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29/08/07 (B410) AFP : Borrel / refus catégorique d’un procureur djiboutien de comparaître en France.

PARIS, 29 août 2007 (AFP) – Le procureur général de Djibouti, Djama Souleiman, renvoyé devant la justice française pour "subornation de témoins" dans le cadre de l’affaire du juge Borrel, a affirmé qu’il était "hors de question" de comparaître en France, indique mercredi le quotidien Le Monde.

Il a été renvoyé, en compagnie du chef des services secrets, Hassan Saïd, par une ordonnance du 20 août devant le tribunal correctionnel de Versailles, à l’ouest de Paris, pour "subornation de témoins" dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat du juge français Bernard Borrel à Djibouti en 1995.

Ils sont soupçonnés d’avoir fait pression et menacé deux témoins qui ont mis en cause directement le président actuel djiboutien Ismaël Omar Guelleh.

"Il est hors de question que l’on aille devant la justice française, a déclaré M. Souleiman au Monde. "On nous a traités par le mépris, nous allons répondre par le mépris. Sur le plan juridique, ce renvoi ne tient pas la route, puisqu’il concerne des citoyens djiboutiens installés hors du territoire français", a-t-il ajouté.

Deux témoins, l’ex-chef de la garde présidentielle Ali Iftin et un ex-membre de cette garde, Mohamed Saleh Alhoumekani, exilés en Belgique, ont mis en cause durant l’enquête l’actuel président djiboutien M. Guelleh et des dignitaires du régime de Djibouti.

M. Alhoumekani avait affirmé en décembre 1996 avoir entendu, le jour de la mort du juge, cinq hommes déclarer à Ismaël Omar Guelleh, alors directeur de cabinet de son prédécesseur: le "juge fouineur est mort" et "il n’y a pas de trace".

"Tout cela n’est qu’un montage, ce sont Mme Borrel et ses avocats qui devraient être renvoyés devant le tribunal", s’est insurgé M. Souleiman. "Il a été prouvé que la réunion de ces cinq personnes ne pouvait matériellement avoir eu lieu", a-t-il ajouté.

La veuve du juge Borrel affirme que son mari a pu être assassiné car il enquêtait sur des trafics d’armes dans lesquels était impliqué le régime djiboutien. Cette affaire empoisonne les relations entre la France et Djibouti, ex-colonie française qui abrite la principale base militaire française en dehors du territoire national.

29/08/07 (B410) ARDHD : pourquoi le renvoi devant la Justice correctionnelle de Djama “grandes oreilles” et d’Hassan Saïd est-il si important ?

En soi, le procès en correctionnel est "mineur", en comparaison des autres affaires qui sont instruites autour de l’assassinat du Juge Borrel et en particulier, celle qui concerne la recherche des coupables et les mobiles. Les deux inculpés ne se présenteront probablement pas et ils seront condamnés par défaut à des peines de prison et à des amendes.

Cela aura pour effet de limiter leurs déplacements en dehors de Djibouti, sauf à le faire dans des pays très amis, qui pourraient leur garantir de ne pas répondre à des mandats d’arrêt. Mais ce sera limité. L’Europe, finie pour eux. La France, inimaginable !!!

Ce qui est le plus important, c’est le fait établi ! Ces deux hommes ont tenté de faire pression pour suborner les témoins. S’ils l’ont fait, c’est bien parce qu’il y a un crime à cacher et qu’ils en connaissent à la fois les coupables, le commanditaire et le mobile (ou les mobiles).

Sinon pour quelles raisons, auraient-ils fait tant d’effort pour faire taire des témoins. Ce ne peut-être que pour protéger le régime et probablement son Chef.

En tentant de suborner un témoin et en subornant un autre, ils ont établi par voie de conséquence, la culpabilité directe ou indirecte de leur "patron". C’est en cela que ce procès est important. Il crédibilise la thèse défendue par Mme Borrel, alors que les autorités françaises lui avaient refusé la vérité pendant plus de dix ans …

29/08/07 (B410) RFI : Affaire Borrel – La justice française relance le dossier (Info lectrice)

Nouveau rebondissement dans l’affaire de l’assassinat du juge Bernard Borrel. Deux hauts responsables djiboutiens proches du président Ismaël Omar Guelleh, sont renvoyés devant la justice française pour subornation de témoins. Le 19 octobre 1995, le corps du juge français été retrouvé calciné. Alors que l’enquête djiboutienne avait conclu au suicide, les faits avaient été requalifiés en assassinat, par la justice française.

Elizabeth Borrel, veuve du juge Bernard Borrel, son avocat Olivier Morice et son fils Louis-Alexandre (à droite), reçus par le président français Nicolas Sarkozy le 19 juin.
(Photo : AFP)

Ce dossier de subornation de témoins est l’un des volets de l’affaire Borrel. La procédure a été engagée en 2003 à Versailles suite à une plainte déposée par la veuve du juge assassiné.

Elle vise le procureur général de Djibouti, Djama Souleimane et le chef des services secrets djiboutiens, Hassan Saïd. Les deux hommes sont renvoyés devant le tribunal correctionnel de Versailles.

Ils sont accusés d’avoir exercé des pressions et des menaces sur deux témoins djiboutiens : deux anciens officiers de la garde présidentielle refugiés en Belgique qui ont mis en cause le président et les dignitaires du régime de Djibouti dans la mort du magistrat français.

En 1996, l’un des témoins avait affirmé avoir entendu, cinq hommes déclarer au président Ismaël Omar Guelleh, à l’époque directeur de cabinet de son prédécesseur, « le juge fouineur est mort, il n’y a pas de trace ».

Depuis septembre 2006, les deux hauts dignitaires djiboutiens font l’objet de mandats d’arrêt internationaux délivrés par la justice française.

Pour maître Oliver Morice, l’avocat de Mme Borrel, une nouvelle étape importante vient donc d’être franchie dans la recherche de la vérité.

28/08/07 (B410) LE FIGARO : Affaire Borrel : deux hauts responsables djiboutiens devant la justice française

Pour la première fois, deux proches du président Ismaël Omar Guelleh, sont renvoyés devant la justice française pour subornation de témoins.

Des responsables djiboutiens vont enfin être traduits devant la justice française. Le procureur général de Djibouti Djama Souleiman et le chef des services secrets Hassan Saïd sont renvoyés pour "subornation de témoins" devant le tribunal correctionnel de Versailles par une ordonnance du juge Magali Tabareau, datée du 20 août. Les avocats de la veuve du juge ont salué "cette première victoire judiciaire" la justice française « renvoyant devant le tribunal deux proches de l’actuel président djiboutien".

Ce n’est pas la première fois que les noms de ces hauts fonctionnaires apparaissent dans l’instruction. En septembre 2006, ils avaient fait l’objet de mandats d’arrêt internationaux, valant mises en examen. Ils sont soupçonnés d’avoir exercé des pressions sur des témoins, qui mettaient en cause le président et des dignitaires du régime de Djibouti.

La première victime de ces pressions est un ex-membre de la garde présidentielle, Mohamed Saleh Alhoumekani, exilé en Belgique. Il explique en décembre 1996 avoir entendu, le jour de la mort du juge, cinq hommes déclarer à l’actuel président djiboutien Ismaël Omar Guelleh, alors directeur de cabinet de son prédécesseur, que le "juge fouineur est mort" et qu’"il n’y a pas de trace".

Le second témoin, dont la famille est menacée de représailles, est l’ex-chef de la garde présidentielle. Egalement réfugié à Bruxelles, Ali Iftin affirme que le chef des services secrets djiboutiens l’avait obligé à mentir.

Une instruction en trois volets

Mais cette avancée est loin de dissiper tous les blocages qui entravent l’affaire Borrel. Le dossier de subornation de témoins n’est que l’un des volets de l’affaire. Concernant le dossier d’assassinat instruit par la juge parisienne Sophie Clément, des mandats d’arrêt internationaux ont été délivrés en octobre 2006 à l’encontre des deux repris de justice en fuite, Awalleh Guelleh et Hamouda Hassan Adouani, suspectés d’avoir été les exécutants de cet assassinat.

Il y a deux mois, un ex-membre du renseignement militaire français avait déclaré devant la magistrate que le juge Borrel avait été chargé avant sa mort par le ministre djiboutien de la Justice d’enquêter sur "des trafics" auxquels Ismaël Omar Guelleh aurait alors été mêlé.

Parallèlement à l’instruction de Sophie Clément, deux autres magistrates parisiennes, Fabienne Pous et Michèle Ganascia, enquêtent sur d’éventuelles pressions politiques sur la justice française. Elles avaient vainement tenté le 2 mai de mener une perquisition à l’Elysée, sous la présidence de Jacques Chirac, après avoir saisi, deux semaines auparavant de nombreux documents aux ministères des Affaires étrangères et de la Justice.

28/08/07 (B410) LE MONDE Borrel, une affaire d’Etat (Guillaume Dasquié, journaliste indépendant)

La présence militaire française à Djibouti est stratégiquement cruciale. La raison d’Etat peut-elle pour autant s’accommoder du meurtre d’un juge à l’étranger ?

Révélations sur de multiples pressions politiques.

Djibouti, 19 octobre 1995, 7 h 20. Au bas d’un dénivelé rocheux, des gendarmes français découvrent le corps sans vie partiellement calciné d’un magistrat, français lui aussi, Bernard Borrel. Sa jeep est restée au sommet du ravin. Accéder à ce lieu désolé suppose de croiser deux barrages militaires – un français, un djiboutien. En principe, les registres détaillés des passages sont bien tenus. Pourtant, selon l’instruction de la juge parisienne Sophie Clément, les registres de cette journée fatidique sont introuvables.

Le même jour, 9 h 41 : un télégramme de l’ambassade de France à Djibouti informe Paris : “Selon son entourage, M. Borrel avait été profondément affecté par l’annonce du suicide d’un de ses amis intervenu en France il y a trois semaines.” A cet instant, le cadavre gît encore sur les rochers, aucun médecin ne l’a examiné.

Une heure après, le docteur Hubert Trillat, dépêché sur place, rédige un certificat de décès : “Mort accidentelle dont les causes demandent à être déterminées”, écrit-il. Pas question, encore, de suicide.

18 h 17 : un autre télégramme de l’ambassadeur Jean-Marie Momal au ministère de la coopération explique : “Les constations effectuées ce jour (…) permettent de considérer comme très probable que M. Borrel a mis fin à ses jours.” Ce message est fondé sur les observations d’André Minana, policier français de l’ambassade. La thèse du suicide par le feu s’écrit là. Elle s’imposera dix ans.

“COMME S’IL AVAIT AVAIT REÇU UN COUP DE MAILLET DANS LE FRONT”

Ce 19 octobre 1995, le corps de Bernard Borrel arrive enfin à la morgue de l’hôpital des armées françaises de Djibouti, le Centre Bouffard.

Douze ans plus tard, le 23 mars 2007, Alexandre Barrier, alors employé à la morgue en tant qu’appelé du contingent, se souvient qu’une capitaine française qui travaillait avec lui a attiré son attention “sur un hématome rond, quasi parfait, sur la tête de M. Borrel.

Elle m’a dit : “Prends ta bouteille de Pepsi et met-là sur le rond, elle tiendra toute seule. C’était comme s’il avait reçu un coup de maillet dans le front.

” Ce détail, a priori très visible, n’avait pas été relevé par le policier Minana.

Fait troublant, Alexandre Barrier se souvient aussi que, ce 19 octobre 1995, ses supérieurs lui avaient “demandé de signer un papier indiquant qu'(il) ne divulguera aucune information sur ce qu'(il) avait vu”. Dix ans durant, la blessure au crâne restera ignorée des comptes-rendus d’autopsie.

Le 3 février 2004, la juge Sophie Clément interroge le professeur de médecine légale Patrice Mangin sur ce mystère, ainsi que sur une “lésion de défense” à l’avant-bras de la victime laquelle n’avait pas non plus été observée lors des précédentes expertises. “Si on ne va pas regarder quelque chose, on ne voit pas”, glisse le médecin, qui ajoute : le traumatisme à la tête “ne pourrait pas” provenir d’une chute du corps sur les rochers.

Selon lui, il résulte d'”un coup porté avec un instrument contondant”.

A la juge qui demande si, conformément au scénario du suicide, Bernard Borrel a pu “s’asperger d’essence debout ou à genoux et qu’il ait ensuite couru vers l’endroit où il a été retrouvé”, l’expert répond : “Non (…) ce n’est pas possible.” Le professeur croit utile de signaler cependant que “les constations immédiates après le décès (à Djibouti) n’ont pas été faites de manière appropriée”.

QUI A DONNÉ L’ORDRE ?

Yves Bot, qui était alors procureur de la République à Paris, rappelle qu’après cette audition il n’a “jamais caché dans (son) analyse du dossier qu'(il) considérai(t) que Borrel avait été assassiné”.

A cet instant, ce n’est plus une simple thèse défendue par sa veuve, Elisabeth Borrel : le meurtre de son mari devient la piste privilégiée par le parquet. Position adoptée par tous les successeurs de M. Bot, y compris l’actuel procureur, Jean-Claude Marin. Interrogé par Le Monde, celui-ci admet : “La thèse du suicide a été portée pendant un certain temps et puis les choses ont évolué.

Plusieurs éléments, notamment des constations médico-légales et pyrotechniques, ont fait que la thèse du suicide apparaissait fortement improbable. Aujourd’hui, notre position est plutôt de considérer que c’est un acte criminel.

Pour l’instant, il nous manque encore une pièce sans doute déterminante du puzzle : pourquoi ? Ou pour qui ? Nous ignorons encore l’architecture de ce schéma criminel.”

Reste donc à découvrir les mobiles et à identifier le donneur d’ordre. Sur ce point, les services de renseignement français pourraient fournir des informations cruciales. Le 17 septembre 2004, dans un courrier adressé à la ministre de la défense, Michèle Alliot-Marie, la juge d’instruction l’avertit que des soupçons pèsent sur l’entourage du président de Djibouti, Ismaël Omar Guelleh.

Faute d’avoir reçu la totalité des notes de la DGSE afférantes à l’affaire Borrel, la magistrate convoque Régis Ollivier, chef d’antenne du “service” à Djibouti en 1995.

Mais, à la plupart des questions, l’intéressé oppose le secret-défense. “Il s’agit d’une affaire politique (dont) la réponse ne peut être que politique. D’Etat à Etat.”

Le 23 juin 2004, Henri Fontana, autre fonctionnaire de la DGSE, qui enquête sur des réseaux de corruption internationaux, consent à éclairer davantage l’instruction. Il cite une source de son service qui lui “a donné des détails sur la légende construite autour de la mort de Bernard Borrel pour dissimuler l’assassinat et également pour que sa mort serve d’exemple”.

L’agent de renseignement estime que le juge Borrel “aurait été assassiné en raison d’informations compromettantes recueillies dans le cadre de ses activités professionnelles à Djibouti”.

Un autre agent partage cette analyse : Daniel Tonnot. Au moment du drame, à Djibouti, il est le numéro deux de l’unité locale de la direction de la protection et de la sécurité de la défense (DPSD). Selon lui : “Les commanditaires du “suicide” étaient certainement des gens haut placés au gouvernement de Djibouti (…). Ismaël Omar Guelleh était mêlé dans toutes les grandes affaires, celle de (l’attentat) du Café de Paris, trafic d’armes, d’argent (…) Certainement que M. Borrel en savait trop sur ces affaires.”

A Paris comme à Djibouti, les décideurs commencent à s’inquiéter.

Le 17 juin 2004, le procureur djiboutien Ali Djama Souleiman demande à la justice française qu’on lui communique la totalité des pièces d’instruction. A Versailles, le nom du procureur est familier des magistrats chargés de l’affaire Borrel. Une plainte, en cours d’examen, le vise personnellement pour “pressions” effectuées sur deux militaires djiboutiens, expatriés en Belgique, qui mettent directement en cause l’entourage immédiat du président Guelleh dans l’élimination du juge Borrel.

“PERBEN POURRAIT ÊTRE POURSUIVI PAR MME BORREL POUR FORFAITURE”

Obtempérer à la demande djiboutienne reviendrait donc à communiquer le dossier à des personnes mises en cause. La juge renâcle. Mais, comme le révèlent les 900 pages de documents saisis le 23 avril au ministère de la justice et aux affaires étrangères, – dont Le Monde a pu prendre connaissance -, les intérêts diplomatiques peuvent parfois primer sur l’intérêt d’un dossier judiciaire.

Le 30 juillet 2004, Laurent Le Mesle, alors directeur de cabinet du garde des sceaux, signe une note sans ambiguïté pour ses services : “Je vous remercie de veiller à ce qu’il soit apporté une réponse favorable à la demande formulée par les autorités djiboutiennes.”

Ex-conseiller juridique de Jacques Chirac à l’Elysée, Laurent Le Mesle est aujourd’hui procureur général près la cour d’appel de Paris. Il n’a pas souhaité répondre à nos questions.Conseil de Djibouti, l’avocat parisien Francis Szpiner maintient que la requête de son client repose sur des bases juridiques valables.

Mais la juge Clément, pointant un vice de procédure, s’oppose à la transmission de tous ses éléments d’enquête. Les responsables politiques djiboutiens insistent.

Dans un courrier du 28 septembre 2004 à Pierre Vimont, son homologue aux affaires étrangères, Laurent Le Mesle annonce qu’une nouvelle démarche va être conseillée à Djibouti : “La demande (…) sera alors satisfaite, en tenant compte du délai qu’imposera la copie des 35 tomes de la procédure judiciaire.”

La juge Sophie Clément douchera une seconde fois ce bel optimisme en rendant, le 5 février 2005, un acte de “soit transmis” négatif. La requête djiboutienne, écrit-elle, “apparaît comme un détournement de procédure effectué dans l’unique but de prendre connaissance d’un dossier contenant notamment des pièces mettant en cause le procureur de la République de Djibouti”. A l’époque, le cabinet du garde des sceaux se range à cette décision.

Au sommet de l’Etat, on se désole.

Une note de travail de la direction Afrique-océan Indien du Quai d’Orsay, rédigée pour préparer la rencontre du 17 mai 2005 entre le président Jacques Chirac et Ismaël Omar Guelleh, considère : “Malheureusement, les services de la chancellerie ont mal évalué les conséquences d’une telle transmission (du dossier à Djibouti) : M. Perben, le ministre de la justice, pourrait être poursuivi par Mme Borrel pour forfaiture.”

C’est alors que germe, à Paris – un comble ! -, l’idée d’obliger la juge française à obéir en suggérant à Djibouti d’attaquer la France devant la Cour internationale de justice (CIJ). Dans un télégramme diplomatique daté du 25 juin 2005, l’ambassadeur à Djibouti, Philippe Selz, relate un entretien avec le ministre djiboutien des affaires étrangères : “Il m’a dit qu’il “réfléchissait à notre idée de recours à la CIJ”. Djibouti a déposé plainte à La Haye le 9 janvier 2006.

Le 30 mai 2007, après l’élection de Nicolas Sarkozy, Ismaël Omar Guelleh était de passage à Paris. On ignore qui il a rencontré.

Guillaume Dasquié
Journaliste indépendant

28/08/07 (B410) LE MONDE Deux hauts responsables djiboutiens en correctionnelle dans l’affaire Borrel

Deux hauts responsables djiboutiens, proches du président Ismaël Omar Guelleh, sont renvoyés devant le tribunal correctionnel de Versailles pour "subornation de témoins" dans le dossier de l’assassinat du juge Borrel en 1995 à Djibouti, a-t-on appris lundi de source judiciaire.

Le procureur général de Djibouti Djama Souleiman et le chef des services secrets Hassan Saïd sont renvoyés en correctionnelle par une ordonnance, datée du 20 août, du juge Magali Tabareau chargée de l’information judiciaire ouverte pour "subornation de témoins" le 5 mai 2003, a-t-on précisé de même source.

Des mandats d’arrêt avaient été délivrés le 27 septembre 2006 par la justice française contre ces deux responsables, soupçonnés d’avoir exercé des pressions et des menaces sur deux témoins djiboutiens dans l’affaire Borrel.

Des témoins ont en effet mis en cause dans la mort du juge Borrel le président et des dignitaires du régime de Djibouti. Le corps en partie carbonisé du juge Bernard Borrel avait été retrouvé le 19 octobre 1995 en contrebas d’un ravin à 80 km de Djibouti. Il travaillait auprès du ministre de la Justice de Djibouti à la réforme du code pénal.

Le premier témoin, visé par ces pressions, est un ex-membre de la garde présidentielle djiboutienne, Mohamed Saleh Alhoumekani, exilé en Belgique. Il avait affirmé en décembre 1996 avoir entendu, le jour de la mort du juge, cinq hommes déclarer à l’actuel président djiboutien Ismaël Omar Guelleh, alors directeur de cabinet de son prédécesseur, que le "juge fouineur est mort" et qu’"il n’y a pas de trace".

Le second témoin, menacé de représailles sur sa famille, est Ali Iftin, l’ex-chef de la garde présidentielle. Egalement réfugié à Bruxelles, il avait affirmé que le chef des services secrets djiboutiens l’avait obligé à mentir.

Ce dossier de subornation de témoins est l’un des volets de l’affaire Borrel. Le dossier d’assassinat est instruit par la juge parisienne Sophie Clément.

28/08/07 (B410) L’EXPRESS : Soupçonnés d’avoir exercé des pressions sur deux Djiboutiens, témoins dans l’affaire de l’assassinat du juge Borrel, deux proches du président Guelleh sont renvoyés devant le tribunal correctionnel de Versailles. La réaction satisfaite de Me de Caunes, l’avocat de la veuve du magistrat. (Info lectrice)

Deux hauts responsables djiboutiens, proches de l’actuel président Ismaël Omar Guelleh, viennent d’être renvoyés devant un tribunal correctionnel par la justice française. Le procureur général de Djibouti et le chef des services secrets sont soupçonnés d’avoir fait pression sur des témoins.

Leur avocat, Me Francis Szpiner, s’est dit certain que l’audience sera l’occasion d’un “débat public, loyal et contradictoire qui permettra à chacun de se faire une idée de la réalité des faits.” De son côté, Me Laurent de Caunes, avocat de la veuve du juge Borrel, y voit un pas important dans l’enquête sur la mort de l’ancien magistrat.

Comment réagissez-vous à l’annonce du renvoi en correctionnel de deux suspects pour subornation de témoins?

Il s’agit d’une excellente nouvelle. Nous touchons là à un aspect très important du dossier de l’assassinat du juge Borrel. Deux hauts responsables de la justice et de l’administration djiboutienne ont pris des risques importants pour faire revenir des témoins sur leurs déclarations. L’appareil d’Etat djiboutien a paniqué devant leurs révélations.

De quelles preuves dispose la justice française pour l’affirmer?

Deux tentatives ont eu lieu parallèlement. La première visait à obtenir la rétractation d’un ex-membre de la garde présidentielle, exilé en Belgique, Mohamed Saleh Alhoumekani. Il mettait en cause l’actuel président Ismaël Omar Guelleh. Or, il est établi que le procureur de Djibouti s’est lui-même rendu à Bruxelles pour l’intimider.

Il existe également des enregistrements de conversations téléphoniques. Par ailleurs, Ali Iftin, ex-chef de la garde présidentielle, avait rédigé un courrier afin de discréditer ce témoin gênant. Il a, depuis, quitté Djibouti et a reconnu avoir écrit le document sous la pression du chef des services secrets. On menaçait sa famille.

Un mandat d’arrêt européen a été diffusé à l’encontre du procureur général de Djibouti et du chef des services secrets de ce pays. Bénéficient-ils d’une immunité de par leur fonction?

Certainement pas. Et si le juge d’instruction a décidé de lancer un mandat d’arrêt, c’est bien qu’il existe des indices graves ou concordants les mettant en cause et qu’ils n’ont pas déféré à ses convocations.

Madame Borrel a rencontré Nicolas Sarkozy le 19 juin. Ce soutien de poids vous a-t-il aidé?

Disons que nous sentons assurément mieux épaulés qu’il y a encore cent et quelques jours…

28/08/07 (B410) LIBERATION L’affaire Borrel se concrétise avec deux renvois en correctionnelle. Deux proches du président de Djibouti sont accusés de «subornation de témoin».

Par BRIGITTE VITAL-DURAND

Après douze années de procédures tourmentées qui ont suivi l’assassinat du juge français Bernard Borrel en 1995 à Djibouti, le dossier se concrétise enfin.

Deux proches du président de la République de Djibouti, ­Ismaël Omar Guelleh, dit I.O.G., sont renvoyés devant le tribunal correctionnel de Versailles par une ordonnance du juge d’instruction Magali Tabareau, en date du 20 août, et rendue publique hier. L’implication de ces deux personnalités – un haut magistrat et un haut fonctionnaire – renforce encore les soupçons qui pèsent sur l’actuel chef de l’Etat de ce petit pays d’Afrique où la France a de grands intérêts.

Le renvoi en correctionnel vise le procureur général de Djibouti, Djama Souleiman Ali et le chef des services secrets du pays, Hassan Saïd Khaireh. Ils sont tous deux mis en examen pour «subornation de témoin». Deux autres personnalités, françaises, impliquées en tant que «témoins assistés», dont la juge d’instruction parisienne Marie-Paule Moracchini, bénéficient d’un non lieu.

Une troisième personnalité fait une apparition inattendue dans cette affaire aux multiples ramifications : Arnaud Montebourg, mais, lui, en tant que partie civile aux côtés d’Elisabeth Borrel, veuve du juge (lire ci-dessous (*)).

Il faut remonter à la nuit du 18 au 19 octobre 1995, date de l’assassinat de Bernard Borrel, dont le corps a été retrouvé calciné dans un ravin à 90 kilomètres de la capitale de Djibouti. Cette même nuit, une discussion aurait été engagée dans le jardin du palais présidentiel de Djibouti, entre cinq hommes : un membre de la garde présidentielle, Mohamed Saleh Alhoumekani, le futur président de la République, alors directeur de cabinet de son prédécesseur, Omar Guelleh, un certain Romani, et enfin deux repris de justice.

«Fouineur». Exilé en Belgique quatre ans plus tard, Alhoumekani a demandé à témoigner devant la juge Moracchini alors en charge du dossier d’instruction sur la mort du juge Borrel.

L’audition a eu lieu en janvier 2000, à Bruxelles. L’ex-militaire a déclaré qu’il avait entendu l’un des deux repris de justice dire au futur chef de l’Etat : «Le juge fouineur est mort, il n’y a plus de traces.» Ce témoignage crucial, en ce qu’il accuse directement I.O.G. d’être mêlé à l’exécution de Bernard Borrel, a été suivi d’effets en cascade.

D’abord, les conditions dans lesquelles la juge parisienne a recueilli ce témoignage ont été examinées de près par la justice. Une policière belge, présente à l’audition, a affirmé que la magistrate avait notamment dit que «si M. Alhoumekani avait fait de telles déclarations en France, il se serait retrouvé en prison».

Marie-Paule Moracchini est finalement blanchi du chef de «subornation» par le non-lieu de Versailles. Ce qui n’est pas le cas de Souleiman.

Le témoin a en effet affirmé que «plusieurs responsables djiboutiens, et en particulier le procureur de la République de Djibouti, M. Djama Souleiman, avaient fait le déplacement à Bruxelles pour obtenir la rétractation de son témoignage». Selon l’ordonnance de renvoi de la juge versaillaise, le procureur djiboutien aurait agi fin 2001, début 2002, en «menaçant d’exercer des représailles sur sa famille» restée au pays, « en lui proposant de l’argent et un poste diplomatique» .

Il aurait finalement obtenu du témoin un projet de lettre dans laquelle celui-ci revenait sur ses précédentes déclarations. Ce document figure au dossier. Accusatoire aussi, l’enregistrement d’une conversation téléphonique où le procureur explique à Alhoumekani comment il doit changer sa déposition.

Pression.

Quand au chef des services secrets, il lui est reproché des pressions sur un autre témoin, le capitaine Iftin. Ce dernier était chef de la garde présidentielle en 1995. En 2002, ce capitaine, réfugié en Belgique lui aussi, a raconté comment il avait été contacté par Hassan Saïd pour contrer le témoignage d’Alhoumekani et signer un «texte établi à l’avance». Iftin qui, depuis, a réussi à faire partir sa femme et ses enfants en Belgique, est maintenant partie civile.

Jusqu’ici, à chaque rebondissement du dossier, la présidence de Djibouti a nié être pour quoi que ce soit dans la mort de Bernard Borrel qu’elle estime toujours être la conséquence d’un suicide. Ni Djama Souleiman, ni Hassan Saïd n’ont consenti à se présenter devant la juge d’instruction de Versailles. Depuis octobre 2006, ils sont d’ailleurs sous le coup de mandats d’arrêt.

Du côté de la partie civile, on se félicite de cette notable avancée. «Depuis que le président Sarkozy a reçu Elisabeth Borrel à l’Elysée [le 19 juin], les déblocages sont incontestablement intervenus, remarque Olivier Morice, avocat, avec Laurent de Caunes, de la famille du juge. Le respect dû à Mme Borrel au plus haut niveau de l’Etat a balayé un mépris hallucinant de plus de douze ans.»

(*) ____________________________ Et le nom de Montebourg apparaît…
Le nom du député PS Arnaud Montebourg apparaît, mais lointainement, dans ce volet du dossier Borrel. Partie civile, représenté par l’avocat Christian Charrière-Bournazel, le député se défend d’une accusation de tentative de manipulation de témoin.

Montebourg affirmait hier que son nom est également cité – toujours dans l’affaire Borrel – dans une note de la DGSE. Ancien avocat, il explique vouloir ne rien laisser passer sur le plan juridique, d’où sa présence au dossier en tant que partie civile. Le député s’était exprimé en faveur du retournement de l’enquête au moment où la thèse du suicide de Bernard Borrel a dû céder le pas en faveur de l’assassinat.

A cette époque, Francis Szpiner, avocat notamment du gouvernement de Djibouti, s’était présenté contre lui aux élections législatives de 2002 en Saône et Loire, et a été battu. Me Szpiner, sollicité hier par Libération, n’a pas donné suite.