06/03/09 (B488) Avis de l’ARDHD à propos du mandat d’arrêt délivré par la CPI contre Omar Hassan El Bachir. (ARDHD / Jean-Loup Schaal)

Le Soudan ne fait pas partie de la zone géographgie dont l’ARDHD s’occupe en priorité. En revanche, nous ne pouvons pas ignorer les suites pénales contre un dictateur en exercice parce qu’il aurait pu avoir commis des crimes “si graves” qu’ils sont du ressort non pas d’une Juridiction nationale, mais d’une Juridiction mondiale.

Le cas de Bechir est exemplaire !

D’autres dictateurs ou criminels agissant “en gouvernements organisés” et jusqu’aujourd’hui en toute impunité, pourraient avoir (enfin !) à répondre de leurs actes.

Guelleh fait-il partie de cette catégorie ?

Probablement, mais à la condition essentielle que des Djiboutiens, victimes ou parents de victimes, se décident à porter leurs plaintes devant la CPI. Tant qu’il n’y aura pas de plaintes, il n’y aura pas d’instruction ni de mises en examen.

Chaque victime djiboutien a sa part de responsabilité dans la mise en cause ou non du régime de Guelleh.

Comme nous l’avons toujours écrit, à l’instar du GED qui a multiplié les appels en ce sens, le massacre d’Arrhiba en 1991 pourrait être l’un des éléments importants dans la constitution d’un dossier pénal visant Guelleh et/ou ses sbires.

D’autant qu’il devrait y avoir encore de nombreuses preuves disponibles.

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Rappelons que l’ARDHD avait déposé en 1992 en France une plainte contre Gouled et Guelleh pour crimes contre l’humanité, avec un plaignant djiboutien qui avait été torturé.

Dans sa réponse,
le procureur de la République de Paris a simplement estimé que les tribunaux français n’étaient pas compétents à l’époque pour juger un Chef d’Etat en exercice.

Mais il n’a jamais dit qu’il n’y avait pas “matière” à poursuite.
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Si la CPI, sachant la médiatisation et les critiques qu’elle devrait supporter, a estimé qu’elle devait délivrer un mandat d’arrêt international, contre Bechir, c’est qu’elle détient assez de preuves et malheureusement probablement trop !

Pourquoi se molibiliser contre cette mesure ?

D’abord son application concrète sera extrêment difficile. Imaginons, par exemple, que Bechir se rende dans un pays étranger : quelle police pourra l’arrêter alors qu’il bénéficie par ailleurs, en vertu des règles diplomatiques, d’un statut d’immunité ??? Simplement les pays étrangers, pour éviter un tel dilemme, éviterons certainement de l’inviter à l’avenir, sauf ceux qui ne respectent pas le droit international …

La position de l’UA est incompréhensible et elle va à l’encontre de l’indépendance de la justice.


En découvrant la position de l’UA qui annonce l’envoi d’une délégation aux Nations unies pour demander l’ajournement de la mesure, nous sommes véritablement choqués. Chacun demande des justices indépendantes ! Et voilà qu’une organisation internationale, censée défendre les peuples et être exemplaire sur le plan des bonnes pratiques, prétend faire pression sur la justice.

Même si nous comprenons les risques qui se profilent derrière cette prise de position, la position de l’UA constitue une véritable honte à nos yeux !

C’est vrai que cela va poser de nombreux problèmes politques, diplomatiques, etc.

Mais c’est le rôle et la responsabilité des politiques et des représentants internationaux de les assumer pour sauvegarder à tout prix la Justice. Si nous voulons pérenniser et /ou rétablir l’indépendance de la justice, au contraire, il faut soutenir, contre vents et marées, tous les magistrats honnêtes et indépendants, dans l’exercice difficile de leurs fonctions.

Sinon nous aurons la justice que nous mériterons : celle des dictateurs et de la Loi du plus fort !