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15/05/2017 (Brève 986) La base chinoise à Djibouti: un peu plus qu’une simple installation de soutien logistique (Blog Ouest-France)

Lien avec l’article original : http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2017/05/15/chine-a-djibouti-18080.html

La Chine a lancé en grande pompe, dimanche, son premier sommet international sur les Nouvelles routes de la soie, un rendez-vous qui dure jusqu’à ce lundi et qui rassemble une trentaine de dirigeants mondiaux. Le président chinois Xi Jinping a promis une enveloppe de 124 milliards de dollars pour accélérer ce projet.

Les Routes de la soie s’articulent autour d’une « ceinture » terrestre qui se double d’une « route » maritime, englobant l’Asie centrale, l’Europe centrale, le Moyen-Orient et l’Afrique.

En Afrique, la Chine renforce sa présence à Djibouti, ce dont se félicite le chef de l’Etat djiboutien puisque, selon lui, « personne d’autre que les Chinois n’offre un partenariat à long terme à Djibouti ».

Pékin finance et construit un immense complexe multimodal et une zone franche (une Free Trade Zone de 4 800 ha), de l’autre côté de la baie, à Doraleh, là où se trouvent déjà le terminal à conteneurs ainsi que le poste pétrolier.

Djibouti et Doraleh, c’est là aussi que Pékin construit sa première base militaire du continent (voir la carte ci-dessous parue en mars dans un article de The Trumpetet la photo ci-dessous qui montre la base en construction au-sud-ouest de la zone multimodale).

La décision annoncée en 2015 est motivée, officiellement, par le désir de la Chine de mieux appuyer les opérations de maintien de la paix, la lutte anti-piraterie et les efforts humanitaires. 2015, c’est aussi l’année du 10e Livre blanc chinois sur la Défense où il est bien précisé que le pays doit devenir une super-puissance navale et disposer de bases de soutien à l’étranger (dont Gwadar au Pakistan et Djibouti).

Le chantier a été lancé en mars 2016. Il s’agit d’un « site logistique », selon la terminologie officielle chinoise (ce sont les termes du porte-parole du mindef chinois, lors du point presse mensuel du 30 mars dernier). Selon le président Guelleh (dans un entretien à Jeune Afrique, début avril. Voir ici): « la base chinoise en construction à Doraleh, qui jouxte le nouveau quai et la nouvelle zone franche, n’abritera pas plus de quatre cents hommes ». 

Des photos récentes témoignent toutefois de l’ampleur des travaux actuellement en cours et suggèrent que la simple « base de soutien logistique » annoncée par les Chinois disposera des capacités d’accueil d’un « Joint Forward Group ».

Un analyste indien, le colonel Bhat, estime dans un article du 14 mai dans Outlook India (lire ici) que cette base a tout d’une « forteresse ». Et il cite le professeur Jin Yinan, un ancien général de l’armée chinoise (PLA), qui a récemment confirmé la construction de cette « base militaire pour protéger les intérêts maritimes lointains de la Chine ».

Des photos, dans l’article du colonel Bhat, montrent des sites de stockage (une quinzaine d’entrepôts de 15mx45m en construction), un mur de sécurité long de 2775 m, des bâtiments résidentiels etc. On est effectivement loin de la simple « installation de soutien » décrite à l’origine par Pékin.

Pour sa part, Zhou Chenming, un analyste du Knowfar Institute for Strategic and Defence Studies, de Jiangyin, tout en estimant que ce n’est pas encore « une base militaire au vrai sens du terme », prédit que le site sera développé pour permettre le MCO des navires chinois en patrouille et pour accueillir des avions » (lire un article du South China Morning Post ici).

Verra-ton bientôt des soldats du corps de marine chinois (le « People’s Liberation Army Navy Marine Corps », six brigades et 100 000 hommes à terme) déployés à Djibouti? Pékin reste discret sur un tel renfort mais ses ambitions africaines, tant navales que terrestres, sont à suivre. Washington s’en inquiète même. L’Africom estime que la base chinoise sera opérationnelle cet été.