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01/09/2013 (Brève 201) ALERTE ROUGE / Lettre que l’un des frères adresse à Mohamed Saleh Alhoumékani actuellement détenu au Yémen dans un lieu inconnu et sous la menace d’une extradition légale ou illégale vers Djibouti, pour satisfaire le dictateur Ismaël Omar Guelleh.

Ecrit par Nadem Saleh El Houmekani

Lettre à mon frère. mohamed al houmekani emprisonné illégalement au Yémen et que les autorités djiboutiennes veulent extrader 

Mon frère Mohamed Al Houmekani est un cadeau du ciel
Une lumière dans la nuit yéménite sans étoile.
C’est un chemin parcouru de peines et de joies
C’est un parchemin qui n’est jamais inachevé.

Tu portes une place si importante dans ma vie,
ton sourire me manque 
je veux que tu le saches, même si je suis loin de toi,
je suis avec toi tout le temps, tous les jours
pourtant mes pensées vont vers toi,
toi emprisonné illégalement au Yémen .. ,
me demandant comment je pourais t’aider,
moi, moi qui est loin de toi à Bruxelles 

Je souleverai des montagnes pour te voir libre,
je donnerai de ma personne pour te voir libre
si la force m’était octroyée,je parcourerai à pieds jusqu’au Yémen l
pour t’ouvrirles portes de cette cage immonde

Cette lettre, elle est pour toi, toi à qui tes ennemis jurent de t’extrader
je voulais aussi te dire, que ton coeur est bon, que ton âme est si sensible
voilà pourquoi tu es juste toi, un frère qui me rend heureux.

Je te souhaite tout le bonheur que tu mérites.dans ces moments tres difficiles,
toutes les armes contre les tourbillons de la vie,
et tout le courage face à cette injustice

Enfin je veux que l’eau calme tes peines,
que tes soirées passées sans tes enfants soient douces,

que le soleil soit ton ombrelle,
que tes ennemis soient à jamais anéantis,
la terre ton accueil et la lune ton recueil.

Je t’aime tant mon frère Mohamed, fils du grand Saleh Al Houmekani 

13/06/03 (B201) Maître Aref a-t-il perdu la mémoire ? Il y a tout lieu de le craindre.

 

Me Aref a déclaré
dans le Tribunal, à l’occasion du procès de DAF, que la cellule dans laquelle
ce dernier était incarcéré, était conforme
‘avec les standards’ internationaux.

Il y a vraiment de quoi s’inquiéter sur l’état de sa mémoire de Me AREF !

Un diagnostic médical devient-il nécessaire ?

Il faut se souvenir que
Me Aref a fait plusieurs séjours de rééducation dans
cette cellule (1991, 1992 et 1999)…. . Aujourd’hui il conteste le fait que
cette cellule est une horreur absolue : saleté, manque d’hygiène,
manque de place. Serait-ce la preuve que le traitement thérapeutique
ordonné par Guelleh, aurait produit des résultats satisfaisants,
puisqu’il a en perdu même le souvernir et qu’il s’est rallié
à Guelleh, sans rancune, depuis ?.

A titre purement anecdotique,
rappelons les propos tenus dans une lettre qu’il nous avait adressée
le 25 mars 1999 :

(…) “Hier matin,
le représentant du CICR à Djibouti a annoncé sa visite
à la prison, en précisant, qu’il comptait me rencontrer du fait
de mon “statut” de prisonnier politique.

Du coup, les dirigeants
de la prison se montrent sensibles aux courbatures multiples et aux boutons
dont je souffre constamment.
Ils font venir un médecin (qui est
un ami) qui prescrit entre autres le transfert immédiat à ce
que poétiquement on appelle “l’infirmerie” où il existe
deux petites cellules réservées d’habitude aux prisonniers politiques.

La prescription du
médecin de la prison a été aussitôt exécutée
au moment même où RFI diffusait les propos honteux du Ministre
français qui se prétendait bien renseigné sur l’amélioration
de mes conditions de détention alors qu’apparemment, il venait une
fois de plus de se faire berner par son ambassadeur qui semble plutôt
servir la tyrannie locale.

Je suis donc (pour
le moment) logé avec deux autres détenus, dans une pièce
de 3 mètres sur 3 avec W-C. J’ai occupé cette même cellule
en 1991 pendant 1 mois, puis en juillet 1992 pendant une semaine.”

(…)

A l’époque, Me
Aref n’écrivait pas que la fameuse cellule était conforme aux
standards internationaux ! Peut-être d’énormes travaux de rénovation
ont été engagés depuis cette époque pas si lointaine,
sinon, ce serait la preuve que Me AREF commence à perdre progressivement
la mémoire.

12/06/03 (B201) Le projet de tous les dangers ! Guelleh, qui prend des risques énormes, sous le couvert de la présence américaine inaugure le nouveau port de Doraleh. Va-t-il réveiller de vieilles rancunes ? (Lecteur)

 

En inaugurant les
premiers travaux du nouveau Port de Doraleh, dont il a confié
le projet et la gestion à une société de Dubai,
Guelleh prend, à mon avis, de gros risques.

Fort du nouveau
soutien américain, il se croit invulnérable, mais il devrait
faire attention : ce projet a toujours représenté un danger.
N’est-il pas l’un des éléments à l’origine du conflit
de 1991 ?

Ce projet aux parfums
de corruption, de détournements, manque de transparence et il
est à craindre qu’il ne réveille de vieilles rancunes,
qui pourraient aboutir à la chute de Guelleh. C’est mon avis
et nous mesurerons les conséquences d’ici quelque temps. (Lecteur)

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Extrait de l’ADI

ADI/DJIB/4278/193 MOTS

Le Président de la République se rendra demain en visite
sur le site du Port pétrolier de Doraleh

DJIBOUTI (ADI)- 10 juin – Le président de la République, M.Ismaïl
Omar Guelleh se rendra demain en visite sur le site du Port pétrolier
de Doraleh, à l’occasion du lancement des premiers travaux de
la jetée de cette infrastructure.

Le chef de l’Etat
se rendra en compagnie du Directeur du Port de Dubaï, M.Sultan Bin Suleyin
pour assister à la cérémonie de lancement des premiers
travaux de la jetée du Port pétrolier de Doraleh. Le P-D-G du
Port Djebel Ali ( Dubaï Ports International ) est arrivé aujourd’hui
à la tête d’une importante délégation d’hommes
d’affaires émiratis, dont notamment le patron d’une grande
société pétrolière.

Rappelons à l’occasion
de cette cérémonie de lancement des travaux de la jetée
du futur Port pétrolier de Doraleh, que la Société Djebel
Ali qui gère de nombreuses infrastructures portuaires et aéroportuaires
de par le monde s’occupe aussi de la gestion et du management du Port
et de l’Aéroport de la République de Djibouti.

10/06/03 (B201) Dans un communiqué qui traite à la fois du Togo et de Djibouti, SURVIE établit un parallèle et fustige l’action de la France et de son Président qui apporte un soutien massif aux dictateurs-policiers.

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Extrait du communiqué de SURVIE

Pour Djibouti également,
la discrétion est de mise.

La base militaire va bien,
mais pas les Djiboutiens.

Ils manquent de tout,
notamment de la liberté de protester. Leur “Président”,
le policier Ismaïl Omar Guelleh (IOG), y veille. Daher Ahmed Farah (DAF),
un journaliste et militant politique d’opposition, a été envoyé
dans la sinistre prison de Gabode pour avoir dénoncé quelques
fauteurs de corruption et de gabegie.

Jugé le 28 mai,
il a vu sa condamnation assortie du sursis grâce à l’assistance
d’un avocat français (d’Avocats sans Frontières).

Le juge d’instruction
a fini par le libérer.

Puis le procureur l’a
réembastillé à Gabode, préventivement, pour une
autre “offense” aux autorités djiboutiennes. Paris ne trouve
rien à en dire.

L’Élysée
s’emploie au contraire à protéger IOG des remontrances qui pourraient
être lancées à son encontre, notamment dans les instances
internationales. Sans doute en raison de l’intérêt stratégique
de Djibouti – que lorgnent aussi les Etats-Unis, autre fan de ce minuscule
pays. Si DAF s’en sort (Inch Allah !), il le racontera.

10/06/03 (B201) Le nouveau rapport de la CISL qui accable Guelleh et son régime. La lecture est hautement édifiante.

Qu’est ce que la
CISL ?

La CISL représente
158 millions de travailleurs de 231 organisations affiliées réparties
dans 150 pays et territoires. La CISL est également membre du Groupement
Global Unions : http://www.global-unions.org

Extrait du rapport
de la CISL concernant Djibouti :

Djibouti

POPULATION : 600.000
/ CAPITALE : DJIBOUTI / CONVENTIONS DE L’OIT RATIFIÉES : 29-87-98-100-105

De nombreuses restrictions
font obstacle à la liberté syndicale et au droit de grève.
La politique du gouvernement consiste à mettre à l’écart
les syndicats représentatifs et indépendants pour leur substituer
des «syndicats» à sa solde. En octobre, un dirigeant syndical
a été écarté de ses fonctions, puis réintégré
en novembre.

LA LÉGISLATION

La loi reconnaît le droit des travailleurs à adhérer
à un syndicat mais impose des restrictions à ce droit. Un syndicat
ne peut être constitué que s’il dispose de l’autorisation préalable
du gouvernement. Seuls les ressortissants de Djibouti peuvent détenir
une fonction syndicale. Le projet de nouveau code du travail, élaboré
unilatéralement par le gouvernement, rend encore plus difficile la
constitution d’un syndicat.

Ici aussi, alors que le
droit de grève est reconnu, il est restreint. Les
autorités jouissent d’amples pouvoirs qui leur
permettent de réquisitionner des fonctionnaires en grève; un
syndicat qui
prévoit de faire grève, doit en informer
le ministère de l’Intérieur 48 heures à l’avance.

LES DROITS DANS LA
PRATIQUE
Dans la pratique, les droits syndicaux ne sont quasiment pas respectés.
Les actions syndicales ont été réprimées à
maintes reprises depuis le licenciement par le gouvernement, en 1995, de neuf
dirigeants de l’UDT (Union djiboutienne du Travail), affiliée de la
CISL, et de l’Union générale des travailleurs de Djibouti (UGTD),
en représailles et suite à une grève de protestation
contre des mesures d’ajustement structurel.

Par la suite, le gouvernement
a aidé à créer un «collectif syndical», pas
du tout représentatif. Suite à la pression de l’OIT et au cours
des visites de délégués syndicaux internationaux, le
gouvernement avait promis, à plusieurs reprises, une amélioration
de la situation et plus particulièrement qu’il autoriserait la tenue
d’un congrès de l’UDT et de l’UGTD. Ce qui s’est passé en
réalité, c’est qu’en 2002, le gouvernement a aidé des
dissidents à perturber le congrès national de l’UDT. Les travaux
ont dû être écourtés quoique les élections
aient pu reconduire les dirigeants légitimes.

Finalement, en septembre
2002, l’UDT a pu tenir son 2e congrès ordinaire en
présence de représentants d’organisations
syndicales internationales telles que l’ORAf-CISL, non sans que le
gouvernement ait tenté de le faire avorter.

Les deux organisations
ont vu leurs cotisations gelées, leurs comptes bancaires bloqués
et leurs locaux leur ont été retirés; les dirigeants
syndicaux ont été harcelés, les manifestations de protestation
se sont heurtées à la violence policière. Le gouvernement
a rejeté des propositions réitérées de dialogue
et de conciliation, et a constamment manqué à ses promesses
de faire appliquer les recommandations de l’OIT sur les libertés syndicales.

Restrictions
au droit de grève dans le secteur public

Nécessité
d’une autorisation gouvernementale . Les syndicats des enseignants ont aussi
subi une répression historique. En 1996 des professeurs ont été
licenciés, en très grand nombre, après avoir manifesté
pour protester contre les arriérés de salaires impayés.
En 1997, cinq responsables du syndicat des enseignants du secondaire SYNESED
ont été licenciés et ont perdu leur habilitation à
l’enseignement, pour avoir pris part aux protestations. Des grèves
de solidarité avec les cinq responsables licenciés ont été
réprimées par la force.

FAITS MARQUANTS DE
2002

Au début de l’année,
l’Assemblée nationale a voté la diminution des pensions
de retraite, sans que le gouvernement
ait consulté les partenaires sociaux.

Par décision d’Abdallah
Abdillahi Miguil, ministre de l’Habitat, de
l’Urbanisme, de l’Environnement et de
l’Aménagement du territoire, en date du 7 octobre, Abdoulkalek Waberi
Ouffaneh, secrétaire général du
Syndicat du personnel du bâtiment et des travaux publics (SP-BTP) et
trésorier général de l’Union djiboutienne
du travail (UDT), a été écarté de ses fonctions.
Il a été finalement
réintégré dans ses fonctions en novembre.
Abdoulkalek Waberi Ouffaneh avait déjà été victime
de précédentes mesures de
rétorsion visant à l’empêcher
d’exercer ses fonctions syndicales.

À la fin de l’année,
les neuf dirigeants de l’UDT et de l’UGTD licenciés
pour les actions de grève de 1995
n’avaient toujours pas été réintégrés.

Les syndicalistes licenciés
ne sont pas réintégrés

Pressions exercées
sur un dirigeant syndical

07/06/03 (B201) A lire sur LOI cette semaine.

En réponse aux
demandes de plusieurs lecteurs, nous vous informons que LOI ne nous autorise
pas à reproduire les articles qu’il publie sur son site et dont l’accès
est payant. Les lecteurs, qui souhaitent consulter ces articles, peuvent le
faire en se connectant sur le site http://www.africaintelligence.fr/
où ils trouveront la possibilité de payer en ligne le ou les
articles qu’ils souhaiteraient consulter.

LA LETTRE
DE L’OCEAN INDIEN – 07/06/2003

TECHNICAL – Création d’une filiale à Djibouti
La société italienne de consultants en ingénierie Technital
S.p.A vient de créer une filiale à Djibouti. (…). [Total :
126 Mots].

LA LETTRE
DE L’OCEAN INDIEN – 07/06/2003

DJIBOUTI – Le FMI sans les conditions
Le prix payé pour la présence militaire étrangère
à Djibouti a apporté une bouffée d’oxygène aux
finances publiques du pays. De ce fait, le gouvernement djiboutien dispose
des moyens de s’affranchir, au moins momentanément, d’un accord avec
le Fonds monétaire international (FMI) sur une nouvelle Facilité
pour la réduction de pauvreté et pour la croissance (FRPC),
la précédente ayant été adoptée en octobre
1999 pour une durée de trois ans. (…). [Total : 500 Mots].

07/06/03 (B201) Dans la série “Nos interviews (presque) imaginaires”, nous avons rencontré le Procureur abusif et impitoyable, Djama Souleiman, le “Fouquier-Tinville” de la terreur djiboutienne.

 

Un
justicier ‘corrompu’ dans une ville aux mains de la dictature ?

“Grande oreilles”
ou “Le Procureur abusif” est l’homme
qui a fait remettre DAF à Gabode
après 48 heures à peine, de liberté.

Aujourd’hui,
nous avons rendez-vous avec le PA. Prononcer ‘Procureur abusif”.

Il nous a proposé
de le recontrer dans son bureau au Palais de Justice.

Au mur des reproductions
de portraits français datant de la fin du XVIIIème siècle.

Des personnages
austères au visage toujours très dur, dont celui de Fouquier-Tinville (1745-1796),
ce tristement célèbre procureur, qui a fait condamner
à mort des milliers de personnes durant la Révolution
française, dont le Roi et sa famille.

Nous :
Monsieur le Procureur, nous vous remercions de nous avoir accordé cet
entretien, mais nous ne voudrions pas abuser de votre temps si précieux.

Le P.A. :
Comme c’est curieux ! Vous venez d’employer le verbe ‘abuser’. Tiens donc, je commence
à comprendre… Il faut que j’ouvre une instruction pour diffamation
(sans même nous regarder, il part dans un long monologue sur la possibilité
d’incarcérer l’inventeur de la nouvelle appellation ‘Procureur abusif”.
Il est comme absent, plongé dans des réflexions personnelles,
mais on sent la haine dans ses yeux).

Nous :
Hum, Hum ….. Excusez-nous, préféreriez-vous que nous revenions
à un autre moment, si vous êtes occupé ?

Le P.A.
(revenant sur terre) :

Mais non pas du tout, je vous écoute. En fait je réfléchissais
à la possibilité de vous inculper tous les deux pour diffamation
à mon endroit, car vous avez bien utilisé le mot ‘abuser’. N’est-ce
pas ? Vous pourriez donc être les auteurs ou les complices des auteurs
de ce sobriquet qui me colle à la peau depuis plusieurs jours et que
les gens répètent dans mon dos …. en ricanant bêtement.

Nous :
Attendez, nous n’avons pas utilisé de sobriquet à votre encontre.
Nous avons simplement dit que nous ne voudrions pas abuser de votre temps
précieux. Rien de plus !

Le P.A. :
C’est exact, mais il n’y a jamais de fumée sans feu ! Rien n’est anodin.
Autrefois, vous auriez utilisé un autre mot : ne pas me déranger,
par exemple. Donc je tiens un élément de preuve suffisant pour
vous faire inculper et transférer à Gabode. Rassurez-vous, vous
n’êtes pas les seuls dans ce cas.

En dehors des proches
de Guelleh, dont je me flatte de faire partie, je ne vois pas un seul Djiboutien
qui pourrait échapper à une inculpation suivie d’une mesure immédiate
de détention proviso-définitive. Chaque djiboutien est un délinquant
potentiel en liberté provisoire.
C’est ma devise.

Nous :
N’avez-vous pas, au fond de vous-même, le sentiment que vous allez un
peu trop loin.

Le P.A. :
Oui et non. Comprenez-moi ! Il faut d’abord que vous sachiez que j’ai eu une
enfance difficile. Que j’ai souvent été battu de façon
injuste, avec un père terrible et une mère trop faible pour
lui résister. En plus mes soeurs m’ont couvé, trop couvé (…)

Nous : (à voix basse)
Docteur Freud, à l’aide !

Le P.A. : (poursuivant son discours)
Il a fallu que je me forge
un caractère de fer pour résister et pour devenir ce que je
suis : un homme dur, lucide et sans aucun état d’âme. C’est ce qui explique ma réussite actuelle à l’un des plus hauts postes de la Justice. J’aime
l’histoire et je relis la biographie de ces grands hommes français : Robespierre,
Saint-Just, Fouquier-Tinville.

Pour quelles raisons,
ces hommes sont-ils devenus célèbres ? Parce qu’ils n’avaient
aucun d’état d’âme, aucune compassion et qu’ils appliquaient
durement mais sereinement la Loi et qu’ils prononcaient les sentences maximum.
Ce sont des hommes qui n’ont jamais reculé pour demander la mort dans
un réquisitoire. Combien de têtes ont-ils obtenu au cours de
leur carrière ?

Nous :
Attendez, les temps ont changé. La révolution française
est terminée depuis longtemps ….

Le P.A. :
Certainement, mais à Djibouti nous avons deux siècles de retard
et cela ne fait que commencer. Nous sommes à l’an zéro de la
terreur. Chaque Djiboutien doit le comprendre et le savoir. Zéro impunité, 100 % de la peine applicable pour chaque Djiboutien ! Sauf pour les dirigeants actuels et leurs équipes tant qu’ils bénéficieront de l’immunité traditionnelle !

Tout homme commet un jour
ou l’autre, ce que Guelleh considère comme un délit, même
mineur, et il doit payer son geste à la société. Et c’est
à moi qu’il revient de faire appliquer la Loi et d’exiger que le Tribunal,
avec lequel j’entretiens généralement les meilleures relations,
prononce des jugements conformes à mes réquisitoires. C’est
comme cela que l’on créé des réflexes d’obéissance
et de civisme au sein d’une population livrée à elle-même depuis des années.

Nous :
C’est inquiétant ! Mais en fait ce n’était pas la raison
principale de notre interview …

Le P.A. :
Ah bon ? Et quel était le sujet ?

Nous :
La nouvelle incarcération de DAF, après sa mise en liberté
provisoire deux jours avant …

Le P.A. :
Eh bien, parlons-en. Qu’est ce qu’une liberté provisoire ? Il faut
savoir et c’est important que c’est une mise en liberté d’un détenu
pendant un temps donné, dont la durée n’est pas précisée
au départ. Cela peut varier entre une minute et plusieurs années. Et l’expérience montre que plus c’est court, moins on est embêté par les multi-rédicivistes, comme DAF.

Dans l’affaire DAF, un
juge totalement irresponsable(*) avait signé sans réflechir une ordonnance
de mise en liberté provisoire.

C’était son droit
le plus strict et je respecte scrupuleusement l’indépendance de tous
les magistrats, mais il(elle) devra me rendre des comptes précis et surtout
être capable de justifier sa décision, sinon, je le(la) ferai inculper
.. lui(elle) aussi pour non assistance à criminel en liberté !

Ce juge n’a pas réfléchi
aux conséquences de son acte … Donner au monde entier l’impression
que Guelleh pouvait reculer face à la pression internationale ! En
passant je dois dire que cette pression est relativement forte et que je la
dénonce, car ce n’est qu’une grande manipulation organisée par
les ennemis du régime pour fragiliser Guelleh, notre leader incontesté,
notre maître à penser, notre guide !

Je reviens à l’affaire
DAF. Je m’appuie sur les deux autres procès en appel qui sont à
venir. Je vous rappelle que DAF a été condamné, en première instance, à
trois reprises par des juges dont je garantis
personnellement l’indépendance absolue. Les sanctions prises à son encontre sont donc incontestables.

Donc m’appuyant sur le
fait que les appels ne sont pas encore passés en jugement, j’ai simplement
demandé la remise en prison de DAF, ce qui n’est que l’application des décisions de la justice de notre pays, qui est, je le rappelle pour me faire bien entendre, indépendante et souveraine.

Mon rôle est de
protéger la société civile contre tous les criminels
en liberté, même provisoire et DAF est autrement plus dangereux
avec sa plume qu’un forcené armé.

C’est un terroriste intellectuel
et il pourrait causer beaucoup de dommage à la bonne réputation
de l’équipe de Guelleh. C’est l’application du simple principe de précaution car il représente un danger réel pour le moral de nos militaires et pour la tranquilité de Guelleh. Ce sont les seules
raisons pour lesquelles, j’ai demandé à nos vaillants policiers de le reconduire ‘sans aucune brutalité’, notez-le bien, à
Gabode. Les généraux Zakaria et Fathi m’ont d’ailleurs téléphoné personnellement
pour me féliciter et pour me remercier. Je suis assuré d’avoir le soutien total de notre glorieuse Armée.

Nous :
C’est clair, limpide même. Nous vous remercions de vos explications

Le P.A. :
En partant, passez donc par le Greffe …. On va vous signifier votre inculpation
pour complicité de diffamation, pour diffusion de fausses nouvelles,
pour injures au Chef de l’Etat et pour rebellion à l’encontre d’un
haut Magistrat. Rien qu’avec ce que vous avez dit lors de cet entretien (et
que j’ai enregistré soigneusement), j’ai de quoi vous envoyer à
Gabode pour cinq années.

Et ne comptez pas trop sur
votre avocat que je choisirai personnellement. Depuis le ralliement de Me Aref, nous maitrisons parfaitement
l’ensemble du barreau, qui suit tous mes avis et toutes mes recommandations.
Bien sur, les avocats continuent à faire quelques effets de manche devant la Cour, pour donner le
change, mais c’est pure comédie en accord avec moi, comme vous le constaterez durant l’instruction
de votre procés.

A bientôt, Messieurs,
on se retrouvera au Tribunal pour votre jugement où je vous promet de requérir le maximum de la peine à votre encontre … Vous m’en remercierez plus tard, car cela vous aura évité d’écrire n’importe quoi dans votre feuille de choux, qui est lu par les ânes sans cervelle.

Nous :
Méfiez-vous, car vos modèles : Robespierre, Saint-Just, Fouquier-Tinville
ont terminé leur carrière sur l’échafaud. Craignez que
cela ne vous arrive un jour !

Le P.A. :
Ne vous inquiétez pas pour moi. Je sais où me cacher. Les coups
de pied au derrière, j’en ai tellement pris de tous les côtés que j’ai l’habitude maintenant ! Et puis n’oubliez pas que Fouquier-Tinville
a requis la peine de mort contre la famille régnante. Pour moi, ce
serait ma plus belle plaidoirie, mon bâton de maréchal : imaginez Guelleh
et sa famille inculpés devant mon Tribunal pour crimes contre l’humanité, pour corruption, pour racket ou … je me pourlèche les babines, pour meurtre !

Et en plus cela me donnera du crédit auprès des nouveaux dirigeants, qui seront contraints de me faire confiance. Je les servirai ensuite avec autant de zèle que je sers Guelleh aujourd’hui … au moins jusqu’à leur chute.

(*) Aurait-il
voulu parler de la juge Mme Habicha Hachem ? Nous ne le savons pas à l’heure actuelle.

06/06/03 (B201) Vives protestations de RSF au sujet de la nouvelle incarcération de DAF.

DJIBOUTI

A peine libéré,
Daher Ahmed Farah est replacé en détention préventive

Reporters sans frontières
a protesté contre la remise en détention préventive,
le 5 juin 2003, de Daher Ahmed Farah (dit “DAF”), directeur du journal
Le Renouveau et président du Mouvement pour le renouveau démocratique
et le développement (MRD). L’organisation a demandé la remise
en liberté du journaliste dans les plus brefs délais.

“Même si le
journaliste a été placé en détention préventive
pour une autre affaire que celle pour laquelle il a été remis
en liberté, nous ne pouvons que nous indigner de cette décision
que rien ne justifie” a déclaré Robert Ménard, secrétaire
général de l’organisation, dans une lettre adressée au
procureur de la République de Djibouti, Djama Souleiman Ali. “Daher
Ahmed Farah n’a fait qu’exercer son droit à informer l’opinion publique,
un droit garanti par plusieurs traités internationaux ratifiés
par la République de Djibouti. La remise en détention de Daher
Ahmed Farah est d’autant plus injustifiée que selon Maître Zerbib,
l’avocat du journaliste, mandaté par Reporters sans frontières,
le général Zakaria aurait proposé de renoncer à
sa plainte pour diffamation en échange d’une lettre d’excuses de Daher
Ahmed Farah. Ce dernier a refusé. Mais si l’on considère que
le journaliste aurait pu échapper aux poursuites grâce à
une simple lettre d’excuses, l’emprisonnement apparaît encore plus disproportionné
par rapport au préjudice que dit avoir subi le général”,
a conclu Robert Ménard.

L’organisation a par ailleurs
rappelé que les Nations unies condamnent “l’emprisonnement en
tant que condamnation de l’expression pacifique d’une opinion” et qu’elles
le considèrent comme une violation grave des droits de l’homme.

Le 28 mai, la cour d’appel
a cassé le jugement rendu le 7 avril dans l’une des affaires qui oppose
le général Zakaria Cheik Ibrahim au journaliste pour diffamation.
Elle a prononcé une condamnation encore très lourde pour un
délit de presse à savoir quatre mois de prison avec sursis et
500 000 Francs Djiboutiens (FD) (2417 euros) de dommages et intérêts.
Ce verdict est cependant moins sévère que le premier qui l’avait
condamné à six mois de prison avec sursis, 200 000 FD (1 000
euros) d’amende et 2 000 000 FD (10 000 euros) de dommages et intérêts.
L’organisation avait mandaté un membre de l’association Avocats sans
frontières, Stéphane Zerbib, pour assurer la défense
du journaliste qu’aucun avocat sur place ne voulait défendre. Dans
cette affaire, le général Zakaria, numéro deux de l’armée
djiboutienne, avait porté plainte contre le journaliste pour diffamation,
suite à un article intitulé “Le commandement militaire
procède à des renvois politicards”, publié le 6
mars 2003.

Le 17 avril, le journal
avait de nouveau reproché à l’officier le manque de “neutralité”
d’une armée qui “doit être apolitique”. Détenu
depuis le 20 avril dans le cadre cette affaire, Daher Ahmed Farah avait demandé
sa libération provisoire qui avait été acceptée
par le juge d’instruction. Le journaliste avait été libéré
le 3 juin. Selon les informations recueillies par Reporters sans frontières,
le procureur a fait appel de cette décision et ordonné que Daher
Ahmed Farah soit de nouveau incarcéré. Le 5 juin au matin, la
police criminelle et des affaires spéciales l’a arrêté
au domicile de sa mère, où il venait de passer la nuit, et l’a
conduit à la prison de Gabode, celle-la même où il était
incarcéré auparavant dans des conditions déplorables.

Daher Ahmed Farah est
impliqué dans une troisième affaire pour “atteinte au moral
de l’armée” suite à une plainte du général
Fati et du ministre de la Défense. Il a été condamné
en première instance à six mois de prison avec sursis et à
200 000 FD d’amende. Le journaliste a fait appel. Celui-ci n’a pas encore
été examiné.

Daher Ahmed Farah a été
emprisonné à plusieurs reprises au cours de ces dernières
années. Dans la plupart des cas, il était poursuivi pour un
délit de presse et a été condamné à des
peines de prison ou à des amendes. Le 15 mars 2003, il avait été
détenu une journée et condamné à une amende pour
avoir “porté atteinte au moral de l’armée”.

Reporters sans frontières
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