09/03/07 (B386-A) RSF – ERYTHREE – 2000 jours après le “mardi noir”, Reporters sans frontières appelle la diaspora à intervenir en faveur des journalistes incarcérés..

A la veille
du 2000e jour après le “mardi noir” du 18 septembre 2001,
Reporters sans frontières appelle la diaspora érythréenne
à demander des explications au gouvernement d’Asmara pour la disparition
de fait d’au moins quatorze journalistes dans les geôles du pays, dont
quatre auraient trouvé la mort.

“Le 10 mars
2007, cela fera deux mille jours que le président Issaias Afeworki
et ses ministres ont ordonné à tous les journaux privés
de stopper leur parution et procédé à l’arrestation de
l’essentiel des journalistes de la capitale. La diaspora érythréenne,
dont le rôle a été si déterminant pour soutenir
la guerre d’indépendance, doit aujourd’hui faire entendre sa voix et
exiger du président Issaias Afeworki qu’il respecte la Constitution
et les lois de leur pays. Il est urgent qu’il donne des explications sur les
prisonniers d’opinion qui ont disparu et qu’il libère ceux qui n’ont
pas succombé aux conditions de détention épouvantables
qui règnent dans les prisons du pays”, a ajouté Reporters
sans frontières.

Le mardi 18 septembre
2001 à l’aube, la police a procédé à l’arrestation
d’une dizaine de personnalités politiques importantes, députés,
anciens ministres et vétérans de la guerre d’indépendance,
signataires d’un appel à la démocratisation du pays. Les huit
journaux privés paraissant à Asmara ont reçu l’ordre
de stopper leur parution.

Dans les jours qui
ont suivi, au moins dix journalistes ont été arrêtés.
Parmi eux, Fessehaye Yohannes, dit “Joshua”, célèbre
homme de théâtre et journaliste de Setit, vétéran
de la guerre d’indépendance, qui est mort en détention le 11
janvier 2007 à Eiraeiro, une prison militaire secrète, dans
le nord-est du pays ; Dawit Isaac, cofondateur de l’hebdomadaire le plus lu
du pays, Setit, poète et dramaturge possédant également
la nationalité suédoise, dont on est sans nouvelles depuis une
brève libération, en novembre 2005 ; Dawit Habtemichael, professeur
de physique à l’université d’Asmara et rédacteur en chef
adjoint de Meqaleh, arrêté dans la rue alors qu’il retournait
enseigner après s’être caché plusieurs jours ; Mattewos
Habteab, fondateur et rédacteur en chef de Meqaleh, qui venait à
peine de sortir de six semaines de détention à la prison militaire
d’Asmara ; Seyoum Tsehaye, ancien directeur de la télévision
nationale, ancien professeur de français devenu photographe indépendant
après avoir appris le métier dans les rangs de la guérilla
indépendantiste ; Emanuel Asrat, ancien combattant de la guerre d’indépendance,
diplômé en agronomie, rédacteur en chef de Zemen ; Temesghen
Gebreyesus, journaliste sportif et membre du conseil d’administration de Keste
Debena, interpellé le 20 septembre.

Selon les informations
recueillies par Reporters sans frontières, en plus de Fessehaye “Joshua”
Yohannes, trois journalistes seraient morts en détention ces dernières
années à Eiraeiro. Parmi les neuf journalistes qui seraient
prisonniers dans ce complexe pénitentiaire, Yusuf Mohamed Ali, rédacteur
en chef de Tsigenay, ancien combattant âgé de la cinquantaine,
serait décédé le 13 juin 2006. Medhanie Haile, diplômé
en droit, rédacteur en chef adjoint et cofondateur de Keste Debena,
arrêté à son domicile le 18 septembre, serait décédé
en février 2006. Said Abdulkader, fondateur et rédacteur en
chef de Admas, copropriétaire avec son père d’une imprimerie,
serait décédé en mars 2005.

En février
2002, alors que le climat était devenu irrespirable à Asmara
et que les ambassadeurs de l’Union européenne avaient été
rappelés “pour consultation”, trois journalistes du service
arabe des médias gouvernementaux, les derniers à pouvoir fonctionner
en Erythrée, sont venus s’ajouter à la liste des prisonniers
politiques. Hamid Mohamed Said, journaliste du service des sports et du service
international de la chaîne Eri-TV, Saidia Ahmed, jeune journaliste de
la télévision et Saleh Al Jezaeeri, de la radio Dimtsi Hafash
et du quotidien Haddas Eritrea ont été arrêtés
pour des raisons obscures.

Plus récemment,
une dizaine de journalistes des médias gouvernementaux ont été
pris dans une vague d’arrestations lancée le 12 novembre 2006,
suite à la défection de plusieurs journalistes célèbres.
Les autorités, singulièrement irritées par ces défections,
les ont arrêtés parce qu’ils étaient suspectés
d’être restés en contact avec les fugitifs ou de chercher
à fuir eux-mêmes. Tous, sauf Daniel Musie, du service en oromo
de Radio Dimtsi Hafash, ont été relâchés sous caution
et vivent aujourd’hui en liberté surveillée à Asmara.

On ignore ce que
les journalistes encore en détention sont devenus. Leurs familles n’ont
pas le droit de leur rendre visite et craignent de demander de leurs nouvelles,
par peur de représailles. Des membres des familles de ceux qui sont
parvenus à fuir le pays ont été expulsés de leur
domicile. D’autres ont été arrêtés. Certains sont
détenus dans la prison militaire d’Adi Abeto, à la sortie nord
d’Asmara.

Le prix
de la Presse et le prix de la Liberté d’expression a été
décerne le 2 mars 2007 à Dawit Isaac par le Club de la presse
suédoise et sera remis à sa famille le 14 mars, au 2000e jour
de son incarcération. Le co-fondateur de Setit avait été
arrêté le 23 septembre 2001. Selon les informations de Reporters
sans frontières, il est toujours en vie et est détenu à
Asmara.