18/10/09 (B521) Le journal de la Flibuste (3 articles en Français)

______________________________ 3 – TF1

Seychelles – Les thoniers attaqués reprennent la mer

“Le message est compris, je pense”, lance d’une voix douce un fusilier marin français, Famas en bandoulière et casque lourd vissé sur la tête, en faisant référence aux attaques des pirates déjouées par l’armée française ces dernières semaines. Le jeune homme s’apprête à prendre la mer durant un mois et demi. Avec quelques collègues, il sera chargé de la sécurité du thonier breton le Glénan, attaqué le 10 octobre dernier, et devra patrouiller nuit et jour le long des 80 mètres du navire.

Discrets sur l’armement qui est à leur disposition, les fusiliers marins affirment que les pirates somaliens étudient les tactiques françaises de dissuasion et vont sans doute adapter leurs moyens et leurs attaques. Depuis l’année dernière, ils s’aventurent à plus de 500 km de leurs côtes, dans les zones de pêche des Seychelles. S’ils ont “reçu le message”, les pirates ont aussi compris qu’ils pouvaient échapper à toute sanction dans cette zone. A la suite de cette attaque, 11 pirates avaient été fait prisonniers par les autorités seychelloises, pour être libérés deux jours plus tard, faute de preuves.

Que faire des pirates capturés ?

“Nous tenons à ce que les pirates soient sanctionnés” demande officiellement le ministre de la Défense Hervé Morin, présent sur place pour inspecter le dispositif EPE (Equipes de protection embarquées – distinct du dispositif européen Atalante au large de la Somalie) qui concerne une dizaine de thoniers français depuis le mois de juillet au large des Seychelles. Face au ministre de l’Ecologie et du Tourisme seychellois, il affirme que la France soutiendra l’infrastructure pénitentiaire des Seychelles s’il le faut. Il a d’ailleurs rappelé que l’Union Européenne avait promis de financer la justice seychelloise à hauteur de 800 000 euros.

“Les capacités des prisons sont limitées ici… 300 places en prison, cela nous pose effectivement des problèmes”, répond le ministre du Tourisme seychellois, Joël Morgan. Sur la défensive, sans doute embarrassé par la libération des 11 pirates somaliens, il a rappelé que les Seychelles commencent pour la première fois à souffrir de la piraterie. Les îles ont connu une baisse de 30% du trafic maritime cet été, alors que la pêche représente 500 millions d’euros à l’export pour le pays. Joël Morgan avoue aussi que la piraterie risque d’avoir un impact très négatif sur les croisières de luxe au large des Seychelles.

Une protection jusqu’en décembre… et après ?

Reste que la riposte face aux pirates n’a pas encore été trouvée. Qu’adviendra-t-il du système de défense des thoniers français ? Hervé Morin promet de le maintenir jusqu’au mois de décembre. Dévoilant une partie du dispositif, il explique que la présence de 4 hommes en armes à bord de chaque thonier est suffisante.

Les thoniers demandent évidemment son maintien au-delà du mois de décembre.

“Nous sommes demandeurs du maintien du dispositif”, affirme Yvan Riva, le directeur d’Orthongel sur place. Depuis l’arrivée des fusiliers-marins, dit l’industriel français, “la menace n’a pas diminué, elle aurait même sans doute augmenté”. L’homme se dit très inquiet pour l’équipage français du thonier italien Torre Giulia, qui croise au large des Seychelles et qui ne bénéficie pas de protection. “Les pirates peuvent essayer de se venger contre les français. Nous leur conseillons de se cacher”, conclut-il, lapidaire.

Le 2 octobre dernier, les pirates somaliens se sont emparés du thonier espagnol Alakrana au large des Seychelles. Ils retiennent en otage 36 personnels de bord et exigent 4 millions de dollars pour leur libération.

______________________________ 2 – RFI

Rencontre avec des accusés : pirates ou pêcheurs somaliens ?

Une centaine de Somaliens sont poursuivis en justice au Kenya pour piraterie. Le procès de 7 d’entre eux a débuté la semaine dernière. Abdi Keye et ses six co-accusés, qui clament leur innocence. Ils ont été arrêtés en février dernier par un bâtiment de guerre américain qui patrouillait au large des côtes somaliennes. Les autorités américaines affirment qu’ils tentaient d’aborder un navire commercial belge qui faisait route vers la Grande-Bretagne. Des fusils automatiques et des lance-roquettes ont été découverts à bord de leur embarcation. Christophe
Gerard a pu les rencontrer pour RFI.

Dans son bureau, l’avocat Francis Kadima défend déjà ses sept clients somaliens : «Difficile de savoir quelle loi internationale s’applique à eux. L’Union européenne a un accord formel avec le Kenya sur ce point. Mais ce n’est pas le cas des Etats-Unis. Quelle est la solution à ce problème ? Est-ce qu’il s’agit juste d’envoyer ces gens au Kenya et de les juger ? Comment se fait-il qu’on ne règle pas ce problème en plein essor ? Ce sont juste des gamins. Vous croyez qu’un gamin de 19 ans sait comment obtenir une rançon de 2 ou 300 millions ? Ils sont manipulés par qui ? Par les seigneurs de guerre en Somalie évidemment. Et eux, personne ne va les importuner. Comment cela se fait-il ? ».

Le procès a démarré la semaine dernière devant le tribunal central de Mombasa. Ils sont les sept premiers à être jugés, sur la centaine de suspects accusés de piraterie.

Dans sa combinaison orange de détenu, entouré par les gardes, celui qui semble être le chef des pirates présumés affirme qu’il est un simple pêcheur : « Depuis que notre pays est instable, qu’il y a la guerre, on n’a pas d’autre moyen de subsister. La seule chose qui nous permettait de faire vivre notre famille, c’était la pêche. Et c’est ce que nous faisons depuis la chute du gouvernement ».

Depuis février denier, Abdi Kheye et les six autres pirates présumés, sont dans leur prison kenyanne, sans aucun contact avec leur pays. « On est détenus avec des prisonniers kenyans, témoigne-t-il. On ne comprend pas leur langue. Ils ne comprennent pas la nôtre. On ne connait pas leur culture et eux ne connaissent pas la nôtre. Ici, on est détenus avec presque mille autres prisonniers ».

Abdi Kheye ajoute que « si on demande de l’eau, cela provoque une bagarre et c’est pareil avec la nourriture. Et quand une bagarre éclate et qu’ensuite, on se plaint aux soldats kenyans, en général ils nous répondent : “ici c’est le Kenya et vous n’avez aucun droit, à part celui de vous taire” ».

La Cour de Mombasa a suspendu ses audiences. Le procès reprendra en novembre prochain.

______________________________ 1 – Mer et Marine

Océan indien : La Somme ravitaille les navires de l’opération Atalante

Après avoir été la cible d’une attaque de pirates le 7 octobre, le Bâtiment de Commandement et de Ravitaillement (BCR) Somme a été placé, durant quatre jours, en soutien direct de l’opération européenne Atalante.

Dans ce cadre une série de ravitaillements à la mer a été organisée au profit des navires engagés dans la lutte contre la piraterie en océan Indien. Ce fut le cas, à deux reprises, de la frégate française Germinal, mais aussi de la frégate espagnole Canarias, toutes deux déployées au sein d’Atalante.

La frégate britannique HMS Cornwall, engagée quant à elle dans l’opération Ocean Shield de l’OTAN, est également venue regarnir ses soutes à combustible auprès du BCR français. « Ce ravitaillement en carburant en pleine mer a permis aux trois bâtiments de rester en mer sans s’absenter du dispositif.

C’est lors de son transit vers le Canarias que la Somme a déjoué une attaque de skiffs et a intercepté cinq pirates dans la nuit du 6 au 7 octobre », précise l’Etat-major des Armées.

Huit bâtiments et trois avions de patrouille maritime sont actuellement placés sous le contrôle de l’opération européenne Atalante. Ils participent à la protection des navires affrétés par le Programme Alimentaire Mondial (PAM) vers la Somalie, à la protection des navires vulnérables naviguant au large des côtes de Somalie, ainsi qu’à la dissuasion, la prévention et la répression des actes de piraterie dans le golfe d’Aden et le bassin somalien.