27/01/2012 (B640) 14 ans de prison pour deux journalistes inculpés de "terrorisme"

Une semaine après avoir été reconnus coupables de "participation à une organisation terroriste et préparation d’une attaque terroriste", les deux journalistes éthiopiens Reyot Alemu, éditorialiste pour l’hebdomadaire en amharique Fitih, et Woubeshet Taye, directeur adjoint de l’hebdomadaire en amharique Awramba Times – lequel a cessé de paraître – ont été condamnés, le 26 janvier 2012, à 14 ans de prison ferme.

"L’obstination de la justice éthiopienne à appliquer avec la plus grande fermeté la loi antiterroriste, alors même qu’elle est accusée d’empiéter sur les libertés garanties par la Constitution, est incompréhensible. De même que celle de reconnaître coupables des journalistes dont il n’a pas été prouvé qu’ils aient fait quoi que ce soit d’autre qu’être en contact avec des personnalités de l’opposition", a déclaré Reporters sans frontières.

L’organisation estime que des preuves irréfutables de leur culpabilité, nécessaires pour les reconnaître comme des criminels, n’ont pas été fournies par le procureur.

"Ces peines de prison sont navrantes et nuisent gravement à l’image de l’Ethiopie. Nous espérons vivement que cette affaire sera revue en appel. Reyot Alemu et Woubeshet Taye ne sont pas des criminels, ils doivent être libérés", a conclu Reporters sans frontières.

L’organisation vient d’effectuer une mission d’enquête en Ethiopie, du 9 au 12 janvier 2012.

Plus d’informations sur Reyot Alemu et Woubeshet Taye, ainsi que sur l’état de la liberté de la presse en Ethiopie, dans le rapport de cette mission, intitulé "Les journalistes ne sont pas terroristes" :

http://fr.rsf.org/ethiopie-les-journalistes-ne-sont-pas-des-24-01-2012,41758.html

Ambroise PIERRE
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25/01/2012 (B640) RSF / Djibouti classé à la 159ème position … sur 179 dans le palmarés de la liberté de la presse !

En Afrique, les écarts se creusent entre bons et mauvais élèves

Chutes vertigineuses de pays ayant réprimé des contestations populaires

Si le printemps arabe de 2011 n’a pas débordé en Afrique subsaharienne au point de faire tomber des gouvernements, certains régimes ont fait face à de fortes revendications politiques et sociales. Les journalistes couvrant ces manifestations ont souvent subi de plein fouet la réponse brutale apportée par les forces de police, promptes à réprimer sans discernement et à s’en prendre aux témoins gênants.

Cela a été le cas en Angola (132e) où plusieurs journalistes ont été arrêtés pendant les manifestations, en septembre. Entre l’élection présidentielle de février – marquée par des violences et la surveillance de journalistes – et la répression brutale des "Walk-to-Work protests", plus tard dans l’année, au cours desquelles des dizaines de journalistes ont été interpellés, 2011 restera un mauvais souvenir pour la presse en Ouganda (139e), qui perd 43 places. Pire encore pour le Malawi (146e) qui enregistre la plus forte chute au niveau mondial en perdant 67 places. Pendant l’été, les journalistes ont été victimes de la répression au même titre que les manifestants. Plusieurs reporters ont été arrêtés et malmenés. Du matériel a été cassé. En septembre, l’étudiant et blogueur Robert Chasowa a été retrouvé mort, sans doute assassiné. Les médias qui souhaitent enquêter sur cette affaire sont intimidés. Tout ceci alors que la législation sur la presse s’est fortement durcie en début d’année, entraînant certains partenaires européens à suspendre une partie de leur aide.

Les pays les plus fermés et autoritaires en queue de classement

Pour le contrôle qu’exercent les autorités sur les médias et la liberté d’expression en général, Reporters sans frontières juge la situation "très grave" au Rwanda (156e) et en Guinée équatoriale (161e).

Perdant 49 places, Djibouti (159e) vient s’immiscer entre ces deux pays. Le chef de l’État, Ismael Omar Guelleh, a été réélu début 2011 au terme d’une élection présidentielle jouée d’avance et sans possibilité pour l’opposition de s’exprimer dans les médias. La presse libre n’existe pas, six collaborateurs d’une radio en exil ont été emprisonnés pendant quatre mois, les réseaux sociaux ont été surveillés pour étouffer les contestations.

La présence de la Côte d’Ivoire (159e, ex æquo avec Djibouti) au sein de ce groupe ne doit tromper personne. Dans ce pays, la presse existe là où chez Teodoro Obiang Nguema ou Ismael Omar Guelleh elle n’existe pas, et elle s’exprime là où chez Paul Kagamé cela lui est très difficile.

Mais la Côte d’Ivoire paie un premier semestre 2011 qui fut dramatique pour la presse lorsque la crise postélectorale s’est soldée par des pressions en tout genre sur les rédactions, des actes de violence et les assassinats d’un journaliste et d’un collaborateur des médias. Pendant la bataille d’Abidjan, début avril, il était impossible pour un journaliste de sortir et de traverser la ville.

Insécurité, censure et prison : trois pays d’Afrique de l’Est aux dernières places du continent

Année après année, les professionnels de l’information sont exposés au chaos et à l’anarchie qui règnent en Somalie (164e), pays en guerre, sans gouvernement stable depuis 1991. En 2011, à Mogadiscio, quatre journalistes ont été tués. La pratique de la censure préalable et les suspensions de journaux, auxquelles se sont ajoutés des interpellations de journalistes, des détentions et des mauvais traitements, justifient le très mauvais score du Soudan d’Omar el-Béchir (170e).

Enfin l’Érythrée (179e) occupe pour la cinquième année consécutive la dernière place de ce classement mondial. Ce pays, dictature totalitaire de la corne de l’Afrique, subit l’étouffoir dans lequel le président Issaias Afeworki l’a plongé. Comme les autres libertés, celle d’exprimer son opinion n’existe pas. Une trentaine de journalistes au moins sont emprisonnés, certains depuis plus de dix ans, dans des conditions effroyables.

À l’autre extrême de ce classement, plusieurs pays d’Afrique confirment l’enracinement de leur respect pour la liberté de l’information ou enregistrent des progrès notables.

Le groupe des bons élèves s’élargit

On trouve en 2011 davantage de pays africains dans le top 50 (9 contre 7 l’an passé), de même que dans le top 100 (27 contre 24 en 2010). Le premier État non-européen du classement vient d’Afrique et il fait partie des dix pays au monde les plus respectueux de la liberté de la presse. Il s’agit du Cap-Vert (9e), démocratie en bonne santé, modèle de bonne gouvernance, où l’alternance fait partie de la vie politique, ce qu’a encore prouvé l’élection présidentielle de l’été dernier. Les journalistes y sont pleinement libres et l’accès de toutes les forces politiques aux médias publics est garanti. La Namibie (20e) occupe également une très bonne place, devant le Japon ou le Royaume-Uni par exemple.

Le Botswana (42e), qui enregistre une progression de 20 places, et les Comores (45e), qui gagnent 25 places, se rapprochent du Mali (25e) et du Ghana (41e) – traditionnels moteurs du continent en matière de respect des journalistes.

Une progression spectaculaire et des percées notables

Le Niger (29e) effectue la plus forte progression mondiale avec un bond de 75 places. La presse évolue dans un contexte économique précaire, mais elle est libre et bénéficie d’une législation favorable. Les violations ont presque disparu.

L’amélioration s’observe tant au niveau des mesures concrètes que des symboles. En fin d’année, le président Mahamadou Issoufou, élu au printemps, a été le premier chef d’État à signer la Déclaration de la Montagne de la Table, s’engageant ainsi à promouvoir la liberté de la presse. D’autres chefs d’État pourraient l’imiter, comme par exemple Mohamed Ould Abdel Aziz, président de la Mauritanie (67e). Dans ce pays, l’adoption d’une loi sur la presse électronique, la libéralisation de l’audiovisuel, et un nombre d’incidents limité ont permis de gagner 28 places, une progression qui doit être confirmée.

Plombé en 2010 par le décès en détention du journaliste Bibi Ngota, le Cameroun (97e) regagne une place honorable même si toute la lumière doit encore être faite sur ce drame ainsi que sur le décès, en novembre 2011, du journaliste anti-corruption et correspondant de Reporters sans frontières, Jules Koum Koum. Ce pays a par ailleurs cruellement besoin de réformes : dépénalisation des délits de presse et modernisation de la loi sur la communication. Après sa chute consécutive à la crise de 2009, Madagascar (84e) continue de progresser, mais l’année électorale 2012 sera pleine d’enjeux.

Dans le ventre mou

L’absence d’incidents majeurs pour les médias au Sénégal (75e) permet au pays de gagner 18 places, mais la situation demeure fragile, à un mois d’une élection présidentielle qui s’annonce tendue. Comme au Cameroun, les autorités de Dakar ne se sont toujours pas résolues à protéger les journalistes contre les peines de prison en dépénalisant les délits de presse. En dépit d’un usage abusif de poursuites judiciaires contre les médias, le Liberia (110e) est un pays où la presse peut exercer librement, mais qui perd cette année vingt-six places en raison des suspensions de médias et des agressions de journalistes qui ont émaillé la réélection de la présidente Ellen Johnson Sirleaf, en octobre et novembre, suite au boycott du scrutin par son opposant Winston Tubman.

Enfin, indépendant depuis le 9 juillet 2011, le Soudan du Sud (111e) fait son apparition pour la première fois dans ce classement mondial à une place honorable. Le défi de ce pays est de construire un État solide et viable, dans un environnement régional très instable, tout en garantissant la liberté d’expression. Juba doit absolument éviter de plonger là où ont sombré ses voisins.

Dans le reste du monde

Un classement bouleversé par la répression des mouvements de contestation

La Syrie, le Bahreïn et le Yémen n’ont jamais été aussi mal classés

"Les changements ont été nombreux dans la dixième édition du classement de la liberté de la presse. Changements qui reflètent une actualité incroyablement riche, notamment dans le monde arabe. De nombreux médias ont payé cher la couverture des aspirations démocratiques ou des mouvements d’opposition. Le contrôle de l’information reste un enjeu de pouvoir et de survie pour les régimes totalitaires et répressifs. 2011 illustre également le rôle prépondérant joué par les net-citoyens pour la production et la diffusion de l’information », a déclaré Reporters sans frontières, à l’occasion de la publication de son classement mondial de la liberté de la presse, le 25 janvier 2012.

"‘Répression’ a été le mot de l’année écoulée. Jamais la liberté d’information n’a été autant associée à la démocratie, jamais le travail de journaliste n’a autant gêné les ennemis des libertés. Jamais les actes de censure et les atteintes à l’intégrité physique des journalistes ne semblent avoir été si nombreux. L’équation est simple : l’absence ou la suppression de libertés publiques entraînent mécaniquement celle de la presse. Les dictatures craignent et interdisent l’information, surtout quand elle peut les fragiliser."

"Le trio infernal – composé de l’Érythrée, du Turkménistan et de la Corée du Nord, dictatures absolues où n’existe aucune liberté publique – occupe sans surprise la fin du classement. Il est talonné cette année par la Syrie, l’Iran et la Chine, trois pays qui semblent avoir perdu contact avec la réalité, aspirés qu’ils sont dans une folle spirale de terreur ; mais également le Bahreïn, le Viêt-nam, régimes d’oppression par excellence. D’autres pays, comme l’Ouganda et le Bélarus se sont également enfoncés davantage dans la répression."

"Le classement 2011-2012 voit toujours en tête le même socle de pays – Finlande, Norvège, Pays-Bas, etc. – respectueux des libertés fondamentales, nous rappelant à la fois que l’indépendance de la presse ne peut être préservée que dans les démocraties fortes et que la démocratie se nourrit de la liberté de la presse. Il est à noter l’entrée du Cap-Vert et de la Namibie dans les vingt pays les mieux classés, deux pays africains où aucune entrave au travail des journalistes n’a été recensée en 2011", a ajouté Reporters sans frontières.

Les mouvements de contestation

Le monde arabe a été moteur de l’histoire en 2011 avec un bilan pour l’instant contrasté des évolutions politiques. Aux antipodes, la Tunisie et le Bahreïn. La Tunisie (134e) progresse de 30 places et accouche dans la douleur d’un régime démocratique qui ne donne pas encore une place entière à une presse libre et indépendante. Le Bahreïn (173e) perd 29 places en raison de l’implacable répression des mouvements démocratiques, des procès en série des défenseurs des droits de l’homme, du verrouillage de tout espace de liberté.

Si la Libye (154e) a tourné la page de l’ère Kadhafi, le Yémen, en proie à des violences entre l’opposition et les partisans du président Ali Abdallah Saleh, stagne en 171e position.

Ces deux pays présentent un futur incertain ; la question de la place accordée à la presse y reste en suspens. Tout comme en Égypte qui perd 39 places (166e) et où les espoirs des démocrates ont été déçus par le Conseil suprême des forces armées (CSFA), au pouvoir depuis février 2011, qui n’a pas mis fin aux pratiques en vigueur sous la dictature d’Hosni Moubarak. Le pays a par ailleurs connu trois épisodes – en février, novembre et décembre – d’une rare violence à l’égard des journalistes.

Déjà très mal classée en 2010, la Syrie s’enfonce un peu plus dans le classement (176e) : censure absolue, surveillance généralisée, violences aveugles et manipulations du régime ont rendu impossible le travail des journalistes.

Dans d’autres régions du monde, certains mouvements démocratiques ont cherché à s’inspirer de l’exemple arabe mais se sont heurtés à une répression féroce. Le Viêt- nam (172e) a multiplié les arrestations. Le régime chinois (174e), rendu fébrile par des contestations régionales ou locales, par l’impatience de la population face à certains scandales et injustices, a renforcé son système de contrôle de l’information, multiplié les détentions extrajudiciaires, durci la censure du Net. Violences, menaces et interpellations ont explosé en Azerbaïdjan (162e), où le régime autocratique d’Ilham Aliev n’a pas hésité à jeter des net-citoyens en prison, à faire enlever des journalistes d’opposition et à se fermer aux médias étrangers pour imposer le black-out sur la contestation.

L’Ouganda (139e), sous la houlette de son Président, Yoweri Museveni, a lancé une vague de répression sans précédent contre les mouvements d’opposition et la presse indépendante suite aux élections de février 2011. De même, le Chili (80e) perd 47 places en raison des nombreuses atteintes à la liberté d’informer, très souvent commises par les forces de l’ordre, constatées dans le contexte des protestations étudiantes. Les États-Unis (47e) doivent également leur chute (-27 places) aux nombreuses arrestations de journalistes couvrant les cortèges d’Occupy Wall Street.

Plusieurs pays européens décrochent du reste du continent

Le classement accentue le décrochage de certains pays européens avec le reste du continent. La répression de la contestation à la réélection du président Loukachenko vaut au Bélarus de perdre 14 places (168e). À l’heure où elle s’affiche comme un modèle régional, la Turquie (148e, -10 places) opère un grand retour en arrière. Loin des réformes promises, la justice a lancé des rafles de journalistes d’une ampleur inédite depuis le régime militaire.

Au sein de l’Union européenne, le classement traduit une certaine stagnation de la situation, toujours marquée par une coupure nette entre les pays traditionnellement bien notés (Finlande, Pays-Bas) et ceux comme la Bulgarie (80e), la Grèce (70e) et l’Italie (61e) qui ne résolvent pas leurs problèmes d’atteintes de liberté de la presse, essentiellement par absence de volonté politique en la matière. La France, elle, progresse peu, passant de la 44e à la 38e place. Tout comme l’Espagne (39e) et la Roumanie (47e). La liberté de la presse est plus que jamais un défi à relever dans la péninsule balkanique, prise entre le désir d’intégration européenne et les effets délétères de la crise économique.

La pérennisation de la violence

Plusieurs pays sont marqués par une culture de la violence à l’égard de la presse qui s’est durablement implantée. Il sera difficile d’inverser la tendance sans une lutte efficace contre l’impunité. Le Mexique et le Honduras figurent respectivement à la 149e et 135e position. Le Pakistan (151e) est pour la deuxième année consécutive le pays le plus meurtrier pour les journalistes.

La Somalie (164e), en guerre depuis une vingtaine d’années, ne laisse entrevoir aucune issue à une situation de chaos où les journalistes paient un lourd tribut.

En Iran (175e), la répression et l’humiliation des journalistes ont été érigées depuis de nombreuses années en culture politique du pouvoir. Le régime se nourrit de la répression des médias. L’Irak (152e) perd 22 places et se rapproche de façon inquiétante de sa position de 2008 (158e).

Des variations notables

Le Soudan du Sud, jeune nation qui fait face à de nombreux défis, fait son entrée dans le classement à une position honorable (111e) pour cette émanation d’un des pays les plus mal classés, le Soudan (170e). La Birmanie (169e) est légèrement mieux notée que les années précédentes, suite aux changements politiques survenus ces derniers mois et qui suscitent quelques espoirs, toutefois à confirmer. Le Niger (29e) enregistre la plus grosse progression dans le classement avec 75 places gagnées grâce à une transition politique réussie.

C’est également sur le continent africain qu’on comptabilise les chutes les plus importantes : Djibouti, discrète petite dictature de la corne de l’Afrique, perd 49 places (159e). Le Malawi (146e) perd 67 places en raison de la dérive totalitaire de son Président, Bingu Wa Mutharika. Cité plus haut, l’Ouganda (139e) perd 43 places. Enfin, la Côte d’Ivoire chute de 41 places (159e) en raison du conflit entre les camps de Laurent Gbagbo et d’Alassane Ouattara qui a durement touché la presse.

En Amérique latine, la chute la plus sensible concerne le Brésil (99e, -41 places), en raison d’une insécurité élevée qui s’est notamment traduite par la mort tragique de trois journalistes et blogueurs.

16/01/2012 (B639) RSF : 25 journalistes arrêtés, 4 encore détenus, une chaîne de télévision suspendue : “semaine noire” pour les médias au Somaliland (En Français et en Anglais)

_______________________________ 1 – Version en Français

Reporters sans frontières exprime sa très vive inquiétude suite aux événements qui ont touché les médias de l’Etat autoproclamé du Somaliland la semaine dernière et qui se sont soldés par l’arrestation de vingt-cinq journalistes ainsi que par la suspension d’une chaîne de télévision. L’organisation dénonce une campagne d’intimidation et appelle à la libération des quatre reporters toujours maintenus illégalement en détention.

“Cette vague d’arrestations de journalistes est sans précédent au Somaliland”,


a déclaré Reporters sans frontières. “Nous sommes préoccupés par ce regain de répression et par les propos du Président qui n’hésite pas à qualifier un média de ‘destructeur de la nation’. Ces actes sont de nature à intimider davantage une profession qui exerce déjà, dans cette région de la Somalie, dans des conditions difficiles. Nous demandons que les quatre journalistes en détention soient libérés et que la chaîne de télévision HornCable TV soit rouverte sans délai”, a ajouté l’organisation.

Le 15 janvier 2012, les employés de HornCable TV ont organisé une manifestation devant le palais présidentiel pour protester contre la suspension de leur chaîne de télévision. Cette opération s’est soldée par des passages à tabac de journalistes perpétrés par des membres de l’Unité spéciale de protection du Somaliland, ainsi que par l’arrestation de huit d’entre eux, tous salariés de la chaîne : Nimco Sabriye, Hamsa Ali Bulbul, Mohamed Gurashe, Abdirahman Sheik Yunes, Ayan Diriye, Nimo’ Diriye, Hodan Ali Ajabi, Safiya Nuh Sheikh. Suite à ces premières arrestations, treize autres reporters de différents médias venus soutenir leurs collègues ont également été arrêtés. Le propriétaire de HornCable TV a, quant à lui, été convoqué le même jour à la Présidence pour y être interrogé. Les journalistes, parmi lesquels on compte six femmes, ont tous été placés en détention au commissariat central d’Hargeisa, avant d’être libérés, le 16 janvier, sur ordre du ministre de l’Intérieur, Mohamed Nour Arale.

Le 14 janvier, près de cent policiers arrivés à bord de sept véhicules blindés avaient envahi les locaux de HornCable TV à Hargeisa avant de les fermer et d’ordonner au personnel de quitter les lieux. L’émetteur avait également été coupé peu de temps après. L’officier en charge de la descente, Mohamed Du’alle, avait admis ne pas avoir de mandat mais avait dit agir sur ordre de ses supérieurs. Pendant cette opération, Mohamed Abdi Sheik, le directeur HornCable TV pour l’Afrique de l’Est, avait été brièvement arrêté.

Selon le Président du Somaliland, Ahmed Mohamed Siilaanyon, qui s’est exprimé devant le Parlement le même jour, la chaîne de télévision serait un “destructeur de la nation” qui diffuse de la propagande contre son gouvernement. Il serait notamment reproché à la chaîne sa couverture d’une conférence entre tribus qui a eu lieu dans le district de Taleh (Région de Sool), le 8 janvier, durant laquelle des représentants des différents clans auraient fait l’annonce de la création d’une administration autonome. Ces raisons ont été confirmées par le ministre de l’Intérieur, Mohamed Nour Arale, qui a précisé que la licence de la chaîne a été suspendue pour “propagande anti-Somaliland”.

Les 21 journalistes interpellés plus de vingt-quatre heures viennent s’ajouter aux quatre autres reporters arrêtés plus tôt dans la semaine et toujours en détention.

Le 11 janvier 2012, Ali Ismail Aare, correspondant pour l’hebdomadaire Waheen, a été arrêté pour avoir pris des photos d’une station essence et d’un bâtiment appartenant au vice-Président du Somaliland, Abdirahman Abdilahi. Le même jour, Mohamed Omar Sheikh, reporter pour l’hebdomadaire Saxafi, a été arrêté pour avoir écrit des articles jugés susceptibles de créer des confrontations dans la région d’Awdal.

Le 9 janvier, Abdqani Hassan Farah, reporter de Universal TV dans le district de Las Anod (région de Sool), a été arrêté par la police, avec deux de ses collègues de HornCable TV et Somaliland TV. Il est reproché au reporter, plus connu sous le nom de Gadari, d’avoir “exagéré les rapports d’un meeting qui créait de l’instabilité dans les régions de Sool, Sanag et Eyn”. Il s’agissait de la réunion des tribus de Taleh, organisée le 8 janvier. Alors que les deux autres journalistes qui l’accompagnaient ont été relâchés au bout de quelques heures, Abdqani Farah est toujours en détention. Son arrestation aurait été orchestrée par le gouverneur de la région de Sool, sur ordre du ministre de l’Information du Somaliland, Ahmed Abdi Habsade.

Le même jour, quatre journalistes ont été empêchés par la police du Somaliland d’assister à la pose d’un câble de fibre optique installé par SomCable Ltd, permettant de connecter le Somaliland via Djibouti. Celui-ci est au cœur de nombreuses controverses puisqu’il avait été autorisé par l’ancien gouvernement puis rejeté par le nouveau.

Le 8 janvier 2012 enfin, Yusuf Abdi Ali, reporter plus connu sous le nom de Indho Quruh et travaillant pour la chaîne Royal TV basée à Londres, a également été arrêté par la police dans le district de Borame de la ville d’Awdal. Il est accusé par une ONG locale, l’Africa Youth Development Association, d’avoir injustement rapporté des allégations de corruption dans un article où il fait état de problèmes de gestion dans des projets de développement locaux. Il est toujours détenu au commissariat de Borame sans mandat d’arrestation, sans accès à un avocat et sans charge formulée contre lui.

Voici la liste des 21 journalistes arrêtés le 15 janvier et libérés au bout de 24 heures :
1. Mohamud Abdi Jama, Rédacteur en chef, Waaheen Newspaper
2. Mohamed Omar Abdi, Rédacteur en chef, Jamhuuriya Newspaper
3. Ahmed Aden Dhere, Reporter, Haatuf Newspaper
4. Mohamed Said Harago, Directeur de l’information, Berberanews
5. Najah Adan Unaye, Directeur, Hadhwanaagnews
6. Suhur Barre, Reporter, HornCable TV
7. Abdiqani Abdullahi Ahmed, Reporter, Hadhwanaagnews
8. Mohamed Ahmed Muse, Reporter, HornCable TV
9. Mohamed Fayr, Reporter, Geeska Africa newspaper
10. Saleban Abdi Ali Kalshaale, Reporter, Waaheen newspaper
11. Khalid Hamdi Ahmed, Reporter, Waaheen newspaper
12. Nimo Omar Mohmed Sabriye, Présentateur, HornCable TV
13. Hamsa Ali Bulbul, Reporter, HornCable TV
14. Mohamed Ahmed Muse Kurase, Reporter, HornCable TV
15. Abdirahman Sheik Yunes, Présentateur, HornCable TV
16. Ayan Diriye, Reporter, HornCable TV
17. Nimo’ Diriye, Reporter, HornCable TV
18. Hodan Ali Ajabi, Reporter, HornCable TV
19. Safiya Nuh Sheikh, Présentateur, HornCable TV
20. Ahmed Abdirahman Hersi, Directeur de la rédaction, HornCable TV
21. Jama Omar Abdullahi, Reporter, Waaheen newspaper

_______________________________ 2 – English version

SOMALIA : In past week in Somaliland, 25 journalists arrested, four still held and TV station closed

Reporters Without Borders is worried by events of the past week affecting the media in the breakaway northwestern territory of Somaliland, in which a total of 25 journalists were arrested and a television station, HornCable TV, was closed in Hargeisa, the territory’s capital. The organization accuses the authorities to trying to intimidate the media and calls for the release of four journalists still being held illegally.

“This wave of arrests of journalists is without precedent in Somaliland,”

Reporters Without Borders said. “We are disturbed by this crackdown and by the president’s readiness to brand a media as a ‘nation destructor.’ This will further intimidate journalists who already have to cope with tough conditions in this region of Somalia. We urge the authorities to free the four journalists still being held and to reopen HornCable TV without delay.”

When HornCable TV employees demonstrated outside the presidential palace in Hargeisa yesterday in protest against the station’s closure, they were attacked and beaten by members of the Somaliland Special Protection Unit and eight of them were arrested. The eight detainees, all journalists, were Nimco Sabriye, Hamsa Ali Bulbul, Mohamed Gurashe, Abdirahman Sheik Yunes, Ayan Diriye, Nimo’ Diriye, Hodan Ali Ajabi and Safiya Nuh Sheikh.

Thirteen other journalists from various media who went to help their detained colleagues were then also arrested. HornCable TV’s owner was summoned to the president’s office later yesterday and interrogated. The detained journalists, who included six women, were taken to police headquarters in Hargeisa and were finally released today on interior minister Mohamed Nour Arale’s orders, after being held for more than 24 hours.

HornCable TV was closed on 14 January when around 100 policemen arrived in seven armoured vehicles, ordered all the staff to leave and sealed the doors.

The transmitter was disconnected soon afterwards. The officer in charge of the raid, Mohamed Du’alle, admitted he did not have a warrant but said he was acting on orders from superiors. Mohamed Abdi Sheik, HornCable TV’s East Africa director, was briefly detained during the operation.

In an address to parliament earlier the same day, Somaliland President Ahmed Mohamed Siilaanyon described HornCable TV as a “nation destructor” and accused it of broadcasting anti-government propaganda.

The government’s anger was reportedly aroused by the station’s coverage of a tribal meeting in Taleh district of Sool region, in which representatives of various tribes announced the creation of an autonomous administration in the region.

The interior minister confirmed that this was the reason, and said the station’s licence had been withdrawn for “anti-Somaliland propaganda.”

The four journalists who are still detained were arrested in series of incidents from 8 to 11 January.

Ali Ismail Aare, a reporter for the weekly Waheen, was arrested on 11 January for taking photos of a service station and a building belonging to Somaliland Vice-President Abdirahman Abdilahi. Mohamed Omar Sheikh, a reporter for the weekly Saxafi, was arrested the same day for writing articles that were deemed likely to create conflict in the Awdal region.

Abdqani Hassan Farah, a Universal TV reporter in Las Anod district of Sool region, was arrested with two colleagues from HornCable TV and Somaliland TV on 9 January. The other two were freed after a few hours but Farah, also known as Gadari, is still being held on a charge of “exaggerating reports of a meeting that created instability in the Sool, Sanag and Eyn regions.” It was a meeting of the Taleh tribes the day before. His arrest was reportedly arranged by Sool’s governor on the orders of Somaliland information minister Ahmed Abdi Habsade.

On 9 January, Somaliland police also prevented four journalists from attending the laying of fibre-optic cable by SomCable Ltd that will enable the territory to be connected with the outside world via Djibouti. It has been the source of a great deal of controversy as it was authorized by the previous government and rejected by the new one.

Finally, Yusuf Abdi Ali, a reporter better known as Indho Quruh who works for London-based Royal TV, was arrested without a warrant in the Borame district of the city of Awdal on 8 January after being accused by a local NGO, Africa Youth Development Association, of making false allegations of corruption and management problems in local development projects. He is still being held in the Borame district police station. He has not been charged and has not been able to see a lawyer.

This is the list of 21 journalists who were arrested on 15 January and were freed the next day:
1. Mohamud Abdi Jama, editor-in-chief, Waaheen newspaper
2. Mohamed Omar Abdi, editor-in-chief, Jamhuuriya newspaper
3. Ahmed Aden Dhere, reporter, Haatuf newspaper

4. Mohamed Said Harago, head of news, Berberanews
5. Najah Adan Unaye, director, Hadhwanaagnews
6. Suhur Barre, reporter, HornCable TV
7. Abdiqani Abdullahi Ahmed, reporter, Hadhwanaagnews
8. Mohamed Ahmed Muse, reporter, HornCable TV
9. Mohamed Fayr, reporter, Geeska Africa newspaper
10. Saleban Abdi Ali Kalshaale, reporter, Waaheen newspaper
11. Khalid Hamdi Ahmed, reporter, Waaheen newspaper
12. Nimo Omar Mohmed Sabriye, presenter, HornCable TV
13. Hamsa Ali Bulbul, reporter, HornCable TV
14. Mohamed Ahmed Muse Kurase, reporter, HornCable TV
15. Abdirahman Sheik Yunes, presenter, HornCable TV
16. Ayan Diriye, reporter, HornCable TV
17. Nimo’ Diriye, reporter, HornCable TV
18. Hodan Ali Ajabi, reporter, HornCable TV
19. Safiya Nuh Sheikh, presenter, HornCable TV
20. Ahmed Abdirahman Hersi, news editor, HornCable TV
21. Jama Omar Abdullahi, reporter, Waaheen newspaper

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27/12/2011 (B636) RSF / ETHIOPIE / Deux journalistes suédois condamnés à 11 ans de prison

______________________________ Note de l’ARDHD

L’ARDHD s’associe pleinement à l’appel de RSF en faveur de ces deux journalistes suédois et elle relaiera systèmatiquement toutes les campagnes, toutes les informations et tous les appels en leur faveur.

Comme dans le cas de la petite Hasna, on se demande ce que le régime dictatorial de Melés Zenawi peut gagner dans cette affaire. Nous remarquons surtout ce qu’il peut perdre en crédibilité et en dénonciation de méthodes dictatoriales, qui ne sont plus de mise aujourd’hui.
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Les deux journalistes suédois Martin Schibbye et Johan Persson, détenus à Addis-Abeba et reconnus coupables, le 21 décembre dernier, de “soutien au terrorisme”, ont été condamnés, ce 27 décembre 2011, à onze ans de prison. “Cette peine remplit l’objectif de paix et de stabilité”, a déclaré le juge Shemsu Sirgaga. L’avocat des deux hommes, Me Abebe Balcha, a contesté la décision du tribunal et a indiqué qu’il consulterait ses clients sur l’opportunité de faire appel.

“Que cherchent les autorités éthiopiennes?

A décourager quiconque voudra désormais se rendre en Ogaden, comme l’avaient fait ces deux journalistes. A envoyer un signal à la presse, tant nationale qu’internationale, sur les risques de se voir lourdement condamner pour terrorisme quand vos enquêtes dérangent”, a déclaré le secrétariat international de Reporters sans frontières.

“Nous jugeons cette condamnation lamentable, même si nous ne sommes pas surpris, au vu de la décision prise la semaine dernière par la justice éthiopienne de les reconnaître coupables”, a ajouté Jesper Bengtsson, président de la section suédoise de l’organisation.

Le 22 décembre 2011, au lendemain du verdict reconnaissant les deux journalistes coupables de soutien au terrorisme, Jean-François Julliard, secrétaire général de Reporters sans frontières, et Ambroise Pierre, responsable du bureau Afrique, ont été reçus par l’ambassadeur d’Ethiopie à Paris, Teshome Toga. Ils ont fait part au diplomate de leur désapprobation vis-à-vis du traitement de cette affaire par la justice éthiopienne et ont mis en garde contre le risque d’incident diplomatique grave en cas de condamnation à une lourde peine de prison.

“Chaque entrevue d’un officiel éthiopien avec un homologue européen ou occidental sera désormais polluée par cette affaire.

Chaque jour, vous entendrez parler de Johan et Martin.
Chaque jour, vous serez critiqués.

La mobilisation sera très forte”, avait prévenu la délégation de Reporters sans frontières.

Plus d’informations sur leur condamnation, le 21 décembre 2011 : http://fr.rsf.org/les-deux-journalistes-suedois-21-12-2011,41584.html

Plus d’informations sur Johan Persson et Martin Schibbye : http://martinandjohan.org/

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Ambroise PIERRE
Bureau Afrique / Africa Desk
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28/11/2011 (B632) RSF (Communiqué du 25/11) LES DEUX JOURNALISTES DE LA VOIX DE DJIBOUTI EN LIBERTÉ PROVISOIRE APRÈS QUATRE JOURS DE DÉTENTION ET DE SÉVICES

Farah Abadid Hildid et Houssein Robleh Dabar, correspondants pour la station de radio La Voix de Djibouti, ont été remis en liberté provisoire le 24 novembre 2011 à 20h. Les deux journalistes ont été placés sous contrôle judiciaire par une juge d’instruction de la Cour suprême devant laquelle ils avaient été déférés plus tôt dans la journée.

Après avoir été successivement entendus par le procureur de la République, Maki Omar Abdoulkader, et le procureur général de la République, Djama Souleiman Ali, les deux hommes ont été transférés à la Cour suprême et inculpés pour “mobilisation illégale” et “outrage à chef d’État”.

Les tortures subies par Farah Abadid Hildid et Houssein Robleh Dabar lors de cette détention de quatre jours auraient été ordonnées par l’adjudant-chef Abdourahman Omar Saïd, déjà tristement connu pour avoir fait subir des actes similaires à Dirir Ibrahim Bouraleh, un habitant de Balbala, décédé des suites de ses blessures pendant sa garde à vue du 23 au 27 avril, dans une brigade de gendarmerie.

L’identité des deux tortionnaires n’est cependant pas connu pour le moment, mais il semblerait d’après les premiers éléments d’information reçus, que les auteurs de ces actes ne soient pas les mêmes personnes que lors de la première garde à vue des deux reporters en février 2011

24/11/2011 (B631) INQUIÉTUDES AUTOUR DE LA NOUVELLE ARRESTATION DE DEUX CORRESPONDANTS DE LA VOIX DE DJIBOUTI – (ALERTE RSF)

Reporters sans frontières dénonce la nouvelle arrestation, le 21 novembre 2011, de Farah Abadib Hildid et d’Houssein Robleh Dabar, tous deux correspondants pour la radio d’opposition La Voix de Djibouti, et exprime sa profonde inquiétude sur le traitement qui leur sera réservé en détention.

"C’est la deuxième fois que ces deux collaborateurs de La Voix de Djibouti sont arrêtés par la gendarmerie. Tout porte à croire que les autorités ont voulu les empêcher de faire écho sur les ondes de la radio à un tract appelant à manifester", déclare Reporters sans frontières. "Au vu des actes de torture endurés par l’un des journalistes lors de sa première arrestation, nous craignons qu’ils ne subissent à nouveau le même sort. Nous dénonçons vivement ce contrôle abusif de l’information par les autorités et demandons la libération sans délai de Farah Abadib Hildid et Houssein Robleh Dabar", a rajouté l’organisation.

Farah Abadib Hildid et Houssein Robleh Dabar ont été arrêtés le 21 novembre par la section de recherche et de documentation (SRD) de la gendarmerie dirigée, par le lieutenant Abdoulkarim Ibrahim Youssouf. Cette section, qui comprend en son sein l’adjudant Abdourahman Ali Ismaël, dit "Doudou", soupçonné d’avoir déjà torturé Farah Abadib Hildid lors de sa précédente garde à vue du 5 au 9 février dernier, aurait procédé à cette double arrestation dans le but de prévenir l’éventuelle publicité par La Voix de Djibouti d’un tract appelant à un rassemblement lors d’une journée intitulée "Journée de la colère". Ce tract aurait été écrit par Mohamed Souleiman Cheik Moussa, magistrat arrêté le même jour que les journalistes.

Farah Abadib Hildid et Houssein Robleh Dabar avaient déjà été arrêtés le 5 février puis placés en détention pendant quatre mois dans la prison de Gabode pour "participation à un mouvement insurrectionnel". Durant les cinq jours de garde-à-vue préalable à leur transfert en prison, Hildid avait été torturé par les gendarmes chargés de l’interroger. Cette violation grave des conventions de droits de l’homme auxquelles Djibouti est partie, pourrait amener ses auteurs devant la justice internationale.

Hildid et Dabar avaient été finalement libérés de manière provisoire et sous contrôle judiciaire, le 23 juin 2011, après maints recours devant la Cour d’appel et la Cour suprême djiboutienne. Hildid avait à nouveau fait l’objet d’une convocation, le 17 septembre 2011, devant le juge d’instruction du tribunal de première instance de Djibouti pour le même motif, avant de ressortir libre de l’entretien.

24/06/11 (B609) RSF / Les six collaborateurs de La Voix de Djibouti libérés après plus de quatre mois derrière les barreaux

Reporters sans frontières apprend avec soulagement que les six collaborateurs de La Voix de Djibouti, Farah Abadid Hildid, Houssein Ahmed Farah, Houssein Robleh Dabar, Abdillahi Aden Ali, Moustapha Abdourahman Houssein, Mohamed Ibrahim Waïss, sont sortis de la prison centrale de Gabode le 23 juin 2011 en début de soirée.

Après plus de quatre mois d’emprisonnement et plusieurs recours devant la Cour suprême de Djibouti, les collaborateurs des médias bénéficieraient d’une liberté provisoire sous contrôle judiciaire, ordonnée par la chambre d’accusation de la Cour d’appel le 22 juin.

12/06/11 (B608) RSF / Alerte / Reporters sans frontières (http:www.rsf.org) – Six collaborateurs d’un média indépendant détenus depuis 4 mois dans les geôles de la prison de Gabode, à Djibouti

Reporters sans frontières apprend que six militants de l’opposition et collaborateurs de La Voix de Djibouti, une radio d’opposition émettant en ondes courtes depuis l’Europe, sont détenus sans avoir été jugés à la prison centrale de Gabode, à Djibouti, depuis maintenant 4 mois.

Les correspondants Farah Abadid Hildid et Houssein Ahmed Farah et les informateurs Houssein Robleh Dabar, Abdillahi Aden Ali, Moustapha Abdourahman Houssein, Mohamed Ibrahim Waïss, tous affiliés aux partis de l’opposition, ont été placés sous mandat de dépôt le 9 février, pour "participation à un mouvement insurrectionnel."

Durant les 4 jours de garde-à-vue préalables à son transfert en prison, le 9 février, Farah Abadid Hildid aurait même été torturé par la gendarmerie djiboutienne.

"Les collaborateurs et sources d’information de La Voix de Djibouti, sont victimes d’une opération organisée par le gouvernement visant à asphyxier l’opposition. Après avoir interdit, en 2007, le Renouveau, hebdomadaire soutenant le parti Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement (MRD), les autorités djiboutiennes ont imposé un véritable silence médiatique sur les mouvements de contestation de février. Elles s’en prennent aux dernières personnes susceptibles de relayer l’information" a déclaré Jean-François Julliard, secrétaire-général de l’organisation.

"La situation de la liberté de la presse est un problème épineux pour le gouvernement d’Ismael Omar Guelleh, qui, au mépris des lois et de la démocratie, a choisi d’y répondre en supprimant et en censurant des médias indépendants," a ajouté le secrétaire-général de l’organisation.

Les six collaborateurs pour La Voix de Djibouti, ont présenté devant la chambre d’accusation de la Cour d’appel et devant la Cour suprême une demande de libération provisoire, qui a été refusée à chaque fois. Un recours a été introduit auprès de la Cour suprême, qui devrait donner son verdict le 12 juin.

Sur ordre du Ministère public, la gendarmerie a arrêté les anciens journalistes du Renouveau, Farah Abadid Hildid, le 5 février 2011 et Houssein Ahmed Farah le 8 février. Ils ont été entendu par la juge d’instruction lors d’un interrogatoire de première comparution le 9 février et transférés à la prison de Gabode, à Djibouti.

Selon l’avocat de la défense, le chef d’accusation, "participation à un mouvement insurrectionnel", pourrait entrainer une peine de 15 ans de prison, en vertu des articles 145 et 146 du Code Pénal djiboutien. La juge d’instruction n’aurait pas mené d’enquête ni fourni de preuves incriminant les militants dans la participation aux manifestations.

Le gouvernement détient le monopole de l’information et les autorités se montrent hostiles contre les journalistes étrangers. Afin de contourner la censure et le bannissement des radios indépendantes sur les ondes FM, La Voix de Djibouti utilise des ondes courtes (21525 khz), les seules permettant de passer son émission hebdomadaire d’une heure, émise en plusieurs langues. Si la BBC et VOA sont toujours diffusés sur les ondes FM, l’émetteur FM de la RFI est coupé depuis 2005.