12/05/08 (B447) LE MONDE Un différend territorial menace de tourner au conflit armé entre Djibouti et l’Erythrée.

Un nouveau conflit frontalier vient de surgir dans la Corne de l’Afrique. Il oppose Djibouti à l’Erythrée. “La violation de la frontière (par l’Erythrée) est flagrante. Les deux armées se font face. La situation est explosive”, a affirmé, le 5 mai, le président djiboutien Ismaël Omar Guelleh, après avoir saisi la Ligue arabe, l’Union africaine (UA) et l’ONU.

Selon les autorités de Djibouti, tout a commencé en février lorsque des troupes érythréennes – aux effectifs non précisés – auraient pénétré de plus d’un kilomètre dans l’extrême nord du territoire djiboutien, à Ras Doumeira, une zone de collines désertiques et inhabitées. L’armée érythréenne aurait ensuite procédé à des travaux de terrassement dans la zone mais sans y acheminer du matériel militaire lourd, ce que confirment les reconnaissances aériennes menées par l’armée française, présente à Djibouti.

Pour une raison inconnue, Djibouti a attendu plus de deux mois avant de demander des explications à son voisin érythréen, qui n’a eu de cesse de réfuter les accusations et de protester de sa bonne foi. Pour les Erythréens, il ne s’agit que d’un “problème de communication”.

Au cours d’un entretien téléphonique, le 21 avril, les deux chefs d’Etat étaient convenus que le président djiboutien se rendrait dès le lendemain à la frontière pour constater la situation et qu’ensuite, des réunions biparties incluant des militaires des deux camps résoudraient, cartes à l’appui, le litige éventuel. Mais loin d’ouvrir la voie à un apaisement, la visite dans le nord du président Omar Guelleh a aggravé le contentieux. Le chef de l’Etat djiboutien, selon des sources diplomatiques à Asmara, capitale de l’Erythrée, serait revenu de son déplacement convaincu que l’Erythrée avait grignoté une partie du territoire de Djibouti.

Depuis, le climat n’a cessé de se dégrader. Une réunion technique s’est tenue entre responsables des deux pays, mais sans suite. Plus inquiétant : l’Erythrée a fait annuler un déplacement du ministre des affaires étrangères djiboutien à Asmara. Ce dernier, selon de bonnes sources, était pourtant porteur d’un message “conciliant” du chef de l’Etat djiboutien. Quelques jours plus tard, c’est une proposition d’entretien téléphonique du président Guelleh qui a été refusée sans explication par son homologue érythréen, Issayas Afwerki.

D’où la décision de Djibouti d’internationaliser la crise en saisissant les organisations internationales. L’Union africaine, dont le siège est à Addis Abebas, la capitale d’un pays – l’Ethiopie – en conflit avec l’Erythrée, a appelé à une “retenue maximale”. L’ONU n’a pas encore réagi. La France s’efforce de jouer les entremetteurs au profit de son ancienne colonie. Paris a convoqué l’ambassadeur d’Erythrée pour lui demander des explications, et une démarche française devrait avoir lieu cette semaine à Asmara.

Jean-Pierre Tuquoi