16/02/08 (B435) ONU – L’UNION AFRICAINE ET LA SOMALIE EXHORTENT LE CONSEIL DE SÉCURITÉ À DÉCIDER DU DÉPLOIEMENT D’UNE OPÉRATION DE MAINTIEN DE LA PAIX DANS CE PAYS

L’Observatrice permanente de l’Union africaine, et le Représentant permanent de la Somalie auprès des Nations Unies ont tous deux fait part, ce matin devant le Conseil de sécurité, de l’appel lancé par l’Union africaine pour que le Conseil prenne des mesures urgentes en vue du déploiement rapide d’une opération de maintien de la paix de l’ONU en Somalie qui remplacerait l’actuelle Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM).

L’Observatrice permanente de l’Union africaine, Mme Lilah H. Ratsifandrihamanana, qui dressait devant le Conseil de sécurité un tableau de la situation en Somalie, a indiqué que lors du dernier Sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, l’Assemblée de l’Union africaine avait soutenu les propositions formulées par le Conseil de paix et de sécurité dans son communiqué du 18 janvier 2008.

Dans ce texte, le Conseil de paix et de sécurité de l’organisation panafricaine estime que la situation en Somalie peut encore être redressée avec le concours de toutes les parties somaliennes et de la communauté internationale. Le Conseil souligne également la nécessité pour le Gouvernement fédéral de transition d’arrêter des mesures concrètes en vue de la mise en œuvre des conclusions du Congrès de réconciliation nationale, ainsi que la nécessité, pour la communauté internationale et les pays de la région, d’appuyer le processus de réconciliation en cours. Il annonce, a rappelé Mme Ratsifandrihamanana, que la Commission de l’Union africaine convoquera la réunion internationale de haut niveau en vue de recentrer l’attention internationale sur la Somalie et de mobiliser le soutien nécessaire pour le processus en cours. Le communiqué du 18 janvier a mis l’accent sur la situation dans les régions somaliennes de Sool et de Sanaag, les parties concernées ayant été exhortées à prendre, en urgence, des mesures pour faire face aux tensions afin d’en réduire les conséquences, a précisé l’Observatrice permanente de l’Union africaine.

Dans ce même texte, a-t-elle poursuivi, le Conseil de sécurité des Nations Unies est invité à réexaminer l’embargo sur les armes imposé par la résolution 733 (1992), afin de permettre au Gouvernement fédéral de transition de mettre en place et d’équiper ses forces de sécurité et de défense, tout en maintenant et en renforçant les dispositions de l’embargo contre ceux qui visent à compromettre le processus de paix et de réconciliation. Le Conseil de sécurité est aussi exhorté à prendre des mesures à l’encontre de ceux qui entravent le processus politique de paix ou menaceraient par la force les Institutions fédérales de transition ou la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM). Un appel est lancé à la communauté internationale pour qu’elle continue à apporter une assistance humanitaire aux populations et des contributions financières pour répondre aux besoins non couverts de la procédure d’appel consolidé lancé en faveur de la Somalie pour 2008. Il est demandé que toutes les mesures nécessaires soient prises pour créer des conditions propices à l’acheminement de l’aide humanitaire, y compris le libre accès aux populations dans le besoin et la sécurité pour les travailleurs et les organisations humanitaires.

S’agissant de l’AMISOM, l’Observatrice permanente a affirmé que le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine avait décidé de proroger son mandat pour une période de six mois pour lui permettre de s’acquitter des mêmes tâches et responsabilités, selon les termes énoncés dans son mandat actuel. Le Conseil de paix et de sécurité appelle une nouvelle fois les États Membres à fournir des troupes et le personnel requis, ainsi que l’appui financier et logistique nécessaire, et il appelle les partenaires de l’Union africaine à apporter à l’AMISOM un appui logistique et financier accru. Enfin, l’accent a été mis sur la nécessité du déploiement d’une opération de maintien de la paix des Nations Unies en Somalie qui remplacerait l’AMISOM et appuierait la stabilisation à long terme et la reconstruction postconflit de la Somalie.

Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine appelle d’autre part le Conseil de sécurité des Nations Unies à prendre des mesures urgentes pour le déploiement rapide d’une telle opération, conformément à la responsabilité principale qui est celle du Conseil de sécurité en matière de maintien de la paix et de la sécurité internationales. Dans l’intervalle, il est demandé que toutes les mesures requises soient prises pour que l’ONU apporte à l’AMISOM un ensemble de mesures d’aide, dans le cadre des dispositions du Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies, a dit Mme Ratsifandrimanana. L’Observatrice permanente a déclaré qu’elle était confiante que le Conseil de sécurité saura prendre les décisions adéquates conformes aux aspirations de paix de tous les Somaliens.

Mme Ratsifandrihamanana a également noté qu’en octobre 2007, le Président de l’Union africaine avait désigné un nouveau Représentant spécial pour la Somalie, Nicolas Bwakira. M. Bwakira s’est rendu, en décembre, en Somalie, en Éthiopie, au Kenya et en Ouganda, où il a pris les premiers contacts avec les autorités nationales et s’est entretenu avec les membres de la communauté internationale, y compris les Nations Unies, l’Union européenne, les partenaires bilatéraux de l’Union africaine et les représentants d’organisations non gouvernementales régionales et internationales. Lors de ces rencontres, M. Bwakira a souligné qu’il était nécessaire de déployer de nouveaux efforts concertés afin de tenter de régler les difficultés actuelles de la Somalie, et il a réitéré la détermination de l’Union africaine à tout mettre en œuvre pour rétablir les conditions d’une restauration rapide de la paix et de la sécurité dans le pays.

L’Observatrice permanente a ajouté que, dans le cadre de son mandat, et en dépit des difficultés qu’elle rencontrait, l’AMISOM avait continué à mener ses différentes activités, notamment la fourniture de services médicaux et la distribution d’eau à la population, dans les environs immédiats du siège de la Mission à Mogadishu. L’AMISOM a également continué de recevoir des armes remises par différents groupes armés, en vue de leur stockage et de leur destruction, a-t-elle poursuivi. Selon Mme Ratsifandrihamanana, le budget de l’AMISOM s’élève, pour une année, à environ 622 millions de dollars.

L’AMISOM a reçu récemment 32 millions de dollars, venant principalement de l’Union européenne, de la Chine et de la Ligue des États arabes. De même, sur les 8 000 soldats autorisés par le Conseil de sécurité en 2007, seuls deux bataillons ougandais et une équipe de 192 soldats burundais, déployés les 23 et 24 décembre, sont sur le terrain, à Mogadishu, a-t-elle indiqué. Des mesures sont en cours pour déployer l’essentiel du premier des deux bataillons promis par le Burundi, a-t-elle ajouté, précisant que lors du Sommet de l’Union africaine, le Président de l’Ouganda avait décidé de l’envoi de troupes supplémentaires.

Le Représentant de la Somalie auprès des Nations Unies, M. Elmi Ahmed Duale, a rappelé lui aussi le récent appel lancé par les dirigeants africains au Conseil de sécurité pour qu’il prenne de toute urgence des mesures afin de permettre le déploiement rapide d’une opération de maintien de la paix des Nations Unies en Somalie. Le Conseil de sécurité lui-même avait demandé au Secrétaire général, dans une Déclaration présidentielle en date du 19 décembre 2007, de mettre au point des plans d’urgence pour le déploiement éventuel d’une telle opération à cette fin et à l’appui de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM), a tenu à rappeler M. Duale. Afin d’éviter une nouvelle détérioration de la situation en Somalie, il a exhorté le Conseil de sécurité à hâter la mise en œuvre des décisions convenues dans le texte de cette déclaration.

En ce qui le concerne, le Gouvernement somalien est prêt à pleinement coopérer et à travailler étroitement avec le Conseil de sécurité et le Secrétaire général à cet égard, mais il souhaite vivement, a poursuivi M. Duale, que la décision du Conseil ne se limite pas à renouveler l’autorisation du déploiement de l’AMISOM ni à adopter une politique attentiste. La Somalie et la communauté internationale attendent davantage du Conseil de sécurité, a ajouté le Représentant. Les conditions de sécurité qui règnent en Somalie posent un véritable défi au continent africain et constituent une menace à la paix et à la sécurité internationales, a-t-il estimé.