09/10/05 (B319) Halte au feu ! (Jean-Loup Schaal)
Tout d’abord, je tiens Ă remercier personnellement, toutes celles et tous ceux qui s’engagent Ă mes cĂ´tĂ©s pour me soutenir dans le procès du 18 octobre et qui m’ont fait parvenir des centaines de messages d’amitiĂ© et d’encouragement, sans oublier tous ceux qui ont acceptĂ© de venir tĂ©moigner plus ceux qui seront prĂ©sents Ă l’audience, simplement pour montrer Ă la Cour, ce que pensent les Djiboutiens.
Pour moi, c’est un grand rĂ©confort et cela confirme ce que j’ai toujours su depuis plus de vingt-cinq ans que je le connais : le peuple djiboutien est un peuple gĂ©nĂ©reux, amical, sincère et fidèle en amitiĂ©. Il mĂ©rite tous les efforts et tout le travail que nous faisons chaque jour pour l’aider Ă faire connaĂ®tre l’Ă©tat d’asservissement dans lequel les rĂ©gimes de Gouled, puis de Guelleh l’ont plongĂ©.
Avec l’Ă©quipe de l’ARDHD, nous sommes fiers de ce que nous avons fait. MĂŞme s’il n’est pas toujours possible de mesurer l’impact direct de nos actions : elles ont Ă©tĂ© utiles. Je reprendrai quatre exemples reprĂ©sentatifs :
– l’affaire des 34 mineurs condamnĂ©s pour « avoir sniffĂ© de la colle sur la voie publique » Ă 6 mois de prison, incarcĂ©rĂ©s Ă Gabode, quartier des adultes, et soumis Ă tous les sĂ©vices que l’on peut imaginer. Grâce Ă nos interventions, l’OMCT et Madame Nicole Fontaine, alors PrĂ©sidente du Parlement europĂ©en, Ă©taient intervenus avec la plus grande fermetĂ© auprès de la PrĂ©sidence. Ces enfants avaient Ă©tĂ© libĂ©rĂ©s en quelques jours.
– l’incarcĂ©ration d’Ali Aref, Me Aref et plusieurs personnes. J’ai reçu un jour (cela devait ĂŞtre en 1991) un carrĂ© de papier chiffonnĂ© et Ă©crit Ă la main qui m’a Ă©tĂ© apportĂ© Ă mon bureau par une jeune djiboutienne. Dessus Ă©taient Ă©crit ces simples mots : « Aidez-nous, ils vont nous tuer – SignĂ© Me Aref ». AussitĂ´t la dĂ©cision a Ă©tĂ© prise de constituer une association pour disposer d’un support juridique : l’ARDHD. Ensuite durant deux ans, nous sommes intervenus auprès des pouvoirs publics français, des journalistes et du gouvernement djiboutien pour obtenir leur libĂ©ration, alors qu’ils Ă©taient au secret Ă Ali AddĂ©. Je me souviens, un soir, d’avoir contacte personnellement un conseiller de Jacques Chirac, car Me Aref avait Ă©tĂ© victime d’une tentative d’assassinat pendant un dĂ©placement judiciaire entre Ali AddĂ© et Djibouti.
– L’incarcĂ©ration de Moumin Bahdon et celle d’Aden Robleh, pour lesquels nous sommes intervenus.
– l’incarcĂ©ration des militants du FRUD, dont Mohamed Kadamy. Les photos, en prison, que nous avons publiĂ©es, ont fait le tour du monde. A chaque nouvelle « brimade » tentĂ©e par le Gouvernement ou simplement, le rĂ©gisseur de Gabode, nous avons lancĂ© des alertes. Ils ont Ă©tĂ© finalement libĂ©rĂ©s.
En ouvrant les archives de l’Association, je retrouve de nombreuses affaires pour lesquelles nous avons menĂ© des actions et souvent obtenu des rĂ©sultats positifs. Mais la liste est trop longue pour la publier ici.
Comme chacun peut l’imaginer, si ce n’est pas une surprise pour moi, car j’en Ă©tais informĂ© depuis plusieurs mois, le fait que Me Aref ait fait inscrire son nom sur le rapport de conclusions de la partie civile ne peut que m’inspirer une grande tristesse.
Certes, un avocat doit dĂ©fendre les causes : ce n’est pas parce qu’il dĂ©fend un assassin, qu’il est lui-mĂŞme un assassin ou qu’il approuve l’assassinat. Il faut savoir faire la part des choses et les avocats, comme les mĂ©decins et tant d’autres professions, sont au service des hommes ! Dans le cas des avocats, ce sont les hommes accusĂ©s justement ou injustement, les hommes qui ont un litige Ă rĂ©gler, etc…. et cela est admirable.
Mais un avocat est un homme libre et il peut refuser de plaider dans une cause qui serait contraire à son éthique, à sa morale ou à ses engagements personnels.
Je comprend fort bien la campagne d’indignation qui se dĂ©veloppe Ă l’Ă©gard de Me Aref. Les Djiboutiens se sentent offensĂ©s : ils estiment que l’un des leurs a trahi les valeurs morales et fondamentales qui sont celles de la CommunautĂ© : reconnaissance, amitiĂ© et fidĂ©litĂ©.
En nous Ă©crivant, non seulement ils tĂ©moignent de leur reconnaissance pour nos actions en leur faveur mais ils prennent aussi leur distance avec celui qui fut de 1990 Ă 1998, l’un des symboles internationaux de la DĂ©fense des Droits de l’Homme et qui, après un revirement, en 2000, s’est engagĂ© du mauvais cĂ´tĂ© de la morale, uniquement pour rĂ©cupĂ©rer des apparences sociales.
Tout cela ne sont pas des raisons suffisantes pour laisser se dĂ©velopper une campagne calomnieuse Ă l’Ă©gard de l’avocat. En revanche, en tant qu’homme, il rendra, s’il y a lieu, des comptes Ă sa conscience.
D’ici le 18 octobre et pour assurer la sĂ©rĂ©nitĂ© des dĂ©bats (sauf dans le cas oĂą nous aurions des informations nouvelles / importantes Ă communiquer) nous mettons un terme Ă toute polĂ©mique concernant Me Aref. Chacun sait maintenant ce qu’il a fait et jusqu’oĂą il est capable d’aller. C’est suffisant et j’attend de le regarder dans les yeux s’il plaide contre moi pour dĂ©fendre le GĂ©nĂ©ral Zakaria.
Je peux vous garantir, qu’avec le soutien de Me Calatayud, ancien bâtonnier de Tarbes, Membre de la Commission Nationale des Barreaux, Membre de la Commission consultative des Droits de l’Homme, Chevalier de la LĂ©gion d’Honneur, nous ferons tout pour que le GĂ©nĂ©ral Zakaria n’obtienne pas la fermeture judiciaire ou financière du site de l’ARDHD. Et surtout, ce qui est beaucoup plus important Ă mes yeux, c’est que ce procès soit un vĂ©ritable tremplin mĂ©diatique qui permette de mieux faire connaĂ®tre Ă la Presse prĂ©sente et aux TV, toutes les violations des Droits de l’Homme qui sont commises par le rĂ©gime de Guelleh : tortures, exĂ©cutions sommaires, viols, corruption, dĂ©tournements des aides internationales, etc.
Agissant sur ordre direct de Guelleh (c’est certainement l’objectif qu’il aurait pu leur avoir fixĂ©) ils vont tout faire pour tenter d’obtenir la fermeture du site soit de façon temporaire par dĂ©cision judiciaire, soit en rĂ©clamant des indemnitĂ©s que le GĂ©nĂ©ral a fixĂ© Ă un niveau exhorbitant ( 60.000 Euros au total ! (*)), en espĂ©rant acculer l’Association ARDHD au dĂ©pĂ´t de bilan. Bien entendu, tout le monde sait bien que l’Association ne dispose pas de cette somme. Le budget annuel de l’Association varie autour de 500 €, entièrement financĂ©s par l’Ă©quipe et sans aucune contribution extĂ©rieure pour garantir son indĂ©pendance.
Le Peuple djiboutien, les exilĂ©s ont trop besoin de ce site qui leur permet Ă la fois de s’exprimer et aussi de lire une information spĂ©cifique sur leur pays, qui soit libre et non liĂ©e au pouvoir dictatorial.
Nous n’excluons pas un possible coup de théâtre au cours du procĂ©s, qui pourrait inverser les rĂ´les, compte-tenu des preuves et de la gravitĂ© des tĂ©moignages qui pourraient ĂŞtre prĂ©sentĂ©s Ă la Justice, mettant Ă©ventuellement en cause directement ou indirectement le GĂ©nĂ©ral dans des affaires rĂ©prĂ©hensibles.
L’ARDHD doit vivre ! L’ARDHD doit poursuivre son combat, en toute indĂ©pendance et au seul service des Djiboutiennes et des Djiboutiens qui subissent la fĂ©rule de Guelleh et de ses sbires !
Jean-Loup Schaal
PrĂ©sident de l’ARDHD
(*) Lorsqu’il s’agit seulement de dĂ©fendre leur honneur, les personnalitĂ©s mettent gĂ©nĂ©ralement un point d’honneur Ă ne rĂ©clamer que l’Euro symbolique, pour Ă©viter que l’on ne puisse faire un amalgame entre l’argent et l’honneur.
