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18/03/2013 (Brève 123) FIDH-LDDH / Djibouti / élections législatives : Au moins 6 morts et 80% des sièges pour le régime18/03/2013 (Brève 123) FIDH-LDDH / Djibouti / élections législatives : Au moins 6 morts et 80% des sièges pour le régime

FIDH – Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme
LDDH – Ligue djiboutienne des droits humains

Communiqué de presse conjoint


Paris, Nairobi, Djibouti le 15 mars 2013 –

La FIDH et la LDDH demeurent préoccupées par la situation des droits de l’Homme dans le pays qui reste des plus alarmantes, avec un bilan qui s’élève à au moins à 6 personnes tuées dans les manifestations depuis le février 2013 et des arrestations arbitraires et massives de leaders et militants de l’opposition qui se poursuivent. Nos organisations appellent la communauté internationale à s’investir dans un règlement politique de la crise à Djibouti.

Le mercredi 13 mars 2013, le Conseil constitutionnel a confirmé les résultats provisoires des élections législatives du 22 février 2013 annoncés plus tôt, à savoir une victoire écrasante de l’Union pour la majorité présidentielle (UMP – coalition des partis au pouvoir) avec plus de 80% des sièges du Parlement, l’UMP remportant 55 sièges contre 10 pour l’opposition.

L’opposition djiboutienne rassemblée au sein de l’Union pour le salut national (USN) a d’ores et déjà rejeté les résultats publiés et exprimé son intention de former un recours. Contrairement à certaines déclarations faites au lendemain des élections, il ressort d’informations recueillies par nos organisations, que ces élections ont été entachées de nombreux manquements et irrégularités, particulièrement dans certains bureaux de vote à Obock, Dikill, Tadjourah et Ali-Sabieh.

« Il est regrettable que les élections législatives du 22 février n’aient pas rempli toutes les exigences de transparence et de crédibilité alors même que pour la première fois depuis près de dix ans, les partis politiques de l’opposition avaient décidé de prendre part aux élections, laissant espérer un véritable pluralisme démocratique», a déclaré Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH.

Depuis les élections du 22 février 2013 c’est un climat politique tendu qui prévaut à Djibouti. Les élections du 22 février 2013 se sont tenues sur fond de fortes contestations populaires à l’encontre du régime d’Ismail Omar Guelleh. Les manifestations et meetings de l’opposition se sont multipliés, tout comme la répression des forces de l’ordre, faisant preuve d’un usage disproportionné de la force.

Nos organisations ont pu recueillir des informations fiables concernant au moins 6 personnes tuées par balles les 25 et 26 février 2013 par les forces de l’ordre. Il s’agit de 5 militants de l’opposition et d’un lycéen. Plusieurs autres cas de personne décédées au cours des manifestations des 25 et 26 février 2013 ont été signalés, sans que ces nouveaux cas puissent être vérifiés à ce stade en raison des risques et pressions qui pèsent sur les familles de militants de l’opposition tués ou blessés, la population préférant taire ces violations, craignant une répression encore plus forte. Les défenseurs des droits de l’Homme ne sont pas épargnés non plus et subissent harcèlements et menaces.

Depuis les manifestations du 25 février 2013, un grand nombre de militants et sympathisants politiques sont toujours détenus à la prison centrale de Gabode.

D’après les informations recueillies, 90 personnes y seraient à ce jour
incarcérées. Les jugements de certains détenus, accusés entre autres de « participation à une manifestation illégale, incitation à la violence, trouble à l’ordre public » ou encore « participation à un mouvement insurrectionnel », ont commencé et les peines prononcées s’avèrent particulièrement lourdes : jusqu’à 18 mois de prison ferme assortis de perte des droits civiques pour plusieurs années.

Ainsi, M. Daher Ahmed Farah, Président du Mouvement pour le Renouveau démocratique et le Développement (MRD) et porte-parole de l’USN a lui aussi aussi été placé en détention. Poursuivi notamment pour « trouble à l’ordre public et participation à un mouvement insurrectionnel », le Procureur de la République a requis contre lui 1 an de prison ferme le mercredi 13 mars. Le verdict rendu le 17 mars 2013 condamne M. Daher Ahmed Farah à deux mois de prison ferme. Ses avocats ont annoncé qu’ils feraient appel de cette décision.

En outre, les conditions de détention de toutes ces personnes restent préoccupantes. Des cas de mauvais traitement et de torture sont dénoncés, les prévenus n’ont qu’un accès limité voire dans certains cas inexistant à leurs avocats ; et leurs familles ne bénéficient pas de droit de visite. Ainsi, le 8 mars, certains parents de détenus ont tenté de braver cette interdiction et se sont rendus à la prison de Gabode pour tenter de voir leurs proches détenus. La police est arrivée, les a empêchés d’entrer, et les a emmenés sans ménagement dans des camions au centre de rétention administrative de Nagad, où ils ont été placés en détention 72 heures avant d’être relâchés. Parmi eux, il y avait de nombreuses femmes et enfants.

« 
Cette répression à l’encontre de la population civile et de l’opposition politique doit immédiatement cesser », a déclaré la LDDH. « Nos organisations n’ont eu de cesse de condamner la réaction violente et disproportionnée des forces de l’ordre et demandent à nouveau que toute la lumière soit faite par une enquête impartiale et indépendante sur les graves violations des droits de l’Homme qui ont lieu », a-t-elle ajouté.

La FIDH et la LDDH appellent les autorités djiboutiennes à strictement garantir le respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, conformément à leurs engagements régionaux et internationaux. Nos organisations exhortent les autorités politiques à tout mettre en œuvre pour assurer un exercice indépendant, impartial et équitable de la justice, et réitèrent leur demande en faveur de l’ouverture immédiate d’une enquête judiciaire pour faire la lumière sur les agissements des forces de l’ordre et sanctionner les auteurs de violations des droits humains.

Enfin, la FIDH et la LDDH appellent la communauté internationale, notamment les Nations unies, l’Union africaine, l’Union européenne, la Ligue des États arabes et l’Organisation de la conférence islamique à condamner les violations des droits de l’Homme commises par les autorités djiboutiennes et à contribuer à une solution politique à la crise actuelle.

Contacts presse:

Arthur Manet (Français, anglais, espagnol) – Tel: +33 6 72 28 42 94 (à Paris) – Email : presse@fidh.org
Audrey Couprie (Français, anglais, espagnol) – Tel: +33 6 48 05 91 57 (à Paris) – Email : presse@fidh.org

14/03/13 (Brève 123) La voix au Chapitre : UNE CITOYENNETÉ CONTRARIÉE (Par Aïnaché (article déjà publié sur un autre site le 27 juin 2012)


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LA VOIX AU CHAPITRE
du 27 juin 2012

UNE CITOYENNETÉ CONTRARIÉE

Par Aïnaché

Une des revendications principale durant la période coloniale était la reconnaissance aux personnes de leur statut de citoyen, qui avait été confisqué par les colonialistes pour un besoin évident de régner en maître absolu sur notre destin.

La division de notre peuple selon les circonstances en privilégiant tantôt telle communauté plutôt que telle autre d’une manière criante permettait à l’administration coloniale de se procurer une paix royale pour nous gouverner à sa guise .

Les plus avertis de nos responsables politiques avaient décelé le piège tendu par l’administration coloniale et ont combattu sévèrement cette politique de division de notre population.
Cette politique compromettait notre accession à l’indépendance. Elle nous cloisonnait en fractions ethnico-tribale et c’est l’une des causes qui a retardé de dix sept ans notre indépendance en regard de la grande vague de décolonisation, de la grande majorité des peuples d’Afrique, des années soixante.

Le rêve éveillé de tout djiboutien consistait tout bonnement à ne plus entendre parler de tribalisme entre nous et de guérir de ce cancer que le colonialisme avait fait germer dans nos esprits.
Bien entendu, les tribus existent et elles font partie de nos cultures et traditions ancestrales .

Elles nous enseignent nos origines souvent évoquées avec  » exagération » lorsque nous parlons de nos ancêtres glorieux.

L’Islam n’a pas glorifié non plus le tribalisme, en référence à la sourate (AL-HUJURAT -les Appartenants) Il est écrit ainsi :  » Ô hommes! Nous vous avons créé d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre connaissiez.

Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux. Allah est certes Omniscient et Grand-Connaisseur. »
Il faut reconnaitre, que le système tribal n’est pas arrivé dans les soutes des bateaux , avec le colonialisme. Il n’empêche, ils ont bien su en développer le coté négatif avec le concours de quelques nationaux cupides et créer ainsi le tribalisme.

Notre ambition était de nous défaire du tribalisme fétide qui nous divisait en détruisant notre unité et notre sens de la solidarité. Notre objectif consistait à développer le civisme qui privilégie ce qui nous a tant manqué : la reconnaissance à chacun dans son statut de citoyen.

Développer le civisme : tribu oui, tribalisme non !


Hélas, il est regrettable d’avouer que le tribalisme a survécu après l’indépendance et a même été amplifié par le tenant du pouvoir depuis trente cinq ans. Aujourd’hui, il est impossible de postuler un emploi public ou privé, faire des études ou même se soigner sans faire état de son appartenance tribale. Pour bénéficier de quoi que ce soit, il faut appartenir à la bonne tribu ou avoir un appui tribal.

Qui ne connait pas dans sa famille ou ses relations, des personnes privées de documents administratifs les plus élémentaires tel que: les pièces d’identités, la délivrance d’extrait de naissance ou le renouvellement de passeport etc…
Les plus démunis d’entre-nous, subissent des humiliations pour se faire délivrer ce genre de documents et finissent par y renoncer.

Dans le période coloniale, la discrimination n’allait pas aussi loin, car il était possible, et c’était de bonne guerre, que le postulant biaise sur son appartenance ethnico-tribale, ce qui n’est plus possible actuellement car le demandeur a affaire à ses compatriotes.
Il est désolant de constater, que les générations nées après le 27 juin 1977, tout au moins certaines d’entre elles, trouvent normales la pratique du tribalisme et y ont recours sans vergogne .

Ces jeunes sont après tout excusables car malheureusement, ils n’ont connu que cette pratique valorisée par nos dirigeants actuels qui ont trahi l’esprit de notre rêve. Ils n’ont pas connu non plus tous les dégâts causés par le système de division ethnico-tribale dans les périodes coloniales.

Le tenant du pouvoir s’est gardé de développer le civisme, encore moins de l’enseigner à la nouvelle génération.
Pour éradiquer cette carence, il appartiendra à la future équipe, qui accédera aux responsabilités politiques, de développer le civisme à tous les niveaux, dans les écoles, les médias et dans les associations.

Comme il me parait indispensable d’ instaurer l’enseignement de notre Histoire.

C’est une des priorités pour sortir de l’une des crises qui nous empêche de construire une nation digne de ce nom.

AÏNACHÉ