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26/10/2016 (Brève 853) La Diplomatie.fr/ Djibouti : disculpé, l’opposant Jabha n’a toujours pas été libéré de prison

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Le 6 octobre dernier, la justice djiboutienne a tranché en faveur de Mohamed Ahmed, dit Jabha, et a ordonné sa libération. Malgré cette décision, le plus ancien détenu politique du pays, membre du Front pour la restauration de l’unité et de la démocratie (FRUD), dort encore derrière les barreaux.


Le pouvoir de la justice en question
Arrêté par l’Armée djiboutienne le 1er mai 2010 à proximité du Moussa Ali, au nord-ouest du district de Tadjourah, Mohamed Ahmed dit Jabha, figure de l’opposition, a officiellement été disculpé par le justice en début de mois et aurait dû, depuis, avoir retrouvé sa liberté.

Pourtant, celui que le président djiboutien accuse d’être un « chef de bandes » à la solde de l’Érythrée, malgré un dossier vide de preuve, est toujours écroué à la prison de Gabode où sa situation ne semble pas progresser en dépit de la décision de justice, comme le confirme son avocat, maître Bérenger Tourné : « Mon correspondant sur place, maître Zakaria, qui a assisté à l’audience, assure que le maintien sur écoute de mon client est toujours en cours, et que sa remise en liberté n’a pas été effective alors même qu’elle a été ordonnée », explique-t-il.

L’affaire Jabha semble aujourd’hui montrer les limites de la justice face à un gouvernement djiboutien tout puissant qui a fait des membres de l’opposition ses cibles de prédilection. « Tant que je suis aux affaires je ne laisserai pas sortir ce criminel de la prison » a ainsi déclaré il y a quelques jours le premier ministre Abdoulkader Mohamed Kamil à l’Assemblée nationale, avant de qualifier les manifestants qui apportent actuellement leur soutien au détenu à Bruxelles de « chiens ».


Surveillance de la Cour pénale internationale
Au travers du cas Jabha, c’est l’État de droit que le gouvernement djiboutien continue de piétiner selon l’opposition du pays, qui rappelle la réélection controversée d’IOG pour un quatrième mandat le 8 avril dernier. Le passage en force et la violence semblent en effet faire partie de la stratégie privilégiée par le camp Guelleh pour diriger le pays et faire valoir son autorité. Le 21 décembre, 27 membres de l’opposition étaient assassinés par la garde présidentielle et l’armée à l’occasion d’une réunion privée. Ce jour-là, les dirigeants de l’Union pour le Salut National (USN) ont également été pris pour cibles par la police. Après ce terrible massacre, l’ONU a été interpelée via une lettre ouverte signée par les partis d’opposition et plusieurs organisations internationale pour alerter sur la situation à Djibouti et l’absence de processus démocratique qui pénalise l’ensemble de la population.

Depuis le début de l’année 2016, la Cour pénale internationale (CPI) urge le gouvernement de cesser de bafouer l’État de droit. Un avertissement qui a mis un coup de projecteur sur la répression grandissante dans le pays et lui permet désormais d’avoir un écho sur la scène internationale même si, pour le moment, peu de pays se sont exprimés sur les agissements du gouvernement Guelleh.

Pour la CPI, Djibouti a également manqué à ses obligations en ne procédant pas à l’arrestation du président soudanais Omar Al Bashir, en visite le 8 mai dans le pays pour assister à des cérémonies d’inauguration. L’Ouganda, pays qui recevait deux jours après Al Bashir, est également visé par la CPI pour son inaction. L’homme recherché par la justice internationale fait l’objet de deux mandats d’arrêts établis par la CPI « pour cinq chefs de crimes contre l’humanité, deux chefs de crimes de guerre et trois chefs de génocide », comme le précise le site de l’institution.

En tant que pays signataire du Statut de Rome, Djibouti est tenu de coopérer avec la Cour quand celle-ci en a besoin. Or, pour se défendre de tout laxisme en faveur d’Al Bashir, le gouvernement Guelleh prétexte l’immunité du président soudanais ou encore l’engagement de Djibouti dans le processus de pays au Soudan. Depuis, la CPI a pris la décision de référer la question à l’Assemblée des États Parties et au Conseil de sécurité des Nations unies, à qui il appartient maintenant d’agir.