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29/08/07 (B410) ARDHD : pourquoi le renvoi devant la Justice correctionnelle de Djama “grandes oreilles” et d’Hassan Saïd est-il si important ?

En soi, le procès en correctionnel est "mineur", en comparaison des autres affaires qui sont instruites autour de l’assassinat du Juge Borrel et en particulier, celle qui concerne la recherche des coupables et les mobiles. Les deux inculpés ne se présenteront probablement pas et ils seront condamnés par défaut à des peines de prison et à des amendes.

Cela aura pour effet de limiter leurs déplacements en dehors de Djibouti, sauf à le faire dans des pays très amis, qui pourraient leur garantir de ne pas répondre à des mandats d’arrêt. Mais ce sera limité. L’Europe, finie pour eux. La France, inimaginable !!!

Ce qui est le plus important, c’est le fait établi ! Ces deux hommes ont tenté de faire pression pour suborner les témoins. S’ils l’ont fait, c’est bien parce qu’il y a un crime à cacher et qu’ils en connaissent à la fois les coupables, le commanditaire et le mobile (ou les mobiles).

Sinon pour quelles raisons, auraient-ils fait tant d’effort pour faire taire des témoins. Ce ne peut-être que pour protéger le régime et probablement son Chef.

En tentant de suborner un témoin et en subornant un autre, ils ont établi par voie de conséquence, la culpabilité directe ou indirecte de leur "patron". C’est en cela que ce procès est important. Il crédibilise la thèse défendue par Mme Borrel, alors que les autorités françaises lui avaient refusé la vérité pendant plus de dix ans …

29/08/07 (B410) RFI : Affaire Borrel – La justice française relance le dossier (Info lectrice)

Nouveau rebondissement dans l’affaire de l’assassinat du juge Bernard Borrel. Deux hauts responsables djiboutiens proches du président Ismaël Omar Guelleh, sont renvoyés devant la justice française pour subornation de témoins. Le 19 octobre 1995, le corps du juge français été retrouvé calciné. Alors que l’enquête djiboutienne avait conclu au suicide, les faits avaient été requalifiés en assassinat, par la justice française.

Elizabeth Borrel, veuve du juge Bernard Borrel, son avocat Olivier Morice et son fils Louis-Alexandre (à droite), reçus par le président français Nicolas Sarkozy le 19 juin.
(Photo : AFP)

Ce dossier de subornation de témoins est l’un des volets de l’affaire Borrel. La procédure a été engagée en 2003 à Versailles suite à une plainte déposée par la veuve du juge assassiné.

Elle vise le procureur général de Djibouti, Djama Souleimane et le chef des services secrets djiboutiens, Hassan Saïd. Les deux hommes sont renvoyés devant le tribunal correctionnel de Versailles.

Ils sont accusés d’avoir exercé des pressions et des menaces sur deux témoins djiboutiens : deux anciens officiers de la garde présidentielle refugiés en Belgique qui ont mis en cause le président et les dignitaires du régime de Djibouti dans la mort du magistrat français.

En 1996, l’un des témoins avait affirmé avoir entendu, cinq hommes déclarer au président Ismaël Omar Guelleh, à l’époque directeur de cabinet de son prédécesseur, « le juge fouineur est mort, il n’y a pas de trace ».

Depuis septembre 2006, les deux hauts dignitaires djiboutiens font l’objet de mandats d’arrêt internationaux délivrés par la justice française.

Pour maître Oliver Morice, l’avocat de Mme Borrel, une nouvelle étape importante vient donc d’être franchie dans la recherche de la vérité.

29/08/07 (B410) RUE 89 :Affaire Borrel: procès en vue pour deux fonctionnaires djiboutiens – Par David Servenay

Sur le plan judiciaire, le dossier est mineur.

Mais en matière politique, il pèse de tout son poids de plomb entre Paris et Djibouti.

Dans quelques mois, deux des plus haut fonctionnaires djiboutiens seront jugés par le tribunal correctionnel de Versailles, pour "subornation de témoins".

Ils sont soupçonnés d’avoir tenté d’acheter un témoin-clé dans l’affaire de l’assassinat du juge Borrel, ce magistrat français assassiné à Djibouti en 1995, dans des conditions encore mystérieuses. Depuis sa mort, sa veuve (Photo) se bat pour que la vérité soit faite.

Les deux prévenus risquent d’écoper du maximum de la peine –trois ans de prison et 45000 euros d’amende- dans la mesure où il est peu probable qu’ils se présentent à la barre.

La particularité de cette enquête, qui met en cause l’actuel procureur général de la République de Djibouti, Djama Souleiman, et le chef des services secrets, Hassan Saïd, est d’avoir été bouclée dès son origine. La "subornation de témoin" étant constituée dès l’ouverture de l’information judiciaire, il était logique que les auteurs du délit soient un jour jugés.

Les deux hommes n’ont pas fait preuve de beaucoup prudence.

Ils ont tout simplement tenté de circonvenir deux anciens officiers de la Garde présidentielle djiboutienne (GP).

Négociations dans un hôtel pour une rétractation

L’un, Mohamed Alhoumekani, s’est même vu proposer argent et honneur (un poste d’ambassadeur) pour prix de son silence. De ce chantage, mené par le procureur Souleiman, un magistrat formé à l’ENM de Bordeaux, il existe plusieurs traces accablantes: photos, enregistrement de conversation téléphonique et mentions manuscrites.


Photo archives ARDHD
Dans le hall d’un hôtel de Bruxelles, sur une photo, le magistrat djiboutien est penché sur un projet de lettre de rétractation que le régime aurait bien aimé faire signer au témoin gênant.

Alhoumekani a toujours été une épine dans le pied du président Guelleh. Le lieutenant de la GP a suivi une étrange conversation, le 19 octobre 1995, dans les jardins de la présidence. Où le chef de la gendarmerie, le chef des services secrets et deux terroristes censés être en prison s’adressent à Ismaël Omar Guelleh, le futur président de la République, pour lui préciser que "le juge fouineur est mort, il n’y a plus de traces".

Décrédibiliser le témoin-clé de l’affaire

Après la révélation de son témoignage, en décembre 2000, Alhoumekani, réfugié en Belgique, fera l’objet d’une attention constante du régime de Guelleh. Approche discrète, surveillance régulière, intimidations: tout est bon pour tenter de le faire revenir sur une version. Il ne la reniera jamais.

Constatant que leurs intimidations n’aboutissent pas, les hommes de Guelleh entreprennent de décrédibiliser le personnage. Pour cela, Hassan Saïd, le chef du SDS (Service de Documentation et de Sécurité) fait faire une lettre à son ancien supérieur hiérarchique, le commandant Ali Iftin. Lettre où Alhoumekani est décrit comme un officier sans foi ni loi.

Cette opération, elle aussi, finit par échouer, car Iftin quitte à son tour le pays, sous la menace de représailles brandies par son "cousin" Ismaël Omar. Il atterrit finalement à Bruxelles, où il raconte face caméra les manœuvres du régime.

Le procès annoncé devrait donc être une grande plongée dans l’univers des turpitudes djiboutiennes, plus proches de celles des Pieds Nickelés que des intrigues d’un John le Carré.

Mais avant d’arriver à l’audience, il est certain que Djibouti va réagir à ce nouvel affront. Car au bord de la Mer Rouge, on est désormais convaincu que l’élection de Nicolas Sarkozy marque une rupture dans la gestion des affaires franco-africaines.

28/08/07 (B410) LIBERATION L’affaire Borrel se concrétise avec deux renvois en correctionnelle. Deux proches du président de Djibouti sont accusés de «subornation de témoin».

Par BRIGITTE VITAL-DURAND

Après douze années de procédures tourmentées qui ont suivi l’assassinat du juge français Bernard Borrel en 1995 à Djibouti, le dossier se concrétise enfin.

Deux proches du président de la République de Djibouti, ­Ismaël Omar Guelleh, dit I.O.G., sont renvoyés devant le tribunal correctionnel de Versailles par une ordonnance du juge d’instruction Magali Tabareau, en date du 20 août, et rendue publique hier. L’implication de ces deux personnalités – un haut magistrat et un haut fonctionnaire – renforce encore les soupçons qui pèsent sur l’actuel chef de l’Etat de ce petit pays d’Afrique où la France a de grands intérêts.

Le renvoi en correctionnel vise le procureur général de Djibouti, Djama Souleiman Ali et le chef des services secrets du pays, Hassan Saïd Khaireh. Ils sont tous deux mis en examen pour «subornation de témoin». Deux autres personnalités, françaises, impliquées en tant que «témoins assistés», dont la juge d’instruction parisienne Marie-Paule Moracchini, bénéficient d’un non lieu.

Une troisième personnalité fait une apparition inattendue dans cette affaire aux multiples ramifications : Arnaud Montebourg, mais, lui, en tant que partie civile aux côtés d’Elisabeth Borrel, veuve du juge (lire ci-dessous (*)).

Il faut remonter à la nuit du 18 au 19 octobre 1995, date de l’assassinat de Bernard Borrel, dont le corps a été retrouvé calciné dans un ravin à 90 kilomètres de la capitale de Djibouti. Cette même nuit, une discussion aurait été engagée dans le jardin du palais présidentiel de Djibouti, entre cinq hommes : un membre de la garde présidentielle, Mohamed Saleh Alhoumekani, le futur président de la République, alors directeur de cabinet de son prédécesseur, Omar Guelleh, un certain Romani, et enfin deux repris de justice.

«Fouineur». Exilé en Belgique quatre ans plus tard, Alhoumekani a demandé à témoigner devant la juge Moracchini alors en charge du dossier d’instruction sur la mort du juge Borrel.

L’audition a eu lieu en janvier 2000, à Bruxelles. L’ex-militaire a déclaré qu’il avait entendu l’un des deux repris de justice dire au futur chef de l’Etat : «Le juge fouineur est mort, il n’y a plus de traces.» Ce témoignage crucial, en ce qu’il accuse directement I.O.G. d’être mêlé à l’exécution de Bernard Borrel, a été suivi d’effets en cascade.

D’abord, les conditions dans lesquelles la juge parisienne a recueilli ce témoignage ont été examinées de près par la justice. Une policière belge, présente à l’audition, a affirmé que la magistrate avait notamment dit que «si M. Alhoumekani avait fait de telles déclarations en France, il se serait retrouvé en prison».

Marie-Paule Moracchini est finalement blanchi du chef de «subornation» par le non-lieu de Versailles. Ce qui n’est pas le cas de Souleiman.

Le témoin a en effet affirmé que «plusieurs responsables djiboutiens, et en particulier le procureur de la République de Djibouti, M. Djama Souleiman, avaient fait le déplacement à Bruxelles pour obtenir la rétractation de son témoignage». Selon l’ordonnance de renvoi de la juge versaillaise, le procureur djiboutien aurait agi fin 2001, début 2002, en «menaçant d’exercer des représailles sur sa famille» restée au pays, « en lui proposant de l’argent et un poste diplomatique» .

Il aurait finalement obtenu du témoin un projet de lettre dans laquelle celui-ci revenait sur ses précédentes déclarations. Ce document figure au dossier. Accusatoire aussi, l’enregistrement d’une conversation téléphonique où le procureur explique à Alhoumekani comment il doit changer sa déposition.

Pression.

Quand au chef des services secrets, il lui est reproché des pressions sur un autre témoin, le capitaine Iftin. Ce dernier était chef de la garde présidentielle en 1995. En 2002, ce capitaine, réfugié en Belgique lui aussi, a raconté comment il avait été contacté par Hassan Saïd pour contrer le témoignage d’Alhoumekani et signer un «texte établi à l’avance». Iftin qui, depuis, a réussi à faire partir sa femme et ses enfants en Belgique, est maintenant partie civile.

Jusqu’ici, à chaque rebondissement du dossier, la présidence de Djibouti a nié être pour quoi que ce soit dans la mort de Bernard Borrel qu’elle estime toujours être la conséquence d’un suicide. Ni Djama Souleiman, ni Hassan Saïd n’ont consenti à se présenter devant la juge d’instruction de Versailles. Depuis octobre 2006, ils sont d’ailleurs sous le coup de mandats d’arrêt.

Du côté de la partie civile, on se félicite de cette notable avancée. «Depuis que le président Sarkozy a reçu Elisabeth Borrel à l’Elysée [le 19 juin], les déblocages sont incontestablement intervenus, remarque Olivier Morice, avocat, avec Laurent de Caunes, de la famille du juge. Le respect dû à Mme Borrel au plus haut niveau de l’Etat a balayé un mépris hallucinant de plus de douze ans.»

(*) ____________________________ Et le nom de Montebourg apparaît…
Le nom du député PS Arnaud Montebourg apparaît, mais lointainement, dans ce volet du dossier Borrel. Partie civile, représenté par l’avocat Christian Charrière-Bournazel, le député se défend d’une accusation de tentative de manipulation de témoin.

Montebourg affirmait hier que son nom est également cité – toujours dans l’affaire Borrel – dans une note de la DGSE. Ancien avocat, il explique vouloir ne rien laisser passer sur le plan juridique, d’où sa présence au dossier en tant que partie civile. Le député s’était exprimé en faveur du retournement de l’enquête au moment où la thèse du suicide de Bernard Borrel a dû céder le pas en faveur de l’assassinat.

A cette époque, Francis Szpiner, avocat notamment du gouvernement de Djibouti, s’était présenté contre lui aux élections législatives de 2002 en Saône et Loire, et a été battu. Me Szpiner, sollicité hier par Libération, n’a pas donné suite.