08/04/07 (B390) ALERTE ROUGE. Le dossier judiciaire de Jean-Paul Noël ABDI. Partie 4 – A LIRE ABSOLUMENT LE COMPTE-RENDU DE LA REUNION DU 5 JANVIER 1994 A l’ASSEMBLEE NATIONALE

4
– A LIRE ABSOLUMENT

République
de Djibouti
ASSEMBLÉE NATIONALE

Djibouti,
le 5 JANVIER 1994

COMITE
DE SUIVI
PROCÈS-VERBAL DE LA RÉUNION DU COMITE DE
SUIVI TENUE LE 4 JANVIER 1994 A L’ASSEMBLÉE NATIONALE


Etaient présents:

NOEL ABDI
JEAN-PAUL, Président du Comité Parlementaire de Suivi

MOHAMED
IBRAHIM SULTAN, Ministre
AHMED BOULALEH BARREH, Ministre
ALI. MAHAMADE HOUMED, Ministre

Les Membres
du Comité Parlementaire de Suivi :
HAMADOU TAABIS BILAN,
MOHAMED ABRO MOHAMED
HABIB MOHAMED LOITA,
ABDl MAHAMOUD KOCHIN,
ABOUBAKER ASSO ANDYO,
ABDOULWAHAB ALI OUDOUN,
SAID MOHAMED HASSAN.

La Réunion
a débuté à 11H15.

NOEL
ABDI JEAN-PAUL:

Nous avons invité le Ministre de la Jeunesse, des Sports et des Affaires
Culturelles et celui de l’Industrie pour qu’ils nous donnent des éclaircissements
sur les accrochages entre les forces armées nationales et les rebelles,
dans le Nord du Pays.

Nous avons
également contacté le Ministre de la Défense qui va bientôt
nous rejoindre.

Nous pouvons
commencer.

Je donne
la parole au Ministre de l’Industrie.

ALI
MAHAMADE HOUMED:

Il y a eu une embuscade tenue par des rebelles aux forces armées nationales
le Vendredi 31 Décembre 1994 à 16H00. Le Ministre de la Défense
m’a téléphoné le même jour vers minuit et m’a invité
à me rendre sur les lieux.

Je suis
parti le Samedi 1er Janvier à 6H30 à Tadjourah.

Aussitôt,
j’ai pris contact avec le Commissaire de Tadjourah ainsi que 3 Députés
présents dans le Chef-lieu.

Le premier
jour, le Chef du Corps de la région n’a pu nous accompagner parce qu’il
était en déplacement.

Le deuxième
jour, c’est-à-dire dimanche, nous nous sommes rendus à Randa
où nous avons pû prendre contact avec les notables et les sages
de cette localité.

Nous avons
pu visiter les prisonniers et nous avons pu libérer un grand nombre
d’entre eux, à part les suspects.

Arrivés
au Day, nous avons parlé avec la population et notamment avec les sages.
C’est là qu’on nous a appris que 7 civils étaient portés
disparus. Leurs noms nous furent communiqués.

Aussitôt,
nous avions demandé aux responsables militaires de cette Zone ce qu’il
en était. Les militaires de cette zone postés à l’
« Antenne » du Day nous ont affirmé que 7 personnes ont
pris la fuite lors des combats et du cafouillage qui s’en est suivi.

Une autre
fois, ces militaires ont reconnu qu’ils ont enterré des cadavres sans
sépultures. Donc nous avons décelé dans leurs différentes
affirmations des contradictions. Nous leur avons demandé là
où ils ont enterré les cadavres.

Nous sommes
revenus à Djibouti dans l’après-midi du Dimanche.

Si le
Comite de suivi estime nécessaire, les Députés peuvent
se rendre sur les lieux afin de constater les faits et calmer les esprits.
Mais l’essentiel est que vous ne restez pas inactifs.

Faites
quelque chose.

En fin
de compte, 7 prisonniers ont trouvé la mort et 2 sont libérés.

Actuellement,
la Gendarmerie de Tadjourah enquête sur les circonstances de la mort
des 7 personnes, ce qui est rassurant pour la population de cette région
qui craint beaucoup les militaires qui sont dans les montagnes.

Ce qui
pose souvent des problèmes, c’est que l’armée libère
des gens sans noter leurs noms et il faudrait à l’avenir qu’elle enregistre
les noms des personnes qu’elle relâche.


HABIB MOHAMED LOITA:
Je rappelle au Gouvernement que nous sommes partis au mois de
Septembre 93 à Tadjourah et que nous avons établi un rapport
détaillé et circonstancié de notre visite, que ce rapport
a été remis au Chef du Gouvernement et que jusqu’à maintenant
nous n’avons pas eu de réponses à nos diverses interrogations
et propositions formulées dans ledit rapport.

Personnellement,
je ne vois pas pourquoi nous retournerions une deuxième fois à
Tadjourah. Qu’allons nous dire aux pauvres gens terrorisés ?

Le Gouvernement
ne nous informe pas des mesures qu’il prend.

AHMED
BOULALEH BARREH:
Si vous n’aviez pas eu de réponse à votre première
lettre, faites une lettre de rappel.

ABOUBAKER
ASSO ANDY0:
Nous sommes partis à Tadjourah pour calmer les populations
et évaluer la situation.

Nous avions
demandé aux okals de prendre leurs distances par rapport aux rebelles
et de les isoler Il nous ont accepté. Mais nous apprenons maintenant
que l’armée a éxécuté des civils emprisonnés.

Alors,
je ne vois pas comment nous allons discuter une nouvelle fois avec ces okals.
Ils se sentiraient trahis.

Les personnes
tuées ne sont pas tombées au cours des combats, mais abattues
de sang froid.

ABDI
MAHANOUD KOCHIN:
M. ALI MAHAMADE vient de nous dire qu’il y a deux versions contradictoires
des faits. Par conséquent, nous devons nous garder de privilégier
une version par rapport à l’autre. Nous devons être objectifs
et vérifier, avant toute prise de positions, la véracité
de ce que nous avançons.

NOEL
ABDI JEAN-PAUL:
Comme le Ministre de la Défense vient d’arriver, j’aimerais
qu’il nous donne des éclaircissements sur les comportements de nos
militaires et qu’il réponde aux trois questions suivantes:

1 – Est-ce
qu’il a eu extension des ratissages de l’armée en dehors du lieu de
l’embuscade ?

2 – Y-a-t-il
eu des bavures ?

3 – Qu’en
est-il de l’enquête militaire que nous avions demandée dans notre
premier rapport confidentiel remis au Président de la République
?

AHMED
BOULALEH BARREH Ministre de la Défense:
L’embuscade a eu lieu vers 18H: il y a eu 5 blessés dont
2 grièvement dans nos rangs (armée). Aussitôt les forces
armées nationales ont bouclé toute la zone pour trouver les
malfaiteurs. Des personnes ont été capturées.

Par la
suite, un grand nombre d’entre elles a été relâché
et environ 5 à 7 personnes ont été retenues pour enquête
et complément d’informations.

ALI
MAHAMADE HOUNNED:
Nous sommes tous des responsables du même parti. Mais
nous devons nous dire la vérité, entre nous. Les forces armées
nationales font toujours des bavures là où les embuscades lui
sont tendues.

Les habitants du Day ont affirmés que 7 personnes arrêtées
sont restées introuvables et probablement tuées. Les militaires
ont reconnu qu’ils ont enterré des corps sans sépultures. Nous
leur avions remis des tissus pour envelopper les cadavres, il y avait 5 de
la même famille (de l’Okal général DABALEH).

Comme je connais mieux la région, j’essaierai de répondre à
la première question de JEAN-PAUL. L’incident a eu lieu à Hémallé
et les ratissages se sont tendus jusqu’à l’Antenne du Pic: donc il
y a eu extension des ratissages.

Parmi les morts, il y a un vieillard édenté.
Tout ceci est regrettable.

AHMED
BOULALEH BARREH Ministre de la Défense:
Ce sont des civils sous le choc qui vous ont raconté
cette version des faits. De son côté l’armée affirme que
ces personnes se sont fuites et ont été tuées lors de
leur escapade.

Personne de nous tous n’était sur les lieux, donc il ne faut pas privilégier
une version par rapport à l’autre.

Si les
parlementaires veulent connaître la vérité, je leur demanderais:

– soit d’attendre la réponse et la réaction du Président
de la République,
– soit de faire leur propre enquête et d’aller sur place. Je vous mets
en garde des différentes rumeurs partisanes qui courent dans la ville
et qui peuvent fausser notre raisonnement et notre prise de décision.

MOHAMED
ABRO MOHAMED:
Je demanderais aux militaires de ne pas tuer les civils maïs
de traquer ceux qui sont armés, c’est-à-dire les rebelles.

HABIB MOHANED LOITA:
Les forces armées nationales ne sont pas habilitées
à faire des enquêtes. Il y a des gens qui s’occupent de .cette
besogne. Les militaires ne doivent pas tuer les civils qu’ils raflent.

AHMED
BOULALEH BARREH Ministre de la Défense:
Comme il faisait nuit, j’ai demandé à l’Armée
de ne pas tirer dans l’obscurité afin d’éviter les bavures et
d’épargner les innocents. Le matin, lorsque les militaires ont commencé
à nettoyer la zone, des individus ont pris la fuite et les militaires
ont tiré dans leur direction les prenant pour les auteurs de l’embuscade.

Encore
une fois, c’est le comportement suspect de ces personnes qui ont fuit devant
les militaires qui a conduit ces derniers à faire usage de leurs armes.

ABOUBAKER
ASSO ANDYO:
Si l’armée tue quelqu’un qui court, ce qui
n’est pas grave.

Mais le problème, c’est que le Ministre MAHAMADE vient de nous dire
qu’il a entendu des personnes raconter que des civils ont été
tués de sang froid.

NOEL
ABDI JEAN PAUL:
Suite à la libération de ALI AREF et de ses codétenus
et suite à l’échange des derniers prisonniers, la situation
politique permet aujourd’hui de mettre sur pied une enquête judiciaire
(et non une enquête militaire ou administrative). C’est ce que le Comité
de suivi veut.

ABDOULWAHAB
ALI OUDOUN:

La principale faute incombe au responsable militaire de l’Antenne du Pic qui
prend des initiatives personnelles sans l’avis de son supérieur de
Randa.

Afin d’apaiser les esprits, nous vous demandons, Monsieur le Ministre de la
Défense, de muter l’adjudant Guestir.

ALI
MAHAMADE HOUMED:
L’Adjudant Guestir a failli me battre une fois lors des élections
présidentielles.

C’est un homme nerveux.

A l’époque, il avait laissé passer les militants de l’opposition
au PK 9 et m’avait empêché de poursuivre ma route vers Randa.


NOEL ABDI JEAN-PAUL:
Le
Comité de Suivi demande au Ministre de la Défense le rappel
de l’Adjudant Guestir dont les civils se plaignent.

ABDOULWAHAB
ALI OUDOUN:
Pour ma part, j’estime que l’enquête judiciaire sera lourde
de conséquences et pourra avoir des conséquences néfastes
sur la cohésion gouvernementale actuelle puisqu’il y a une opposition
et comme les conclusions de l’enquête seront nécessairement rendues
publiques tout le monde s’en mêlera.

NOEL
ABDI JEAN-PAUL:
Messieurs les Ministres, nous vous remercions d’avoir répondu
favorablement à l’invitation de notre Comité.

En résumé
il ressort de notre discussion deus points:
– Ouverture d’une enquête judiciaire,
– Le rappel de l’adjudant ” Guestir” dans le plus brefs délais
pour apaiser. les esprits.
Quant à moi, en tant que Président du Comité, j’écrirais
au Chef du Gouvernement pour lui faire part de nos propositions et de nos
soucis.

La réunion
a pris fin à 12H 01.

M.
NOEL ABDI Jean-Paul

Diffusion
restreinte:
– Président de la République, Chef du Gouvernement
– Président de l’Assemblée Nationale.
– Les membres présents à la réunion
– Le Commissaire de la République, Chef du District de Tadjourah
– Le Secrétaire Général Adjoint
– Le Ministre de l’Intérieur et de Décentralisation