11/06/07 (B399) LE FIGARO / Les exigences diplomatiques de l’affaire Borrel

MATHIEU
DELAHOUSSE.

La révélation de notes signées du directeur de cabinet
du ministre de la Justice confirme que les impératifs diplomatiques
ont pris le pas sur l’enquête. Le juge Borrel a été retrouvé
mort en 1995 à Djibouti.

LES PERQUISITIONS avaient fait grand bruit.

Les résultats obtenus provoquent un écho encore plus important.
En avril dernier, les juges Fabienne Pous et Michèle Ganascia, chargées
du volet « pressions sur la justice » dans le cadre de l’affaire
Borrel, avaient saisi plusieurs dizaines de documents au ministère
de la Justice et au ministère des Affaires étrangères.
L’accès à l’Élysée leur avait en revanche été
refusé, le 2 mai.

Parmi les documents saisis, se trouvent des notes signées de l’actuel
procureur général de Paris, Laurent Le Mesle, qui était
alors directeur de cabinet du garde des Sceaux, Dominique Perben. Ces documents,
dont la teneur a été révélée samedi par
Le Monde et l’AFP, montrent comment la France s’était décidée
à accepter de fournir à Djibouti une copie du dossier d’instruction
malgré le refus de la juge qui en était chargée. «
Je vous remercie de veiller à ce qu’il soit apporté une réponse
favorable à la demande » de Djibouti, écrivait ainsi le
30 juillet 2004 Laurent Le Mesle à destination de ses services.

À cette date, des soupçons sur le rôle des autorités
de Djibouti dans la mort du juge français avaient pourtant été
largement exprimés. Quelques semaines plus tard, la juge Sophie Clément
avait d’ailleurs convoqué, pour les entendre dans le cadre d’une procédure
de subornation de témoin, le chef de l’État djiboutien, le chef
de la Sécurité nationale, mais aussi le procureur de la République
du pays. Accepter de fournir le dossier imposait à la juge d’accepter
cette contradiction : livrer la copie d’un dossier à des témoins
clés refusant de répondre. La juge avait donc fait savoir son
opposition au parquet et à la Chancellerie.

« Des assurances réitérées du ministère
de la Justice »

Malgré cela, il est aujourd’hui établi que Djibouti avait reçu
des promesses de la part de la France. Dans sa requête devant la Cour
internationale de justice en janvier 2005, Djama Souleiman Ali, procureur
de Djibouti, évoque ainsi « des assurances réitérées,
notamment du ministère de la Justice, indiquant que la remise du dossier
interviendrait une fois accomplies les formalités bureaucratiques nécessaires
».

La raison d’État a-t-elle pris le pas sur la bonne conduite de l’enquête
criminelle ?

Des documents saisis en perquisition montrent la très forte pression
diplomatique. Au niveau judiciaire, il apparaît cependant que les instructions
données par Laurent Le Mesle ne sont pas litigieuses : une telle transmission
pouvait s’appuyer sur la convention d’entraide pénale signée
en 1986 entre les deux pays et sur l’article 694-4 du Code de procédure
pénale qui, en cas de conflit, donne au seul ministre de la Justice
la décision ou non de transmettre ces pièces. Documents à
l’appui, la France aurait donc assumé ce choix : la diplomatie plutôt
que la justice.

Le dossier n’a finalement pas été transmis à Djibouti.
Lorsque le Quai d’Orsay annonce qu’il s’apprête à le faire, par
un communiqué du 29 janvier 2005, Élisabeth Borrel, la veuve
du juge, portera plainte et bloquera la manoeuvre.

14/05/07 (B395) LE FIGARO : La tragédie des boat people somaliens en mer d’Arabie.

De
notre envoyée spéciale dans le camp de réfugiés
de Kharaz (Yémen)
VALÉRIE SAMSON.

La reprise de la guerre civile en Somalie ces derniers mois a jeté
des centaines de milliers de civils sur les routes de l’exode. Beaucoup de
réfugiés mettent leur salut entre les mains de mafias de passeurs
pour traverser le golfe d’Aden et rejoindre, dans des conditions effroyables,
la péninsule arabique.

« BOSSASSO » : le nom de cette ville portuaire du Nord-Est de
la Somalie revient sur les lèvres des réfugiés. C’est
là que tous affluent, Somaliens ou Éthiopiens, pour fuir les
combats qui font rage à Mogadiscio entre les troupes éthiopiennes
et les milices des Tribunaux islamiques, ou plus simplement une vie de misère…
Bossasso est une enclave semi-autonome non reconnue par les autorités
internationales, zone notoire de non-droit, nouvelle plaque tournante de la
migration, aux mains de gangs qui se disputent un juteux trafic humain.

C’est là que commencent toutes les histoires entendues dans le camp
de réfugiés de Kharaz, dans le sud du Yémen.

Pour la somme de 50 dollars, les candidats au départ s’entassent sur
des rafiots de fortune, à 100, 150, parfois 200, pour tenter la périlleuse
traversée du golfe d’Aden, dans des conditions effroyables. Muslima
Ibrahim a fait le voyage avec sa plus jeune fille, Kalthouma, âgée
de cinq ans.

Elle dit avoir laissé derrière elle ses cinq autres enfants,
parce que, explique-t-elle, elle savait qu’elle n’aurait pas assez de ses
deux bras pour les sauver tous quand les passeurs les jetteraient à
l’eau… « Nous étions 140 sur le bateau, raconte-t-elle, dont
la moitié de femmes. Nous étions entassés, dans l’impossibilité
de faire le moindre mouvement. Si nous tentions de nous lever, les passeurs
nous frappaient à coups de gourdins, ou nous menaçaient de leurs
pistolets. »

Les passeurs, au nombre de cinq ou six, font régner sur le navire une
loi d’airain, pour ne pas se laisser déborder par une mutinerie toujours
redoutée.

Jetés dans une mer infestée de requins

Muslima poursuit : « Chacun avait emporté de la nourriture avec
soi, mais après le premier jour, tout le monde vomissait et nous avons
dû passer le reste du voyage sans boire ni manger. » Après
deux jours et deux nuits, le bateau arrive en vue des côtes yéménites.
« Nous étions à environs 200 mètres du rivage lorsque
les passeurs nous ont contraints à sauter à la mer sous la menace
de leurs armes. Par chance, j’avais de l’eau jusqu’aux épaules, et
un homme a porté mon enfant jusqu’au rivage », dit-elle.

Tous n’auront toutefois pas cette chance.

Nombreux sont ceux qui seront jetés par-dessus bord avant même
d’avoir aperçu le Yémen. Haweya témoigne : « Après
un ou deux jours, le moteur de notre bateau, qui était en surcharge,
s’est arrêté. Comme il refusait de redémarrer, les passeurs
ont jeté des gens par-dessus bord. Ils ont pris les plus gros, les
femmes enceintes, les personnes âgées… » Combien au total
? Elle ne se souvient pas.

Ce dont elle se souvient, c’est que cinq enfants furent jetés à
la mer ce jour-là, dans des eaux souvent infestées de requins.

Pour ne pas se faire prendre par les gardes-côtes yéménites,
les passeurs, qui encourent la prison, se débarrassent de leur cargaison
humaine à plusieurs centaines de mètres des côtes, toujours
de nuit. Là, le rivage descend en principe en pente douce, et les passagers
clandestins n’ont souvent que quelques mètres de brasse à parcourir
pour toucher terre. Mais la plupart ne savent pas nager.

Certains se noient, si près du but.

Parfois leur survie ne tient qu’à une poignée de rials. Haweya
raconte que son navire s’est arrêté à environ 600 mètres
de la plage. « Par chance, des petits bateaux de pêche sont arrivés
à notre hauteur. Ils nous ont demandé 200 rials (moins d’un
euro, NDLR) pour nous prendre avec eux jusqu’au rivage. J’ai payé 200
rials pour moi et 200 pour mon bébé. Mais beaucoup n’avaient
pas d’argent et sont morts noyés. »

Dévalisés et brutalisés par la police

Parfois, les clandestins sont accueillis par les tirs de l’armée
yéménite. Le mois dernier, des soldats ont ouvert le feu sur
un groupe de trois bateaux transportant au total 365 passagers. Le mouvement
de panique a provoqué la mort par noyade de 34 d’entre eux.

Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR)
a protesté auprès des autorités yéménites.
En vain. « Ce n’est pas la première fois que ce type d’incident
se produit, explique Theophilus Vodounou, directeur de la région sud
pour le HCR. À chaque fois l’armée nous répond que les
bateaux transportaient des armes ou de la drogue. Le problème, c’est
que par deux fois nous avons retrouvé des corps de réfugiés
tués par les balles de l’armée, accuse-t-il.

Et cela ne semble pas près de s’arranger : depuis que les gardes-côtes
ont été intégrés à l’armée, ils
se montrent de plus en plus agressifs. » Cette violence a un corollaire
: les passeurs n’hésitent pas à emprunter de nouvelles routes,
toujours plus périlleuses. Le prix exigé des réfugiés
s’en ressent, atteignant jusqu’à 100 dollars la traversée.

Une fois la plage atteinte, certains ne se relèvent pas et
meurent d’épuisement ou de déshydratation.

D’autres, comme Awes Mahmoud Ali, un frêle jeune homme de 27 ans, et
son frère de 25 ans, Daher, racontent avoir été dévalisés
par la police yéménite à leur arrivée, et brutalisés
: « Ils ont pris le peu qui nous restait, nos vêtements et de
l’argent. »

Car à l’arrivée, force est de constater que les ONG
sont notoirement absentes.

Certes, assurer la surveillance des quelque 2 400 kilomètres de plage
que compte le Yémen relève de l’impossible. Mais, fait observer
un employé d’une organisation qui travaille avec le HCR, « il
n’existe qu’environ douze points d’entrée pour les immigrants »,
répartis sur quatre gouvernorats.

Pour rejoindre le camp de transit de Mayfah, souvent à plusieurs heures
de route, les moins malchanceux, ceux à qui il reste quelques sous,
prennent le bus ou un taxi. Ceux qui n’ont plus rien doivent compter sur leurs
propres forces et s’y rendre à pied, sous une chaleur écrasante.
Sur le trajet, comme le confirme un médecin ayant travaillé
pour le HCR, il n’est pas rare que des femmes soient violées.

Un site hostile à toute forme de vie

Ceux qui arrivent finalement au camp de réfugiés permanent de
Kharaz ne sont guère nombreux. Ce sont souvent les plus faibles, les
malades ou les blessés, les femmes accompagnées d’enfants, ceux
qui n’ont ni attaches ni ressources… À une heure et demie de route
d’Aden, la principale ville du Sud, le site semble étrangement isolé,
comme hostile à toute forme de vie, coincé entre une montagne
pelée, avec un sol d’où rien ne semble vouloir pousser, un soleil
de plomb et un air poisseux venu de la mer au loin.

Rien alentour. Quelque 9 000 réfugiés y ont élu domicile.

Les plus anciens bénéficient d’habitations en dur.
Les nouveaux arrivants doivent se contenter de tentes avec, pour tout matelas,
une toile de jute. Comme Muslima et Haweya, qui attendent depuis sept mois.

Officiellement, le HCR pourvoit à tout : les enfants bénéficient
d’une éducation et les malades sont soignés au dispensaire.
En réalité, le manque criant de moyens semble avoir raison de
la bonne volonté des travailleurs humanitaires. Theophilus Vodounou
ne cache pas que le budget du HCR pour le Yémen a été
révisé à la baisse ces dernières années.


« En 2006, nous attendions 1,9 million de dollars pour la région
d’Aden, explique-t-il. Malheureusement le budget a été réduit
de 25 % en cours d’année. »

À Kharaz, même la nourriture semble faire défaut. Muslima
dit recevoir chaque mois, pour elle et sa fille, « 10 kg de riz, 1 kg
de sucre, 15 de farine, et un litre et demi d’huile ». Un tableau d’affichage
dans le dispensaire répertorie les cas de malnutrition.

Un médecin qui a travaillé au camp de Kharaz affirme que la
prostitution y est un moyen de subsistance répandu
.

Ce qu’aucune femme dans le camp ne nous confirme pourtant. Là, un réfugié
somalien arrivé cinq jours auparavant et souffrant d’une blessure par
balle à la jambe ne s’est rien vu proposer qu’une tente, par plus de
40 °C. Plus loin, une vieille femme exhibe au regard des visiteurs un
sein monstrueux portant un abcès purulent.

Elle dit n’avoir reçu au dispensaire que des comprimés et avoir
demandé depuis des semaines à être transférée
pour être soignée. Sous sa tente, Haweya affirme pourtant ne
pas regretter les souffrances endurées pour parvenir jusqu’ici : «
C’est vrai qu’ici, nous n’avons aucun avenir. Mais au moins, nous sommes en
sécurité. »

03/05/07 (B393-B) Débat dans Le Figaro / DÉBAT : L’Elysée peut-elle s’opposer à la perquisition des juges ? (Info lectrice)

Propos
recueillis par Philippe Mathon.

Affaire Borrel : deux juges ont tenté de perquisitionner l’Elysée.

Les deux magistrates qui enquêtent sur la mort du juge Borrel se sont
vues refuser aujourd’hui l’entrée à l’Elysée pour y effectuer
une perquisition. Que dit le droit dans de telles circonstances? Interrogé
par le figaro.fr, deux constitutionnalistes livrent leur point de vue.

OUI
Bertrand Mathieu, professeur à Paris I (Pantheon-Sorbonne)
et président de l’Association française de Droit constitutionnel
:

« Les juges n’ont pas les moyens d’exercer une contrainte
contre le président de La République. Ainsi, celui-ci peut s’opposer
ce que les juges pénètrent à l’Elysée. C’est
dans cet esprit que le nouvel article 67 de la Constitution a été
créé : éviter tout ce qui puisse exercer une contrainte
sur le président de la République et sur son activité
durant son mandat. »

NON
Michel Tropper,
professeur émérite de droit constitutionnel
à Paris X (Nanterre) :

« L’article 67 de la Constitution protège le chef de l’Etat
durant l’exercice de sa fonction, mais il ne fait pas obstacle à
ce que les juges effectuent des actes d’instruction visant des fonctionnaires
de la République. Donc, pour moi, les magistrats peuvent tout à
fait interroger et perquisitionner la cellule africaine de l’Elysée.
L’argument invoqué par l’Elysée n’a rien à
voir avec l’action des juges, ce matin. »

03/05/07 (B393-B) Le Figaro : le Code pénal contre la Constitution française. (Info lectrice)

Samuel
Potier (lefigaro.fr).

L’Elysée, considérée comme une zone militaire,
a refusé toute perquisition mercredi en invoquant l’article 67
de la Constitution, qui consacre l’immunité du président
durant l’exercice de son mandat.

Les juges s’appuient eux sur le Code de procédure pénale
qui stipule que toute autorité militaire doit se soumettre aux réquisitions
des juges. Voici le contenu des deux textes.

– Article 67 de la Constitution française du 4 octobre 1958
:
«Le Président de la République ne peut, durant
son mandat et devant aucune juridiction ou autorité administrative
française, être requis de témoigner non plus que faire
l’objet d’une action, d’un acte d’information, d’instruction
ou de poursuite. Tout délai de prescription ou de forclusion est suspendu.»

«Les instances et procédures auxquelles il est ainsi fait obstacle
peuvent être reprises ou engagées contre lui à l’expiration
d’un délai d’un mois suivant la cessation des fonctions.»

– Article 698-3 du Code de procédure pénale :
«Lorsque le procureur de la République, le juge d’instruction
et les officiers de police judiciaire sont amenés, soit à constater
des infractions dans les établissements militaires, soit à rechercher,
en ces mêmes lieux, des personnes ou des objets relatifs à ces
infractions, ils doivent adresser à l’autorité militaire des
réquisitions tendant à obtenir l’entrée dans ces établissements.»

«Les réquisitions doivent, sauf nécessité, préciser
la nature et les motifs des investigations jugées nécessaires.
L’autorité militaire est tenue de s’y soumettre et se fait représenter
aux opérations.»

«Le procureur de la République, le juge d’instruction et les
officiers de police judiciaire veillent, en liaison avec le représentant
qualifié de l’autorité militaire, au respect des prescriptions
relatives au secret militaire. Le représentant de l’autorité
militaire est tenu au respect du secret de l’enquête et de l’instruction.»

26/04/07 (B392-B) LE FIGARO : Le chaos somalien se propage en Éthiopie

P.
S. -E..

Alors que son intervention en Somalie était censée l’en prémunir,
Addis-Abeba vient d’être victime sur son territoire d’une attaque.

SI LE SABLE n’a pas de mémoire, le désert en a une.


Dans les confins de l’Est africain, celle-ci – à la manière
d’un fantôme d’Hugo Pratt – se réveille. Et menace de balayer
l’apparente stabilité qui a longtemps prévalu dans la Corne
de l’Afrique. Le spectaculaire assaut réalisé mardi à
l’aube contre un site chinois d’exploration pétrolière installé
dans l’Est éthiopien, à 1 200 km d’Addis-Abeba, est un signe.
Un de plus.

Revendiquée par le Front national de libération de l’Ogaden
(ONLF), l’attaque a entraîné la mort de soixante-cinq Éthiopiens
et de neuf Chinois. Six autres ressortissants chinois, au moins, ont été
enlevés. Le Front national de libération de l’Ogaden a été
officiellement créé en 1984 au nom de la défense des
droits des habitants de l’Ogaden « opprimés » par Addis-Abeba.
En réalité, les racines du conflit sont bien plus profondes
: dès la fin du XIXe, les Ogaden – proches des Somalis – se sont violemment
opposés aux velléités expansionnistes de l’Abyssinie
d’alors.

« Groupe terroriste »

Incessants, les affrontements se sont conclus en 1977 par la victoire de l’Éthiopie
sur une Somalie qui, jusque-là, contrôlait l’Ogaden. De multiples
heurts – dans cette région aux contours extrêmement mouvants
– ont marqué les années suivantes. Sans jamais ébranler
Addis-Abeba qui, pour désigner les activistes de l’Ogaden, a toujours
usé du vocable « groupe terroriste ». Une formulation reprise
hier par le premier ministre d’Addis-Abeba, Mélès Zénawi,
lui-même ancien rebelle : « Il y a des groupes et des forces,
a-t-il lancé, qui souhaitent nuire à notre développement
économique et déstabiliser l’Éthiopie en utilisant tous
les moyens à leur disposition.

Le sous-entendu est limpide : outre les Ogaden, le premier ministre éthiopien
vise le voisin érythréen, un pays qui, depuis la guerre frontalière
de 1998-2000, entretient des relations tendues avec Addis-Abeba. Des relations
d’autant plus tendues qu’elles ont encore été récemment
exacerbées par l’engagement éthiopien en Somalie. Répondant
à l’appel de Washington et donc volontaire pour porter à bout
de bras le faible gouvernement somalien, constitué en exil et longtemps
soutenu par la communauté internationale, Addis-Abeba se trouve aujourd’hui
engagé en première ligne dans la véritable guerre civile
qui déchire la capitale, Mogadiscio.

Entrée dans sa deuxième semaine, cette guerre est un affrontement
à grande échelle entre, d’un côté, soldats éthiopiens
et somaliens et, de l’autre, les rebelles des Tribunaux islamiques. Depuis
le début de février, un million d’habitants ont fui Mogadiscio
en « un flot continu », selon les organisations humanitaires sur
place. En quelques jours, 323 personnes ont été tuées
dans la capitale somalienne.

L’Érythrée, accusée

Pour justifier aux yeux de sa propre opinion son engagement somalien, Addis-Abeba
n’a pas hésité à multiplier les accusations contre ses
voisins. Selon l’Éthiopie, de nombreux groupes militants de la région
– dont plusieurs soutenus par l’adversaire érythréen – participeraient
aux combats de Mogadiscio aux côtés des Tribunaux islamiques.
Dont, bien sûr, le Front national de libération de l’Ogaden.

Accusés, les Érythréens se sont défendus.
En retournant le fer contre leur voisin supposé chercher, selon Asmara,
« un prétexte pour prendre des mesures belliqueuses contre l’Érythrée
».

Le conflit en est là.

En tout cas, pour l’instant. Mais ses prolongements prévisibles sont
inquiétants. Sans faire de parallèle, il est possible de constater
que s’amorce dans la Corne un processus similaire à celui en cours
au Soudan, pays-continent de l’Est africain. Confronté à ses
irrédentismes sur fond d’implications de ses voisins et de sourde lutte
d’influence entre « Grands » (Chine, États-Unis, NDLR),
Khartoum est aujourd’hui pris au piège. Tout comme pourrait l’être
bientôt, en reflet inversé, Addis-Abeba.

19/04/07 (B391) Le FIGARO : Affaire Borrel : perquisition au Quai d’Orsay. (Info lectrice)

Depuis
10 heures jeudi matin, Fabienne Pous et Michèle Ganascia, les juges
d’instruction chargées de l’enquête sur d’éventuelles
pressions sur la justice dans l’affaire du juge Borrel, mènent une
perquisition au ministère des Affaires étrangères. Il
semblerait que plusieurs perquisitions ne soient pas exclues sur un autre
site au cours de la journée.

Cette affaire dans l’affaire a démarré avec la déclaration
officielle du Quai d’Orsay, le 29 janvier 2005, assurant qu’une copie du dossier
d’instruction français relatif au décès de Bernard Borrel
à Djibouti en 1995 serait "prochainement transmise à la
justice djiboutienne", qui en avait fait la demande.

Or, quelques jours plus tard, la juge chargée de l’enquête, Sophie
Clément, a refusé cette transmission. Elle a notamment estimé
que la demande de Djibouti avait "pour unique but de prendre connaissance
de pièces mettant en cause le procureur de la République de
Djibouti". La juge a d’ailleurs délivré en octobre 2006
des mandats d’arrêt contre le procureur et le chef des services secrets
de Djibouti pour une éventuelle "subornation de témoins".


Assassinat

Elisabeth Borrel, la veuve du juge assassiné, a déposé
une plainte avec constitution de partie civile pour des "pressions sur
la justice", visant directement l’ex- porte-parole du Quai d’Orsay, Hervé
Ladsous. L’information judiciaire a été confiée le 2
mars 2006 aux deux juges parisiennes qui ont ordonné la perquisition
de ce jeudi.

Le parquet de Paris avait contesté le bien fondé de cette enquête
devant la chambre de l’instruction, mais l’instance de contrôle lui
a donné tort en octobre, ordonnant la poursuite des investigations.

Le juge Borrel, détaché comme conseiller du ministre djiboutien
de la Justice, avait été retrouvé mort en 1995, le corps
à demi-calciné, au pied d’un ravin. Djibouti a conclu à
un suicide mais l’enquête française privilégie la thèse
d’un assassinat.

02/04/07 (B389) LE FIGARO L’armée d’Addis-Abeba a déploré hier la perte d’un hélicoptère.

L’HÉLICOPTÈRE
est tombé à la mi-journée. Touché de plein fouet
par un missile, le Mi-24 de l’armée éthiopienne s’est écrasé
sur le tarmac de l’aéroport de Mogadiscio. Il n’y aurait pas de survivants.


Fidèle à son mutisme, l’état-major de l’armée
d’Addis-Abeba s’est contenté de confirmer qu’« un hélicoptère
est hors service » promettant de « publier un rapport une fois
l’enquête terminée ».

Pour les militaires éthiopiens, qui en décembre dernier ont
largement contribué à la chute des Tribunaux islamiques en Somalie
et à l’installation du Gouvernement fédéral de transition
(GFT) dans la capitale, la perte de cet appareil est une mauvaise nouvelle
de plus. Elle démontre que la guerre redoutée contre les factions
qui depuis 1991 ravagent Mogadiscio a cette fois éclaté. Depuis
jeudi, les violents combats ont fait au moins 46 morts, dont sept soldats
éthiopiens.

L’insurrection, qui contrôle presque tout le sud de Mogadiscio, apparaît
de plus en plus déterminée et redoutablement bien armée.
Selon le GFT, le mouvement ne serait qu’une lutte d’arrière-garde d’anciens
miliciens islamistes tentant de reconquérir le pouvoir perdu. De fait,
l’ossature du mouvement est composée de Chebabs, l’aile la plus extrémistes
des Tribunaux. Mais ces miliciens ont été rejoints par certains
chefs de clans Hayiwe, le principal groupe de Mogadiscio hostile au gouvernement
perçu comme dominé par le clan rival des Darods.

Au fil des semaines, cette insurrection a gagné du terrain. Les attaques
contre les soldats éthiopiens et les hommes du GFT sont plus régulières.
Conscients des risques, les Éthiopiens ont lancé jeudi une vaste
offensive destinée à « vider » la capitale des miliciens.
À l’aube, les troupes d’Addis-Abeba ont envahi les quartiers sud de
la ville, bastion des insurgés. Ces derniers, repartis en petits groupes,
ont réagi, ouvrant le feu à l’aide d’armes légères
mais aussi de lance-roquettes, bloquant l’avancée des Éthiopiens.
Dès lors, les Éthiopiens ont déployé toutes leurs
forces, engageants chars et hélicoptères sans parvenir pour
autant à se rendre maître du quartier. Et les pertes de part
et d’autre s’accumulent.

Sept soldats éthiopiens au- raient été tués avant
que leurs corps ne soient traînés dans la rue par une foule ivre
de colère. Toute la journée d’hier, d’intenses combats à
l’arme lourde se déroulaient autour du stade causant des ravages dans
la population civile.

La panique gagne

« Un obus a éventré la maison à côté
de chez moi. Il y a beaucoup de blessés, mais il est impossible de
les conduire à l’hôpital à cause des combats »,
affirme Faisal Jamal un habitant cité par Reuter. Selon le Comité
international de la Croix-Rouge (CICR), 229 blessés ont été
admis dans les deux principaux centres médicaux de la ville. Sur son
site Internet, Radio Shabelle, un média local, affirme que la panique
gagne. L’ONU a recensé 12 000 personnes qui auraient fui la ville la
seule semaine dernière. De leur côté, les 1 200 hommes
déployés par l’Union africaine ont gardé une neutralité
gênée.

Le premier ministre, Ali Mohammed Gedi, se dit malgré tout confiant
sur la capacité de son gouvernement à rétablir l’ordre.
« La situation est sous contrôle », a-t-il assuré,
en maintenant la tenue d’une conférence nationale de réconciliation
à Mogadiscio à la mi-avril. « Les attaques sont limitées
à une petite zone et ne visent que des terroristes », a martelé
Abdikarin Farah, l’ambassadeur somalien en Éthiopie. Mais beaucoup
redoutent que l’attaque éthiopienne n’aggrave encore l’impopularité
du gouvernement et légitime un peu plus encore l’insurrection.

02/04/07 (B389) LE FIGARO Un soldat de la force de l’Union africaine a été tué par un tir d’artillerie, dimanche.

Des
habitants de Mogadiscio ont fui dimanche les combats entre insurgés
et soldats éthiopiens qui ont lancé une vaste offensive dans
la capitale somalienne
.

Un soldat ougandais de la force de paix de l’Union
africaine (UA) y a été tué samedi par un tir d’artillerie.
C’est la première victime au sein de cette force de paix déployée
dans le pays (Amisom).

Des tirs d’armes lourdes et des rafales d’armes automatiques ont été
entendus dimanche dans Mogadiscio. Des échanges toutefois sans commune
mesure avec le déluge d’artillerie qui s’est abattu vendredi et samedi
sur certains quartiers sud. Profitant de cette relative accalmie, des habitants
des quartiers du stade et d’Ali Kamin – terrés depuis quarante-huit
heures dans leurs maisons – ont pris la fuite à la hâte.

"Quelque 10.000 personnes ont fui les combats" à Mogadiscio
au cours des trois derniers jours, selon les informations recueillies sur
place par le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés
(HCR). Le HCR estime que "près de 56.000 personnes ont fui la
capitale en mars, la plupart depuis le 21 mars, ce qui porte à 96.000
le nombre total de personnes qui ont fui la ville au cours des deux derniers
mois".

Au moins 70 morts en 4 jours

Aucun bilan précis du nombre de morts n’est disponible dans l’immédiat.
Selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), au moins des
dizaines de personnes, surtout civiles, ont été tuées
depuis jeudi dans ces combats, parmi les pires depuis le début de la
guerre civile somalienne en 1991.

Selon un décompte établi dimanche matin par l’Agence France-Presse
à partir de témoignages et de sources hospitalières,
au moins 70 personnes ont été tuées en quatre jours.

Les insurgés mènent des attaques à Mogadiscio depuis
la chute des tribunaux islamiques, défaits par les forces gouvernementales
somaliennes et l’armée d’Addis Abeba il y a trois mois.