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07/07/2014 (Brève 410) Alhoumékani va venir témoigner de nouveau cette semaine, devant les Juges en charge de l’instruction sur l’assassinat du Juge Borrel à Djibouti. (ARDHD)

Comme nous l’avions anticipé dans la brève N°401 du 19 juin, nous avons reçu la confirmation que M Mohamed Alhoumekani devrait être entendu, en qualité de témoin, par les juges en charge de l’instruction pour assassinat du Juge Bernard Borrel à Djibouti.

Il semble que l’instruction soit relancée.
Très
récemment E. Ratte, Présidente de la Commission consultative du secret de la défense nationale a donné un avis favorable à la demande de déclassification, formulée par les juges, d’une note classée ‘secret” datant de juin 2005. (La décision est limitée malheureusement à certains paragraphes et elle a été publiée au JO de la République française du 4 juillet 2014).

Il n’est de secret pour personne que le chef de l’état djiboutien et/ou ses plus proches collaborateurs aient pu être à l’origine de directives qui ont entraîné la mort du juge Borrel. Rappelons toutefois que ce point n’a jamais été établi officiellement.

Bien entendu, nous n’avons aucune information sur les points que les Juges français souhaitent approfondir en convoquant Med Alhoumékani, mais on peut supposer qu’ils vont s’intéresser (aussi ?) à son emprisonnement à Sana’a sur demande et multiples pressions des autorités djiboutiennes (retrouver notre dossier complet sur le sujet).

Tout cela sent très mauvais pour le régime et pour ses plus hauts dirigeants qui, à l’exception de Guelleh, ne bénéficient d’aucune immunité pour les protéger, au cas où des convocations leur seraient adressées personnellement ….

Reste à savoir, si l’Elysée, même avec un nouveau président et une nouvelle majorité, ne va pas tout tenter pour protéger le soldat Guelleh de l’action de la justice française et pendant combien de temps encore le fera-t-il ??? Faudra-t-il attendre la disparition d’IOG (entraînant de fait, la fin de possibles poursuites pénales contre lui) pour que la justice française puisse enfin faire son travail sans entrave insupportable ???

En attendant Guelleh et sa Poulette, pardon, sa Paulette ont tout le temps nécessaire pour s’organiser une retraite “immunisée”
en Ethiopie, quitte à sacrifier l’indépendance économique et politique de Djibouti pour cela ….

30/08/07 (B410) REUTERS : Les Nations Unies se penchent sur les problèmes de l’OGADEN. Une mission d’évaluation des difficultés et des causes de violence devrait arriver très prochainement dans cette région ou 74 personnes ont été tués au cours d’une attaque en Avril dernier contre des installations pétrolières gérées par des Chinois- UN to examine needs, violence in Ethiopia’s Ogaden (En Anglais)

By Barry Malone

ADDIS ABABA, Aug 29 (Reuters) – The United Nations plans to send a fact-finding mission to Ethiopia’s Ogaden region where separatist rebels who killed 74 people in an April attack say they are facing the toughest government crackdown in years.

The mission, due to start on Aug. 30, will assess allegations by the rebels and rights groups of human rights abuses as well as the food, water and health needs of Ogaden’s ethnic Somalis.

The remote region bordering Somalia has come under growing scrutiny since the government launched a campaign two months ago to flush out Ogaden National Liberation Front (ONLF) rebels after they carried out one of their bloodiest attacks on a Chinese-run oil exploration field in April.

Rights groups accuse soldiers of shooting civilians, burning homes and seizing livestock in its hunt for the ONLF, which wants more autonomy for the area believed to be rich in oil and gas.

"The information coming from the Somali region since the beginning of the Ethiopian government campaign against the ONLF has been secondhand, and it has been worrying," Paul Hebert, head of the U.N.’s Office for the Coordination of Humanitarian Affairs in Ethiopia, told Reuters on Wednesday.

"This is a humanitarian assessment but we will be looking at protection issues, particularly involving women and children."

The 14-person team has received the government’s go-ahead to meet whomever they wish.

But, asked if it would meet ONLF representatives, Hebert said: "We will not be seeking out armed groups."

The ONLF says a trade blockade is choking food supplies and causing starvation in the region inhabited mostly by nomadic herders estimated to number between four to 10 million.

Prime Minister Meles Zenawi calls the ONLF terrorists and says they are funded by neighbour and arch-foe Eritrea. He has repeatedly asserted his right to ensure security throughout the vast Horn of Africa country of 81 million.

The ONLF welcomed the mission saying it was a first step to addressing the "manmade humanitarian catastrophe" in Ogaden.

"We call on the United Nations not to limit the scope of this mission to a humanitarian assessment but to include a preliminary investigation of war crimes being committed against our people by the current … regime," it said in a statement.

Local authorities expelled the International Committee of the Red Cross this month, accusing the aid agency, one of the few operating there, of consorting with rebels.

The U.N. mission will include staff from the office of the U.N. High Commissioner for Human Rights and the agencies dealing with child welfare, food and health.

30/08/07 (B410) RUE 89 – Affaire Borrel: entre infamie, raison d’Etat et trahison (Info lectrice)

Par Jean de Maillard (Magistrat)

Il aura fallu tout l’acharnement d’une femme seule contre toutes les instances de l’Etat pour faire apparaître au grand jour ce qu’aujourd’hui on ne peut plus cacher: l’assassinat à Djibouti de son mari, le juge Borrel, a donné lieu aux pires infamies qu’on puisse imaginer.

Dans une démocratie, assassiner un juge devrait au moins être un crime suprême, surtout quand c’est un crime d’Etat. Parce qu’on attente aux fondements de l’ordre social, sans lequel l’humanité sombre dans la négation d’elle-même. Or qu’a-t-on vu dès la mort du juge ?

La police –française, je précise– acharnée à maquiller le crime en suicide, et une justice –française encore, j’en ai honte– obstinée à falsifier l’enquête, le tout sur fond de rumeurs odieuses visant à discréditer la victime. Triste République! Il a fallu un sursaut de la Cour de cassation pour dessaisir les juges, confiant à d’autres le soin de rendre au moins sa dignité au mot "justice".

Il aura fallu aussi que ces nouveaux juges se battent contre l’Etat français lui-même, à ses plus hauts niveaux, pour tenter d’arracher des fragments de vérité à la raison d’Etat. En pleine campagne électorale, quelques jours avant la fin du mandat de M. Chirac, un juge d’instruction s’est vu encore interdire une perquisition par le pouvoir, tandis que les broyeuses de l’Elysée devaient tourner à plein régime.

Heureusement, même les crimes d’Etat ne sont pas parfaits.

Avec une main plus heureuse, les juges d’instruction ont trouvé au ministère de la Justice –on croit rêver– et au ministère des Affaires étrangères –on est pantois– la preuve que non seulement l’affaire Borrel était une affaire d’Etat (on le savait déjà), non seulement que les plus hautes instances de la République avaient conspiré pour empêcher la justice de passer –on en avait déjà eu la preuve–, mais que la raison d’Etat s’était muée en trahison.

Le juriste que je suis a toujours le réflexe d’aller consulter les codes, même si ce n’est pas son premier geste. L’article 411-5 du Code pénal punit de dix ans de prison "le fait d’entretenir des intelligences avec une puissance étrangère (…) lorsqu’il est de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation".

La mort d’un juge français, assassiné en fonction par une puissance étrangère, porte-t-elle oui ou non atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ?

S’entendre avec une puissance étrangère pour faire condamner son pays par la Cour internationale de justice, à seule fin de contourner la décision d’un juge qui veut protéger son enquête, est-il oui ou non un acte de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ?

La nausée qui prend le simple citoyen que je suis n’empêche pas que je m’interroge.

La raison d’Etat, aussi vieille que la politique, est aussi l’une de ses nécessités. J’en conviens.

Mais la question, de nos jours, est de savoir si la raison d’Etat doit comporter des limites et si on peut lui imposer au moins certaines règles. Ne serait-ce que celles qui préservent la République et la démocratie d’indignités pires encore que celles que la raison d’Etat doit laisser à jamais cachées.

Dans l’affaire djiboutienne, on connaît les enjeux: dernière base militaire française en Afrique, le Président voyou de ce pays fait payer cher à la France, en espèces sonnantes et trébuchantes, le chantage d’aller se vendre plutôt aux Américains.

Mais si Paris valait bien une messe, Djibouti vaut-il l’enfer ?

Puisqu’il faut être cynique en ce domaine, plutôt que de cajoler un personnage sanguinaire et corrompu dont la fidélité à la France est le pari le moins sûr, n’existe-t-il pas d’autres procédés pour parvenir à un résultat moins déshonorant ?

Une démocratie digne de ce nom devrait aujourd’hui s’interroger sur ce que doit être encore la raison d’Etat. Doit-elle avoir des limites ? Doit-elle rester le choix que fait un seul homme dans le secret de sa conscience ? Qu’est-ce qui nous garantit que l’intérêt du pays soit seul à dicter ses choix ? Comment prémunir une Nation des compromissions que des hommes, oublieux des devoirs de leur charge, osent commettre en son nom ?

Il n’y a de pas réponse simple, ni facile.

Les errements de notre République montrent pourtant qu’il serait temps d’y réfléchir, si nous ne voulons pas y perdre définitivement notre âme.