01/10/04 (B266) Voyage de Guelleh à Cuba et évolution de l’affaire Borrel / Revue de presse : dépêches AFP depuis quelques jours.

1
– Juge Borrel : La justice confirme l’assassinat, risque de tensions avec
Djibouti

2
– Affaire Borrel: le procureur de Djibouti ne s’est pas présenté
au juge français

3
– Voyage officiel de Guelleh à Cuba. Aucune information sur son programme
(?)

4
– Deux magistrats français entendus en marge de l’affaire du juge Borrel

________________________________________________

1 –
Juge Borrel : La justice confirme l’assassinat, risque de tensions avec Djibouti

PARIS, 30 sept (AFP) – La justice française vient de confirmer la piste
de l’assassinat du juge français Bernard Borrel à Djibouti,
ce qui risque de détériorer les relations de ce pays avec Paris
qui y entretient une importante base militaire au débouché de
la Mer Rouge.

La juge d’instruction
chargée de l’enquête, Sophie Clément, a demandé
aux ministères de l’Intérieur et de la Défense de lui
communiquer tout document susceptible de faire avancer son enquête sur
la mort du juge en 1995, a-t-on appris jeudi de source proche du dossier.

En préambule de
ces missives, la juge écrit que “les expertises techniques et
médico-légales réalisées dans le cadre de l’instruction
concluent à l’assassinat de Bernard Borrel”.

La juge demande aussi
que le président de la commission consultative du secret de la défense
nationale (CCSDN), Pierre Lelong, enquête et collecte l’ensemble
des documents relatifs à la mort du juge et demande “qu’il se
livre à toutes investigations préalables utiles à la
recherche des documents relatifs à la disparition du juge Borrel et
à l’éventuel rôle des autorités djiboutiennes (
…)
dans celle-ci”.

La juge corrobore ainsi
ce que la veuve de Bernard Borrel dit depuis des années dans son combat
solitaire: son mari ne s’est pas suicidé en s’aspergant d’essence,
malgré une première thèse officielle, mais il a été
assassiné sur une route déserte, à 80 km de la capitale
djiboutienne, où son corps calciné a été retrouvé.

Selon elle, il enquêtait
sur des affaires dans lesquelles était impliqué l’actuel président
Ismaël Omar Guelleh, alors chef de cabinet de son oncle et chef d’Etat,
Hassan Gouled Aptidon.

Ces affaires auraient
pu concerner des trafics d’armes mais aussi l’attentat du Café de Paris,
à Djibouti, en 1990 qui avait tué un Français et fait
11 blessés.

De nouvelles expertises
en 2004, puis une note des services secrets français ont orienté
l’enquête vers l’assassinat et le pouvoir djiboutien.

“Le
président djiboutien est dans l’oeil du cyclone”, a déclaré
jeudi à l’AFP, l’avocat d’Elisabeth Borrel, Olivier Morice.

“Le travail du juge
d’intruction est très important : il prouve que l’assassinat du juge
Borrel est incontestable, et son regard s’oriente vers les autorités
djiboutiennes”, a-t-il ajouté.

Le président djiboutien
a non seulement toujours nié, mais, après la publication de
la note des services secrets dans la presse française, il a réagi
violemment en accusant la France de déstabilisation.

Cette réaction
a profondément gêné Paris, dans la mesure où la
France entretient une importante base militaire à Djibouti, abritant
2.700 hommes, face à la péninsule arabique. Elle y est de plus
en plus concurrencée par les Américains depuis les attentats
du 11 septembre 2001.

Le prix du loyer de cette
position géostratégique a d’ailleurs été considérablement
revu à la hausse par Djibouti en juillet 2004. Il est passé
de 18 millions à 30 millions d’Euros, sans compter les aides à
l’armée djiboutienne et les aides économiques bilatérales.

Cette position inconfortable
de Paris, pris entre le travail de justice et ses intérêts diplomatiques,
a entraîné les Affaires étrangères à réaffirmer
l’immunité diplomatique du président djiboutien, à l’occasion
de sa venue en août aux cérémonies du débarquement
de Provence. Elisabeth Borrel avait demandé qu’il soit entendu par
la justice.

Jeudi, le Quai d’Orsay
se refusait à commenter “une affaire judiciaire en cours”.

“Nous sommes en présence
d’une affaire d’Etat”, a estimé Me Morice. “Il va falloir
que l’Etat français choisisse son camp: soit reconnaître la vérité
sur l’assassinat d’un de ses juges, soit le refuser pour des raisons diplomatiques”,
a-t-il ajouté.

Enfin, le procureur de
la République de Djibouti, Djama Souleiman Ali, convoqué jeudi
par la juge française pour répondre d’une subornation de témoins,
ne s’est pas présenté devant elle.
_________________________________________

2 – Affaire Borrel: le procureur de Djibouti ne s’est pas
présenté au juge français

VERSAILLES (France), 30 sept (AFP) – Le procureur de la République
de Djibouti Djama Souleiman n’a pas répondu jeudi à la convocation
d’une juge française enquêtant sur une éventuelle subornation
de témoins dans l’affaire du décès du juge français
Bernard Borrel à Djibouti en 1995, a constaté l’AFP.

Convoqué à
14h00 (12H00 GMT) par une juge de Versailles, près de Paris, M. Souleiman
devait être entendu comme témoin assisté par la juge d’instruction
Pascale Belin, en charge d’une information judiciaire ouverte à la
suite d’un dépôt de plainte pour subornation de témoins.

Cette plainte avait été
déposée en novembre 2002 par Elisabeth Borrel, veuve du juge
Borrel dont le corps avait été découvert le 19 octobre
1995 à 80 kilomètres de Djibouti, aspergé d’essence et
à moitié brûlé.

Mme Borrel suspecte le
magistrat djiboutien d’avoir fait obstruction à l’enquête menée
en France sur les circonstances du décès de son mari.

Le bâtonnier
de Djibouti, Me Alain Martinet, est également convoqué vendredi
au palais de justice de Versailles. Me Martinet est l’avocat du directeur
des services djiboutiens de la sécurité nationale, Hassan Said,
et du chef de la gendarmerie, Mahdi Ahmed Cheikh, dont les noms ont été
cités dans le cadre du dossier de subornation de témoins.

La justice française
privilégie désormais la piste de l’assassinat, qui aurait été
commandité par le pouvoir djiboutien, dans la mort du juge Bernard
Borrel.
_____________________________________________

3 –
Voyage officiel de Guelleh à Cuba. Aucune information sur son programme
(?)

DJIBOUTI, 27 sept (AFP)
– Le chef de l’Etat djiboutien Ismaël Omar Guelleh entamera mercredi
une visite officielle de deux jours à Cuba à l’invitation du
président Fidel Castro, a annoncé lundi le service de presse
de la présidence djiboutienne.

Il s’agira du premier
voyage officiel d’un président djiboutien à Cuba depuis l’indépendance
du petit pays de la Corne de l’Afrique, en 1977.

M. Guelleh se rendra à
La Havane à l’issue de sa participation aux travaux de la session de
l’Assemblée générale des Nations unies à New York.
Aucune précision n’a été donnée
sur son programme à Cuba.

Les relations de coopération
entre Djibouti et Cuba sont très récentes. Des bourses d’études
ont été notamment récemment offertes à des étudiants
djiboutiens pour aller étudier à Cuba.

Avant son départ
pour La Havane, M. Guelleh doit s’entretenir lundi et mardi à Washington
avec des membres du Congrès américain, selon la présidence
djiboutienne.

Dans le cadre de la lutte
anti-terroriste, les Etats-Unis ont déployé à Djibouti
depuis début 2002 une force d’intervention rapide de quelque 1.500
hommes.

____________________________________________________
4 – Deux magistrats français entendus en marge de
l’affaire du juge Borrel

VERSAILLES (France), 24
sept (AFP) – Deux magistrats français ayant enquêté sur
le décès de leur collègue Bernard Borrel, survenu à
Djibouti en 1995, ont récemment été entendus par une
juge d’instruction de Versailles (région parisienne) en charge d’une
plainte pour subornation de témoins liée à cette affaire,
a-t-on appris vendredi de source judiciaire.

Marie-Paul Moracchini
et Roger Le Loir ont enquêté pendant deux ans sur la mort de
Bernard Borrel, dont le cadavre à demi carbonisé avait été
découvert le 19 octobre 1995 par l’armée française à
80 km de Djibouti-ville.

Les magistrats s’étaient
rendus en mars 1999 à Djibouti, avec des policiers français,
puis y étaient retournés en mars 2000 avant d’être dessaisis
du dossier en juin 2000 par la Cour d’appel de Paris.

La juge d’instruction
de Versailles Pascale Belin les a entendus en début de semaine.

Cette magistrate est en
charge d’une information judiciaire ouverte après le dépôt
d’une plainte pour subornation de témoins, effectué par la veuve
du juge, Elisabeth Borrel, en novembre 2002.

La juge Belin a convoqué,
pour le 30 septembre, Djama Souleiman, procureur de Djibouti, qui devrait
être entendu au titre de témoin assisté, Mme Borrel suspectant
le magistrat djiboutien d’avoir tenté de faire obstruction à
l’enquête menée en France sur les circonstances du décès
de son mari.