charnier datant de l’époque où j’étais député.

La seule erreur est d’avoir indiqué que ce charnier était situé à proximité de la résidence du Chef de l’Etat.

Si le fait de témoigner est un crime, alors il faut le préciser.

Question d’ Amina M. WEHELIYE (AMW) : Si le Président de votre organisation est dans la ligne de mire des autorités, alors comment pouvez-vous mener vos activités de défenseur ?

JPNA :
J’ai été député pendant 20 ans, je sais comment fonctionne l’Administration, la Police, et comment ils travaillent dans le contexte de la répression.

La plupart de nos membres ne sont pas visibles, nous évoluons dans une semi clandestinité – comme un Iceberg -.

Ce qui ne nous empêche pas d’ouvrer pour la promotion des droits humains, d’ailleurs – nous avons été reconnus d’emblée sur le plan international et régional –

Une des principales missions de la LDDH est de favoriser le dialogue social et politique – tout comme ses Appels à la Paix lors du conflit -.

Nous avons, à plusieurs reprises, lancé des Appels aux Dialogues, mais le Pouvoir reste sourd et muet à nos messages.

Même avant les dernières élections – législatives – nous avons demandé au Pouvoir et à l’Opposition de dialoguer.

Le Pouvoir a ignoré nos Appels.

Il en a même profité pour proférer des insultes et des menaces.

AMW : Quels sont les réels motifs de friction entre les Autorités et vous ?

JPNA :
En fait, c’est le refus du Dialogue.

Quand un conducteur s’admire dans son rétroviseur, il ne peut pas voir la route !

C’est ce que fait notre Chef d’Etat.

Son entourage ne fait que l’applaudir et personne n’ose lui dire la vérité, pire encore, il ne nous écoute même pas.

Pourtant, notre Devoir de Défenseur est celui d’éviter à notre pays les affres d’une nouvelle guerre civile.

C’est la raison pour laquelle nous continuons à dénoncer ce qui ne va pas dans le domaine social.

Notre pays est victime d’une prédation généralisée des Fonds et des Biens Publics.

Nous avons, à maintes reprises, demandé à ce qu’on mette fin à cet état de choses, peine perdue, les choses s’aggravent de jour en jour.

Quelques exemples : personne ne sait où passe l’argent du Port, de l’Aéroport, de l’EPH (ancien Etablissement d’Hydrocarbure privatisé par Décret « en faveur de hauts fonctionnaires »).

Même l’Assemblée ignore où va l’argent du Port.

Par ailleurs, le loyer des bases militaires occidentales nous rapportent 90 millions de Dollars par an.

Et pourtant cette manne n’arrive même pas aux populations.

AMW : vous étiez pendant longtemps parlementaire, à présent vous êtes défenseur, en quoi vous concerne l’argent public ?

JPNA :
Lorsque nous voyons que l’Aide Extérieure destinée au Peuple ne lui parvient
pas, c’est la faute de la prédation !

Nous dénonçons cette situation inadmissible et intolérable !

06/04/08 (B442) Guelleh ferait-il appel à des condamnés français pour voler au secours de son image de marque fortement dégradée ? Dans la série, cette semaine, Michel Roussin a été coopté en urgence absolue dans l’Ordre des Brosses à Reluire. Contrairement à la tradition et compte-tenu des hautes qualités de l’impétrant (repris de Justice, condamné en première instance à 4 ans de prison avec sursis, puis en Appel et en attente d’un pourvoi en cassation), c’est Dileyta, tout revigoré par sa reconduite au poste de P.M. qui a tenu à faire l’éloge du candidat.

Convoqués en urgence absolue, les membres de l’Ordre des Brosses à Reluire se sont réunis ce dimanche matin en Assemblée générale extraordinaire sur un ordre du jour unique : la demande de cooptation déposée par Michel Roussin et soutenue personnellement par le dictateur de Djibouti Guelleh.

Accueillant les membres de l’Ordre prestigieux, Dileita a pris immédiatement la parole pour annoncer qu’il ferait lui-même l’éloge de ce candidat aux talents multiples. Chacun a bien compris que Dileita n’irait pas cueillir aujourd’hui ses fraises, comme il se plait à le faire, chaque jour, pour occuper ses journées qui seraient bien moroses et bien monotones sans cela, puisque ils est totalement dépourvu de pouvoir de décision et d’action …

Dileita a d’abord rappelé que Michel Roussin présentait toutes les garanties requises pour être coopté. Ami de Chirac, relation de Guelleh, repris de justice, condamné à de la prison avec sursis, condamnation confirmée en appel et faisant l’objet actuellement d’un pourvoi en cassation, il avait été mis en examen à plusieurs reprises dans des dossiers de corruption et d’abus de biens sociaux, en liaison avec des affaires dans lesquelles son “parrain”, Chirac était largement cité … Il a précisé qu’aus surplus Michel Roussin avait déjà effectué un premier séjour d’une petite semaine en prison préventive …

Dileita a pris ensuite l’intégralité de l’Article qui a été publié par la revue “L’intelligence du monde” (Jeune Afrique ???) et il a tenu à lire quelques extraits sous le titre “Djibouti que j’aime” et la signature de Michel Roussin.

(..) “La riviera du Golfe et de la Corne de l’Afrique. Djibouti, qui joue à fond la carte de l’intégration régionale en exploitant son appartenance au Comesa, le marché commun de l’Afrique australe et orientale, riche de 400 millions de consommateurs, ambitionne de devenir la plate – forme de services de la sous- région et un hub commercial international.

Un Dubaï africain, en somme, conformément à la vision du président Guelleh, ce qui lui a valu d’être réélu en 2005 pour un second mandat de six ans. (..)

(…)Un nouveau contrat social. Longtemps restée à l’état de vœu pieux, la diversification de l’économie est en marche, et s’étend à l’agriculture et l’élevage. Mais le pays, qui compte aujourd’hui près de 800 000 habitants, connaît d’autres mutations. Une profonde modernisation politique et sociale est à l’œuvre. Le multipartisme intégral a été instauré en 2002.

La décentralisation, à travers la création de cinq régions administratives dotées d’une large autonomie, et de conseils élus, est une réalité depuis 2006.L’approfondissement de la démocratie passe aussi par une plus grande participation des femmes en politique. Elles sont 15 % à siéger au Parlement issu des élections du 8 février 2008.

L’Etat a vigoureusement repris l’initiative sur le plan social. L’Initiative nationale pour le développement social (INDS) doit, par exemple, permettre aux catégories les plus fragiles de la population de profiter des fruits de la croissance. Une université pluridisciplinaire a ouvert ses portes en 2006. Une école de médecine, résultant d’une coopération tripartite impliquant les gouvernements djiboutien et tunisien et l’Organisation mondiale de la santé a accueilli, le 4 novembre 2007, sa première promotion de trente-cinq élèves.” (…)

Dileita interrompu par une salve d’applaudissements, il a fallu que Yacin Elmi Bouh, en sa qualité de Vice-Président agite la cloche de service, pour demander un peu d’attention. Le calme revenu, il a offciellement proposé la cooptation de Michel Roussin. C’est à mains levées et à l’unanimité, que les Membres ont approuvé cette proposition, manifestant une satisfaction extrème.

Avant la traditionnelle remise des insignes, Aref a levé la main pour demander la parole, qui lui a été accordée :

“Chers Chevaliers, je tiens à rappeler que l’Ordre des Brosses à reluire, auquel je suis si fier d’appartenir avec le Grade de “Corbeau repenti”, doit s’enorgueillir d’accueillir de plus en plus de Chevaliers étrangers. Autrefois limité à nos seuls compatriotes, l’Ordre étend désormais sa sphère d’influence au-delà de nos frontières.

C’est bien la preuve que tout le travail conduit pas notre guide incontesté, Ismaël Omar le Grand, assisté de son épouse la Grande RPP, porte ses fruits et que Djibouti dominera bientôt la pensée internationale. Son régime merveilleux entièrement dévoué à nos profits, (à nous, les obligés du couple princier NDLR) fera école et sera copié et adopté dans le monde entier. Monsieur le Vice-Président, merci de m’avoir donné la parole pour cette mise au point amplement nécessaire.”

Reprenant la parole, Yacin Elmi Bouh a demandé à ce que Michel Roussin soit introduit dans le “saint des saints” pour y recevoir médaille, décoration et grade.

Monsieur Michel Roussin,
condamné par la justice pénale de votre pays,
proche de Chirac, ami de Guelleh,
nous sommes heureux de vous accueillir
et de vous introniser dans l’Ordre des Brosses à reluire.

Je vous remets les insignes que vous devrez porter
en toute circonstance, en particulier en présence
de Guelleh et de Chirac, nos modèles absolus de perfection et de vertu.

Vous êtes reçu au Grade d’
“Enjoliveur des réalités troubles”

05/04/08 (B442) Certains lecteurs nous écrivent de temps à autre, pour regretter que le site de l’ARDHD qu’ils consultent souvent pour la qualité des informations centrées sur Djibouti et sa région, diffusent aussi des dessins humoristiques et des articles parfois moqueurs. Roger Picon leur répond.

L’humour est le ferment de la liberté, la graine même de la dignité humaine.

L’humour est ce qui reste pour exprimer la liberté et la dignité humaines lorsque s’abat l’interdit tel que le vivent hélas les populations djiboutiennes. Dénoncer ou proscrire l’exercice de l’humour, c’est servir l’intention totalitaire qui se cache toujours sous l’invocation de valeurs qui échapperaient à l’examen humain.

La seule valeur qui puisse être invoquée sans tomber dans ce travers, parce qu’elle conditionne et garantit le respect de toutes les autres, c’est ” la libre circulation des idées par le biais de la parole, de l’écrit ou de l’image “. L’humour rend libre ; mieux, il reconnaît d’avance la liberté de tous ceux qui y participent, y compris celle de ne pas y souscrire.

A ce titre, il participe essentiellement de l’humanisme. L’humour, nous le savons, fut et demeure l’arme ultime que nul pouvoir ne peut contraindre, et c’est pourquoi il fut à la fois dans l’histoire le trait distinctif de la nation la plus précocement libre, l’Angleterre, et le suprême recours des sujets des tyrannies ou des persécutions.

Il est le ferment de la liberté, la graine même de la dignité humaine. L’humour est un art de l’instant, l’arête même du présent – et l’on sait qu’avaler une arête n’est pas toujours si facile ! Il saisit la vérité des choses fondamentales, celles qui structurent la durée. Il fait réfléchir.

Même Napoléon, qui fut sans doute le degré zéro de l’humour, reconnaissait qu’”un bon dessin vaut mieux qu’un long discours ” !

05/04/08 (B442) LE MONDE / La piraterie maritime inquiète gouvernements et assureurs

La nouvelle politique de la Lloyds, la très sérieuse et très ancienne compagnie d’assurances londonienne, est entrée en vigueur depuis le 1er janvier. Depuis cette date, les armateurs dont les navires — qu’il s’agisse de porte-conteneurs, de vraquiers, de pétroliers ou de bateaux de croisière — naviguent dans des eaux considérées comme dangereuses car fréquentées par des bandes organisées de pirates, devront souscrire une police similaire à celles proposées pour couvrir un risque de guerre.

D’après le quotidien britannique The Times, cette décision a été prise après l’attaque, samedi 5 novembre 2005, à 100 milles des côtes de Somalie, du Seabourn-Spirit, un paquebot-yacht avec plus de 300 passagers à bord. Des pirates en vedettes rapides, armés de lance-roquettes, ont voulu s’emparer du bateau qui a réussi à prendre la fuite en dépit d’un tir qui avait endommagé sa coque. Pour la Lloyds, plutôt blasée depuis plus de 300 ans qu’elle assure les bateaux de commerce, ce fut la flibuste de trop.

Les eaux de Somalie ont d’ailleurs été classifiées comme “zone de guerre”.

Le drapeau noir n’a jamais cessé de flotter sur les mers. Mais aujourd’hui, les pirates sont mieux équipés et plus violents. Et les enjeux économiques sont prépondérants. Selon la Conférence des nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), plus de 80 % du commerce mondial, soit près de 6 milliards de tonnes de produits, sont acheminés, pour l’essentiel, à bord de plus de 46 000 navires desservant près de 4 000 ports. Certaines autoroutes des mers sont particulièrement vulnérables, à l’instar du détroit de Malacca que franchissent chaque année entre 50 000 et 70 000 bateaux obligés à une navigation au ralenti en raison des faibles profondeurs. Ils deviennent alors des proies plus faciles.

Selon le dernier rapport du Bureau maritime international (BMI) publié le 8 novembre 2005, il semblerait que les actes de piraterie aient un peu diminué : 205 ont ainsi été recensés sur les neuf premiers mois de l’année 2005 contre 251 sur la même période de 2004. Aucun membre d’équipage n’a trouvé la mort, mais 259 ont été pris en otage et 19 ont été blessés.

Les côtes d’Indonésie, de Chine orientale, de Somalie, du Nigeria ainsi que la mer de Chine méridionale sont parmi les plus dangereuses.

Soit on y attaque les navires au mouillage qui attendent une place à quai, soit on les pourchasse. Les écumeurs des mers ne manquent ni d’audace, ni d’imagination : abordages à la nuit tombée, couteaux entre les dents ou, déguisés en agents des douanes ou de l’administration, ils procèdent à de faux contrôles. Leurs objectifs varient.

Dans le meilleur des cas, ils enferment les marins, volent la marchandise puis s’enfuient. Mais souvent, ils s’en prennent à l’équipage et s’emparent du navire. Serge Roche, chercheur au Centre de recherche des menaces criminelles contemporaines (université Paris-II), raconte dans un mémoire réalisé en 2000 l’histoire du Jupiter 8, un cargo disparu sans laisser de traces entre l’Indonésie et la Corée du Nord. Après avoir été inscrit sous trois identités différentes auprès du consul du Panama à Singapour, il a été retrouvé à Shanghaï, avec un faux équipage y compris le capitaine qui avait acheté sa licence à Bangkok pour 8 euros environ.

Les chiffres du BMI doivent être relativisés. Selon la Lloyds, il y aurait, en réalité, plusieurs centaines d’actes de piraterie chaque année qui ne sont pas officiellement déclarés.

Le BMI estime lui-même qu’une attaque sur huit seulement serait rapportée. S’il n’y a pas mort d’homme, les armateurs préfèrent se taire. Et on comprend bien pourquoi.

Pas question, en effet, de trop affoler les entreprises qui font encore confiance au transport maritime pour acheminer leurs produits d’un continent à l’autre. De même, signaler une agression, c’est lancer une enquête policière — sans aucune certitude qu’elle aboutisse —, qui nécessitera l’immobilisation du navire dont le coût est compris entre 15 000 et 30 000 euros par jour.

Malgré la complexité à saisir l’ampleur réelle du phénomène, la communauté internationale est consciente de la nécessité d’intensifier la lutte contre la piraterie en mer. Surtout que, selon le BMI, “plusieurs signaux inquiétants laissent penser que la nébuleuse terroriste s’intéresserait au secteur maritime” et que les bandes organisées et les mafias à l’oeuvre pourraient lui servir de relais. Les mesures de sécurité ont d’ailleurs été largement renforcées depuis les attentats du 11 septembre 2001.

Le chemin est semé d’embûches.

Juridiques, pour commencer. Selon l’article 101 de la Convention de 1982 des Nations unies, le crime de piraterie n’existe “qu’en haute mer”, l’attaque de navires dans les eaux territoriales est un simple hold-up — ce qui explique pourquoi la plupart des attaques ont lieu non loin des côtes.

Néanmoins, tout navire de guerre naviguant dans les eaux internationales doit arraisonner des pirates et les remettre aux autorités de son pays. Une répression largement insuffisante qui, du coup, permet à des entreprises privées de sécurité (Kroll, Maritim Risk Management, etc.) d’offrir leurs services : escortes et détectives privés, souvent d’anciens officiers des services de renseignement britanniques.

Depuis le 1er juillet 2004, le BMI demande aux armateurs d’équiper tous leurs gros cargos d’un système d’alerte par satellite (Shiplock) réceptionné par des opérateurs à la veille 24 heures sur 24. Une protection plus efficace que la radio, première cible des pirates quand ils montent à bord.

Mais la seule réponse solide viendra d’une large coopération internationale, seule capable d’affronter les organisations criminelles qui savent utiliser à bon escient la mondialisation, aussi bien en termes de circuits de financement que d’information. Et comme pour les questions de blanchiment de l’argent sale, beaucoup reste à faire.

Marie-Béatrice Baudet

05/04/08 (B442) Le Monde : Attaque du “Ponant” : les autorités françaises n’ont pas de contact avec les pirates.

Les autorités françaises n’ont pas eu de contact avec les pirates qui se sont emparés vendredi 4 avril du Ponant, un voilier de croisière de luxe français au large de la Somalie, retenant une trentaine de membres d’équipage, a indiqué, samedi 5 avril, le ministre de la défense, Hervé Morin. “Nous n’avons eu aucun contact, ni avec l’équipage du bateau, ni avec les pirates,” depuis l’attaque, a indiqué le ministre, interrogé sur France Inter sur une éventuelle demande de rançon, pratique habituelles des pirates qui opèrent au large des côtes somaliennes.

Il s’est refusé à toute précision sur les plans des autorités, qui ont déclenché vendredi le plan “Pirate-mer”. Ce plan prévoit notamment l’intervention possible d’unités d’élite entraînées notamment à intervenir contre des pirates telles que les Commandos Marine, dont certains détachements peuvent se trouver sur des navires de la Marine nationale, et le Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) cantonné en région parisienne.

Des groupes de ces deux unités ont été mis en alerte, mais les forces françaises étaient toujours samedi dans une “phase d’obervation”, selon des sources proches des opérations interrogées par l’AFP. Les forces françaises suivent le voilier avec un hélicoptère et l’aviso Commandant Bouan, détourné temporairement de sa mission liée à l’opération ”Liberté immuable”.

Le Ponant avait été survolé vendredi par un hélicoptère militaire français pour s’assurer que des pirates étaient bien à bord, après un appel de détresse. “Ce qui se passe en général c’est que les pirates vont dans les eaux territoriales somaliennes et c’est ensuite que, parfois, il y a des revendications particulières, qui sont souvent des demandes de rançon”, a déclaré M. Morin.

L’attaque a été, “a priori, conduite par une dizaine d’hommes” et “concerne une vingtaine de Français”, selon le ministre de la défense.

L’armateur CMA-CGM, propriétaire du Ponant, avait indiqué vendredi que l’équipage comptait une trentaine de membres, “en majorité” Français, les autres étant Ukrainiens. Au moment de l’attaque, le trois-mâts naviguait sans passagers pour regagner la Méditerranée depuis les Seychelles. Il a été abordé par des pirates alors qu’il se trouvait dans le golfe d’Aden, qui mène à la mer Rouge et au Canal de Suez.

05/04/08 (B442) Le Monde avec AFP : Somalie: les pirates du bateau français font route vers le nord-est du pays (autorités locales) (Info lecteur)

Les pirates qui ont pris de contrôle vendredi d’un voilier de luxe français dans le Golfe d’Aden se déplaçaient samedi vers une zone côtière du Puntland (nord-est de la Somalie) dans l’océan Indien, selon un responsable de l’administration de cette région semi-autonome.

“Nous avons reçu des informations selon lesquelles les pirates qui ont attaqué un bateau français avec son équipage se sont déplacés vers la zone côtière de Eyl, au Puntland”, a déclaré samedi à l’AFP un responsable de la région du Puntland, Bile Mohamoud Qabowsade.

Eyl est un village situé à environ 800 km au nord de Mogadiscio.

Selon la même source, les pirates faisaient route dans cette direction mais n’avaient pas encore atteint cette localité.

Des pirates ont pris d’assaut vendredi le grand voilier de luxe français Le Ponant, qui croisait sans passagers au large de la Somalie, et ont pris en otage une trentaine de membres d’équipage, en majorité français.

“Je ne pense pas que notre administration puisse faire quoi que ce soit pour localiser le bateau en raison de la difficulté d’accès à la zone”, a-t-il ajouté.

“Nous n’avons pas de message des ravisseurs pour le moment et nous ne savons pas ce qu’ils vont demander. Je pense qu’on ne pourra se débarrasser de ces pirates qu’avec l’aide de la communauté internationale”, a-t-il précisé.

La zone de Eyl est réputée pour être un des repaires de ces pirates. Le 17 mars, le Svitzer Korsakov, un remorqueur de fabrication russe appartenant à une société danoise, avait été libéré dans la même zone par des pirates, avec ses six membres d’équipage sains et sauf, moyennant une rançon de 700.000 dollars selon les autorités locales somaliennes.

Les côtes somaliennes sont périlleuses pour la navigation: des pirates y attaquent régulièrement les navires pour s’emparer de leur cargaison et obtenir le paiement de rançons.

La Somalie est ravagée par la guerre civile depuis la chute du président Mohamed Siad Barre en 1991.

Le Puntland, région semi-autonome de Somalie, a été fondé en juillet 1998 par Abdullahi Yusuf Ahmed, devenu depuis président des institutions de transition somaliennes.