(Bréve 2559) 26 août 2026 – Une cérémonie placée sous le signe de la mémoire et de l’engagement

Une cérémonie particulièrement réussie, qui doit beaucoup à la volonté inébranlable, au sens de l’organisation et à l’engagement sans faille de Mohamed Abas Djama, Président de Maison Djibouti-PMP Europe.

Par son implication personnelle et sa détermination, il a su donner à cette commémoration toute la portée qu’elle méritait. Dans le contexte actuel, il était en effet essentiel de rappeler à toutes les générations de Djiboutiennes et de Djiboutiens la mémoire des journées des 25 et 26 août 1966, journées déterminantes dans l’histoire de notre peuple et dans le long chemin qui allait conduire à la naissance de la nation djiboutienne.

Cette cérémonie fut également l’occasion de rappeler comment, après l’indépendance, l’ouvrage patiemment construit par les générations précédentes fut confisqué par deux régimes dictatoriaux, avec le soutien de l’ancien colonisateur.

En faisant vivre cette mémoire et en la transmettant aux jeunes générations, Mohamed Abas Djama et Maison Djibouti-PMP Europe accomplissent un travail essentiel de transmission, de conscience historique et de rassemblement.

DISCOURS POUR LA CÉRÉMONIE DU 60ème ANNIVERSAIRE
DE LA VISITE DU GÉNÉRAL DE GAULLE À DJIBOUTI
LES 25 & 26/08/1966
(prononcé le 26 août 2026, au 22 boulevard du Temple, à Paris)

Mesdames, Messieurs les représentants des organisations partenaires – ARDHD, LDDH, FRUD, CTD –, chers membres de la « Maison-Djibouti / PMP-Europe »,

Mesdames, Messieurs, et très chers compatriotes,

Avant d’entamer cette plongée dans notre mémoire collective, je tiens à exprimer la profonde gratitude de la « Maison-Djibouti / PMP-Europe » à l’ensemble de nos partenaires et collaborateurs, sans qui cette cérémonie n’aurait pas cette envergure ni cette légitimité.

Je salue tout particulièrement Monsieur Jean-Loup Schaal, président de l’ARDHD et président d’honneur du PMP, dont l’engagement constant pour les droits humains est un phare ; Monsieur Omar Ali Ewado, président de la LDDH et membre d’honneur du PMP, qui porte avec nous la voix des oubliés ; Monsieur Mohamed Kadamy, coordinateur de la CTD et président du FRUD, dont le parcours de lutteur pour la démocratie et la transparence nous honore. Nous adressons également nos chaleureux remerciements à Résistance TV, dont le regard indépendant et la couverture médiatique sont essentiels pour briser l’omerta.

C’est fort de ce soutien précieux et de cette fraternité d’armes que nous sommes réunis ici, en ce mercredi 26 août 2026, pour commémorer un moment capital de notre histoire : le 60e anniversaire de la visite du Général de Gaulle à Djibouti, alors Côte française des Somalis. Une visite officielle, certes, mais qui fut avant tout un choc de mémoires et un révélateur de volontés.

Ce jour-là, en 1966, le peuple djiboutien ne s’est pas incliné. Face au général, il a opposé sa soif de liberté. Les affiches de l’époque criaient leur refus : « Non à vos questions idiotes, nous voulons notre indépendance, même au prix du sang ». Ces mots, durs et justes, ne sont pas que des vestiges du passé ; ils sont le ferment de notre destin national.

Parmi ces voix courageuses, une figure se détache, une figure que l’histoire officielle a trop longtemps tenté d’effacer : Abdourahman Djama Hassan, dit Andoleh.

Syndicaliste intègre de la Compagnie du chemin de fer franco-éthiopien, patriote convaincu, il fut l’âme de la résistance ouvrière et la cheville ouvrière de la manifestation contre l’arrivée du Général. Il incarnait cette dignité farouche qui refuse la tutelle et réclame l’émancipation.

Héros de l’ombre, il paya son engagement de sa vie. Arrêté en mars 1967, dans le tumulte du référendum, il est mort en détention en quelques jours, dans des conditions restées mystérieuses. Son corps, dit-on, portait les stigmates d’une violence qu’aucune archive officielle n’a jamais voulu reconnaître.

Aujourd’hui, soixante ans plus tard, alors que nous célébrons ce triste anniversaire, un espoir brille à l’horizon. L’Assemblée nationale française, saisie par la voix de députés conscients de leur devoir historique, a enfin posé les questions qui fâchent : Où sont les archives ? Que s’est-il réellement passé ? Pourquoi la vérité a-t-elle été si longtemps confisquée ?

Je veux saluer ici avec émotion la famille d’Andoleh, et particulièrement de sa petite-fille, Zahra Hassan Idriss. Zahra, votre combat pour la transparence est notre combat. Vous n’attendez pas une revanche, vous attendez simplement la vérité. Après près de soixante ans d’attente, de portes closes et de dossiers classés, nous vous disons ce soir : vous n’êtes plus seule. Le combat pour la déclassification de ces archives coloniales est un combat pour la justice universelle.

Cette quête de vérité est d’autant plus poignante que le régime mis en place après l’indépendance de 1977 a, lui aussi, persécuté cette mémoire. La fille d’Andoleh, Choukri, qui avait repris le flambeau, a été spoliée et contrainte à l’exil. Mais nous, nous n’oublions pas. Nous sommes le relais de ceux qui ont été réduits au silence.

Chers amis, cette cérémonie n’est pas une simple formalité nostalgique. C’est un acte politique fort. Nous lançons ici un appel solennel : que la France, patrie des droits de l’Homme, assume pleinement son histoire. Que les archives militaires, policières et judiciaires relatives à l’arrestation et à la mort d’Abdourahman Djama Hassan soient enfin ouvertes. Que la lumière soit faite !

Il est temps de briser l’omerta. Il est temps que les fantômes de notre histoire trouvent enfin la paix, pour que les vivants, eux, puissent bâtir un avenir apaisé.

Que ce 26 août 2026 soit donc gravé dans nos mémoires comme le jour où nous avons cessé de regarder le passé avec le voile du silence, et où nous avons commencé à l’embrasser avec le flambeau de la vérité.

Vive la mémoire de Abdourahman Djama Hassan !

Vive la République de Djibouti !

Et vive la fraternité entre les peuples, dans le respect de leur histoire et de leur dignité !

Je vous remercie.