Articles

22/04/2013 (Brève 137) ALERTE ROUGE – Violation des Droits de l’Homme et refus des soins nécessaires sur un jeune Djiboutien, remis en prison, immédiatement après une opération grave, sans convalescence (Info correspondant)

Jeune en prisonJe tenais à apporter à la connaissance de l’opinion internationale et à l’ARDHD, le cas d’un jeune militant de l’ARD qui avait été arrêté à Arhiba pendant la révolte de ce quartier pauvre de la capitale.

Le jeune Abdoulkadir Ibrahim Mohamed a présenté une appendicite qui s’est compliquée en péritonite du fait du retard dans le diagnostique. Finalement il avait pu être opéré à l’Hôpital Général Peltier, dans des conditions graves .

Jeune opéré remis en prisonJe viens d’apprendre qu’il avait aussitôt remis en prison, pratiquement dès la fin de l’opération et sans convalescence, il est dans un état grave.

Vous trouverez les photos de ce jeune d’abord en prison et puis après une opération abdominale.

Toute l’équipe de l’ARDHD est profondément choquée par cette nouvelle situation de refus de soin à une personne arrêtée, probablement sans motif sérieux …

Ce n’est pas la première fois que le régime tortionnaire de Guelleh se livre à de tels actes sur des personnes faibles, (Il serait plus juste de dire que malheureusement, c’est la règle au royaume de pacotilles) mais il convient de dénoncer les crimes qui sont commis chaque jour contre les populations civiles et tous ceux qui osent dénoncer les injustices et les abus d’un régime tout puissant derrière une police et une justice aux ordres.

13/03/02 Réactions au communiqué du FRUD -«Je rejette la proposition de maintien d’éléments armés dans le Nord du pays» (Lecteur)

La société
djiboutienne qui a connu les affres d’une guerre fratricide, une décennie
durant, bien souvent seule, entend aller le plus loin possible sur
le double chemin de la paix et de la démocratie. Et elle connaît
la valeur de l’une et de l’autre parce qu’elle sait non seulement
d’où elle vient, là où elle a été,
mais aussi ce
qu’elle a parcouru et surtout ce qui lui reste à faire.

A l’évidence,
ni la paix ni la démocratie ne sont encore des données
achevées mais des processus complémentaires qui progressent
et parfois reculent selon l’état des forces agissantes, des
formations politiques, de la société civile. Ce qui
est absolument sûr, c’est que l’une et l’autre sont devenus
des projets
indispensables à une nation résolument tournée
vers la concorde et l’avenir.

En tentant d’éviter
autant que faire se peut les dérives et les dérapages
du passé et de faire en sorte que l’émergence d’un Etat
de droit et la réhabilitation de l’élite et du politique
doivent se faire avec le moins de heurts possibles, parallèlement
aux grands chantiers économiques.

Mais tout à
fait balbutiant parce que encore à ses débuts, si l’on
tient compte des attentes, des besoins, des tâches qui restent
à accomplir. Dans ce sens, il faut peut-être relever
l’importance accordée jusque-là à des valeurs
fondatrices telles que le dialogue, la solidarité et l’intérêt
général. Depuis peu, il est vrai, ces valeurs commencent
à s’imposer comme règle de conduite. Et il n’est pas
étonnant que
la fonction de consultation par exemple fasse l’objet d’un examen
particulier dans le cadre du séminaire de réflexion
sur l’action gouvernementale du 3 au 9 février dernier, parce
qu’elle permet une plus grande participation des différents
acteurs à
la prise de décision et limite, si elle ne met pas fin, les
phénomènes de l’exclusion et de l’exclusive qui alimentent
les extrêmes et encouragent le désordre social.
Dans les conflits les plus récents, l’exécutif a cherché
dans le dialogue, la réponse aux questions qui se sont posées,
avec des résultats inégaux et nous sommes persuadé,
à juste titre d’ailleurs, que c’est la démarche à
suivre et à consolider même si parfois , si ce n’est
souvent , la communication a manqué laissant la place à
la désinformation et à l’intox, ces anti-chambres des
archaïsmes
renaissants.

A l’évidence,
il n’appartient pas au Chef de l’Etat à lui seul, au gouvernement
djiboutien, aux institutions de la République, mais à
l’ensemble des acteurs et des partenaires de faire de ces valeurs
le fondement de la république de Djibouti , d’ancrer dans les
esprits les vertus du dialogue et de l’écoute et de rejeter
de façon systématique l’appel à la violence et
à la confrontation militaire.

Nous gagnerions
certainement du temps et de l’énergie , et surtout nous épargnerions
à notre société d’autres fractures et d’autres
douleurs , si nous passions notre temps et si nous mobilisons nos
intelligences à prospecter et à affiner davantage les
moyens de pouvoir discuter avec humilité, mener un débat
contradictoire, dans la sérénité, sans s’affronter
ni s’insulter.

D’autant plus
que l’on veuille ou non, nous sommes condamnés à vivre
ensemble au sein de la même société, au sein de
la même nation et que le progrès de la collectivité
ne peut que bénéficier au bien-être de l’individu.

C’est pour cela
que je rejette l’appel de Mr Kadamy pour le maintien des éléments
armés dans le Nord du pays.

14/03/03 LE FRUD PLIE MAIS NE ROMPT PAS (Lecteur)

En signant l’Accord
de Paix du 12 mai 2001, IOG a pensé que la parenthèse
FRUD était transformée, que la boucle était bouclée,
que c’était la fin de l’histoire. C’est mal connaître
un mouvement démocratique, les ressorts, les ressources d’un
mouvement de libération, fruit de 30 ans de luttes populaires
pour la démocratie.
Son passé de flic ne le predispose pas à une telle compréhension.
L’apport fondamental du FRUD dans le paysage politique djiboutien
jusque là, marqué par les rivalités de personnes,
sera l’approche collective de la chose politique.

Des hommes et
de femmes s’organisent pour atteindre des objectifs élaborés
en commun. La politique est une chose trop sérieuse pour la
laisser aux mains d’une seule personne. Des milliers de gens se sont
engagés dans ce mouvement pour atteindre des objectifs de démocratie,
d’égalité, de justice et de progrès social, et
non pour suivre tel ou tel chef. Le FRUD n’est pas un parti de clientèle
ni un parti d’Etat comme le R.P.P., fonctionnant grâce aux subventions
et aux fonctionnaires, ni un groupuscule. Il s’agit d’une organisation
de masse avec des pratiques et une culture démocratiques.

Si quelques personnalités
comme le docteur Abaté, Mohamed Adoyta ou Ahmed Dini ont incarné
à un moment donné cette organisation, c’est parce qu’ils
ont defendu avec plus ou moins de succès les objectifs fondamentaux
du FRUD. Dès l’instant où elles ont abandonné
les objectifs du mouvement, ils se sont maginalisés, parfois
broyés par le système qu’ils ont combattu.

Le FRUD a continué
sa marche altière malgrès la défection de certains
de ses dirigeants…

Le FRUD, qui a
payé un lourd tribut pour la démocratie, n’a pas dit
son dernier mot. Tel semble être en tout cas le message des
membres du FRUD qui se sont réunis dans le District de Tadjourah
pour les Assises Nationales au début du mois de mars 2002.

Ces combattants,
ces militants ont pris une décision historique en maintenant
contre vents et marées la ligne politique initiale du FRUD
qui refuse tout compromis avec la dictature.

Dans un environnement
regional troublé, et un contexte local marqué par un
pourrissement politique, social et économique le FRUD, en restant
debout dans ses montagnes et ses plaines, offre un sanctuaire salutaire
aux démocrates, aux opposants tétanisés par le
système, et redonne l’espoir à toute une population.

La volonté
du FRUD de continuer la lutte contre la dictature de Guelleh a trouvé
des échos favorables parmi toutes les tendances politiques
sauf le R.P.P. Cette volonté de la majorité des militants
du FRUD de ne pas plier malgrè les pressions inouies, merite
le respect et le soutien de la part de tous les démocrates
qui aspirent à un changement profond dans ce pays.

Note de
l’ARDHD : après trois défections, le petit noyau vital
du FRUD semble renaître de ses cendres. Nous félicitons
les membres de ce noyau qui ont décidé de ne pas trahir
ni leurs idéaux ni leurs convictions et qui repartent à
l’action.

Cependant,
comme l’écrivait un lecteur, nous sommes persuadés que
la lutte armée, qui n’a jamais été une fin en
soi, n’est plus de mise aujourd’hui, car il serait criminel de provoquer
de nouvelles victimes dans les deux camps. Mais ce n’est pas une raison
pour laisser le terrain libre à l’usurpateur, au dictateur

A notre
avis, comme nous l’avons souvent dit et écrit, la lutte contre
Guelleh passe par une alliance des opposants autour de deux objectifs
communs : renverser Guelleh et établir un gouvernement d’union
nationale qui organise des élections libres. Les querelles
intestines, les luttes d’influence et les vandetta tribales doivent
cesser pour atteindre cet objectif.

Le choix
entre les vrais opposants et les opposants de façade, ralliés
en sous-main, ne sera pas une chose facile et nous sommes convaincus
que ce sera l’un des obstacles à surmonter. De toutes les façons,
nous avons l’impression que la jeunesse djiboutienne ne se trompera
pas, car elle a déjà classé les personnalités
dans l’une ou l’autre de ces catégories. Ne restera plus que
les cas litigieux de ceux qui ont mieux caché leur jeu que
les autres …

Nous formulons
le voeu de voir se réunir tous les opposants autour d’une bannière
commune. Qu’ils se mettent au travail pour publier des propositions
communes concrètes et un échéancier pour extraire
l’usurpateur de sa synécure, de préférence, en
lui demandant de rendre l’argent et d’accepter un jugement pour établir
son niveau de responsabilité dans les crimes commis sous son
autorité.

14/03/03 Vérifications faites, le Colonel Madhi n’est pas encore à Gabode. Il serait de nouveau placé aux arrêts de rigueur.

Contrairement
à l’information que nous avions reçue, le Colonel Madhi
n’a pas été incarcéré à Gabode.
Il aurait été seulement placé de nouveau aux
arrêts de rigueur, parce qu’il avait fait la mauvaise tête
en découvrant qu’il n’avait presque plus aucun commandement.

Cela dit, une
rumeur dit qu’il serait bientôt incarcéré à
Gabode sur ordre d’IOG et en plus, que des mandats d’arrêt internationaux
pourraient être lancés par la France à son encontre
et à celle d’Hassan Saïd dans le cadre de l’affaire Borrel.
Les prisons françaises sont des palaces comparés à
Gabode et à leur place, je n’hésiterai pas ….. mais
ils n’utilisent peut-être pas les mêmes critères
pour évaluer le confort d’une prison ! A force d’y avoir fait
enfermer des gens (y comp^ris des innoncents), ils doivent avoir de
bonnes notions du milieu carcéral, ces deux officiers là
!

En tout cas, on
a le sentiment que l’affaire Borrel est en train de rattraper la haute
direction de la République . A suivre …

14/03/02 Ça ? SURVIE vous invite à vous mobiliser et à participer à un rassemblement le 7 avril au Trocadéro en mémoire de toutes les victimes. Nous invitons les Djiboutiens à participer en mémoire aussi de toutes les victimes djiboutiennes innocentes de Gouled et de Guelleh.

Rwanda, 7 avril
1994 : un génocide annoncé est déclenché…
La France qui, la première, aurait pu s’y opposer, consent.
La "communauté internationale", qui ne dit mot, consent.
Nous sommes au bout de l’horreur. Et pourtant, le crime continue.

Au nom de
toutes les victimes d’un siècle de crimes

Pour que TOUT
"ça" s’arrête ENFIN, nous nous rassemblons,
une fois encore.

7 AVRIL
2002 DE 14H À 21H, ESPLANADE DES DROITS DE L’HOMME, PLACE DU
TROCADÉRO (MÉTRO TROCADÉRO).

"Ça"
? La mise en œuvre du projet de domination coloniale, ses guerres,
ses massacres, son racisme, son mépris. Le pillage des richesses
africaines fondé sur le "droit" du plus fort, la
destruction de la vie de l’autre fondée sur le mythe d’une
"race", d’une culture "supérieures". L’assassinat
des visionnaires africains déterminés à l’émancipation
de leurs peuples à l’époque des mouvements pour l’indépendance.
La mise en place consécutive de régimes "amis".

Le néocolonialisme,
aux pratiques plus "subtiles", ses barbouzes, sa criminalité
économique et financière, ses manœuvres pour maintenir
en place des dictatures corrompues "utiles" au détriment
des peuples. Son dédain pour ces derniers, dont les souffrances
sont passées par "pertes et profits" de nos "intérêts".
Jusqu’au soutien du régime rwandais de Juvénal Habyarimana
dont la France n’ignorait pas qu’il préparait un génocide,
puis au soutien du gouvernement intérimaire rwandais (GIR)
qui l’a mis à exécution (un million de morts).

On ne s’arrêtera
pas là. Viendra le soutien au retour au pouvoir du criminel
contre l’humanité Denis Sassou N’guesso au Congo Brazzaville
(50 à 100 000 morts). La connivence avec des fauteurs de fraude
électorale (Togo,Tchad, Madagascar..) qui dépouillent
des peuples du droit de choisir leurs dirigeants (dussent ces derniers,
de part leur indépendance, déplaire aux nôtres).
Y président l’arrogance occidentale, l’indifférence
face aux dégâts que produit son appétit hors tout
contrôle de pouvoir et de richesse, l’hypocrisie moralisatrice
d’une réalité amorale.

Au nom des victimes
rwandaises, et aussi algériennes, camerounaises, togolaises,
nigérianes, tchadiennes, burkinabé, africains du sud,
comoriennes, congolaises, malgaches…, et de tout " l’Outre
Mer ". Au nom des leaders assassinés, Ruben Um Nyobé,
Félix Moumié, Sylvanus Olympio, Outel Bono, Thomas Sankara,
Dulcie September…

Ce rassemblement
porte un projet : façonner un monde vivable pour les hommes
qui "naissent égaux en dignité et en droit".
Nous serons réunis avec des descendants, des témoins
d’un siècle de destruction de l’humain, dont l’œuvre ne
s’est pas éteinte. Avec ceux qui en subissent encore les meurtrissures.
Ils vous en diront l’indignité, et la dignité du rassemblement
qui dit, dans toutes les langues, le mot le plus beau de tous : NON.
NON à ce que l’on a appelé, sans beaucoup d’imagination,
"ça" : les corps et les âmes broyés.
Et les ventres vides, l’horizon obstrué de néant.

Nous sommes déterminés
– que le sachent notamment ceux qui aujourd’hui sont à la quête
de nos suffrages – à y mettre fin, à laisser les fruits
de ce combat à nos enfants en héritage.

Rendez-vous
le 7 avril à partir de 14 heures au Trocadéro à
Paris

Le 7 avril sur
l’esplanade des droits de l’homme, au Trocadéro, à partir
de 14 heures, nous attendons tous nos amis, et "tous nos amis
que nous ne connaissons pas" comme dit la chanson.

Nous nous attendons
les uns les autres – nos enfants, nos amis, nos voisins – ceux que
nous aimons, ceux que nous ne connaissons pas encore et que nous allons
connaître ..

Ensemble, nous
mettrons en place des lumignons, que nous appellerons nos concitoyens
"passants" à allumer avec nous. Ils symbolisent l’éclairage
du crime et la lumière du projet que nous portons d’un monde
vivable.

Le feu et le foyer.
La vérité et la justice.

Vers 17 heures,

Paul Sankara,
Daniel Um Nyobé, Odile Biyidi, Godwin Tete, Benjamin Toungamani,
Saïd Charif, Jean-Luc Raharimanana, Oumar Diagne, Eugène
Ebode…

prendront la parole,
pour dire le passé, espérer l’avenir. Nous pourrons
dire et espérer avec eux, et avec d’autres que vous et nous
aurions conviés, d’autres encore qui auront entendu l’appel
et qui nous rejoindront. Il sera question de ce qui nous rassemble.
De ce à quoi nous disons NON. Et, aussi, ce à quoi nous
disons oui.

Vers 21 heures
les lumignons, qui ne sont que cire, mèche et feu, s’éteindront.
L’espoir ne s’éteindra pas. Nous nous séparerons, pour
ne plus nous séparer. Nous serons rassemblés au nom
de ceux qui nous ont précédé sur la terre, engagés
à en conserver mutuellement le souvenir particulier et commun.
Au nom de ceux qui nous suivent sur la terre, de ceux qui nous suivront.,
nous serons rassemblés pour en protéger mutuellement
l’intégrité physique, les droits, l’accès à
la satisfaction des besoins fondamentaux. Les champs du politique
et de l’humain sont inséparables, ils sont un seul et même
terrain de construction et de combat.

14/03/02 Qui empoche l’argent des bourses des étudiants ? Appel urgent à la mobilisation des boursiers.

Voilà bientôt
deux ans que le BGDEF( service de bourse des étudiants en France)
existe et on peut donc tirer un bilan. Selon les propos de Mr Doualeh
responsable de ce service, l’Etat djiboutien payait à l’EGID
la somme de 1.600 FF par étudiant et par mois.

L’économie
réalisée n’a pas eu un impact direct sur notre bourse.
Cette idée avait été défendue à
l’époque par des lecteurs et publiée dans l’ARDHD.

Sachant que l’effectif
des étudiants bousiers a été divisé par
deux, passant de 300 à 150 à peu près, le constat
est simple, je vous laisse faire le calcul.

Où est
passé l’argent ? A qui profite-t-il ?

La bourse, qui
n’a pas été revalorisée, depuis vingt ans déjà,
ne nous permet plus de subvenir à tous nos besoins quotidiens.
A cela, s’ajoute le non-paiement des bourses, un manque d’information
et des problèmes de logement.

Les seules informations
qui filtrent sont que Monsieur le Gestionnaire demanderait aux étudiants
de se manifester avec plus de force. D’ailleurs il l’avait fait bien
savoir en s’exprimant dans les lignes de "Liberté"
numéro 27, dans ce qui ressemblait plus à un monologue
qu’à une ouverture. Mais il faut bien lui reconnaitre ce mérite

Pour finir je
demande à tous les étudiants qui se sentent consernés
par ces revendications de se mobiliser. C’est un appel urgent
et j’attend vos idées.

Mon numero: 06
83 61 78 97
Merci à l’équipe de ARDHD de publier cette lettre.
Cordialement


Kaiser Soze

14/03/03 L’affaire Borrel relancée, vers la thèse de l’assassinat ? (Extrait du Figaro)

 

 

DJIBOUTI
Six ans après la mort d’un magistrat français

La veuve de Bernard
Borrel (photo), avait obtenu, dès 1995, une expertise privée
du corps de son mari, réfutant la thèse du suicide.
(DR)

Affaire Borrel : le corps du juge exhumé


Sous la plume d’Alexandrine Bouilhet
[14 mars 2002]

Suicide ou assassinat
politique ? Depuis quatre ans, la justice française tente d’éclaircir
les circonstances de la mort du juge Bernard Borrel, dont le cadavre
calciné avait été découvert dans un ravin,
à Djibouti, en octobre 1995. Après avoir passé
dix jours en mission sur les lieux du drame, à Djibouti, du
22 février au 3 mars, le juge parisien Jean-Baptiste Parlos
a estimé indispensable d’ordonner une nouvelle autopsie. Par
une ordonnance du 7 mars, le magistrat en charge de l’affaire Borrel
exige une exhumation rapide du corps, qui repose actuellement dans
un cimetière de Haute-Garonne. Le juge Parlos confie aux trois
experts en médecine légale, qui l’ont accompagné
sur place, le soin de procéder à l’examen de la dépouille.

Ce rebondissement
intervient alors que l’enquête confiée depuis quatre
ans à la brigade criminelle de Paris semblait s’enliser dans
les méandres diplomatico-judiciaires. Cette fois, le juge Parlos,
qui instruit également le dossier Ben Barka, a décidé
de donner un coup d’accélérateur à sa procédure.
Depuis le début de l’affaire, la veuve du magistrat, juge des
tutelles à Toulouse, se démène pour convaincre
ses pairs de ne pas jeter cette affaire aux oubliettes. « Le
suicide, j’y ai cru sur le coup », confie Elisabeth Borrel,
« mais, très vite, j’ai compris qu’on me menait en bateau
».

Grâce à
ses appuis dans le milieu de la magistrature, la veuve avait obtenu
dès 1995 une expertise privée du corps de son mari.
Dans ses conclusions, l’expert mettait en cause la thèse du
suicide. D’après le Pr Lazarini, Bernard Borrel était
sans doute déjà mort, quand son cadavre fut enflammé.
Cette expertise fut contredite par d’autres, alors que les policiers
de la brigade criminelle s’entêtaient sur la piste du suicide.
Plus tard, divers témoignages troublants, dont celui d’un ancien
militaire djiboutien réfugié en Belgique, Mohamed Saleh
Alhoumekani, impliquaient les plus hautes autorités de l’Etat
djiboutien dans la disparition du juge.

De simple fait
divers, le dossier Borrel devenait soudain une affaire d’Etat, suivie
de très près par le Quai d’Orsay et l’actuel chef d’Etat
de Djibouti, Ismail Omar Guelleh, dit « IOG ». A l’époque
des faits où Bernard Borrel occupait le poste de magistrat
détaché auprès du ministère djiboutien
de la Justice, « IOG » était le plus proche conseiller
du président Aptidon. Le juge français irritait ses
homologues locaux avec sa vision « européenne »
du droit. Choqué par certaines méthodes du pouvoir en
place, Bernard Borrel était notamment intervenu dans la gestion
de l’affaire dite du « Café de Paris », pour éviter
que les responsables de cet attentat ne soient libérés.

En 1990, une explosion
visant ce lieu de rendez-vous pour expatriés avait fait un
mort et quinze blessés, dont de nombreux Français. L’enquête
avait abouti, en 1998, à une condamnation par contumace de
cinq militaires, à Paris. Malgré la rumeur insistante,
IOG n’a jamais été impliqué dans cette affaire
qui a empoisonné les relations franco-djiboutiennes. Bernard
Borrel estimait que la justice s’était contentée d’épingler
les exécutants. La veuve du magistrat considère que
les interventions de son mari dans ce dossier sensible pouvaient constituer
un mobile suffisant à son assassinat.

Cette version
des faits a toujours été balayée par la justice
française, qui a cherché à conclure ce dossier
par un non-lieu, en prenant soin de ne pas prononcer le mot suicide,
afin de préserver la famille Borrel. Ce projet a été
contrecarré par la pugnacité de ses avocats, Mes Olivier
Morice et Laurent de Caunes. Entamant un bras de fer avec les juges
d’instruction, ils ont obtenu, par le biais de la cour d’appel de
Paris, le dessaisissement des magistrats.

En juin 2000,
le dossier a été confié au juge Parlos, spécialisé
dans les affaires sensibles impliquant les pays étrangers.
Le magistrat a accepté de se rendre à Djibouti en compagnie
d’Elisabeth Borrel et de ses avocats. Sur place, le juge a demandé
l’audition de huit témoins, dont l’ancien ministre de la Justice
djiboutien. Il a surtout effectué un transport sur les lieux
du drame, à 80 kilomètres au sud de la capitale. En
observant la topographie du ravin rocailleux, d’où se serait
jeté Bernard Borrel après s’être aspergé
d’essence puis enflammé, Jean-Baptiste Parlos aurait réalisé
qu’un tel scénario semblait plus que rocambolesque.

Dès son
retour à Paris, il a exigé l’exhumation du corps aux
fins d’autopsie. La famille Borrel ne s’est pas opposée à
cette épreuve douloureuse. Les conclusions judiciaires des
experts sont attendues avant le 15 juin.

13/03/02 FRONT POUR LA RESTAURATION DE L’UNITE ET DE LA DEMOCRATIE -F.R.U.D.-

Note
de l’ARDHD : l’appel, que nous avions lancé hier, a été
entendu et Kadamy nous a fait parvenir le communiqué du 8 mars
2002, ainsi qu’un article paru dans la revue Afrique Asie.
Nous publierons certainement un commentaire demain à ce sujet
qui est important dans le contexte actuel et qui annonce la poursuite
des actions du FRUD.

COMMUNIQUE
DE PRESSE


Le 5 et 6 mars 2002 se sont déroulées dans le District
de Tadjourah au Nord de Djibouti, les Assises Nationales du FRUD,
précédées par de nombreuses réunions des
militants, combattants, cadres dirigeants de l’Organisation dans différents
endroits du pays et à l’extérieur.
Les membres du FRUD ont analysé la situation politique du pays
ainsi que la crise interne qui paralyse leur mouvement.

TENANT COMPTE
du refus quasi pathologique du Président djiboutien Ismael
Omar Guelleh à toute ouverture et concession politique,

CONSIDERANT le
caractère partiel de l’Accord de paix dit de réforme
et Concorde civile signé le 12 mai 2001 entre le gouvernement
et Mr Ahmed Dini pour le FRUD,

RAPPELANT que
cet Accord ne contient ni les réformes démocratiques
et institutionnelles ni celles des forces armées et de Sécurité
sans lesquelles la sortie de la dictature reste impossible.

CONSTATANT qu’après
9 mois cet Accord de Paix n’a fait que renforcer la mainmise personnelle
et clanique d’ et de son lignage sur le pays qui ne cesse de se dégrader.

CONSIDERANT la
paralysie du FRUD due à l’attitude anti organisationnelle de
Mr Ahmed Dini qui a accepté l’inaccessible en signant l’Accord
mutilé du 12 mai 2001 sans être mandaté par les
instances dirigeantes du mouvement,

CONSCIENTS, que
l’existence d’un FRUD fort est un élément indispensable
pour un changement démocratique de cette citadelle clanique.

LES PARTICIPANTS
ONT PRIS LES RESOLUTIONS SUIVANTES :

1- de continuer
les luttes multiformes contre la dictature clanique et mafieuse d’Ismael
Omar Guelleh jusqu’à une transition vers la démocratie
et un Etat national,

2- de maintenir
la structure politico militaire du FRUD et la désignation d’un
Comité provisoire de 5 membres présidé par Mohamed
Kadamy Youssouf jusqu’à la tenue du Congrès prévue
pour août 2002,

3- de lancer un
appel aux forces démocratiques pour un large rassemblement
autour d’un pacte de transition vers la démocratie,

4- de proposer
une conférence nationale souveraine pour permettre une sortie
pacifique de cette crise et asseoir une paix, une authentique démocratie
et la conciliation nationale.

Fait à
Bruxelles le 8 mars 2002

Mohamed
Kadamy Youssouf
Président
du comité provisoire du FRUD

CONTACT : + 32
/(0)4 77 68 61 37
Tel : + 33 /(0)6 68 28 12 90

_____________________________________

Extrait
de la revue N° 150 – MARS 2002 LE NOUVEL AFRIQUE ASIE

DJIBOUTI :
Après dix ans de guerre entre le Frud et le régime en
place, le pays et exsangue et l’économie sinistrée.
Deux traités de paix n’ont pas pu changer le système
politique, né de l’indépendance, qui reste réfractaire
à tout changement.


Guelleh : victoire à la Pyrrhus

PAR MAMO
ZELEKE

Le dernier accord
signé le 12 mai 2001 entre Ahmed Dini pour le Frud (Front pour
la restauration de l’unité et de la démocratie) et le
gouvernement de Djibouti illustre l’intransigeance du président
Guelleh, qui a refusé les réformes démocratiques
et institutionnelles. Il risque de nourrir des conflits plus durs
et d’anéantir tout espoir de sortie de crise par des négociations.

Mais selon Ahmed
Dini il faut agir vite, afin que l’élection présidentielle
de décembre 2002 puisse se dérouler démocratiquement
parce que si, comme précedemment, c’est encore le ministère
de l’Intérieur et le gouvernement central qui organise tout,
où donc sera le changement que le peuple désire ?

Optimiste. Ahmed
Dini pense que le mouvement afar devrait se transformer en un large
parti polotique, qui ne s’appellerait plus Frud ‘armé’ ni ‘combattant’.
Selon Dini, le Frud doit devenir tout simplement le Frud national
et comprendre toutes les composantes de la population de Djibouti.

Néanmoins,
une partie importante du Frud rejette cet accord entre Dini et Guelleh
et désavoue son président qui aurait agi ‘sans l’aval
du Conseil national’. La fracture du Frud a suscité une grande
déception parmi les Djiboutiens. La tendance Frud qui a dénoncé
l’accord du 12 mai 2001 va tenir ses assises en avril 2002. Son principal
coordinateur est Mohamed Kamady Youssouf, un des membres fondateurs
du Frud. Représentant en Europe de l’organisation, il a été
emprisonné de septembre 1997 à février 2000 après
avoir été extradé d’Ethiopie, avec son épouse
Aicha Dabale et d’autres dirigeants du Frud. Malgrè l’accord
de paix signé entre Dini et Guelleh, le Frud ‘armé’
n’est donc pas mort et la présence des éléments
armés dans le Nord du pays peut gêner le déplacement
de l’armée française. Le 16 janvier 2002, le Frud a
demandé aux éléments de l’armée française
qui réparaient la piste de Tad-jourah-Terdo (Mabla) de regagner
leur caserne.

SI CETTE PRÉSENCE
ARMÉE DU FRUD SE TRANSFORME EN CONFLIT
, cela peut mettre
en danger la présence de la marine allemande qui, dans le cadre
de la lutte internationale contre le terrorisme, va déployer
un fort contingent (environ mille huits cents soldats) sur le territoire
djiboutien conformément à un accord cadré paraphé
le 10 janvier entre l’Allemagne et Djibouti. Le gouvernement central
essaye en fait par tous les moyens de se placer comme centre logistique
des éventuelles opérations anti-Somalie, ce qui, pense-t-il,
lui vaudrait le soutien financier et politique de Washington.

Cependant la situation
intérieure demeure sans changement, la pagaille persiste et
la crise est profonde.

Si Ahmed Dini
estime que des difficultés persistent dans la mise en œuvre
de l’accord du 12 mai 2001, il n’est pas prêt à accepter
l’existence d’une fracture sérieuse au sein de son mouvement.
La réalité montre néanmoins que l’opposition
est divisée, et rien de tangible n’a suivi l’accord signé
par Dini avec Guelleh. Les deus factions du Frud peuvent seulement
se conforter du fait que si Guelleh, le chef de ce régime corrompu,
crie victoire, il ne s’agit que d’une victoire à la Pyrrhus,
c’est-à-dire par défaut.