06/05/09 (B497) Radio-Trottoir : Alerte à la corruption, au port de Djibouti, au sein des organisations du travail – Le « B.M.O.D », est-il un Etat dans l’Etat ? (Lecteur)

Alors que les autorités portuaires de Djibouti se préparent à cueillir les fruits des investissements réalisés pour construire le nouveau terminal à conteneurs de Doraleh le B.M.O.D, Bureau de Main d’œuvre et des Dockers du Port de Djibouti ne risque t il pas d’écrouler les espoirs du président de la république?

Ce nouveau terminal fait appel à des technologies ultramoderne. Il a nécessité un investissement de plusieurs centaines de millions de US$ et la participation de plusieurs sociétés multinationales européennes,

La majorité des Djiboutiens sont-ils au courant de ce qui se passe effectivement au service de la main d’œuvre et des dockers du port de Djibouti ? Pas sur !

Il est de mon devoir d’expliquer la triste réalité fondée sur une injustice pure et sans limite à l’encontre des quelques centaines de dockers qui en sont les victimes. Ces travailleurs sont victimes de discrimination uniquement parce qu’ils favorisaient les candidats de gauche lors des élections au Syndicat des dockers.

Maintenant, il appartient aux décideurs de prendre la mesure du problème et de juger les abus. Dans un petit pays comme le nôtre et s’agissant d’un équipement stratégique pour le pays, le problème concerne les plus hauts dépositaires de l’autorité et en premier, le chef de l’Etat, chef de la magistrature suprême et garant de la souveraineté nationale.

D’une manière générale, le B.M.O.D est administré entièrement par les Afar. Leur chef est Houmed Youssouf et son adjoint Kako Mohamed.

Ces dirigeants sont tellement impliqués dans des affaires de corruption au sein de ce service productif du port, que tous les employés sont informés.

Hélas, personne ne peut leur dire ou leur reprocher quoique ce soit, sous peind d’être immédiatement exclu des listes de dockers et de n’avoir plus jamais de travail, dit on.

Dans les faits, le bureau gère plusieurs milliers de dockers, majoritairement issus de la communauté Afar. Un système spécifique d’organisation du travail a été mis en placer au sein de cette administration pour répondre aux besoins de cette activité. Il est fondé sur des listes de numéros. Un numéro est attribué à chacun des dockers et le Bureau communique, sous forme de fiches, la liste des numéros appelés à travailler pour un jour précis. Cela permet d’organiser les équipes et les postes en 3 x 8.

Parallèlement, il y a aussi un Syndicat des dockers, dont le siège se trouve à Arhiba (ancienne cité des dockers). Lors des élections pour renouveler les dirigeants de ce syndicat, la direction du BMOD a délibéré afin de choisir et de promouvoir ensute le candidat qui répondaient le mieux à ses priorités.

Tout cela a été orchestré par le directeur de la campagne, un certain Abdou Mohamed, qui est le neveu du directeur et qui occupe un poste de chef de service.

Ce petit corrompu avait pour unique mission de faire gagner le candidat favori de son oncle, pratiquement par tous les moyens. Et il les a utilisés ! Même les plus lamentables et les plus honteux. Par exemple, il prenait un malin plaisir à faire sauter les tours de ceux qui contestaient le candidat “maison”. Plus de travail, plus de paye. Jusqu’à ce qu’ils s’engagent à voter dans le sens requis !

En théorie, un docker doit attendre en moyenne près de 3 mois pour que son numéro sorte de nouveau et qu’il puisse travailer … Mais là, c’est la théorie ! La réalité est bien différente. Certains numéros de dockers sortent une fois par mois, tandis que d’autres doivent attendre parfois un an et même plus dans certains cas.

Pour lutter contre les injustices, les dockers “défavorisés” se regroupent. Ils ont même formé une Association pour la Sauvegarde des Intérêts des Dockers « A.S.I.D ».

Initiée par un groupe d’une centaine des dockers, victimes de la discrimantion appliquée par la direction du BMOD, les responsables de cette organisation dénoncent haut et fort les méfaits et les préjudices qu’ils subissent. En conséquence, ils réclament non seulement l’application stricte des régles de fonctionnement, d’une façon équitable pour tous, mais en plus ils exigent des réparations pour le manque à gagner durant les années précédentes.

Ils dénoncent les irrégularités du système. En particulier le fait que certains numéros soient envoyés journalièrement ou hebdomadairement. Et on découvre que les détenteurs de ces numéros “gagnants” réservent, en contrepartie des avantages dont ils bénéficient, une part de leur rémunération qu’ils reversent sous forme de pots de vin aux responsables du Bureau.

Trois réseaux différents sont ainsi alimentés : celui du directeur, celui de son adjoint et enfin celui de son neveu Abdou. Ce petit escroc gère non seulement son compte mais aussi le compte de son oncle. Il lui remet en mains propres sa part de la collecte illégalement acquise ….

Nous avons pu obtenir la liste de certains numéros particulièrement privilégiés “les caporaux”. Ils sont affectés pratiquement chaque jour à des opérations de nettoyage ou de balayge.

– Le directeur adjoint privilégie et avantage, les N° 438, 325, 128 et 964.

– Le chef de service a une préférence marquée pour les N° 172, 408, 442, et 518.

Le grand chef n’intervient que quand il s’agit d’organiser des travaux quotidiens tels que l’entretien des machines, la manutention de sacs de ciments, de barres fers, le vrac et tant d’autres…

Les travaux en question sont effectués pour le compte du président du syndicat des dockers Mr Aden Barassa, dans le cadre d’un contrat exceptionnel.


Roger Picon (Caricature)
En retour, depuis qu’il a été élu, ce dernier rétrocède quotidiennement une part importante de la rémunération (sous forme, toujours de pots de vin) au directeur du BMOD.

C’est dans ce contexte dévastateur que les dirigeants du BMOD procèdent à la gestion du service de la main d’œuvre des dockers. Le système est pourri puisqu’il n’a plus qu’un seul objectif : permettre l’enrichissement sans cause des dirigeants corrompus et par voie de conséquence de certains travailleurs injustement privilégiés au détriment de plusieurs centaines des dockers qui vivent dans des conditions financières dramatiques et dont on peut considérer que certains ont atteint les limites de la détresse.

Incontestablement la gestion et la direction du BMOD en font un Etat dans l’Etat.

Pas de contrôle, pas de sanction, pas de justice, pas d’équité et tout un système organisé pour l’intérêt de quelques uns … qui tiennent les postes de direction et qui semblent inamovibles.