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30/05/2012 (Brèves 001) Démission de Cassim Ahmed Dini de ses fonctions de conseiller politique du Président de l’ARD – Grande confusion entre les partisans de l’immobilisime et ceux qui se battent pour le changement.

Selon des sources concordantes et dignes de foi, nous apprenons que Cassim Ahmed Dini aurait démissionné de son poste de conseiller politique du président de l’ARD pour cause de divergence grave.

Il attendrait la tenue d’un congrès extraordinaire afin que les militantes et militants tranchent en toute sérénité entre deux voies : celle d’une partie de la Direction optant pour un immobilisme confinant à la compromission avec la dictature et la sienne préconisant une résistance multiforme. Il n’excluerait pas un éventuel recours à des actions armées, lorsque tous les autres moyens pacifiques auront été épuisés.(*).

Les rumeurs vont bon train à Djibouti et sur la Place Ménélik, lieu des accolades entre opposants impuissants.

On raconte même que Cassim Ahmed Dini aurait pu avoir conclu secrètement un pacte pour rejoindre son ennemi juré IOG.

Quand le dénigrement et la confusion (conséquence d’une certaine bienveillance de certains opposants face au pouvoir dictatorial) arrivent à un tel niveau, les Djiboutiens ne peuvent qu’espérer une clarification rapide !

(*) L’ARDHD ne soutient pas le recours à la lutte armée.

17/02/99 (LIB 001) POURQUOI UN PROCES ?

Officiellement, Me Aref
est poursuivi pour tentative d’escroquerie au détriment de ses clients, dans
une affaire commerciale remontant à 1994. Les faits, sont totalement contestés
par la défense.
Il s’agit de la vente aux enchères de la cargaison d’un cargo, dont la mise
à prix ne pouvait être inférieure à 1 300 000 $ US. La veille de la vente
aux enchères, le 14.8.1994, un accord intervient entre les parties, et il
est décidé, de commun accord de reporter la vente.
Le 15.8.1994, Me Aref sollicite le report de la vente en raison de l’accord
intervenu. Le juge de l’adjudication, outrepassant ses pouvoirs:
1 – refuse de reporter la vente;
2 – procède à la vente à un prix inférieur au prix de réserve fixé à 1300
000 $ US.

Me Aref, seul avocat présent
à l’audience, tente de limiter les dégâts en enchérissant au prix de 1 000
000 $ US pour une société présente (Ce montant correspondait au montant de
la créance de ses clients);

Si
Me Aref n’avait pas enchéri au prix de 1 000 000 $ US, le juge qui n’était
plus à une irrégularité près, aurait procédé à la vente des marchandises’
pour un prix bien inférieur.

La Cour d’appel de Djibouti,
dans un arrêt du 4.9.1994 a annulé la vente, pour excès de pouvoir du Juge
de I’adjudication :

« Le juge n’avait pas
la possibilité de procéder a la vente malgré la demande de report formulée
par les parties;
Le juge de l’adjudication ne pouvait, de sa propre autorité, fixer la mise
à prix à un taux inférieur que celui prévu par l’ordonnance; Le juge ne pouvait
que renvoyer la cause;
Le juge de l’adjudication… a outrepassé ses pouvoirs, et dénaturé la vente
volontaire pour laquelle il était saisi… en une vente publique forcée par
la justice, et qu’il aurait pu mener librement. »

Si
des irrégularités ont été commises, elles sont dues uniquement au juge et
non à Me Aref. Le pouvoir judiciaire s’est servi de cette affaire pour faire
tomber Me Aref dans un véritable piège. En tant qu’avocat de la défense, j’ai
pu constater que ce procès n’était qu’une parodie de justice.

21/04/99 (LIB 001) Plus de cent personnes ont manifesté le 21 avril devant l’Ambassade de Djibouti à l’appel du Comité de soutien aux grévistes de la Faim et de nombreuses associations.

Nous
appelons
tous les hommes politiques
et toutes les associations
à faire pression d’urgence
sur le gouvernement français

Afin

  • d’exiger la libération
    de tous les prisonniers politiques incarcérés à Djibouti et des soins immédiats
    pour les blessés et les malades,

    et
    le rétablissement des règles démocratiques,
  • de soutenir les
    grèvistes de la faim et la cause qu’ils défendent,

  • de dénoncer
    la fraude électorale massive commise par le candidat Ismaël
    Omar GUELLEH,

  • d’alerter l’opinion
    publique sur toutes les exactions commises par le Gouvernement djiboutien
    et de faire cesser la torture et
    toutes les formes de violence à l’encontre de la population civile,

  • d’exprimer l’indignation
    des français, des djiboutiens et de tous les hommes libres,

17/02/99 (LIB 001) QUI EST Me AREF?

Me Aref est
avocat au Barreau de Djibouti, militant bien connu des Droits de l’Homme en
Afrique depuis plus de 20 ans. Il s’est illustré par ses prises de position
en faveur des prisonniers politiques dont il a assuré la défense.
Il a passé 18 mois en prison en 1991-92, pour ses prises de position courageuses,
avant d’être finalement acquitté par le Tribunal de Sûreté de la république,
sous la pression de la communauté internationale.

En décembre
1998, Me Aref s’est vu confisquer illégalement son passeport à l’aéroport
de Djibouti, alors qu’il devait se rendre à Paris pour les cérémonies du 50°
anniversaire de la Déclaration des Droits de l’homme : il devait intervenir
pour dénoncer la violation des droits de l’Homme à Djibouti.
Me Aref a effectué différentes missions pour Amnesty International;

Depuis 1997,
il a fait l’objet d’une suspension temporaire d’exercer, à la demande du Procureur
Général, dans le cadre du procès en cours.

21/05/99 (LIB 001) ASSOCIATION SURVIE C O M M U N I Q U E

Pourquoi
les autorités françaises reçoivent-elles avec empressement le nouveau président
de la République de Djibouti, M. Ismaël Omar GUELLEH, étroitement associé
aux violations des droits de l’homme commises sous le régime de son prédécesseur
Hassan Gouled APTIDON ?

Ismaël
Omar Guelleh, frauduleusement élu à la présidence de la République de Djibouti
le 9 avril dernier, sera en visite officielle à Paris le 25 mai.

A peine
proclamé le résultat du scrutin, Jacques Chirac a chaleureusement félicité
le nouvel « élu », l’aviation française a exécuté un amical survol de la capitale
djiboutienne, le ministre de la Coopération a oublié sa promesse de réviser
sa politique avec qui ne respecterait pas les droits de l’homme, et un émissaire
français s’est rendu à Djibouti – sans doute prendre les mesures nécessaires
pour maquiller M. Guelleh en démocrate.

Si la
rectification de l’image de M. Guelleh était une condition de sa venue en
France, il ne semble pas que l’exigence française aille au delà d’un léger
vernis.

Ancien
directeur de cabinet du président Aptidon – dont il est le parent – M. Guelleh
a été en charge de la sécurité intérieure de Djibouti depuis l’indépendance,
en 1977.

En matière
de respect des droits de l’homme, ce n’est pas un champion. Il est associé
à tout ce qui fait la routine du pays. Torture, discrimination ethnique, emprisonnement
d’opposants politiques, conditions carcérales indignes, fonctionnement caricatural
de la justice, entrave à l’activité des militants pour le respect des droits
fondamentaux, récente mise « hors d’état de nuire » de leur défenseur Me Aref
… sous le nez de la France qui n’en a cure.

Il semble
que la France considère sa présence militaire à Djibouti nécessaire au maintien
de la « stabilité » de la région. C’est une manière de voir que de nombreux
Africains ne partagent pas.

On
peut se demander, avec ceux là, si la longue présence militaire française
en Afrique a été profitable à la stabilité du continent. On peut aussi regretter
amèrement que notre pays juge convenable de recevoir en grande pompe un dirigeant
africain qui mériterait un traitement plus circonspect.

17/02/99 (LIB 001) SITUATION POLITIQUE

Des élections
présidentielles auront lieu le 9 avril prochain.
Le
parti du Président de la république Hassan GOULED (R.P.P., Rassemblement Populaire
pour le Progrès) a eu droit à plus de 6 heures d’antenne pour présenter son
programme le 11 février dernier.
Le neveu du Président, I.O.G (Ismaël Omar Guelleh), chef du service de
sécurité, dirige le pays depuis plusieurs années et sera le candidat officiel
du parti au pouvoir (le Président ne se représentant pas).
Quant à l’opposition, celle-ci est muselée: elle n’a aucun droit d’antenne
et la manifestation du vendredi 12 février, pour faire connaître son programme
a été sévèrement réprimée par les forces de l’ordre, alors qu’elle avait été
autorisée par le Ministre de l’Intérieur (mise en garde à vue des personnalités
de l’opposition dont Me Aref, etc..

La rumeur
publique a décidé que Me Aref serait le candidat de l’opposition pour les
présidentielles, raison pour laquelle un mandat de dépôt a été décerné à l’audience
du 15 février.

De
nombreuses personnalités politiques sont déchues de leurs droits civiques
et politiques ou incarcérées, pour avoir oser dénoncer l’Etat autoritaire
au pouvoir.

28/04/99 (LIB 001) Comment signer et retourner l’appel à l’initiative de Mariam Hassan ALI ?

Situation
des Droits de l’Homme
en République de DJIBOUTI,
petit état de la Corne de l’Afrique,
indépendant depuis le 27 juin 1977,
après un peu plus de cent ans
de colonisation française
et abritant la base militaire française
la plus importante en Afrique.

 

Le
13.09.95,
trois
cents (300) instituteurs en grève a l’appel de leur syndicat ont été radies.

Lors de manifestations,
les forces de l’ordre n’ont pas hésité à tirer sur les élèves, blessant l’élève
HOUSSEIN ABDILLAHI MOHAMED de la 5ème du collège de Boulaos le 18.12.95 et
tuant MOHAMED IDRISS le 09.01.96, élève du collège d’Ali-Sabieh.

Le
14.01.96,
treize
(13) dirigeants syndicaux du SEP (Syndicat des Enseignements du Premier degré)
et du SYNESED (Syndicat des Enseignants du Second Degré) ont été arrêtés et
incarcérés dans le « Centre de détention » de Nagad. Ils furent juges le 16.01.96
pour « troubles à l’ordre public ».

Le
12.05.96,
Monsieur
ZAKARIA ABDILLAHI ALI, magistrat a la Cour d’appel a été révoqué sans passer
devant le conseil supérieur de la magistrature (organe disciplinaire ) pour
avoir voulu respecter les textes en vigueur.

Le
07.08.96,
cinq
opposants, dont trois parlementaires – AHMED BOULALEH BARREH, ALI MAHAMADE
HOUMED, MOUMIN BAHDON FARAH – ont été condamnes à l’inéligibilité et à la
prison pour offense au Président de la République, au mépris des règles de
levée de leur immunité parlementaire. Amnesty International, l’Union Interparlementaire
et la Fédération Internationale des Droits de l’Homme ont dénoncé et condamne
cette atteinte aux droits de l’Homme et a la Constitution djiboutienne.

Le
15.08.96,
une
trentaine d’enseignants militants du SEP et du SYNESED furent radies.

Le
02.02.97,
les
forces de l’ordre ont charge à coups de matraque et de bombes lacrymogènes
les retraites qui réclamaient pacifiquement leurs pensions accusant six (6)
mois de retard.

Le
05.02.97,
soit
peu de temps avant le conseil de discipline des dirigeants du SYNESED qu’il
était charge de défendre, Maître AREF MOHAMED AREF, doyen des avocats djiboutiens
et militant des Droits de l’Homme a été suspendu de ses fonctions. Le même
jour, Maître MEIDAL, avocat et Président du Conseil Constitutionnel, est lui
aussi suspendu pour avoir déclaré la levée de l’immunité des trois parlementaires
en date du 7 août 1996 non conforme à la Constitution.

Le
16.02.97,
les
dirigeants du SYNESED, a savoir Mme. MARIAM HASSAN ALI, secrétaire générale,
M. KAMIL HASSAN ALI, secrétaire général adjoint, Melle MALYOUNE BENOIT-FRUMENCE,
secrétaire chargée de la Documentation ainsi que MM. SOULEIMAN AHMED MOHAMED
et MOHAMED ALI DJAMA, ex-secrétaires généraux, furent révoqués.

Le
25.02.97,
MM.
OSMAN MIGUIL WAIS, SOULEIMAN AHMED MOHAMED, MOHAMED ALI DJAMA, dirigeants
du SYNESED et M. ABDOULAZIZ MOHAMED, dirigeant du SEP, furent incarcérés à
la prison de Gabode alors que trente quatre (34) enseignants et dix (10) élèves
étaient maintenus en détention au camp de Nagad. M. AHMED DJAMA EGUEH et M.
ADEN MOHAMED ABDOU, respectivement président et secrétaire général de L’UDT
(Union des Travailleurs djiboutiens) ainsi que M. KAMIL DIRANEH HARED, président
de l’UGTD (Union Générale des Travailleurs Djiboutiens) ont été révoqués.

Le
26.09.97,
plusieurs
opposants politiques du FRUD (Front pour la Restauration de l’Unite et de
la Démocratie) furent arrêtés en Éthiopie et extrades vers Djibouti pour y
être emprisonnes. Parmi eux, Mme. AICHA DABALE, militante des Droits de l’Homme,
enceinte de trois (3) mois. Suite a la mobilisation de nombreuses organisations,
celle-ci a pu être libérée. Malheureusement, les autres sont toujours détenus
dans la prison de Gabode dans des conditions déplorables.

Le
05.10.97,
Maître
MONTEBOURG, députe à l’Assemblée Nationale française et président du Groupe
d’Amitié France-Djibouti, a été interdit de débarquer à l’aéroport de Djibouti
alors qu’il venait défendre Maître AREF MOHAMED AREF.

Le
12.10.97,
M.
DAHER AHMED FARAH, président du Parti du Renouveau Démocratique (PRD) a été
arrêté et mis en détention. Il est en liberté provisoire depuis le 30.10.97.

Le
17.02.98,
MM.
MAHDI IBRAHIM GOD, président du FUOD (Front Uni de l’Opposition Djiboutienne),
AHMED ABDI FARAH, membre du FUOD et Directeur de la publication du journal
« AL WAHDA » ainsi que M. KAMIL HASSAN ALI, également membre du FUOD et responsable
du Comité de soutien aux prisonniers politiques du FRUD, ont été arrêtés et
transférés à la prison de Gabode.

Le
23.03.98,
une
centaine d’employés du Ministère de la Santé ont été arrêtés et transférés
dans le centre de détention de Nagad a la suite d’une grève visant à protester
contre les retards de salaire (5 mois) et la suppression de leur prime de
garde. Six (6) d’entre eux parmi lesquels une (1) femme, Mme. MADINA HOUMED
ADABO, ont été incarcérés à la prison civile de Gabode le 25/03/98. La répression
policière a été très violente : un employé du service d’entretien de l’Hôpital,
M. HAGAYO MOHAMED WALO, passe a tabac par les forces de l’ordre alors qu’il
était détenu au camp de Nagad, présente une hémiplégie gauche a la suite de
cette agression.

Le
05.05.98,
le
directeur de l’hebdomadaire  » Le Populaire », M. OMAR AHMED VINCENT, ainsi
que son codirecteur M. ABOUBAKER AHMED AOULED, ont été arrêtés et transférés
à la prison civile de Gabode. Le 31.05.98, M. MOHAMED ADEN IBRAHIM décède
dans la prison de Gabode suite a une grève de la faim pour protester contre
les conditions de détention et contre l’absence de jugement.

Le
11.10.98,
le
Ministre du Travail et de la formation Professionnelle ainsi que le Ministre
des Transports et des Télécommunications envoient une circulaire relative
à l’élection des bureaux des deux centrales syndicales U.D.T. et U.G.T.D.
et ceci en violation de la constitution du Pays; l’organisation des élections
syndicales est en effet du ressort exclusif des syndicats.

Le
25.11.98
le
Ministre des Travaux Publics de l’Urbanisme et du Logement appuyé par une
impressionnante armada des forces de l’ordre a expulse très tôt le matin les
syndicalistes et les travailleurs du M.T.P.U.L. de leur lieu de travail pour
organiser un simulacre élections syndicales.

Le
15.12.98
les
élèves des deux Lycées de Djibouti en grève pour protester contre la suppression
des bourses, avisent par lettre le Président de la République du comportement
agressif des forces de l’ordre a leur égard, plusieurs d’entre eux ayant été
frappes, des coups de feu ayant même été tires.

Le
04.02.99,
HOUMED
YAIDI ALI, ALI YAIDI ALI, YAIDI HOUMED ALI, tous membres d’une même famille
et appartenant à la tribu dont le chef AIDAHIS HANFARE IBRAHIM a été assassine
le 18.11.98, ont été arrêtés à Weima et mis en détention a la garnison de
Assa Gaila. La répression a égard des populations ne cesse de s’amplifier,
particulièrement dans le nord du pays.

Le
15.02.99,
Maître
AREF MOHAMED AREF est condamne à deux (2) ans de prison dont six (6) mois
ferme. Aucun de ses avocats français n’a pu se rendre à l’audience, les autorités
djiboutiennes ayant refuse de leur délivrer un visa.

Le
12.03.99,
ABDI
HOUFANEH LIBAN, détenu politique, est mort dans sa cellule a la prison civile
de Gabode par manque de soins.

Le
28.03.99,
les
forces de police ont réprimé très violemment une marche pacifique organisée
par l’Opposition Djiboutienne Unifiée (O.D.U.) a l’occasion de la campagne
électorale pour les élections présidentielles du 9 avril 1999. Cette marche
avait pour but de réclamer le respect de la loi et des valeurs démocratiques.
Plus de 300 manifestants ont été arrêtés et transférés au camp de transit
de Nagad. Il y a eu 24 blesses, dont 3 très gravement atteints.

Le
29.03. 99,
les
prisonniers politiques détenus a la prison civile de Gabode ont entame une
grève de la faim pour protester contre les conditions de détention auxquelles
ils sont soumis. Les autorités djiboutiennes refusent toujours tous soins
médicaux, même pour ceux qui sont gravement malades.

Le
10 avril 1999,
SALI
MOHAMED DINI, 60 ans, Okal général et adjoint du Sultan de Rheida, a été arrêté
pour avoir soutenu le candidat unique de l’opposition, M. MOUSSA IDRISS, aux
élections présidentielles du 9 avril 1999 contre M. ISMAEL OMAR GUELLEH, dauphin
du Président HASSAN GOULED APTIDON. M. SALI a été transféré a la prison civile
de Gabode.

Le
27 avril 1999,
dans
les localités d’ANOYTA et KOUSSAAN (district d’Obock) 4 civils ont été sommairement
exécutés. Il s’agit de MM. Abdallah Ahmed Mohamed REBEH, Moussa Abdallah dit
ASA-ABDALLAH, Ali Mohamed ALI dit DERBI et Ahmed YAGOURI.

A ce jour, ALI AHAW, 19
ans, prisonnier politique atteint de tuberculose et un autre codétenu souffrant
de gangrène, sont toujours en prison sans aucun soin.

06/04/99 (LIB 001) Lettre ouverte publiée dans le journal djiboutien « Le Renouveau »

Monsieur le Président,

A l’occasion du centenaire
du « J’accuse » d’EMILE ZOLA, je vous avais adressé une lettre ouverte paru
dans le journal « le Renouveau » n°277 du 22 janvier 1998 et dans laquelle je
vous accusais de ne rien faire contre les violations des Droits de l’Homme
à Djibouti.

Depuis
cette date, force est de constater que la situation en matière des Droits
de l’Homme se détériore malheureusement chaque jour davantage.

En effet :

Le 17.02.98, MM.
MAHDI IBRAHIM GOD, président du FUOD (Front Uni de l’Opposition Djiboutienne),
AHMED ABDI FARAH, membre du FUOD et Directeur de la publication du journal
« AL WAHDA » ainsi que M. KAMIL HASSAN ALI, également membre du FUOD et responsable
du Comité de soutien aux prisonniers politiques du FRUD, ont été arrêtés et
transférés à la prison de Gabode.

Le 23.03.98, une
centaine d’employés du Ministère de la Santé ont été arrêtés et transférés
dans le centre de détention de Nagad à la suite d’une grève visant à protester
contre les retards de salaire (5 mois) et la suppression de leur prime de
garde.
Six (6) d’entre eux parmi lesquels une (1) femme, Mme. MADINA HOUMED ADABO,
ont été incarcérés à la prison civile de Gabode le 25/03/98. La répression
policière a été très violente : un employé du service d’entretien de l’Hôpital,
M. HAGAYO MOHAMED WALO, passé à tabac par les forces de l’ordre alors qu’il
était détenu au camp de Nagad, présente une hémiplégie gauche à la suite de
cette agression.

Le 05.05.98, le
directeur de l’hebdomadaire  » Le Populaire », M. OMAR AHMED VINCENT, ainsi
que son codirecteur M. ABOUBAKER AHMED AOULED, ont été arrêtés et transférés
à la prison civile de Gabode. Le 31.05.98, M. MOHAMED ADEN IBRAHIM décède
dans la prison de Gabode suite à une grève de la faim pour protester contre
les conditions de détention, contre l’absence de jugement et contre le manque
de soins.

Le 11.10.98, le
Ministre du Travail et de la formation Professionnelle ainsi que le Ministre
des Transports et des Télécommunications envoient une circulaire relative
à l’élection des bureaux des deux centrales syndicales U.D.T. et U.G.T.D.
et ceci en violation de la constitution du Pays, l’organisation des élections
syndicales étant en effet du ressort exclusif des syndicats.

Le 25.11.98 le
Ministre des Travaux Publics de l’Urbanisme et du Logement, appuyé par une
impressionnante armada des forces de l’ordre, a expulsé très tôt le matin
les syndicalistes et les travailleurs du M.T.P.U.L. de leur lieu de travail
pour organiser un simulacre d’élections syndicales.

Le 15.12.98 les
élèves des deux Lycées de Djibouti en grève pour protester contre la suppression
des bourses, vous ont personnellement avisé par lettre du comportement
agressif des forces de l’ordre à leur égard, plusieurs d’entre eux ayant été
frappés, des coups de feu ayant même été tirés.

Le 04.02.99, HOUMED
YAIDI ALI, ALI YAIDI ALI, YAIDI HOUMED ALI, tous membres d’une même famille
et appartenant à la tribu dont le chef AIDAHIS HANFARE IBRAHIM a été assassiné
le 18.11.98, ont été arrêtés à Weima et mis en détention à la garnison de
Assa Gaila. La répression à l’égard des populations ne cesse de s’amplifier,
particulièrement dans le nord du pays.

Le 15.02.99, Maitre
AREF MOHAMED AREF, militant reconnu des Droits de l’Homme, est condamné à
deux (2) ans de prison dont six (6) mois ferme. Aucun de ses avocats français
n’a pu se rendre à l’audience, les autorités djiboutiennes ayant refusé de
leur délivrer un visa.

Le 12.03.99, ABDI
HOUFANEH LIBAN, détenu politique, est mort dans sa cellule à la prison civile
de Gabode par manque de soins.

Le 28.03.99, les
forces de police ont réprimé très violemment une marche pacifique organisée
par l’Opposition Djiboutienne Unifiée (O.D.U.) à l’occasion de la campagne
électorale pour les élections présidentielles du 9 avril 1999.
Cette marche avait pour but de réclamer le respect de la loi et des valeurs
démocratiques.
Plus de 300 manifestants ont été arrêtés et transférés au camp de transit
de Nagad. Il y a eu 24 blessés, dont 3 très gravement atteints.

Le 29.03. 99, les
prisonniers politiques détenus à la prison civile de Gabode ont entamé une
grève de la faim pour protester contre les conditions de détention auxquelles
ils sont soumis.

Les autorités djiboutiennes
refusent toujours tous soins médicaux, même pour ceux qui sont gravement malades.
Vous exprimant devant des journalistes français, vous avez déclaré, Monsieur
le Président, que  » Djibouti était le seul pays encore stable de la Corne
de l’Afrique »( cf : le journal La Nation n°43 du jeudi 29 octobre 1998
).

Comment
osez-vous vous enorgueillir de la situation dans laquelle vous avez conduit
notre pays, alors que frustration, amertume et humiliation sont le quotidien
du peuple djiboutien, alors que les dirigeants et les militants des organisations
syndicales apolitiques et laïques mais aussi ceux des partis politiques se
retrouvent derrière les barreaux de la terrible prison civile de Gabode pour
avoir tout simplement réclamé les droits que leur confère la Constitution
?

Comment
osez-vous parler de stabilité lorsque l’indignation et la colère grondent
de partout ?

J’ai le regret de vous
dire, Monsieur le Président, que cette « stabilité » que vous vous attribuez
et dont certains responsables français se font honteusement les porte-parole
ne dépend pas de vous mais des citoyens djiboutiens que nous sommes : contrairement
à vous, nous n’aspirons qu’à la Paix et à la Justice, piliers de la Démocratie.

Il est écrit dans le préambule
de la Déclaration des Droits de l’Homme et je cite :  » Il est essentiel
que les Droits de l’Homme soient protégés par un régime de droit pour que
l’Homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la
tyrannie et l’oppression »
.

A trop vouloir bâillonner,
casser, enfermer, tuer, exiler et torturer, vous ne vous rendez pas compte,
Monsieur le Président, que cette stabilité dont vous êtes si fier risque d’aboutir
à une situation difficilement maîtrisable. Monsieur le Président, le peuple
Djiboutien
en a
assez de 22 ans de dictature, il aspire au changement, à la démocratie à la
paix et sa voix doit être entendue.

Laissez-le
choisir librement et dans la sérénité son nouveau Président. Répression, fraudes
et bruits des armes ne font qu’entraver le développement de notre beau pays.
Monsieur le Président, combien vous faut-il de morts pour entendre la souffrance
de notre peuple et pour satisfaire nos attentes ?

MM.MOHAMED ADEN IBRAHIM
et ABDI HOUFANEH LIBAN ont déjà quitté cette Terre parce que vous vous êtes
montré incapable d’assurer ne serait-ce que la sécurité de nos concitoyens.

Etes-vous aveugle ou
insensible à ce point ?

Il est grand temps pour
tout le monde que les choses changent ! Je m’adresse une nouvelle fois à vous
parce que je veux défendre le droit à l’existence dans la dignité et le respect
de tous.

Le
sort réservé à PINOCHET ne peut que renforcer l’espoir que nous portons en
l’avenir !

Je vous prie de croire,
Monsieur le Président, en l’expression de mes sentiments démocratiques les
meilleurs.

 

Mme
Mariam HASSAN ALI

Professeur certifié d’EPS, 12 ans d’ancienneté
Ex-Secrétaire Générale du SYN.E.S.E.D.
(syndicat des enseignants djiboutiens du second degré)
injustement révoquée et chassée du pays.