24/12/06 (B375) AFP Somalie : les islamistes assurent progresser, appels au cessez-le-feu

Par
Mustafa HAJI ABDINUR

MOGADISCIO
(AFP) – Les combattants islamistes somaliens, épaulés par “4.000
combattants étrangers” selon le gouvernement de transition, ont
affirmé samedi avoir pris une localité stratégique dans
le sud du pays, lors de combats avec les forces gouvernementales soutenues
par l’Ethiopie.

Face à
cette escalade, qui accroît les périls dans la Corne de l’Afrique,
le secrétaire général de l’Onu Kofi Annan a lancé
vendredi un appel au cessez-le-feu. Il a souligné son inquiétude
pour les populations civiles et sa préoccupation face à l’implication
de forces “étrangères” en Somalie.

“Nos combattants islamistes ont pris le contrôle d’Idale (60 km
au sud de Baïdoa)”, a affirmé Abdurahim Ali Mudeey, en charge
de l’Information pour les tribunaux islamiques, joint par téléphone
depuis Mogadiscio.

Idale
est une ville stratégique située sur la ligne de front au sud-ouest
de Baïdoa (250 km au sud-ouest de Mogadiscio), siège du gouvernement
de transition qui a déja perdu le contrôle de vastes portions
du territoire somalien.

Les islamistes
contrôlent la majorité du centre et du sud de la Somalie, pays
ravagé par la guerre civile depuis 1991, et qu’ils accusent l’Ethiopie
de vouloir “envahir”.

Le ministre
de l’Information du gouvernement de transition, Ali Jama, n’a pas confirmé
la prise d’Idale, mais a reconnu que les combats se poursuivaient dans le
secteur.

Par ailleurs,
le Premier ministre somalien Ali Mohamed Gedi a affirmé samedi que
“4.000 combattants étrangers” ont récemment participé
avec les islamistes aux combats contre les forces gouvernementales.

“Cela
montre que les terroristes gagnent du terrain en Somalie”, a-t-il averti
devant la presse à Baïdoa, siège des fragiles institutions
de transition somaliennes.

A Mogadiscio
la capitale, occupée par les islamistes, le chef de la sécurité
cheikh Yusuf Mohamed Siad Indo’adhe a de son côté affirmé
samedi que le “pays (la Somalie) était ouvert à tous les
combattants islamistes du monde entier pour rallier la guerre sainte”,
lors d’un point de presse.

“Le
monde reste silencieux aujourd’hui et ignore l’agression éthiopienne
en Somalie mais il parlera quand nos Moudjahidins arriveront en Ethiopie,
notamment à Addis Abeba”, a-t-il lancé.

Le président
d’Erithrée Issaias Afeworki, accusé d’aider les islamistes,
a démenti avoir envoyé des soldats en Somalie.

“L’Erithrée
n’a pas de raisons d’envoyer des troupes en Somalie et les Somaliens n’ont
pas besoin des troupes d’Erithrée pour défendre leur pays”,
a-t-il déclaré selon le ministère de l’Information.

Vendredi,
le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) avait indiqué
que les récents combats avaient fait “des dizaines de morts et
chassé beaucoup de civils de leurs maisons”. Il s’était
dit “très inquiet du sort des civils qui pourraient être
pris dans les combats”.

Au nord
d’Idale, près de la localité de Deynunay (à une trentaine
de km au sud de Baïdoa), qui abrite une importante base gouvernementale,
les belligérants se font toujours face, mais selon des habitants, ils
se contentent de tirer en l’air des rafales sporadiques.

Vendredi,
M. Annan et le Conseil de sécurité ont appelé à
la cessation immédiate des hostilités et à la reprise
“sans délai ni conditions” des pourparlers de paix entamés
à Khartoum, au Soudan.

M. Annan
s’est dit “gravement préoccupé par les informations récurrentes
sur une implication de forces étrangères dans le conflit”.

Vendredi,
des informations de sources somaliennes avaient fait état de l’intervention
de plus de 70 blindés éthiopiens aux côtés des
forces gouvernementales. Addis Abeba dément toutefois intervenir directement
dans les combats et assure ne mettre à la disposition des loyalistes
que des conseillers.

De son
côté, l’Union africaine (UA) s’est dite très préoccupée
“face à la détérioration de la situation en Somalie”
et a demandé aux belligérants “d’arrêter les combats
immédiatement”.