28/09/1999: Aden ROBLEH expose comment le régime jiboutien s’attaque aux enfants des opposants en compromettant scandaleusement leur avenir

PND
PARTI NATIONAL DEMOCRATIQUE

LIBERTE – RESPONSABILITE – SOLIDARITE

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DJIBOUTI, le 31 août 1999

COMMUNIQUE

Pour moi, faire ce communiqué n’allait pas de soi. Je m’y suis résolu après d’intenses et mûres réflexions. La raison en est que je n’appartiens pas à ce genre de personnes promptes à crier sur les toits à chaque fois qu’elles se heurtent à la moindre injustice.

Etant conscient de ma haute responsabilité en tant qu’homme politique j’évite d’envenimer les choses à tout bout de champ.

Au cas où il m’arrive d’être confronté à un acte arbitraire de la part de l’Administration Publique – et il en arrive assez souvent à mon entourage et à moi – je me pose toujours cette même question : ” est-ce un acte délibéré ou tout simplement un acte fortuit ” ?

Cette fois je ne peux ne pas réagir car l’injustice qui me frappe n’a rien de fortuit ; elle découle d’actes prémédités. Elle est d’autant plus intolérable et inacceptable qu’elle vise mes enfants..

Tout se passe comme si le régime en place a délibérément décidé de m’atteindre en tant qu’opposant en s’en prenant à l’éducation de mes enfants.

Voici les faits :
mon fils aîné DJIHAD ADEN ROBLEH a été exclu définitivement du lycée d’Etat en 1995 pour une simple faute de jeunesse qui aurait pu, tout au plus, entraîner, comme sanction, une exclusion d’une année.
Mon fils était sur le point de passer son examen de baccalauréat. Il avait derrière lui un cursus scolaire brillant. Il n’avait jamais redoublé puisqu’il figurait toujours parmi les meilleurs élèves ; aujourd’hui, il est dans la rue et son avenir est ruiné.

ma fille RAÏSSO ADEN ROBLEH n’avait pu accéder, l’année dernière, à la classe de seconde alors qu’elle avait une moyenne de 11,40 /20. La plupart de ses camarades de classe avaient pu, quant à eux, le faire avec des moyennes largement inférieures à la sienne ;

ma fille IDIL ADEN ROBLEH vient d’obtenir le baccalauréat cette année 1999. Elle figure parmi les élèves ayant obtenu les meilleures notes. En plus, elle est la seule djiboutienne à avoir gagné le ” Mot d’Or ” sanctionnant le concours annuel de la francophonie. Ses camarades de promotion viennent d’obtenir des bourses d’études de l’Etat pour poursuivre des études universitaires à l’extérieur du pays, étant donné qu’il n’y a pas d’université à Djibouti. Ma fille en est exclue.

Elle se souviendra certainement toute sa vie de cette injustice qui a fait que deux bachelières de même classe qu’elle aient eu droit à l’université pour la seule raison que l’une d’elle est la fille de YASSIN YABEH, général de la police et l’autre la nièce de ISMAÏL OMAR GUELLEH.

Le nouveau ” ministre ” de l’éducation nationale, M. ABDI IBRAHIM ABSIE a, paraît-il, tout simplement déclaré : ” pas question de bourses d’études pour les enfants d’ADEN ROBLEH AWALEH “.

L’ironie du sort est que ce dernier avait bénéficié d’une bourse d’études de la part du Front de Libération de la Côte des Somalis (FLCS) que je dirigeais au temps de la lutte pour l’indépendance. Je lui rappelle que la commission de bourses du FLCS avait même fermé les yeux sur le fait qu’il était natif de l’Ethiopie ! S’il est aujourd’hui ingénieur, je peux dire que c’est grâce à moi.

Le FLCS accordait, comme il se doit, une importance capitale à la formation des djiboutiens. Je suis fier d’avoir contribué à la formation d’un grand nombre de djiboutiens qui sont aujourd’hui aux commandes de l’Etat dont, par exemple, le directeur de l’Electricité de Djibouti (EDD), Djama Ali Guelleh.

Il semble que les deux ” ministres ” qui se sont succédés à la tête du département de l’éducation nationale (l’ancien, M. AHMED GUIREH, aujourd’hui promu ministre délégué auprès du premier ministre et le nouveau, M. ABDI IBRAHIM ABSIEH) ne cachent pas leur ” satisfaction ” d’avoir mis ” hors d’état de nuire ” les enfants d’ADEN ROBLEH AWALEH.

S’opposer à l’éducation des enfants c’est vouloir assassiner leur avenir. Que les enfants djiboutiens soient victimes des mines ou d’un système politique diabolique il n’y a pas de différence, le résultat est le même.

Telle est la nature du régime en place dans notre pays depuis plus de 22 ans. Je sais que le déni de justice qui frappe ma famille n’est pas un cas isolé, il constitue la base du système de gouvernement en place.

Le régime en place dans notre pays a une étrange conception de l’Etat. Il pense que le rôle d’un Etat est de pouvoir employer toute forme de violence pour ” obtenir l’obéissance du peuple “. Il s’agit là d’une mentalité typique du système colonial.

Pour ce régime, le peuple est considéré comme l’ennemi numéro un. Toute l’énergie des tenants du régime semble orientée vers un seul but : mater le peuple pour se maintenir au pouvoir !

Toute opposition larvée ou déclarée doit être ” écrasée “. Le régime djiboutien fonctionne pour le seul profit des tenants du pouvoir et leur clientèle.

Personnellement, j’ai toujours été la bête noire du régime. Je sais que je suis l’homme à abattre par tous les moyens. Cependant, quelles que soient les menaces qui pèsent sur moi, je ne quitterai pas mon pays. Tant que j’aurai un souffle de vie je continuerai de lutter, ici sur place, pour la démocratie, seul système susceptible d’offrir à mon pays et à mon peuple l’état de droit, les droits humains et le développement.

Le déni de justice dont sont victimes ma famille et tant d’autres djiboutiens confirme la justesse de mon combat. Pour l’avenir de mes enfants je n’ai d’autre alternative que de m’adresser aux pays épris de droits de l’Homme. Je lance un appel pressant aux ambassades accréditées à Djibouti pour que mes enfants obtiennent des visas et éventuellement des bourses d’études.

Il me semble opportun de publier ici les différents courriers que j’avais adressés à l’Etat djiboutien pour essayer de lever les obstacles auxquels étaient confrontés mes enfants.

——————– Lettre N° 1 ——————–

ADEN ROBLEH AWALEH
Président du PND

Djibouti, le 19 avril 1996

Monsieur Ahmed Guirreh ,
Ministre de l’Education Nationale DJIBOUTI

Monsieur le Ministre,

Mon fils DJIHAD ADEN ROBLEH fait l’objet d’une mesure d’exclusion de la part du Lycée d’Etat de Djibouti. C’est ainsi qu’il n’a pu reprendre ses cours pour l’année scolaire 1995/1996 après son échec au bac pour l’année 1994/1995.

Mon fils avait commis une faute que l’on peut qualifier de lourde puisqu’il avait demandé à un de ses amis lycéens de passer l’examen du bac pour son compte.

La mesure d’exclusion venue sansctionner cette faute était certainement justifiée, car une telle faute ne pouvait rester impunie.

A l’époque, comme je l’avais fait savoir par écrit au proviseur du lycée, j’avais totalement approuvé cette sanction.

Je pense qu’en matière de scolarité une année d’exclusion est suffisamment expiatoire.

DJIHAD n’a jamais cessé de regretter son acte. Il a beaucoup mûri. A présent il est sur le chemin de la sagesse.

Compte tenu de son âge – 19 ans – on ne peut pas ne pas se soucier de son avenir. Je pense qu’il mérite notre pardon.

Je vous prie de vouloir bien rapporter la mesure d’exclusion pour que DJIHAD puisse réintégrer le lycée et reprendre ses cours pour l’année 1996/1997.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’assurance de ma haute considération.

——————– Lettre N° 2 ——————–

ADEN ROBLEH AWALEH
Président du PND

Djibouti, le 30 août 1998

Monsieur le Général de Division
YACIN YABEH GALAB
Commandant de la Force Nationale de Police DJIBOUTI

Mon Général,

Ayant convaincu mon fils DJIHAD ADEN ROBLEH d’embrasser une carrière dans notre Force Nationale de Police j’ai l’honneur de solliciter de votre haute bienveillance votre appui. DJIHAD est âgé de 22 ans.

Après avoir échoué au bac je l’ai envoyé en Tunisie où il a fait une année d’informatique et de gestion dans une école appelée ” Ecole Supérieure d’Informatique et de Gestion “.

Il est admissible en deuxième année de cette école (voir documents ci-joints) mais malheureusement je ne peux le maintenir en Tunisie faute de moyens financiers.

A présent il se trouve à Djibouti. Mon souhait est de voir DJIHAD intégrer une école d’élèves-officiers.

Veuillez agréer, Mon Général, l’assurance de ma haute considération.

——————– Lettre N° 3 ———————

ADEN ROBLEH AWALEH
Président du PND

Djibouti, le 30 août 1998

Monsieur le Général de Division
FATHI AHMED HOUSSEIN
Commandant de la Force Armée Djiboutienne DJIBOUTI

Mon Général,

Ayant convaincu mon fils DJIHAD ADEN ROBLEH d’embrasser une carrière dans notre Armée Nationale j’ai l’honneur de solliciter de votre haute bienveillance votre appui. DJIHAD est âgé de 22 ans.

Après avoir échoué au bac je l’ai envoyé en Tunisie où il a fait une année d’informatique et de gestion dans une école appelée ” Ecole Supérieure d’Informatique et de Gestion “.

Il est admissible en deuxième année de cette école (voir documents ci-joints) mais malheureusement je ne peux le maintenir en Tunisie faute de moyens financiers.

A présent il se trouve à Djibouti. Mon souhait est de voir DJIHAD intégrer une école d’élèves-officiers, si possible dans la Gendarmerie Nationale.

Veuillez agréer, Mon Général, l’assurance de ma haute considération.

——————– Lettre N° 4 ———————

ADEN ROBLEH AWALEH

Président du PND

Djibouti, le 30 août 1998

Monsieur Abdallah Chirwa
Ministre de la Défense Nationale

DJIBOUTI

Monsieur le Ministre,

J’ai l’honneur de vous transmettre ci-joint la copie d’une lettre que j’ai adressée au Général FATHI au sujet de mon fils DJIHAD ADEN ROBLEH..

Je compte sur votre soutien pour ce qui concerne cette demande.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’assurance de ma haute considération.

——————– Lettre N° 5 ———————

ADEN ROBLEH AWALEH
Président du PND

Djibouti, le 27 juillet 1998

Monsieur, Abdi Ibrahim Absieh
Ministre de L’Education Nationale
D J I B O U T I

Monsieur le Ministre,

Ma fille IDIL ADEN ROBLEH a obtenu le bac cette année. Je souhaite qu’elle puisse bénéficier d’une bourse d’études de la part de notre pays. IDIL est très motivée pour poursuivre des études supérieures.

Je pense qu’elle mérite d’être soutenue. Parallèlement au bac elle a obtenu le ” mot d’or ” 1999.

D’autre part, je vous soumets le cas de ma seconde fille RAÏSSO ADEN ROBLEH.

Celle-ci vient de terminer sa première année du Lycée Technique (LIC). Il semble qu’il est possible que des élèves de ce Lycée puissent réintégrer le Lycée d’Etat.

C’est ce que souhaite vivement ma fille RAÏSSO qui estime avoir été victime d’injustice pour avoir été dirigée vers le LIC alors qu’elle devait poursuivre, l’année dernière, ses études secondaires au Lycée d’Etat.

Selon elle, le Lycée d’Etat avait gardé des élèves ayant obtenu des notes bien inférieures aux siennes.

Cette situation l’avait plongée dans une grande frustration.

Je vous prie de vouloir bien examiner son cas. Je vous fais parvenir ci-joint les documents afférents aux situations d’IDIL et de RAÏSSO.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’assurance de ma considération.