18/10/09 (B521) Yémen Express (3 articles en Français)

_____________________________ 3 – Marrakech

Un zoom sur le conflit du Yémen

A la mi-août, juste avant le ramadan, le gouvernement du Yémen a lancé une offensive totale contre les positions rebelles dans le gouvernorat de Saada, dans le nord du pays. Ne laissant aucun doute quant à ses intentions, le gouvernement a baptisé cette campagne “Opération Terre Brûlée”. Les combats qui opposent aujourd’hui les forces gouvernementales à celles des Huthi, car tel est le nom des rebelles, comptent parmi les plus féroces depuis le déclenchement des hostilités, en juin 2004, lorsque les forces gouvernementales avaient essayé d’arrêter le fondateur du mouvement, Husayn Badr al-Din al-Huthi.

Le conflit a produit des milliers de réfugiés internes et s’est étendu aux gouvernorats voisins. Les appels à l’aide humanitaire ont été largement ignorés par la communauté internationale qui, dans son ensemble, à commencer par les Etats-Unis et l’Union Européenne, craint que l’instabilité au Yémen ne fournisse à une Al-Qaïda renaissante assez de place pour préparer et lancer des attaques.

Les Huthi appartiennent à une secte de l’islam chiite appelée zaydisme, encore que, au Yémen, les zaydites sont traditionnellement plus proche de l’islam sunnite que de la variante d’islam chiite qu’on pratique en Iran, à tel point qu’on les appelle souvent la “cinquième école” de l’islam sunnite. Depuis que les affrontements ont commencé, le gouvernement a donné diverses explications de la guerre. Dans l’immédiat, il estime que l’existence d’une province autonome sous influence zaydite constitue une menace existentielle pour le régime du président Ali Abdullah Salih. De leur côté, les zaydites se considèrent comme une collectivité en danger d’extinction.

Depuis les années 80, la région a été le théâtre d’affrontements sporadiques entre zaydites et salafistes d’obédience wahhabite venus du nord. Ces derniers se livrent à des profanations de mausolées et à des activités de prosélytisme auprès de la jeunesse zaydite. Les zaydites ont riposté par une campagne vigoureuse, avec la publication de littérature religieuse visant à renforcer le soutien dont ils jouissent localement et avec la formation d’une organisation de jeunesse qui associe un enseignement théologique à une formation militaire.

Le gouvernement semble vouloir soutenir la faction salafiste contre les zaydites du pays. La politique de division du gouvernement de M. Salih – diviser pour régner – vise à maintenir les factions rivales, qui pourraient se transformer en forces d’opposition, dans une situation de dépendance perpétuelle à l’égard du gouvernement. A Saada les zaydites des populations locales sont généralement considérés comme plus dangereux pour le gouvernement que les salafistes venus du nord.

Dès 2004, le conflit avait évolué : les heurts périodiques entre forces paramilitaires huthi et salafiste étaient devenus une guerre ouverte. Dans la crainte qu’Al-Qaïda ne trouve refuge dans un Yémen déstabilisé, les Etats-Unis et l’Union européenne, qui ont des intérêts au Yémen, ont aussi une carte à jouer pour mettre fin au conflit militarisé ouvert. Les Etats-Unis, qui ont une influence limitée au Yémen, doivent travailler pour convaincre l’Arabie saoudite que la menace d’une Al-Qaïda forte au Yémen doit l’emporter sur la menace de l’apparition d’un Etat chiite à sa frontière sud. L’Arabie saoudite, de son côté, doit user de son influence considérable auprès de Sanaa pour amener celle-ci à la table de négociation.

Pour ces deux pays, ce serait là un retournement de leur politique étrangère. Mais il est vrai que leur silence n’a pas fait grand’chose non plus pour favoriser la stabilité au Yémen.

Les Etats-Unis ne semblent guère enclins à pousser le Yémen vers un règlement politique: si cet allié peu enthousiaste était poussé vers un apaisement de la crise avec les Huthi, cette pression pourrait fort bien le dissuader de prendre des mesures contre Al-Qaïda, que de nombreux Yéménites considèrent en général comme le problème des occidentaux. Certains redoutent même que si les Etats-Unis ne soutiennent pas le Yémen dans ce qu’il perçoit comme sa propre “guerre contre la terreur”, ce gouvernement ne soutiendra pas non plus les Etats-Unis contre Al-Qaïda.

A force de s’éterniser, le conflit yéménite a donné naissance à des explications à géométrie variable. Les tribus des deux bords ont été entraînées dans la guerre. Ceux qui soutiennent les Huthi ne le font pas par amour de la théologie zaydite, mais bien plutôt pour contrer l’omnipotence du gouvernement et ses erreurs militaires. De fait, tout au long de ses campagnes militaires, le gouvernement s’est fait plus d’ennemis qu’il n’en avait avant les hostilités.

Cinq années de combat acharné sont là pour le prouver : il n’y a pas de solution militaire à ce conflit. A plusieurs reprises, le gouvernement yéménite a tenté d’écraser la rébellion sous les bombes, mais en vain.

Ni l’une ni l’autre partie ne dispose d’un capital politique suffisant pour pouvoir céder au exigences de l’autre. De part et d’autre on fait des affaires grâce à une économie de guerre florissante. Mais plus les combats s’éterniseront, plus les menaces qui pèsent sur la sécurité de la région se feront redoutables.

Les Etats-Unis doivent convaincre l’Union Européenne et, a fortiori, l’Arabie saoudite qu’elles doivent présenter un front uni devant les Yéménites, leur faire comprendre que la phase militaire du conflit est terminée et qu’il est temps désormais de passer à la phase politique de la sortie de conflit.

* Gregory D. Johnsen, ancien titulaire d’une chaire Fulbright au Yémen, prépare un doctorat en études moyen-orientales à Princeton. Il gère aussi le blog yéménite Waq al-waq. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 16 octobre 2009, www.commongroundnews.org

_______________________________ 2 – AFP

Yémen: des dizaines de morts dans de violents combats

De violents combats ont opposé samedi l’armée yéménite aux rebelles chiites dans les zones montagneuses du nord du Yémen, faisant des dizaines de morts, ont indiqué des responsables militaires.

“Des combats féroces ont éclaté dans la matinée dans la vieille ville de Saada, faisant des morts”, a dit à l’AFP l’un des responsables sans préciser leur nombre.

Les affrontements ont commencé après le lancement par l’armée d’une opération à la recherche des cellules dormantes dans les vieux quartiers de Saada, fief des rebelles zaïdites chiites situé à 240 km au nord de la capitale Sanaa, a-t-il précisé.

Un autre responsable militaire a indiqué que les rebelles avaient attaqué avant l’aube des positions qu’ils avaient perdues ces derniers jours. “Il y a eu des dizaines de morts dans les combats au moment où l’armée tentait de repousser les rebelles des positions passées sous son contrôle”.

L’armée a affirmé avoir lancé jeudi une offensive qui lui a permis de déloger les rebelles d’une région montagneuse, ce que la rébellion avait démenti.

Ces combats interviennent après un discours du président Ali Abdallah Saleh, qui a promis “une victoire dans les prochains jours” sur les rebelles.

Les combats entre l’armée et les rebelles zaïdites, une branche du chiisme, ont éclaté le 11 août dans le cadre d’un conflit récurrent depuis 2004, et ont fait jusqu’à présent des centaines de morts et de blessés et quelque 55.000 déplacés.

Le pouvoir accuse les rebelles d’être appuyés par l’Iran et de vouloir rétablir le règne de l’imamat zaïdite, renversé en 1962. Les rebelles s’en défendent en affirmant réclamer un développement “socio-économique de Saada” et un “respect” de leur droit à exprimer leurs opinions en toute liberté.

_______________________________ 1 – JDD

Yémen: Deux chiites condamnés à morts

Deux insurgés chiites ont été condamnés à mort samedi par un tribunal yéménite et dix autres à des peines de prison, selon une source judiciaire.

Les douze accusés avaient été capturés lors de combats l’an dernier dans le nord du pays entre l’armée gouvernementale et les Zaïdis, des musulmans chiites qui se sont soulevés il y a cinq ans pour dénoncer les discriminations dont ils de disent victimes.