09/09/07 (B412) Le Matin (Maroc) avec AFP : La tragédie des émigrants de Somalie vers le Yémen (Info lectrice)

A
bout de force, des dizaines de migrants embarquent sur une plage de Somalie
pour le “tahrib”, traversée illégale et tragique du
golfe d’Aden pour le Yémen à la recherche d’une vie meilleure,
le spectre de la mort planant sur leur voyage.

L’embarquement à
bord des bateaux a commencé vendredi en fin d’après-midi, début
de l’odyssée effroyable de 200 migrants illégaux somaliens et
éthiopiens, selon des journalistes de l’AFP.

Au crépuscule,
cinq bateaux ont emporté ces émigrants pour le “tahrib”
(fuite, traversée en somalien).

Tension et agitation
sont omniprésentes sur la plage de Shinbivale entourée de montagnes
et située à 17 km de Bosasso, capitale économique du
Puntland, région semi-autonome de Somalie devenue une plaque tournante
du trafic d’êtres humains.

L’accès à
la plage est dangereux et pratiquement impossible pour des étrangers
au trafic.

La vision est terrifiante:
à perte de vue, des silhouettes de zombies trébuchent d’épuisement
en descendant de leurs caches, des grottes creusées dans la montagne.

Un enfant d’à
peine trois ans, pieds nus et le corps ruisselant de sueur, est traîné
par sa mère portant un bébé. Ayant fui les combats à
Mogadiscio, ils vont tenter la traversée.

Sous un soleil brûlant
et par 45°C, des groupes d’Ethiopiens n’en peuvent plus d’attendre la
distribution des 3 litres d’eau du voyage.

Regards perdus,
yeux exorbités, corps affaiblis par la faim et la soif, ces migrants
sont confinés sur la plage depuis des jours.

“Je n’ai aucune
idée de ce qui va arriver pendant le voyage (…), j’attends juste
d’améliorer un petit peu ma vie”, lâche à l’AFP Farah
Hussein, 31 ans, originaire de Mogadiscio, en s’approchant des bateaux.

“J’ai entendu
dire que le voyage était dangereux mais je ne suis pas sûre”,
murmure Mouna Yusuf, 15 ans et venue de la région de Mogadiscio. “J’ai
laissé ma vie à Bosasso, il faut bien mourir un jour”.

Beaucoup d’émigrants
ne réalisent pas l’enfer de ces 2 à 3 jours de traversée,
entassés les uns sur les autres sans pouvoir bouger.

Rapidement à
court d’eau et de nourriture, baignant dans le vomi et les excréments,
battus, parfois jusqu’à la mort par des passeurs dans le but de les
terroriser, ou encore victimes des requins après avoir été
jetés par-dessus bord.

Au total, 385 migrants
sont morts et 118 ont disparu depuis janvier en tentant de rejoindre la côte
yéménite, selon le Haut commissariat des Nations unies pour
les réfugiés (HCR).

Le propriétaire
des bateaux longs d’environ 8 mètres affirme à l’AFP qu’il a
récemment amélioré la sécurité en ne plaçant
que 40 clandestins dans chaque bateau de pêche, au lieu de 90. Le prix
de la traversée est passé de 20 à 70 dollars, selon lui.

Mais selon l’ONG
Somali Tribal Rights Watch, il embarque en réalité environ 80
passagers -en soute et sur le pont- pour un tarif de 100 dollars, n’hésitant
à en jeter à la mer (en priorité des Ethiopiens) quand
la météo devient mauvaise.

Et pourtant, certains
migrants partis vendredi n’ont pas hésité à risquer deux
fois leur vie.

Abdi Aden Garar,
30 ans, repart après avoir travaillé dans une ferme en Arabie
Saoudite de 2004 à 2007 jusqu’à son expulsion.

“Je m’attends
à tout: ou je vis ou je meurs”, lance de son côté
Ahmed Said Hassan, Ethiopien de 25 ans, tellement assoiffé qu’il ne
peut plus déglutir.

“L’Arabie est
le seul endroit que je connais où on peut gagner son argent en travaillant”,
lance ce jeune homme. Il tente pour la deuxième fois la traversée
et, comme ses compagnons, il a pris la mer pour tenter d’avoir une vie plus
digne.