14/07/2016 (Brève 813) Juillet 1993-Juillet 2016 – 23 éme anniversaire de l’Exode des Djiboutiens en Ethiopie .(Par Omar Gabasse)

23 ans après l’exode de populations Afar fuyant la répression pour chercher refuge en Ethiopie et en Erythrée, c’est un bien triste anniversaire que nous commémorons aujourd’hui.

En juillet 1993, face aux mécontentements clairement exprimés par les populations Afar en réaction à leur exclusion et aux discriminations dont elles étaient les victimes, les mercenaires à la solde du pouvoir politique Djiboutien, recrutés en Ethiopie et en Somalie, ont lancé de vastes opérations sauvages de répression dans le Nord, le Sud et le Sud-Ouest de la République de Djibouti.

Au lieu de combattre dignement par les armes les Combattants du FRUD, ces mercenaires ont choisi la lâcheté en commettant les actes les plus barbares et cruels contre les populations civiles non combattantes et sans défense…

Ils ont ciblé, pratiquement exclusivement, les femmes, les enfants et les vieillards en pilonnant avec des obus au phosphore les villages pourtant vidés de leurs combattants, tel que Yoboki, Obock, Randa et tant d’autres communes dans la région Nord.

 Ces massacres, dont les séquences ont été mise en scène et filmées, ont été diffusées par la Radiotélévision Djiboutienne, confirmant d’une manière tragique et macabre la mort de centaines d’êtres humains sans défense. L’objectif était clair : il s’agissait de semer la terreur au sein de l’opinion publique nationale.

L’histoire de plus de 80 000 réfugiés fuyant les zones bombardées pour se réfugier en Ethiopie et en Erythrée est largement relatée dans les articles, les analyses et les témoignages parus sur http://www.ardhd.org/refugie.asp.

Seules, parmi toutes ces familles fuyant la terre de leurs ancêtres, le plus souvent sans bagages, avec le strict minimum, 20 familles environ ont obtenu le statut de réfugiés en Ethiopie et depuis, privées de ressources et du droit de travailler, elles survivent dans l’attente d’une réinstallation dans un pays susceptible de les accueillir. Quatre familles avaient obtenu l’asile en France où elles se sont parfaitement intégrées, ce qui confirme non seulement la légitimité de leurs demandes mais aussi, leur volonté de repartir vers une nouvelle vie. 

Mais il faut savoir que si 20 familles ayant cherché refuge en Ethiopie ont obtenu la reconnaissance de leur statut de réfugié, plusieurs milliers vivent encore de nos jours dans la région Afar d’Ethiopie sans que le HCR (Haut-Commissariat aux Réfugiés), ni le gouvernement d’Ethiopie, ne consentent même à reconnaître leur présence et leurs Droits…

Ces familles ne doivent une survie précaire qu’à la solidarité de l’ensemble des populations Afar d’Ethiopie, qui se sont mobilisées pour partager leur propre précarité avec des populations victimes du régime djiboutien.

La gloire de la majorité des hauts responsables Djiboutiens qui se sont succédé n’est qu’un cimetière abandonné où gisent sans reconnaissance les mercenaires qui les ont servis avec zèle et férocité mais qu’ils ont lâchés depuis bien longtemps.

Pour ce qui nous concerne nous saluons toujours, 23 années plus tard, la mémoire de nos combattants glorieux, luttant avec de faibles moyens contre la tyrannie, l’injustice et l’accaparement de notre pays et de nos ressources.

En ce jour d’anniversaire, je voudrais rendre hommage à tous nos morts, sans exception aucune et à toutes les familles dont le destin a basculé par la faute du régime. A nos combattants, aux familles mortes lors des odieux bombardements, à celles et ceux qui sont morts des suites de maladies après l’exil loin de la terre de leurs ancêtres.

La liste que nous avons établie n’est hélas pas complète car les noms de tous les morts n’ont pas été enregistrés tant ils étaient nombreux à cette époque.

Omar Gabasse
Coreprésentant des réfugiés djiboutiens en Europe.